Dans Persepolis, tout commence par un trait noir, presque enfantin, qui dessine pourtant l’une des histoires les plus sombres du XXᵉ siècle iranien. Une bd poétique, qui nous raconte la résilience d’une jeunesse bâillonnée.
Dans cette bande dessinée sortie en 2000, Marjane Satrapi ne raconte pas seulement son enfance sous la Révolution islamique : elle grave la mémoire d’un pays confisqué. Le 11 Février 1979, le Shah d’Iran est renversé. Les iraniens sortent dans la rue, espérant un avenir meilleur après des années de peur sous une dynastie sanguinaire. Mais quelques mois plus tard, l’effervescence s’éteint. L’Etat Impérial devient République Islamiste. Le voile tombe sur les corps, les interdictions et réprimandes sont partout. Et pourtant, au milieu des interdits, quelque chose résiste.
Dans Persepolis, l’Iran est un pays de contradictions : on y exécute au nom de Dieu, mais on y danse en cachette. On y impose le silence, mais les regards parlent d’eux-mêmes. Marjane Satrapi nous montre comment le politique s’immisce dans l’intime, comment le pouvoir s’exerce d’abord sur les femmes, leurs cheveux, leurs désirs. La petite Marji apprend très tôt que grandir, là-bas, c’est désobéir en secret. Écouter du punk devient un acte de résistance. Rire, une forme de survie. Et l’insolence, un premier pas vers la liberté.
Quarante ans plus tard, les révoltes iraniennes semblent surgir tout droit de ces cases en noir et blanc, et condensent ce que Persepolis murmurait déjà : la liberté n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale.. Le régime, lui, répond aux cris par les balles, au courage par la peur. Les rues deviennent des champs de bataille, les téléphones se taisent, Internet disparaît. Selon les ONG, 30 000 Iraniens auraient été exécutés par le régime en deux jours de protestation. Une tuerie de masse sans précédent dans l’histoire du pays.
Sam Drammeh-Boillot
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