Scolti : Salut Souffrance, bienvenue chez SKUUURT, c’est un rĂ©el plaisir de te recevoir aujourd’hui au Flow, Ă Lille. Je te reçois aujourd’hui dans le cadre de ton dernier album Hiver Automne qui est sorti tout rĂ©cemment, mais plus globalement pour te rencontrer, tout court
SOUFFRANCE : Merci pour lâinvitâ !
Sco : et permettre Ă tous ceux qui ne te connaissent pas encore de pouvoir te dĂ©couvrir un peu plus. Perso, je t’ai dĂ©couvert quand j’ai interviewĂ© Rocca, parce que tâapparaissais en feat dans son projet de l’Ă©poque, donc on a eu l’occasion de discuter de toi, c’est comme ça que j’ai dĂ©couvert qui Ă©tait Souffrance. Et on va commencer par ça. Quelle reconnaissance te touche le plus ? Celle de tes pairs, particuliĂšrement des anciens ? Celle du public ? Qu’est-ce qui t’atteint le plus ?

SOUFFRANCE : En fait, les deux Ă parts Ă©gales je dirais, parce qu’en fait quand tu fais quelque chose que t’aimesâŠquand je travaillais, la reconnaissance, j’en avais rien Ă foutre. Ce que je voulais c’est qu’on me rajoute du salaire. Donc le patron qui te met une tape sur l’Ă©paule, un mec qui dit t’as bien bossĂ© et tout ça, bon, j’en avais rien Ă foutre. Et dans le rap, dans le milieu que j’aime et dans l’art que j’aime, ĂȘtre reconnu par des mecs qui ont des grosses carriĂšres comme ça, et des mecs qui ont vraiment marquĂ© notre culture, notre mouvement ou je sais pas comment l’appeler, franchement c’est vraiment puissant comme dĂ©lire. C’est vraiment trĂšs trĂšs puissant, parce que c’est des mecs que, quand j’Ă©coutais Ă l’Ă©poque, je trouvais intouchables. Aujourd’hui il y a moins ce cĂŽtĂ© intouchable qu’on avait vraiment Ă l’Ă©poque, c’Ă©tait beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui d’avoir de la visibilitĂ©. La reconnaissance des pairs, ça envoie une Ă©motion forte quand mĂȘme.
Sco : Tu me parles des anciens lĂ . Ăa a son importance ?
S : Ouais, les anciens ça a son importance parce que moi je suis nĂ© en 86, donc forcĂ©ment le rap, je l’ai connu Ă l’ancienne. Mes figures de rap, c’est les annĂ©es 2000 surtout. Et un gars comme Rocca, quand j’Ă©coutais du rap, c’Ă©tait dĂ©jĂ un ancien, tu vois ce que je veux dire. Mais faire un feat avec lui, c’Ă©tait quelque chose de fort. Oxmo Puccino aussi, avec qui j’ai fait un feat, c’est fort d’ĂȘtre validĂ© par des gars que tu as Ă©coutĂ©s et que tu te dis âputain, il valide la plumeâ.
Sco : Comment ça s’est fait avec Rocca ?

S : Ăa s’est fait par DJ Duke. J’Ă©tais beaucoup en contact avec DJ Duke par le biais de Rockinâ Squat, grosse force Ă Rockinâ Squat, qui a beaucoup aidĂ© mon groupe L’Uzine. On devait faire un concert au Nouveau Casino, Squat a dit, attends, t’inquiĂštes, je connais les bails. Il nous a beaucoup aidĂ©. Et donc Ă l’Ă©poque, j’avais fait Ă©couter mon 2Ăšme projet Le Peuple a faim Ă Duke, qui a pĂ©tĂ© un plomb.
C’Ă©tait un mec super, un mec avec qui le contact se faisait trĂšs trĂšs facilement. C’Ă©tait un gros passionnĂ©, et ça me faisait kiffer que quelqu’un que je connais ni d’Adam ni d’Eve, tombe sur le truc et quâil se prenne une gifle. Il m’avait dit un truc de ouf, il m’avait dit âtu mets trop de punchline carrĂ©mentâ. Il me dit âon n’a pas le temps de les digĂ©rerâ . Et donc, ouais, Duke fait le dĂ©lire mash-up avec Rocca, Rocca ne me connaĂźt pas et Duke lui dit âattends, tu vas faire un feat avec un Français, je sais qui câestâ. Donc Duke m’appelle, il me dit â est-ce que tâes chaud pour faire un feat avec Rocca ?â Je lui dis âC’est incroyable, gros !â Moi, j’y pensais mĂȘme pas, je n’avais mĂȘme pas l’idĂ©e en tĂȘte. Donc, il m’amĂšne ça comme ça sur un plateau, petite cuillĂšre, dessert, tout ce que tu veux. Donc, incroyable. J’Ă©coute le texte, et je vois quâil est dans un texte engagĂ©.
Sco : Tel un Rocca
S : Tout simplement. Et je suis parti sur ce thĂšme-lĂ et franchement, c’est un de mes couplets prĂ©fĂ©rĂ©s, celui-lĂ , il est surpuissant.
Sco : Et il en est trĂšs content. Il t’a vraiment encensĂ© lors de notre rencontre. Gros big up Ă Rocca !
S : Ouais, on l’a fait sur scĂšne aussi, il marche super bien sur scĂšne. On a fait un clip que je kiffe bien avec Tanguy (Courtier). Donc, franchement, trĂšs content de ce son.
Sco : T’as Ă©videmment aussi ton parcours avec l’Uzine. Puis l’avancĂ©e en solo, qui nous amĂšne donc aujourd’hui Ă Hiver Automne, ton dernier album. Je vais trĂšs vite sur ton parcours solo. Hiver Automne qui sort finalement au printemps
S : Non, le 14 mars. C’est le 21 mars, le printemps. Le 14 mars, c’Ă©tait encore en hiver.
Sco : Il n’Ă©tait pas prĂ©vu pour dĂ©cembre, novembre ?
S : Si, il était prévu pour novembre, décembre.

Sco : Est-ce que c’est pas ça, ĂȘtre hip-hop ?
S : Je ne sais pas. En tout cas, moi, j’Ă©tais en retard avant d’ĂȘtre hip-hop.
Sco : Est-ce que c’est pas pour ça que tu es aussi hip-hop ?
S : Tu veux dire du fait de repousser ?
Sco : Ouais, parce qu’il y a des alĂ©as aussi, parce qu’il n’y a peut-ĂȘtre pas non plus une grosse machine derriĂšre
S : C’est vrai que ça a Ă©tĂ© une question qui s’est posĂ©e, le titre de l’album, tu vois. Est-ce qu’on change le titre ou pas ? Et finalement, non, parce que c’est surtout Tony qui dĂ©fendait l’idĂ©e, Tony Toxic, du groupe LâUzine, qui est Ă la direction artistique avec moi sur tous mes albums et qui fait la plupart des instrus, et qui me disait « Ăcoute, gros, un titre, de toute façon, les saisons passent, le titre reste. Si on le sort au printempsâŠâ Enfin, on l’a sorti quand mĂȘme en hiver. Mais c’Ă©tait important pour moi quand mĂȘme de le sortir en hiver. Donc, on l’a repoussĂ© mais
Sco : Ă une semaine prĂšs (rires)
S : Ouais, Ă une semaine prĂšs. C’Ă©tait quand mĂȘme important pour moi d’ĂȘtre dans le coche. Et j’aime bien aussi ce dĂ©lire parce qu’en fait amener cette musique Ă cette pĂ©riode de l’annĂ©e, en rĂ©alitĂ©, cet album, c’est un album d’hiver-automne, tu vois, mĂȘme si on est aujourd’hui en Ă©tĂ©.
Sco : En quoi il est hiver-automne ?
S : Bah Souffrance c’est de l’hiver-automne de toute façon. C’est bre-son, c’est cru, tu ne vas pas forcĂ©ment danser. C’est pas un truc que tu vas mettre en soirĂ©e avec tes potes, mĂȘme si sur cet album, il y a quand mĂȘme des choses que tu peux mettre. D’habitude, tu ne t’ambiances pas en Ă©coutant du Souffrance.
Sco : C’est pas ta dĂ©marche de toute façon.
S : C’est pas ma dĂ©marche parce que je ne suis pas un mec qui s’ambiance naturellement
Sco : Donc, c’est pas ce que tu cherches

S : Non, ce n’est pas ce que je cherche, mais j’ai quand mĂȘme l’idĂ©e, j’ai fait des morceaux qui ambiancent avec l’EP Elephant, justement, parce que pour moi, c’est aussi important de s’ambiancer. Je ne vais pas dĂ©nigrer le truc d’ambiance. Mais c’est vrai que mon truc Ă moi, et ma sensibilitĂ©, câest plutĂŽt des choses assez sombres.
Sco : Et Hiver Automne, ça lâest, pour toi ?
S : Ouais, Hiver Automne reste sombre
Sco : Je ne trouve pas ça sombre. Je trouve ça brut. Sombre, ce n’est pas le terme qui me vient Ă l’esprit. Il y a de la sincĂ©ritĂ©, de l’authenticitĂ©, de l’instinct aussi, je trouve, qu’il y a beaucoup dedans. Mais c’est pas quelque chose qui donne envie de se pendre, loin de lĂ , pour moi. Tâes obligĂ© de tendre lâoreille aussi. Tu parlais de tes punchs tout Ă l’heure, tu ne peux pas baisser l’oreille, parce que tu sais qu’il va toujours se passer quelque chose, y a pas un truc qui t’aplatit avec du sombre.
S : Sombre, ce n’est pas forcĂ©ment l’envie de se pendre, mais c’est plutĂŽt une ambiance cinĂ©matographique Ă la Gotham City, Ă la Blade Runner, Ă la Sin City. C’est un truc qui est dark. Ăa reste dark et ça tape l’intĂ©rieur. C’est une musique d’intĂ©rieur, de soi.
Sco : C’est l’univers que tu avais en tĂȘte en Ă©crivant, en construisant, cet album ?
S : Ouais, j’ai conçu cet album avec cet univers-lĂ en tĂȘte, avec ces rĂ©fĂ©rences-lĂ , c’est ce dont j’avais envie, surtout pour l’aspect musical et aussi le style. J’ai travaillĂ© avec Tha Gang, Jamal, sur le style, et ce sont des rĂ©fĂ©rences que je lui ai amenĂ©es pour le style que j’allais porter sur ce projet.

Sco : Ăa signifie encore quelque chose pour toi, ĂȘtre hip-hop ?
S : Je pense que le terme hip-hop, maintenant, est has been. Pour moi, ça signifie encore quelque chose, ĂȘtre hip-hop, mais aujourd’hui, quand tu dis ĂȘtre hip-hop, tu as l’impression que ça te ramĂšne carrĂ©ment Ă Sidney. Aujourd’hui, toutes les disciplines du hip-hop ont tellement pris leur essor qu’en rĂ©alitĂ© elles ne peuvent plus ĂȘtre englobĂ©es dans le terme hip-hop. Pour le graff, aujourd’hui, tâas des graffeurs qui gagnent des masses de thunes en vendant des toiles. Le rap, aujourd’hui, c’est devenu une Ă©conomie Ă part entiĂšre. La danse est super en avant, quand tu vois TikTok, c’est une application de danse Ă la base. Aujourd’hui, il y a le DJing, qui est quand mĂȘme la partie un peu, je dirais, faible. Enfin, pas faible, mais tu vois, la partie qui a le moins grossi, Ă mon sens, parce que je ne m’y connais pas des masses.
Sco : Si on parle de rĂ©ussite, non, pas tant, parce que les DJs sont prisĂ©s dans les clubs, etc. Tu parlais d’Ă©conomie, lĂ , en termes d’oseille, eux aussi ont rĂ©ussi
S : Donc le DJing aussi. AprĂšs, dans les clubs, j’ai l’impression que ce n’est pas forcĂ©ment le DJ rap. J’ai l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de DJs vraiment rap.
Sco : C’est le fait que ce soit devenu une Ă©conomie qui fait perdre un peu l’Ăąme du mouvement ?
S : Oui, forcĂ©ment. De toute façon, Ă partir du moment oĂč il y a de l’argent, l’Ăąme se perd. MĂȘme quand tu trouves un travail, tu vas perdre un peu ton Ăąme. Ton patron va te dire de faire un truc et en rĂ©alitĂ©, des fois, c’est contre tes valeurs. Tu vois ce que je veux dire ? Donc, Ă partir du moment oĂč l’argent entre en jeu, forcĂ©ment, il y a des dĂ©cisions que tu prends que tu n’aurais pas prises s’il n’y avait pas d’argent en jeu.
Sco : Et Ă l’heure oĂč on prĂ©tend, malgrĂ© tout, que le hip-hop est la culture dominante, est-ce que le rap, finalement, c’est juste une musique ? Un divertissement ?
S : Non. Pour moi, le rap, ce ne sera jamais juste une musique et juste un divertissement, mĂȘme si on colle le mot rap sur des musiques qui sont divertissantes.
Sco : C’est un problĂšme de dĂ©finition, alors ?
S : Ouais, c’est un problĂšme de dĂ©finition. Quand on parle de ça, ça me fait souvent penser Ă l’interview de Kassav, qui disait que le zouk s’est fait avoir sur la bataille du vocabulaire. C’est-Ă -dire qu’il y a des morceaux qui sont zouk, mais on ne les appelle pas zouk. Et en fait, ce que je pense, moi, c’est que le rap s’est fait avoir en sens inverse. Il y a des morceaux qui ne sont pas rap, mais on les appelle rap.
Sco : Comment tâexpliques ça ?
S : c’est la musique qui vend le plus. Donc si tu marques, si tu estampilles « rap » une musique, tu sais que tu vas ĂȘtre plus mis en avant par les mĂ©dias. Tu sais que tu vas ĂȘtre plus Ă©coutĂ©, peut-ĂȘtre plus mis en avant par les plateformes. VoilĂ , c’est la musique qu’aujourd’hui tout le monde Ă©coute.

Sco : Mais il y a aussi certains mĂ©dias qui ont tendance Ă mettre ce tampon un peu sur tout le monde, mĂȘme quand ça n’en est pas, ou alors le fameux âpop urbaineâ aussi, tu vois ?
S : Ouais, bien sĂ»r. en fait la base de tout ça, ça reste le rap. Les mecs, ils ont tous commencĂ© par rapper. Je veux dire, un Jul, il sort un Tchikita, mais Jul, Ă la base, il rappe, et Tchikita c’est pas du rap. Mais Jul fait aussi du rap. Et Ă un moment donnĂ©, on catalogue les artistes. Donc, soit c’est un artiste afro, soit c’est un artiste rap, soit c’est un artiste qui fait de l’Ă©lectro, j’en sais rien, tu vois. Mais aujourd’hui, les artistes font plusieurs styles de musique. Mais maintenant, c’est quoi le rap ? Est-ce que c’est le dĂ©bit de paroles ? La façon de poser les paroles ? Ou est-ce que le rap, c’est l’instru derriĂšre ? Si le rap, c’est la façon de poser des paroles, effectivement tu peux rapper sur de l’Ă©lectro. Mais est-ce que, comme tu as rappĂ© sur de l’Ă©lectro, tu Ă©coutes de l’Ă©lectro ou tu Ă©coutes du rap ? Donc, ça devient compliquĂ©. Parce que le truc s’est tellement Ă©largiâŠ
Sco : Mais toi, comment tu définis ça ?
S : Je dĂ©finis ça par des genres hybrides. En fait, il y a le rap classique. Aujourd’hui, le rap, c’est une musique qui a 50 piges. Et en fait, il y a le rap classique, qui est comme la musique classique, qui est la base de tout. Le 90 BPM, etc. Et encore, je dis ça, mais PUBLIC ENEMY Ă©tait sĂ»rement sur des instrus plus rapides que ça, dans mes souvenirs. Et ensuite, tu as plein de dĂ©rivĂ©s de rap. Tu as le rap plus Ă©lectro, tu vas avoir le rap plus qui va vers je ne sais pas quoi, le rap afro, le rap afrobeat. Tout ça, c’est le rap qui, en vĂ©ritĂ©, a grossi, a fait des gosses.
Sco : Toi, tâas un cĂŽtĂ© tout terrain, justement, dans ces diffĂ©rents styles. Tu le prouves encore, dans Hiver Automne. Est-ce que ce cĂŽtĂ© tout terrain, c’est pour prouver, pour te prouver, pour percer ? Est-ce qu’il y a un calcul derriĂšre ? C’est quoi l’idĂ©e d’ĂȘtre aussi hybride ?
S : L’idĂ©e d’ĂȘtre aussi hybride, il y a plusieurs trucs.
Sco : On s’entend sur le fait que t’excelles dans le boombap, t’excelles dans la trap, par exemple.
S : C’est gentil.
Sco : Il y a quelque chose de trĂšs facile. Tout le monde ne sait pas basculer de l’un Ă l’autre



S : La bascule, c’est vrai que certains artistes, sur la bascule, ont perdu beaucoup, sur cette bascule. Ce n’est pas une bascule Ă©vidente que de changer de style. Mais pour moi, c’est lĂ la diffĂ©rence entre un artiste et un commerçant. C’est-Ă -dire que moi, au niveau de la crĂ©ation artistique, Ă un moment donnĂ©, j’ai fait 3 albums. Tranche de vie, Tour de magie, Eau de source, qui sont Ă forte dominante boombap, mĂȘme s’il y a parfois des ovnis dedans et des morceaux de trap, mais quand mĂȘme Ă forte dominante boombap. Et Ă un moment donnĂ©, quand on enchaĂźne autant, puisquâentre mai 2021 et mars 2025, j’ai sorti 4 projets, j’ai besoin, pour la crĂ©ativitĂ©, pour remettre de l’essence dans la machine, de tout dĂ©truire, de tout changer.
Sco : On sent ce virage dans Eau de source
S : Oui, oui. Dans Eau de source, tu le sens sur Khalass, tu le sens sur des morceaux comme Authentique, mais mĂȘme les traps de Eau de source comme Authentique, qui est de la trap, il y a quand mĂȘme un dĂ©lire boombap marquĂ©. Je ne sais pas comment te l’expliquer. Mais c’est comme ça. AprĂšs, tâas des Ciel gris kebab grill qui sont ultra boombap, mais trop, boombap Ă fond. Et le dĂ©lire, c’est que, premiĂšrement, pour nourrir ma crĂ©ativitĂ©, je change tout et je ne repars pas sur un schĂ©ma que je connais. DeuxiĂšmement, l’artiste, tu ne peux pas le mettre dans une case. Donc Ă un moment donnĂ©, je ne veux pas qu’on m’enferme dans la case boombap, je ne fais pas que du boombap. C’est quelque chose que j’affectionne, que j’ai fait, que je referai, mais je ne suis pas uniquement dans cette case. Ensuite, il y a un dĂ©lire de challenge, c’est-Ă -dire que si tâas le niveau, pourquoi tu n’y arriverais pas ?
Sco : Tâes un MC
S : VoilĂ . Et je me rappelle, dĂ©jĂ Ă l’Ă©poque, aux scĂšnes ouvertes du CafĂ© La PĂȘche, quand Siaka arrivait, je montais sur scĂšne, il te mettait n’importe quel instru, donc tu pouvais arriver Ă rapper sur n’importe quelle instru. Il y a aussi cette histoire de challenge. Et il y a aussi, effectivement, de se dire que pour le boombap, aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il y a un plafond de verre. Tu regardes les artistes boombap purs, il n’y en a pas qui dĂ©passent le million d’auditeurs. Ăa n’existe pas.
Sco : mais ça revient fort
S : En fait c’est jamais parti parce qu’il y a toujours un gars qui te sort un morceau boombap dans son album. Jul, tous ses albums, il y a du boombap dedans. Quand il revient avec Classico OrganisĂ©, le premier morceau quâil sort, il y a Lacrim dedans, il y a plein de monde, c’est un morceau boombap classique, Mehsah Ă la prod. Donc voilĂ , aprĂšs, le boombap s’actualise aussi. Il y a des groupes comme Griselda, aux Etats-Unis, qui ont mis une grosse actualisation au boombap. Ils ont changĂ©, comme quoi tu peux aussi changer. Et aussi, il y a un autre souci du boombap, c’est une identitĂ© prĂ©conçue pour moi. C’est-Ă -dire qu’on te donne un package oĂč, en rĂ©alitĂ©, c’est trĂšs difficile de pousser son identitĂ© musicale parce que le cadre est trĂšs cadrĂ©, en fait. Tu vois ce que je veux dire ? Alors que dans la trap, tu peux plus t’amuser avec les BPM, plus dans le son, et tu peux commencer Ă vraiment crĂ©er ta musique. AprĂšs, attention, il y en a qui arrivent Ă crĂ©er leur identitĂ© boombap, mais je trouve que je peux trouver plus de diffĂ©rences entre deux mecs qui trappent sur des instrus que deux mecs qui rappent boombap sur des instrus boombap. Tu vois ce que je veux dire ? Donc, j’ai l’impression que le boombap, pour se crĂ©er une rĂ©elle identitĂ© musicale, c’est un peu un truc oĂč tu rentres dedans, tout est prĂ©fabriquĂ©, tout a dĂ©jĂ Ă©tĂ© fait.
Sco : C’est pas que musical, il y a aussi le MC qui a son importance
S : Oui, il y a le MC

Sco : La signature vocale, la façon de poser qui fait que tu te diffĂ©rencies et que tu es un MC ou que tu n’es pas un MC. Je pense qu’il y a une diffĂ©rence entre savoir rapper et ĂȘtre un MC. C’est pas tout Ă fait la mĂȘme chose. Il y a beaucoup de gens qui savent rapper.
S : Oui, aujourd’hui, de plus en plus de gens savent rapper, effectivement
Sco : Et tout le monde n’est pas un MC et tout le monde n’est pas forcĂ©ment un bon rappeur
S : Je suis d’accord avec toi lĂ -dessus
Sco : Actuellement, tâes en plein buzz, et tâas passĂ© 35 ans
S : Je n’appelle pas ça le buzz, moi
Sco : disons que tâas une visibilitĂ©, un peu sur le tard par rapport Ă ton Ăąge. Quelles sont les leçons Ă retenir, Ă l’Ăšre oĂč tout doit se faire en 5 minutes, Ă l’Ăšre oĂč, justement, on cherche le buzz en une vidĂ©o sur TikTok ? Toi, tu dĂ©barques, tu as un gros vĂ©cu. Intime, et artistique. Et tâas cette visibilitĂ© maintenant, cette espĂšce d’assise qui se fait, le respect, on en parlait tout Ă l’heure, la reconnaissance des autres, etc. Quelles sont les leçons Ă en retenir ?
S : DĂ©jĂ , je pense qu’aujourd’hui, l’idĂ©e du buzz en 5 minutes, c’est faux. Je pense que c’est quelque chose qu’on nous vend.
Sco : Ăa arrive de temps en temps
S : C’est quelque chose qui peut arriver.
Sco : Une fois sur un million, mais on en fait une généralité.
S : VoilĂ , exactement. C’est quelque chose qui peut arriver. Franchement, bravo Ă ceux Ă qui ça arrive. Mais en rĂ©alitĂ©, ils ont eu de la chance. Pour moi, c’est juste une histoire de chance, carrĂ©ment.
Sco : comme qui, par exemple ?
S : Je ne sais pas, moi. Born to be alive
Sco : Non, mais lĂ , tu me parles d’un truc des annĂ©es 70. Moi, je te parle dâĂ l’heure actuelle, de cette espĂšce de lĂ©gende du buzz. Ni toi ni moi sommes capables de citer un nom d’un mec qui est issu de ça et qui a durĂ© aussi, parce qu’il y a le cĂŽtĂ© Ă©phĂ©mĂšre du truc. Est-ce que ça dure ou pas ? Toi, durer, ça fait partie des objectifs ?

S : Moi, je suis dĂ©jĂ dans la durĂ©e. Je m’inscris dans la durĂ©e, quoi qu’il arrive. Et ça fait partie des objectifs. Mais en rĂ©alitĂ©, cet objectif, tu ne le tiens pas en te disant âje vais tenir sur la durĂ©eâ. Tu le tiens en te disant je vais bosser fort, je vais bosser quotidiennement et je vais ĂȘtre constant. VoilĂ , en te mettant une discipline dans ta pratique. Tenir sur la durĂ©e, c’est aussi faire les bons choix. Tu peux travailler toute ta vie et ne pas tenir sur la durĂ©e. Il faut toujours arriver comme si c’Ă©tait ton premier album. Parce qu’en fait, pour le premier album, tâarrives avec une recette dont les gens captent l’originalitĂ© et ils se disent âputain, c’est frais !â. Et donc Ă chaque projet, j’essaye d’arriver comme si c’Ă©tait mon 1er album et jâessaye d’apporter une fraĂźcheur.
Sco : Une surprise
S : Ouais, et l’effet de surprise, c’est aussi prendre des risques. Parce que quand tu fais cet effet de surprise, ton public peut te dire âfrĂ©ro, qu’est-ce que tâas foutu ? C’est quoi ce bordel ? Je ne comprends rien. Tâas changĂ©â. AprĂšs, pour ma part, le fil conducteur, ça reste l’Ă©criture. L’important pour moi, c’est de garder les valeurs que tâavais au dĂ©but. C’est-Ă -dire que si au dĂ©but j’Ă©tais anticapitaliste et que tout d’un coup je te sors un son, âfaut rouler en Porsche, faut machin, faut ceciâ. LĂ , pour moi, dans cet exemple, tu n’as plus les mĂȘmes valeurs. Tant que tes valeurs c’est les mĂȘmes, en rĂ©alitĂ© la musique, ça reste de la forme. Ă mon sens, parce que tu peux parler Ă un musicien qui va te dire ânon, dans la musique, le fond, c’est la musique. TâĂ©coutes de la musique. Si le fond, c’est le texte, t’Ă©cris des livres.â. Donc voilĂ , c’est plein de dĂ©bats assez compliquĂ©s.
Sco : En tout cas, il se passe des choses pour toi. Donc forcĂ©ment, tâen arrives au stade oĂč tu peux commencer Ă parler d’oseille, Ă faire avec le rap
S : tu sais, jâai parlĂ© d’oseille trĂšs rapidement
Sco : Ouais mais lĂ , ça commence Ă s’intĂ©grer. Aujourd’hui, tâes rappeur. C’est ce que tu fais.
S : Oui, aujourd’hui, je suis rappeur. C’est vrai que c’est fou parce que quand je bossais, je pensais que c’Ă©tait impossible. Et c’est dingue comment le passage peut se faire sans que tu t’en rendes compte. Et ouais, c’est une dinguerie quand mĂȘme.
Sco : Donc, il y a l’argent qui peut arriver petit Ă petit. On ne parle pas de somme lĂ , mais l’argent, c’est aussi ce qui permet d’accĂ©der Ă une forme de libertĂ©. Et on sent que cette notion de libertĂ©, qu’on peut ajouter aussi Ă un cĂŽtĂ© insoumis, je trouve, chez toi, c’est quelque chose qui compte Ă©normĂ©ment. Lequel motive le plus ce que tu fais, l’argent ou la libertĂ© ?

S : La libertĂ©, 40, 50 fois. L’argent, je m’en fous. En vĂ©ritĂ©, l’argent, je n’en ai rien Ă foutre. AprĂšs, ça me rappelle un documentaire que j’avais vu, un mec qui rĂ©coltait le miel des abeilles, je ne sais oĂč, et qui disait â les gens cherchent l’argent pour avoir la libertĂ©. Moi, je suis allĂ© direct Ă la libertĂ©â. AprĂšs, bon, sa libertĂ©, grimper des rochers pour rĂ©colter le miel des abeilles, c’est pas la mienne. Donc, oui, la libertĂ©, ça dĂ©passe 40 000 fois l’argent. Parce que, mĂȘme si tu gagnes un million d’euros par mois, mais que tâes dans un taf oĂč tu taffes comme un iench, tous les jours, tâes dans le speed, tâes stressĂ© Ă fond, tâen as mal au ventre, tâes obligĂ© de prendre des produits. Certains vont prendre des produits pour tenir le coup. Non, ça, pour moi, tâes un esclave bien payĂ©.
Sco : Donc, la libertĂ© ne va pas se trouver dans l’argent, elle va peut-ĂȘtre se trouver dans autre chose, qu’on a pu vivre pendant la pĂ©riode du confinement, Ă savoir : ce moment oĂč on ne regardait plus l’heure, il n’y avait plus de notion de temps. Est-ce que c’est cette notion de temps qui amĂšne Ă la libertĂ© ?
S : AprĂšs, la notion de temps, tu l’as toujours, parce que le soleil se lĂšve et se couche, donc il y a toujours le temps jour et nuit
Sco : sauf si tu te lĂšves Ă 15h (rires)
S : Ouais, avant je me levais Ă 15 heures. Dans mon texte, je dis âje me lĂšve Ă 15 heuresâ.
Sco : Mais maintenant, tu t’es disciplinĂ©
S : Aujourd’hui, je ne peux pas me lever Ă 15 h, parce que dans un autre texte, avec Soprano, je dis âje me couche Ă 5, les petits me lĂšvent Ă 7â. Donc, en rĂ©alitĂ©, moi, dans mes textes, j’utilise vraiment tout mon vĂ©cu. Je peux rapper au prĂ©sent. Je peux te parler de vente de drogue, alors que je n’ai pas vendu de drogue depuis maintenant 10 piges, et mĂȘme, quelqu’un me demande un truc, j’ai envie de l’insulter carrĂ©ment, parce que revenir sur cet Ă©tat-lĂ , je refuse. Donc, je peux te parler de bails de meufs, qui datent d’il y a 15 piges. Je veux dire, en fait, je ne veux pas me mettre de barriĂšres. DĂ©jĂ , ma barriĂšre, c’est d’essayer de garder la sincĂ©ritĂ©. Si, en plus, dans cette sincĂ©ritĂ©, je mâimpose une barriĂšre de âsi je ne le vis pas aujourd’hui, je n’en parle pasâ, ça fait trop de barriĂšres Ă la fin. Donc, je veux plutĂŽt que la crĂ©ation soit un espace de libertĂ© aussi. Donc, maintenant, dans Hiver Automne, je vais peut-ĂȘtre des fois encore plus loin. Et aujourd’hui, ça ne me dĂ©range pas d’Ă©crire des trucs que je n’ai pas forcĂ©ment vĂ©cu, moi, mais que j’ai entendu par exemple. Et ça ne me dĂ©rangerait pas non plus de taper un storytelling, oĂč je parle Ă la premiĂšre personne d’un truc que je n’ai jamais vĂ©cu. Donc, aujourd’hui, je suis dans un dĂ©lire oĂč j’ai envie d’enlever les barriĂšres artistiques, mais tout en gardant mon message. C’est-Ă -dire que ce n’est pas s’inventer une vie de bandit, pour moi, tu vois. Maintenant, si d’autres ont envie de le faire, ils peuvent se dire, moi, ma musique, c’est un film. Et c’est lĂ oĂč le rap a Ă©voluĂ© de fou. C’est vraiment devenu un art. Ă l’Ă©poque, le rap, tâĂ©tais obligĂ© de dire la vĂ©ritĂ©. Si tâĂ©tais un mytho, c’Ă©tait fini pour toi. C’Ă©tait fini. Et donc, ça veut dire que ce n’est pas un art, pour moi, quand tâes obligĂ© de dire la vĂ©ritĂ©, c’est autre chose, parce qu’un peintre n’est pas obligĂ© de peindre que des trucs qu’il a vĂ©cu ou vu. Il peut peindre des trucs qui n’ont rien Ă voir avec lui. Et c’est lĂ oĂč, pour moi, le rap, passe Ă un step artistique, en vrai.
Sco : Toujours pour rester sur la libertĂ©, dans la vie d’artiste, est-ce que c’est aussi, du coup, ne pas ĂȘtre soumis Ă certaines rĂšgles de la sociĂ©tĂ© ? Sortir un peu de ce systĂšme. Parce que tây es allĂ©, dans le systĂšme, tu connais aussi.

S : Ouais, j’y suis allĂ©. Et c’est important pour moi d’ĂȘtre en dehors du systĂšme en tant qu’artiste parce que le systĂšme, au bout d’un moment, formate ta pensĂ©e, quoi qu’il arrive. Et mĂȘme en Ă©tant artiste, au bout d’un moment, ça peut aussi formater ta pensĂ©e. Mais en tant qu’artiste moins, parce que toi, tâas cette vision de l’extĂ©rieur. Et des fois, tâes comme un papou. Tu vois, un papou qui arrive en France, il va voir des trucs et il va te sortir des trucs que toi, jamais, tu n’aurais pensĂ©. Et peut-ĂȘtre qu’il a grave raison dans ce qu’il dit. Je ne peux pas te donner d’exemple particulier, mais en tout cas, c’est important d’ĂȘtre en dehors du systĂšme. Mais en faisant de la musique, tu rentres dans un autre systĂšme. Tu vois, si tu veux ĂȘtre en dehors du systĂšme vraiment aujourd’hui, Ă part ĂȘtre multimillionnaire, acheter une Ăźle et couper tous tes rĂ©seaux, ou ĂȘtre ultra-pauvre et ĂȘtre en mode je m’en bats les couilles de tout, je ne sais pas comment tu sors du systĂšme. Donc moi, je suis sorti d’un systĂšme pour entrer dans un systĂšme qui me convenait plus. Donc aujourd’hui, le systĂšme du rap, c’est : si t’as pas fait un double de platine, il faut que tu sortes des trucs tous les ans. Donc en fait, tu as cette libertĂ©, mais tu as une Ă©pĂ©e de DamoclĂšs au-dessus de la tĂȘte. Le jour oĂč tu t’arrĂȘtes, c’est fini. Si ton prochain projet s’Ă©clate au sol, peut-ĂȘtre qu’il va falloir que tu retournes travailler et revenir dans ce systĂšme qui te dĂ©plaisait.
Sco : Et est-ce que gratter le chĂŽmage, parce que c’est arrivĂ© aussiâŠ
S : Alors pour moi, tu ne grattes pas le chĂŽmage, c’est un droit. Non, c’est un mauvais mot, gratter, c’est un droit. Tu as travaillĂ©, tu as cotisĂ©, on te donne ton chĂŽmage. Et c’est ce qui permetâŠ
Sco : C’est ce que je veux dire par gratter, c’est le recevoir.
S : Non, mais pour moi, gratter, ça veut dire que tu as gratté.
Sco : Tâas raison de recadrer le mot. Alors est-ce que recevoir le chĂŽmage, tout en gardant une posture de libertĂ©, c’est une façon de jouer avec le systĂšme, ou alors c’est une contradiction aussi ?

S : Non, pas du tout. Pour moi, le chĂŽmage sert à ça. C’est-Ă -dire qu’aujourd’hui, si tes parents ne sont pas riches, si tu n’as pas de revenus, comment tu fais ? Parce que quand tâes rappeur aujourd’hui, tâes aussi entrepreneur, mis Ă part quand tâas trouvĂ© une maison de disques, mais la plupart des rappeursâŠMoi, je suis dans l’indĂ©pendance. Donc nous, on est des entrepreneurs aussi. Quand tâes entrepreneur, le chĂŽmage te permet de monter ton entreprise. Donc tu ne grattes pas le chĂŽmage, tu utilises le chĂŽmage pour mener un projet qui va peut-ĂȘtre, si tu y arrives, dĂ©jĂ t’offrir un travail Ă toi, un salaire, tu payes des impĂŽts, et ensuite faire travailler d’autres gens. Donc le chĂŽmage en France, c’est le systĂšme qui permet Ă un mec qui n’est pas d’un niveau social Ă©levĂ©, qui n’a pas forcĂ©ment d’argent, mais qui s’est cassĂ© le cul parce que dĂ©jĂ , il est allĂ© travailler, tu ne vas pas travailler tu n’as pas le chĂŽmage. Il a cotisĂ©. Et lĂ , on lui dit, tu as cotisĂ©, tu as droit à ça. Maintenant, grĂące à ça, tu as un an et demi aujourd’hui, avant tâavais deux piges, tâas un an et demi pour monter ton projet. Donc pour moi, le chĂŽmage sert à ça. Et c’est important de le garder en France parce que sans ça, comment un pauvre peut crĂ©er son projet ? Ce n’est pas possible parce que tu dois ramener Ă bouffer. Donc le chĂŽmage, c’est un peu une bulle d’air qui te permet de sortir du systĂšme de l’esclavagisme. CarrĂ©ment, quand tu n’as pas de diplĂŽme, il n’y a rien, c’est de l’esclavagisme.
Sco : OK, et donc il y a l’aspect que tu assumes, parce que tu en parlais dĂ©jĂ dans les textes, le fait qu’il faut aussi pouvoir tendre vers l’argent, qu’on ne peut pas toujours ĂȘtre un troubadour pauvre.
S : Ouais. Je viens de banlieue, je viens de la citĂ©. Ă la citĂ©, c’est un systĂšme capitaliste. Celui qui gagne le plus d’argent est mieux que les autres, c’est lui l’exemple. Il faut sortir des voitures, il faut sortir de la sape. Moi, je ne viens pas d’une ZAD, tâas captĂ© ? Donc maintenant, l’argent, j’y pense depuis que j’ai 15 ans. Moi, je voyais mon daron Ă©crire des lettres pour justement qu’on lui enlĂšve des dettes. Il Ă©tait tout le temps au tĂ©lĂ©phone. Donc l’argent, c’est un traumatisme pour moi. C’est carrĂ©ment un traumatisme.
Sco : Et c’est lĂ©gitime d’en vouloir
S : Mais c’est pas que câest lĂ©gitime d’en vouloir, on est dans une sociĂ©tĂ© oĂč on t’explique que si tu n’as pas d’argent, tu es mort. Donc ce n’est pas que câest lĂ©gitime, c’est que câest toute la sociĂ©tĂ© qui nous oblige.
Sco : En France, c’est un sujet tabou, et tout le monde n’assume pas ça.
S : Mais la sociĂ©tĂ©, elle s’amĂ©ricanise. Et puis, 113, pour moi, ils parlaient d’oseille, des fois. Booba parlait souvent d’oseille â6 millions de dollars ou de francs, je m’en fous pour ĂȘtre francâ, donc l’argent, en tout cas, dans le rap de citĂ©, Ă mon sens, il a toujours Ă©tĂ© lĂ , parce qu’on a tous Ă©tĂ© en manque d’argent. Et l’argent, aujourd’hui, c’est carrĂ©ment une drogue. Sauf que c’est le dealer qui choisit si tu as le droit d’accĂ©der à ça, à ça, à ça. Donc oui, l’argent, c’est important. Mais attention, pour moi, il faut toujours que l’artistique ne soit pas polluĂ© par ce truc d’argent. Et l’artistique, il faut le mettre sur un piĂ©destal. Et la musique ne doit pas ĂȘtre polluĂ©e par l’argent. Donc quand je crĂ©e, je ne me dis pas âje vais Ă©crire pour gagner de l’argentâ. J’Ă©cris pour toucher les gens. J’Ă©cris, je veux crĂ©er de l’Ă©motion chez les gens, soit un sourire sur une punch, soit de la nostalgie, soit de la mĂ©lancolie.
Sco : Y a pas de calcul dans ce que tu fais
S : Alors, il y a du calcul, parce que c’est ce qu’on appelle le rap game. Il y a du calcul, parce que j’ai envie, moi, d’innover. Et d’y arriver, parce que, si tu regardes, tous ceux qui ont rĂ©ussi dans le rap ont innovĂ©.
Sco : LĂ , tu me parles d’artistique
S : Oui, mais l’artistique, l’innovation, c’est de l’artistique.
Sco : Je parlais plus de l’aspect business, du calcul pour faire de l’oseille. Parce qu’il y a chez toi un cĂŽtĂ© trĂšs instinctif et authentique
S : Ăa, je ne fais pas exprĂšs, mais en tout cas, tu essayes de faire en sorte que l’argent ne pollue pas ton artistique, mais l’artistique, quand tu le fais, tâes dans un milieu oĂč il y a plein d’artistes. Tu peux le comparer Ă un marchĂ©. Tâes sur un marchĂ©, les entreprises vont te dire : il faut innover. Si demain une entreprise te ramĂšne une nouvelle technologieâŠPNL, ils ont innovĂ©. Ils sont arrivĂ©s, ils ont fait une musique que personne ne connaissait. En tout cas, moi, je n’avais jamais entendu du PNL avant PNL. Je n’avais jamais entendu du Jul avant Jul. Booba, Temps mort, on n’avait jamais entendu ça avant Temps mort. Donc Ă un moment donnĂ©, en tant qu’artiste, tu dois innover. Et tu peux innover et te foirer complĂštement. Ăa ne te garantit pas le succĂšs. En tout cas, je suis dans une recherche artistique. J’essaye d’innover. J’essaye de faire de l’innovation avec ce que je suis, moi.
Sco : Pour te démarquer ?
S : Oui, pour me dĂ©marquer. Parce que pour moi, ce qui rapporte de l’argent, c’est l’artistique. Ce qui rapporte de l’argent, c’est que artistiquement, tâas sorti un truc de ouf. Donc faire de l’argent avec de la merde, je n’y crois pas. Tu vois, je n’y crois pas. Pour moi, soit tâas un producteur de fou derriĂšre toi, je n’en sais rien, mais moi, je n’y crois pas. Ou sinon, il faut avoir des grosses machines et faire des gros investissements. Mais quand tu n’as peu d’argent Ă investir, ça reste ta musique, comme dit Alpha Wann, âqualitĂ© en guise de promoâ. Cette phrase, elle frappe. Et c’est vrai quâavec la qualitĂ©, forcĂ©ment, tu touches des gens.
Et aussi, le rap, on en Ă©coute beaucoup aujourd’hui, on en Ă©coute masse, le public a une oreille qui est beaucoup plus affĂ»tĂ©e sur le rap. Il va beaucoup plus capter les niveaux, ton niveau d’Ă©criture. Quand Limsa DâAulnay arrive, le niveau d’Ă©criture, c’est une dinguerie. Tout le monde Ă©coute et tout le monde se dit âmais comment est-ce que…ses rimes, ses machinsâ
Sco : Comme avec toi
S : AprĂšs, moi, j’essaie d’apporter un univers. Je pourrais pas me dĂ©finir. C’est difficile de se dĂ©finir soi-mĂȘme
Sco : C’est ce que j’essaye de faire en mettant des mots comme authenticitĂ©, sincĂ©ritĂ©, instinct. J’ai l’impression que tâas aussi un cĂŽtĂ© fataliste, ou peut-ĂȘtre rĂ©signĂ©, mais pas au mauvais sens du terme. Plus un cĂŽtĂ© âles choses sont comme elles sont. On s’adapte. On avanceâ. Tu as ce cĂŽtĂ©-lĂ aussi
S : Oui, bien sĂ»r. Moi, j’appelle ça un cĂŽtĂ© rĂ©aliste. Donc aprĂšs, ça, c’est peut-ĂȘtre aussi un mauvais cĂŽtĂ© parce qu’en rĂ©alitĂ©, les choses peuvent changer et on doit pas tout le temps s’adapter. Moi, j’ai un vĂ©cu qui fait que j’ai dĂ» m’adapter Ă plein de choses. Donc je suis dans l’adaptation. Mais des fois, en rĂ©alitĂ©, le mieux, c’est de tout renverser et de dire, nique ta mĂšre, je m’adapte pas. C’est sĂ»rement ça, le mieux, parfois. Mais aujourd’hui…Ouais, faut s’adapter. T’as pas le choix. C’est Rimâk qui disait âOn s’adapte Ă cette putain d’Ă©poqueâ. VoilĂ , on s’adapte Ă cette putain d’Ă©poque
Sco : L’Ă©criture, c’est une chose sur laquelle tu ne vas jamais transiger ? Tu pourras pas te laisser aller Ă quelque chose de plus lĂ©ger parce qu’il y a une direction ?
S : Si ! sur un morceau. Si, si. Je peux me laisser aller sur un morceau plus cool, je peux me laisser aller, mais je considĂšre qu’en tant qu’artiste, on fait une Ćuvre qui va rester dans le temps.
Sco : C’est l’un des buts, dans ce que tu fais ? Tu te dis ça, tu te projettes sur ça ?
S : Ouais, ouais, ouais. J’espĂšre que mon blaze, que Souffrance, ce sera un blaze quand on parlera quand on parlera du rap français. J’ai envie d’apporter Ă cette culture. Donc ça, c’est aussi une reconnaissance, quand tes morceaux traversent le temps, mais longtemps, et aujourd’hui, c’est trĂšs difficile de faire ça.
Sco : J’aimerais que tu me parles un peu des personnes qui ont collaborĂ© dans cet album. Donc, il y a Jewel Usain, Chilly Gonzales, Soprano, IshaâŠTu parlais aussi de Tony Toxic tout Ă l’heure. Si tu pouvais dire un petit mot sur les diffĂ©rentes collaborations. Celle qui m’a le plus Ă©tonnĂ©, mais je pense qui va Ă©tonner les gens en gĂ©nĂ©ral, c’est avec Chilly. Comment ça s’est fait, ce truc ?
S : En fait, Chilly, c’est un passionnĂ© de rap. Et il comprend le rap. Donc voilĂ .
Sco : Grand pianiste
S : Ouais, trĂšs grand pianiste. Il a sorti l’album Solo Piano, qui est un classique du piano. Tout le monde a dĂ©jĂ entendu un morceau de Chilly. MĂȘme si tu ne sais pas que c’est lui qui l’a fait, tu l’as dĂ©jĂ entendu, c’est sĂ»r Ă 100%. Donc le mec, il a tout bousillĂ© dans le piano. Il a innovĂ©. C’Ă©tait Sofiane Pamart avant Sofiane Pamart, Chilly Gonzales. Donc on revient sur l’innovation. Donc, un mec monstrueux, et en fait, Chilly, je l’avais dĂ©jĂ vu dans des bails rap, mais par les rĂ©seaux. Je l’avais vu sur un GrĂŒnt, il avait invitĂ© Le Juiice, La RumeurâŠDonc dĂ©jĂ , je voyais qu’il avait des accointances avec le rap. Et ce qui se passe, c’est que Chilly Ă©coute Eau de source et il envoie Ă MAX KDCH, qui est le pianiste qui a fait le piano sur le morceau Score, un message en lui disant « le piano sur Score, c’est une dinguerie ».
Sco : SpontanĂ©ment ? Câest lui qui prend lâinitiative ?
S : Oui, spontanĂ©ment. Il prend l’initiative et il fait le bail. Et aprĂšs ça, on est amenĂ© Ă Ă©changer, lui et moi. Et en fait, il croit que je l’invite, et moi, je crois que lui m’invite. Et on se retrouve. Donc on est allĂ© au studio et il y a MAX KDCH qui nous dit « non, mais venez chez moi , j’ai un piano, j’en ai mĂȘme deux, donc venez chez moi. ». Et lĂ , Max pĂšte un barbecue, en hiver, en janvier, il fait barbecue. D’oĂč le titre du morceau Barbecue en hiver. Et lĂ , ils font plein d’instrus Ă quatre mains. Et MAX KDCH kiffe de fou, parce qu’en tant que pianiste, malgrĂ© qu’il a un talent incroyable, il n’est pas encore reconnu. Tu vois ?
Sco : Et il a Chilly chez lui
S : Et c’est lĂ oĂč tu vois la passion. Des fois, tu vas te dire, mĂȘme dans le rap â ouais, lui, il va refuser le featuring. Regarde oĂč il est, regarde oĂč je suisâ. Tu vois ? Comme un Vald, comme un ZKR. C’est ces mecs-lĂ qui m’ont montrĂ© que la passion, dans le rap, est lĂ . Les mecs ne sont pas business. Parce que si tu es business, tu ne fais pas un feat avec Souffrance. Tu vois ? Donc tu fais un feat avec moi parce que tu as kiffĂ© ce que je faisais, et ça c’est Ă©norme. Et Chilly, c’est la mĂȘme chose avec Max. Max, il avait 150 auditeurs. Chilly en a 700 000. Le mec, il vient d’en haut,et il descend, comme ça ? Il vient chez toi ? Dans le 93 ?
Sco : Faire de la musique
S : Ouais, faire de la musique, et kiffer, et lĂ tu vois qu’on se comprend, tu vois qu’il sort des instrus de ouf. Et il fait quoi ? Il sort une clĂ© USB, il la donne Ă Tony. Il nous donne la clĂ© USB, et il dit âlĂ , j’ai des compos. Tu fais ce que tu veux avec.â Donc, dĂ©jĂ , Chilly Gonzales, malgrĂ© ce personnage de ouf, parce que c’est un fou furieux, tu vois, il est en peignoir, chaussons, c’est un bordel, Chilly Gonzales, un sacrĂ© bordel. Donc, ce mec-lĂ arrive, il sort de la musique, c’est vâlĂ le machin dans le piano, vâlĂ le machin au niveau de la musique, il sort de la musique et il dit âtu fais ce que tu veuxâ. C’est-Ă -dire que si on veut, on pĂšte un reverse. Si on veut, on lui dĂ©chire sa note en plein milieu. Donc, il n’a pas l’ego de dire âouais, non, ce truc-lĂ , il faut le laisser exactement tel quel.â
Sco : Il fait confiance aussi. Et donc, il donne la clé USB, il ferme la porte, tu es avec Tony, et vous vous dites quoi ?
S : Je suis avec Tony. Donc dĂ©jĂ , il a fait des instrus avec Max. Quand je suis chez Max, il a fait des instrus. Donc, on a des riffs de piano quâils ont fait ensemble. Il nous donne une clĂ© USB, et lĂ , Tony fait sa sauce, et il utilise les compos de Chilly comme des samples qu’il aurait pris sur des vinyles. Mais sauf que c’est des compos, et ça ça change tout. Enfin, ça change Ă©normĂ©ment. Et le truc, c’est que Chilly, dans sa maniĂšre de faire du piano, comme il comprend le rap, il fait du piano qui s’intĂšgre tout de suite. Il comprend le rap ! Tu peux appeler 40 pianistes, je te jure, tu peux faire des instrus toute la journĂ©e, il n’y aura que de la merde parce que le pianiste, il est dans ses trucs de pianiste et qu’il ne capte pas l’essence du rap. Or Chilly c’est un passionnĂ©.
Donc ensuite, il m’a invitĂ© au festival We love Green. On a rappĂ©. J’ai rappĂ© sur un truc qu’il faisait. Et ensuite, il nous a ressorti une 2Ăšme clĂ© USB. Puis, il est venu au studio 5-6 fois, or le mec est dans des tournĂ©es, entre Cologne, le Canada, c’est un bousillĂ©, tu vois ? Un bousillĂ© de musique. Et il revient au studio et Ă chaque fois, on lui refaisait Ă©couter. Il disait âattends, sur ce morceau, Puissance en bars, il faut que je joue avec un vrai orgue.â Donc il part taper un coup d’orgue et il le rajoute dans le morceau. Et sur plein de morceaux comme ça, sur Tango aussi, il a apportĂ©.
Sco : Et il prend le temps
S : Oui, il prend le temps
Sco : Et Ă aucun moment, il n’est question de contrat, de business, de parts ?
S : Non, non, non. AprĂšs, ce qui est important quand tu es indĂ©pendant, c’est de se constituer une Ă©quipe. Pour moi, un artiste ne parle pas business avec un autre artiste. AprĂšs, ça, c’est Ă mon sens, et tu dois avoir des personnes qui doivent parler business entre elles. C’est important d’avoir des gens qui parlent business parce que des fois, tu es dans une super ambiance et tout d’un coup, tu captes qu’on n’Ă©tait pas du tout dans la mĂȘme ambiance. LĂ , on a eu de la chance avec Chilly, ça s’est trĂšs bien passĂ©, mais il peut y avoir des dĂ©saccords. Donc, c’est important quand mĂȘme de parler business, mais quand tu es artiste, tu ne dois pas avoir les pieds sur terre. Tu ne dois pas te rapprocher de ces trucs. L’argent, c’est sale en vrai. Il ne faut pas parler des choses sales. Il faut rester dans des bails crĂ©atifs, il faut rester dans la crĂ©ation
Sco : Ce qui s’est passĂ© aussi avec Isha, Jewel Usain, Soprano, qui apparaissent dans l’album aussi ?
S : Pareil, Soprano, c’est un monstre, il m’invite Ă son PlanĂšte Rap. Je lĂąche un freestyle, et on discute aprĂšs. Pendant la discussion, je capte qu’il serait chaud pour poser avec moi sur un morceau. LĂ , je lui demande de continuer le couplet que j’ai fait Ă son PlanĂšte Rap, qui est du kickage pur. Donc, je ne sais pas s’il va accepter ou pas.
Mais il accepte, il me dit quâil est OK. Et Ă partir du moment oĂč il me dit quâil est OK, je me dis âc’est bon, je vais avoir Soprano sur du kickage purâ, parce que par rapport Ă ce que je lui ai envoyĂ©, tu n’as pas dâautre choix que de faire du kickage pur. Et il m’envoie un couplet de fou furieux. Et quand je reçois le couplet, je dis âputain de cadeauâ, câest le dernier morceau qu’on met dans l’album, qui Ă©tait quasiment bouclĂ©. C’est le feat qui arrive du ciel. C’est lui qui m’invite, et ça termine dans l’album, c’est incroyable.
Isha, ça fait longtemps que je voulais faire un morceau avec lui. Ăa fait trĂšs, trĂšs longtemps qu’on se croise. Je l’ai connu vraiment Ă partir de Labrador Bleu. Je n’avais pas captĂ© les La vie augmente Vol.1, Vol.2, Vol.3. Je n’avais pas captĂ© ça. Et aprĂšs, j’ai commencĂ© Ă Ă©couter ce qu’il faisait. On s’est rencontrĂ©s aussi. J’ai regardĂ© ses interviews. Je regarde beaucoup les interviews. Et humainement, en plus on est de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration, je sentais que c’est un bon gars. Et en fait, il a l’Ăąme du rap. Et dans ses textes, il t’amĂšne des images. Il a une poĂ©sie de ouf. Donc, Isha, c’est un mec avec qui je voulais faire un truc. Donc, je lui ai proposĂ© de poser sur cet album. Il a acceptĂ©. J’Ă©tais trĂšs content.
Jewel Usain, lui, je l’ai croisĂ© sur un concert de Scylla, oĂč Scylla nous avait invitĂ©s tous les deux pour partager un de ses morceaux sur scĂšne. Donc, on devait faire tous les deux un douze mesures. Et, dans la journĂ©e, Scylla nous dit âon accĂ©lĂšre le morceau de 5 BPMâ. âouais, on peut avoir l’instru pour s’entraĂźner ?â ânon, il n’y aura pas l’instru. C’est avec les zikos.â Donc, dĂ©jĂ , on Ă©tait dans un dĂ©lire oĂč vas-y, il fallait se caler, il nous a mis quand mĂȘme un petit challenge. Et moi, il fallait que je rentre derriĂšre Jewel sans que je capte quand finissait son couplet, que j’arrive Ă le capter sur l’Olympia, alors que c’Ă©tait la premiĂšre fois quâon le faisait. C’Ă©tait un bordel. Franchement, ça se passe super et tout. Et puis, en discutant avec Jewel, pareil, super bon gars. Et lui aussi, pour moi, il a l’Ăąme du rap. Il a une vraie Ăąme.
Sco : et c’est un vrai mec
S : Ouais, pareil, humainement. De toute façon, tous les gens que j’ai rencontrĂ©s jusqu’ici, humainement, franchement, en tout cas sur Eau de source et Hiver Automne, franchement, lourd de fou. Ensuite, Jewel, je voulais faire un morceau avec lui. MĂȘme techniquement, il envoie. Donc, je lui propose. Il me dit que c’est OK. On fait le morceau un peu plus tard. On se croise en studio. Il vient, on fait ça. Isha, on l’a fait Ă distance, il Ă©tait en Belgique, moi, j’Ă©tais pas mal en dĂ©placement.
AprĂšs, y a Tony Toxic, c’est mon associĂ© de toujours. Comme je te l’ai dit au dĂ©but, il fait des rĂ©alisations artistiques, de la direction artistique avec moi sur les projets. Et comme il le disait Ă un moment, Ă la Nocturne, Ă chaque dĂ©but de projet, je le vire. Ă chaque dĂ©but de projet, je lui dis âfrĂ©ro, faut que t’arrĂȘtes de faire les prods. Faut qu’on change tout. Faut qu’on casse tout.â Et Ă chaque fois, ça l’Ă©nerve. Et Ă chaque fois, il casse tout lui-mĂȘme, et il change toutes ses prods lui-mĂȘme. Parce que moi, je suis dans le dĂ©lire oĂč il faut tout dĂ©truire. De toute façon, j’ai toujours tout dĂ©truit. MĂȘme dans les jeux vidĂ©os, je recommence avant dâarriver Ă la fin, parce que le dĂ©but c’est le meilleur en vrai. Le dĂ©but, c’est le meilleur. Donc, voilĂ .
Et aprÚs, il y a MAX KDCH, pianiste qui est avec nous maintenant vraiment énormément
Sco : Mani Deiz aussi
S : Mani Deiz qui est sur deux prods. Puis Stab. Gros beatmaker, qui prod pour des Allemands aussi, qui tape des disques d’or en Allemagne, des dingueries. Donc, un streu-mon. Et Kali Kali ! Il a fait la prod du morceau avec Isha, et câest lui qui avait fait toutes les prods de ĂlĂ©phant. Puis y a Soul Intellect, B2ny, Yannick Hiwat. En fait, Tony, Ă chaque fois, je le re-challenge. Ă chaque fois, et petit Ă petit, il s’ouvre. Et on travaille avec d’autres gens. C’est important d’amener d’autres gens, d’autres façons de penser, d’autres façons de faire, d’autres processus, tout le temps, tout le temps, tout le temps
Sco : Et tout ça a amené un album trÚs trÚs lourd, Hiver Automne
S : Ouais, moi je le trouve lourd
Sco : Et tâas raison, parce que c’est vraiment le cas. Tu pars donc sur les routes avec cet album. Et ça va te conduire, jusquâĂ lâOlympia, qui est calĂ©.
S : Ouais, voilĂ , le 20 mai 2025
Sco : Et puis, je te remercie d’ĂȘtre venu, d’avoir pris le temps de discuter
S : Je t’en prie
Sco : Et on va continuer Ă suivre le parcours
S : Yes, merci !
Sco : Merci beaucoup.
S : Merci Ă toi, Scolti. Lourd
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