Par Scolti, 13 mai 2024
15 Mai 2024
Scolti : Salut FRANGLISH, bienvenue chez SKUUURT. Je ne suis pas sĂ»r d’avoir Ă te prĂ©senter. Il suffit d’aller sur les rĂ©seaux, sur YouTube ou d’allumer la radio, pour se faire une idĂ©e. Ton succĂšs se mesure Ă tous niveaux, aussi bien artistiquement qu’humainement. Comment tu vois et ressens le gap qu’il y a entre les bides que t’as pu vivre Ă tes dĂ©buts et ton succĂšs actuel ?
FRANGLISH : Franchement, je le ressens trĂšs trĂšs bien. Je kiffe ma carriĂšre. Je n’ai changĂ© rien du tout. J’aime bien, y a eu des leçons de vie, de l’expĂ©rience, de l’Ă©volution, de la maturitĂ©, y a eu les risques, les dĂ©couvertes, y a eu tous les angles qu’il fallait pour que je puisse arriver et ĂȘtre fort, dans tous les sens du terme, mentalement, physiquement et musicalement parlant. Donc, franchement, je suis en accord avec tout ce qui concerne ma carriĂšre.
S : Il t’arrive de repenser Ă ces dĂ©buts ?
F : Bien sĂ»r. Surtout quand on a fait les 5 ans de MONSIEUR Ă la Cigale. C’Ă©tait un bon moment de nostalgie. Ce petit comitĂ©, avec mon public, j’ai kiffĂ© de fou. Je disais Ă mon Ă©quipe que j’avais probablement plus kiffĂ© La Cigale que Bercy.
S : Parce que ça t’a ramenĂ© Ă plus de sentiments personnels ?
F : Ouais, c’Ă©tait l’ambiance, c’Ă©tait vraiment une cĂ©lĂ©bration, c’Ă©tait une soirĂ©e, c’Ă©tait pas vraiment un spectacle, c’Ă©tait un concert avec mes gens. On re-kiffait le premier album, on chantait les sons ensemble, on s’ambiançait, on s’amusait. Je leur demandais quel son de l’album ils voulaient, et on le faisait. Bon aprĂšs, c’Ă©tait tellement la fĂȘte qu’ils m’ont tendu un piĂšge et au final on n’a pas pu respecter correctement les rĂšgles du concept du premier album. Donc on s’est retrouvĂ© Ă faire « Boucan » avec KeBlack. Mais sinon, c’Ă©tait trĂšs trĂšs trĂšs bon. Une cĂ©lĂ©bration. 1Ăšre ou 2Ăšme place de mes concerts Ă Paris.
S : Tes dĂ©buts, c’est aussi d’avoir Ă©tĂ© backer, avec S.Pri Noir, puis Lefa. Ă ce moment de ta vie t’as dĂ©jĂ envie de prendre ton envol ? Et d’ailleurs, t’as l’assurance nĂ©cessaire pour pouvoir le faire ? Ou alors tu kiffes juste l’instant ?
F : Je fais les deux. Parce qu’Ă ce moment, je suis dĂ©jĂ en train d’aller au studio et faire mes propres sons. C’est-Ă -dire qu’entre temps, mes sons sortent aussi. C’est juste qu’y a pas des vues de fou. C’est entre 2k et 10k vues. Donc il ne se passe rien Ă ce moment-lĂ . Mais, je fais le backer, je suis avec S.Pri., puis j’ai fait Lefa, donc 2 rappeurs que je kiffe, et je kiffais mes scĂšnes, mes festivals avec eux. Et Ă cĂŽtĂ© de ça, je vais au studio et je travaille pour moi.
S : Parce que tu sais aussi que tu veux aller ailleurs
F : Ouais, je sais que je vais finir par avoir la lumiĂšre pour moi, mais je ne sais pas quand ça va arriver. C’est juste ça.
S : Et tu savais quelle direction t’allais prendre artistiquement parlant ? Ou ça s’est fait au feeling ?
F : Ăa a Ă©tĂ© au feeling. Tu sais, ce que je fais lĂ , c’est pas nouveau pour moi. C’est nouveau pour les auditeurs qui me dĂ©couvrent petit Ă petit, mais pour moi c’est pas nouveau. Un son comme « My Salsa » ou mĂȘme « Bolingo », ou mĂȘme le concept de faire 2 sons en 1, ce sont des trucs que je faisais au dĂ©but, dans ma premiĂšre mixtape. C’est pas nouveau. C’est juste que ça a Ă©tĂ© beaucoup plus structurĂ© et mieux travaillĂ©. En mĂȘme temps, j’ai Ă©voluĂ©. Ma voix est diffĂ©rente. Mon Ă©criture est diffĂ©rente. Mon flow et mes mĂ©los sont diffĂ©rents. Mais ce sont les suites de mes dĂ©buts. C’est l’Ă©volution.
« Il faut toujours se renouveler »
S : Et aujourd’hui, avec le succĂšs que tu connais, t’as plutĂŽt tendance Ă vouloir expĂ©rimenter, ou Ă changer de temps Ă autre un ingrĂ©dient dans une recette qui finalement fonctionne dĂ©jĂ ?
F : Il faut toujours se renouveler. Essayer de visiter d’autres choses. Tester de nouvelles choses. Inspirer de nouvelles choses. Parce que faire toujours la mĂȘme chose, ça va saouler. Moi-mĂȘme, ça va me saouler. Donc, c’est bien d’avoir sa recette classique, ses secrets, mais il ne faut pas faire exactement la mĂȘme chose Ă chaque fois.
S : Il faut prendre et conserver le plaisir
F : Exactement. Sinon y a plus la magie. C’est tĂ©lĂ©phonĂ©
« Je suis totalement hip-hop »
S : T’as plusieurs casquettes, parce que t’es Ă©galement danseur Ă l’origine. Y a donc une approche trĂšs hip-hop, au sens culturel du terme, dans ta carriĂšre. Ăa veut dire quelque chose, « ĂȘtre hip-hop », pour toi ?
F : Je suis hip-hop, moi. Je suis totalement hip-hop. Que ce soit dans la danse, dans ma maniĂšre de m’habiller, ou dans certains codes. Je suis hip-hop. Je suis afro aussi. Mais je suis plus hip-hop qu’afro.
S : On parlait de nouveautĂ©s, d’expĂ©rimentation. Le hip-hop, quand il a fait sauter les codes, a fini par crĂ©er les siens, qui peuvent parfois ĂȘtre enfermants aussi. Est-ce qu’ĂȘtre hip-hop, c’est pas tout simplement apporter de la nouveautĂ© ?
F : C’est apporter de la nouveautĂ©, c’est ĂȘtre Ă l’aise avec soi-mĂȘme, c’est assumer ses codes, ses principes, son image, plein de choses. Parce que surtout de base le hip-hop c’Ă©tait dĂ©livrer des messages. C’est de l’Ă©motion, c’est plein de choses. Y a des nouveaux messages maintenant, on est moins sur une dĂ©marche politique, alors qu’Ă la base le hip-hop dĂ©marrait surtout de ça, exprimer des messages prĂ©cis sur la politique, la police, ou d’autres thĂšmes. LĂ , on est plus dans autre chose. Mon hip-hop Ă moi, c’est tout ce qui est good vibes. C’est la joie, les moments de vie. AprĂšs, bien sĂ»r, il y a les moments de tristesse, les moments forts, c’est plein de choses. Mais je vais d’abord exprimer la joie de vivre, le sourire, danser.
S : Ăa a aussi amenĂ©, tout ça, un cĂŽtĂ© mainstream au hip-hop. Y a pas un paradoxe quand le hip-hop, qui s’est battu pour ĂȘtre reconnu, se regarde dans le miroir, voit ce qu’il est devenu, et s’aperçoit ce qu’il a peut-ĂȘtre perdu en substance quand il est devenu la culture dominante ?
F : AprĂšs, qu’est-ce qui l’a rendu mainstream aussi ? Ce qui l’a rendu mainstream, c’est le public qui l’Ă©coute. C’est la force du public qui a Ă©coutĂ© de plus en plus, qui s’est Ă©largi, qui a fait que maintenant le rap est dans les musiques les plus Ă©coutĂ©es du monde. C’est ça qui a rendu le truc mainstream.
S : C’est devenu la culture dominante
F : Ouais, c’est ça. C’est comme le rap en France. Ăa a toujours Ă©tĂ© Ă©coutĂ©, mais c’Ă©tait pas Ă©coutĂ© Ă ce point-lĂ . Moi, j’ai pas cherchĂ© Ă ĂȘtre mainstream. J’ai fait ma musique, j’ai kiffĂ© ma musique, et aprĂšs c’est devenu populaire. On m’a mis dans la case mainstream, mais je suis pas allĂ© chercher cette case. Je fais mes sons Ă ma maniĂšre et je kiffe ma musique, et je veux que les gens la kiffent. Mais j’ai pas cherchĂ© Ă ĂȘtre mainstream. Par exemple, l’un de mes derniers sons, « Position », qui devient un tube. Si on me demandait mon avis avant, je ne le voyais pas devenir un tube. Ătre lĂ sur des grosses radios comme NRJ, ĂȘtre numĂ©ro 1, platine, rapidement comme ça, pour un son comme ça, de ce style lĂ , pour moi, ça ne pouvait pas ĂȘtre un tube comme ça l’est.
S : On parlait du mainstream, mais il existe une autre case, celle de « Pop Urbaine ». Ăa veut dire quelque chose ?
F : Pour moi, non. J’aime pas ce terme de pop urbaine.
S : C’est un terme qui ne vient pas du tout du monde du hip-hop
F : J’ai du mal avec le terme pop urbaine. On m’a dĂ©jĂ expliquĂ© plusieurs fois, mais je ne sais pas. Ăa passe toujours pas, « pop urbaine », pour moi
S : Le problĂšme vient de ceux qui ont inventĂ© le terme ? Parce que c’est pas le hip-hop qui a créé le terme « pop urbaine »
F : Non. C’est pas le hip-hop. Et si c’est de la pop urbaine, c’est pas du hip-hop
S : Donc, pour toi, on peut ĂȘtre tout Ă fait mainstream et continuer Ă ĂȘtre hip-hop, comme tu le disais
F : Je pense que oui. Bien sûr.
S : On peut parfois demander aux gens de faire leurs preuves, et s’il y avait la nĂ©cessitĂ© de prouver, tu l’as fait. Tu rappes dans de nombreux morceaux. Et quand tu chantes, c’est souvent avec des placements de rappeurs. Y a un cĂŽtĂ© trĂšs tout-terrain chez toi. T’as pour projet de faire un album 100 % rap ?
F : Franchement, je pense pas. Mais ça peut arriver qu’il y ait 2 ou 3 sons rap Ă l’avenir. C’est possible. Mais faire un album 100 % rap, non, je ne pense pas.
S : Qu’est-ce que t’aurais Ă dire Ă tes dĂ©tracteurs ? Par dĂ©finition, on ne peut pas plaire Ă tout le monde. Donc, il y a forcĂ©ment des gens qui vont trouver quelque chose Ă redire, Ă la fois sur ce que tu fais, mais aussi sur ton succĂšs
F : Moi, je leur dirais merci
S : Avec un rictus ?
F : Ouais (rires)
« Je suis pas un lover »
S : Pour certains, c’est peut-ĂȘtre l’image qui est un peu trop lisse, celle du lover qui rappelle un peu la variĂ©tĂ© française. Pourquoi t’as fait le choix de t’accrocher majoritairement au thĂšme de l’amour ?
F : Ouais, aprĂšs, c’est plus variĂ© qu’autre chose maintenant. Je suis moins lover, lover, lover. DĂ©jĂ que de base, dans ma vie en gĂ©nĂ©ral, je suis pas un lover, dĂ©jĂ . Je sais pas, j’ai plus d’inspi Ă Ă©crire ce genre de thĂšme
S : C’est quelque chose qui te parle
F : Ouais, c’est un truc qui est plus facile Ă raconter, je pense. PlutĂŽt qu’autre chose. Je prĂ©fĂšre exprimer des thĂšmes comme ça, qui arrivent plus dans la vie de tous les jours que dire des trucs qui arrivent juste quelques fois dans la vie. Ăa m’intĂ©resse pas de parler de drogue
S : J’avais posĂ© cette question Ă JoĂ© DwĂšt FilĂ©, qui parle beaucoup d’amour aussi. Je lui avais demandĂ© s’il n’avait pas peur de manquer d’inspi, aprĂšs avoir parlĂ© du manque, de la tromperie, de l’amour Ă©phĂ©mĂšre, de l’amour Ă©ternel, de la sĂ©paration, etc. Est-ce que, pour un artiste, la thĂ©matique est rĂ©ellement inĂ©puisable ?
F : J‘ai plusieurs thĂšmes en vrai, je varie maintenant. Des fois, y a de l’egotrip. Des fois, c’est juste des thĂšmes dansants. Des fois, c’est pas vraiment love. C’est juste…on parle d’une femme, mais c’est pas vraiment du love. C’est des phrases gĂ©nĂ©rales. AprĂšs, je pense que l’inspi sur l’amour, y en aura toujours, parce qu’il se passe tellement de trucs, en bien et en mal. Donc, il y aura toujours des trucs Ă raconter, je pense. Y a au moins 10, 20 maniĂšres de parler de la tromperie par exemple.
S : Tu penses que c’est aussi parce que t’essayes d’ĂȘtre sincĂšre et authentique que ça marche bien pour toi ? Les gens le ressentent ?
F : Je pense que ça aussi ça en fait partie. C’est dans les critĂšres de la rĂ©ussite. Chez moi y a pas de faute, tout est vrai, dans la maniĂšre de parler, quand on me voit dehors, sur scĂšne, sur les rĂ©seaux, mes paroles, ou mĂȘme dans ma maniĂšre d’utiliser un son. C’est pas calculĂ©, c’est naturel. Et c’est un truc que les gens ont beaucoup aimĂ© chez moi. Et moi-mĂȘme, je prĂ©fĂšre les gens naturels aux gens faux. J’ai du mal avec ça. MĂȘme pour faire des feats, j’ai besoin qu’il y ait un vrai feeling, qu’on se connaisse bien, qu’on s’entende bien, c’est pour ça que j’arrive Ă faire des feats avec beaucoup d’artistes, parce qu’ils n’ont pas de problĂšme avec moi et je n’ai pas de problĂšme avec eux. On discute bien. Il n’y a pas de carapace. Il n’y a pas une barriĂšre d’artistes. C’est vraiment des humains qui font leur mĂ©tier, qui est la musique
S : Et il se passe VRAIMENT quelque chose
F : Exactement
« Je peux merder, ça peut m’arriver»
S : Je faisais allusion en intro aux millions d’abonnĂ©s que tu as sur les rĂ©seaux. Est-ce que ça implique quelques responsabilitĂ©s en termes de valeurs qu’on peut vĂ©hiculer ?
F : Je vais te dire « malheureusement », parce que c’est pas voulu. Quand t’es public tu rentres dans un truc oĂč tu dois tout le temps faire attention Ă ce que tu dis. Mais moi, j’ai pas de problĂšme avec ça. Je prends en compte sans prendre en compte parce que je suis un humain aussi et je peux faire les mĂȘmes erreurs que quelqu’un qui n’est pas public. Je me dis que c’est pas parce que je suis public que je n’ai pas le droit Ă l’erreur. Vous n’allez pas me tomber dessus parce que je suis capable de dire la mĂȘme chose qu’une personne qui n’est pas connue. Ăa, c’est des trucs que je ne cautionne pas.
S : Mais t’es un peu plus surveillĂ©
F : Je te donne un exemple tout bĂȘte. Si je dis « j’m’en bats les couilles », et que quelqu’un qui n’est pas connu dit la mĂȘme chose, pour lui c’est pas grave, ça passe. Mais pour Franglish, « c’est abominable, je suis choquĂ©, c’est quelqu’un de vraiment vulgaire. Mais les enfants vont entendre et vont rĂ©pĂ©ter !! » Ăa, je ne valide pas, parce que pourquoi je ne pourrais pas ? Je ne suis pas Dieu non plus. Je ne suis pas le guide des humains. Je ne valide pas. Mais je l’entends et je comprends. Je prends en compte quand mĂȘme et je fais attention sur les rĂ©seaux sur des trucs que je n’aimerais pas que mes enfants refassent en voyant quelqu’un d’autre, tu vois, donc je prends en compte mais j’aime bien rappeler quand mĂȘme que, les gars, je suis quand mĂȘme un humain, avant d’ĂȘtre un artiste, je suis un humain, je suis pas un robot, je suis un humain, c’est-Ă -dire je peux merder, ça peut m’arriver. Je suis un humain.
S : Et le fait d’ĂȘtre un humain, ça t’impose un rapport de proximitĂ© avec ton public ou il y a une distance nĂ©cessaire et obligatoire Ă prendre avec lui, pour se prĂ©server aussi ?
F : Il faut toujours mettre un peu de distance, il faut pas donner 100% de sa vie au public parce qu’aprĂšs ils pourront se permettre de faire des commentaires sur ta vie, ils pourront se permettre de tout faire, tout et n’importe quoi. Ăa, c’est pas bon. Donc moi, je mets toujours une limite dans ça
S : Artistiquement, il y a une part de stratĂ©gie dans le fait de parler d’amour ? Parce que le thĂšme est universel, et touchera forcĂ©ment un grand nombre de personnes, ce qui permet au passage de limiter les risques dans la prise de parole.
F : Non, y a pas de stratĂ©gie sur ça. Comme je t’expliquais tout Ă l’heure, c’est un sujet comme ça, tu vois, c’est le thĂšme qui me vient le plus facilement
S : Mais c’est aussi le moins risquĂ©, non ?
F : Ăa peut l’ĂȘtre aussi, ça dĂ©pend comment tu parles de l’amour, tu peux parler de l’amour et sonner vulgaire. Ouais. Ăa peut ĂȘtre risquĂ© aussi
S : Je faisais plutĂŽt allusion Ă l’engagement. Est-ce que le rap actuel manque d’engagement par rapport au rap des gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes ?
F : Bien sĂ»r, oui, c’est sĂ»r. AprĂšs, la gĂ©nĂ©ration a changĂ©. Maintenant, ils ont plus envie kiffer leur vie sans rentrer dans des trucs politiques.
S : Comment t’expliques ça ? Parce que les problĂšmes existent toujours
F : Y a plein de choses qui ont changĂ© comparĂ© Ă avant. Y avait pas internet, y avait pas l’ouverture au monde comme ça. Internet permet de voyager plus facilement dans la tĂȘte, et avant on voyageait uniquement pour de vrai. Tu traĂźnes sur TikTok, tu vois 5-6 vidĂ©os, y a une vidĂ©o qui vient de Chine, y en a une qui vient du Japon, y en a une qui vient de ThaĂŻlande, l’autre qui vient d’Afrique, l’autre qui vient d’une partie d’un autre coin d’Afrique. Tu vois, ça va vite. AprĂšs, tu vois ce truc-lĂ , t’as envie d’y aller. Tu vois, ça va vite. Mais je te rejoins sur ce manque d’engagement
« Tu ne peux plus juste donner ton avis »
S : Ce qui m’intĂ©resse, c’est aussi d’avoir cet aspect qu’on a trĂšs peu de Franglish, Ă savoir : ton regard sur la sociĂ©tĂ© actuelle. Savoir si t’arrives Ă t’indigner ou Ă t’insurger contre des choses qui te rĂ©voltent
F : Y a pas mal de trucs qui me surprennent. Il y a certaines rĂšgles avec lesquelles je ne suis pas d’accord, j’ai un peu de mal. Mais vu que maintenant on est rentrĂ© dans une Ăšre oĂč dĂšs que tu donnes ton avis, c’est soit tout rouge, soit tout bleu, t’as plus vraiment le droit de donner ton avis. Soit on t’oblige Ă avoir un avis sur un truc, soit on t’oblige Ă valider un truc. Si tu ne valides pas, ça veut dire que tu dĂ©testes
S : Surtout si t’es une personne publique
F : Dans cette nouvelle Ăšre, ce qui me dĂ©range, c’est que tu ne peux plus juste donner ton avis. Si tu donnes ton avis, c’est soit t’aimes, soit tu dĂ©testes. Alors que c’est pas vraiment ça. Tu peux donner ton avis sur un truc, et ça ne veut pas dire que t’aimes pas. Par exemple, on peut te mettre Ă la tĂ©lĂ© et te demander ce que tu penses du dernier son de Franglish. Peut-ĂȘtre que t’Ă©coutes du Franglish, mais t’aimes pas ce dernier son. Si Ă la tĂ©lĂ©, tu dis que t’aimes pas ce son, ils vont transformer le truc comme si tu dĂ©testais Franglish. C’est dans ça qu’on est rentrĂ© maintenant. C’est pour ça que maintenant, tout ce qui est avis comme ça, de sociĂ©tĂ©, etc., je ne le donne plus, parce que j’ai trop la flemme de devoir me justifier aprĂšs pour faire comprendre que c’est juste ça que j’aime pas et pas tout l’ensemble.
S : Mais en mĂȘme temps, tu disposes d’un haut-parleur avec ce que tu fais, Ă la fois via les rĂ©seaux, mais aussi en tant qu’artiste
F : C’est pour cette raison-lĂ que je ne veux pas le faire. Parce que maintenant, on est tellement rentrĂ© dans un truc oĂč tout le monde dĂ©forme tout, oĂč on joue vite sur les mots. On en rajoute trop pour rien. On utilise des grands mots pour des petites choses.
S : Donc, ça représente une vraie prise de risque que de prendre la parole pour toi
F : VoilĂ .
S : Tu penses que le succĂšs peut mettre dans une bulle ?
F : Pour certains, oui, ça peut.
S : Pour toi ça n’a pas Ă©tĂ© le cas ?
F : Il faut avoir le bon entourage. Pour moi, le succĂšs, au niveau mental, ça m’a rien fait. Juste je kiffe ce qui se passe. Mais la partie « star » ou « superstar » ou quoi que ce soit, qui t’enferme, non, ça m’est pas arrivĂ©.
S : Parce que c’est ce qui fait rĂȘver les gens aussi, tout le cĂŽtĂ© starisation, avec ce que ça implique. Ils voient le succĂšs, mais aussi l’argent qui va avec. Tu penses qu’aujourd’hui, la quĂȘte principale, chez la plupart des gens, c’est le matĂ©riel ? Y compris quand on n’a pas connu le manque.
F : Moi, mes objectifs, c’Ă©tait de faire de la bonne musique et que les gens kiffent ma musique, et pouvoir faire le tour du monde, pouvoir faire des concerts partout. Vraiment des gros zĂ©niths, des gros festivals, des grosses salles et tout, partout. C’Ă©tait ça. Et de pouvoir vivre de mes rĂȘves. Donc, oui, Ă©videmment, l’argent qui va avec, mais pour la famille par exemple. C’Ă©tait mon objectif. J’Ă©tais pas Ă la recherche d’ĂȘtre une star.
S : C’est venu comme ça en fait
F : J’ai eu la chance d’avoir un talent. Je kiffe la musique, je suis passionnĂ© de musique. J’ai envie que ça marche, de faire des concerts de fou avec ma musique, que le public kiffe ma musique, qu’on arrive Ă avoir des disques d’or avec la musique, qu’on fasse des zĂ©niths, des Bercy etc. On fait une date lĂ -bas, une date lĂ -bas, et c’est rempli.
S : Mais au dĂ©part, c’Ă©tait pas gagnĂ© parce que t’es un ancien trĂšs grand timide. Y a une forme de revanche sur la vie dans tout ce que tu fais ?
F : J’ai du me crĂ©er une fausse assurance, qui est devenue rĂ©elle au final, pour enlever cette timiditĂ©-lĂ . Parce que sinon, ça allait ĂȘtre perdu d’avance. Si j’avais la mĂȘme timiditĂ© que j’avais quand j’Ă©tais Ă l’Ă©cole, Franglish n’aurait pas pu exister
S : Justement, GĂ©dĂ©on, le grand timide, est un jour devenu Franglish, surnom qui te vient des gens de ton quartier. Ăa t’a sauvĂ© de devenir FRANGLISH ?
F : Franchement, ça m’a sauvĂ©. Ăa m’a sauvĂ© de plein plein de choses. Et ça m’a permis de rendre fiĂšre ma famille et mĂȘme de nourrir ma famille
S : La naissance de tes enfants a été un moteur de plus dans ta carriÚre ?
F : Au moment oĂč tu me parles de mes enfants, y a mon petit qui est en train d’arriver, qui est en train de me regarder. « Dans combien de temps t’arrives ? ». T’as vu la synchro ? (rires)
S : Incroyable !
F : Et donc, ouais, c’est un moteur. C’est une rĂ©ussite. C’est la paix. C’est un bol d’air. C’est trop bien. Je te jure, c’est trop bien d’ĂȘtre parent. Trop bien.
S : Au dĂ©part, t’es ce gars qui a arrĂȘtĂ© l’Ă©cole trĂšs tĂŽt parce qu’il n’arrivait plus Ă rester en place et Ă fournir les efforts. Et aujourd’hui, t’es ce mec disciplinĂ©, travailleur et hyper productif. Qu’est-ce que tu pourrais dire aux Ă©lĂšves qui remuent du cul sur leur chaise ?
F : Je leur dirais…n’hĂ©sitez pas Ă aller au bout de vos projets si vous avez un projet. Croyez en vous. Beaucoup de travail. Ăcoutez les conseils. Ne vous mettez pas en tĂȘte que l’Ă©cole ça ne sert Ă rien parce que c’est pas vrai. Ăa sert toujours. AprĂšs, pour certains talents, certains projets, oui, l’Ă©cole ne rentre pas en phase. Mais ne jamais se mettre en tĂȘte que ça ne sert Ă rien parce que c’est pas vrai. Et sinon…il ne faut pas hĂ©siter. En fait, n’ayez pas peur de rĂȘver. Si vous n’avez pas peur de rĂȘver, il va falloir se mettre en tĂȘte que pour rĂ©aliser le rĂȘve en question, c’est beaucoup de travail, beaucoup de patience et beaucoup de mental.
S : On va conclure sur ces bonnes paroles. Je te remercie beaucoup, Franglish. Ă trĂšs vite !
F : Merci Ă toi Scolti
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