DES GRILLZ ET DES LETTRES : « KISDÉ »

Parmi les mots du dictionnaire urbain, nombreux sont ceux qui ne passent pas l’épreuve du temps et dont l’usage tombe rapidement en désuétude. Sans raison apparente, d’autres perdurent et se font adopter par chaque génération. C’est le cas de notre mot du jour : Kisdé.

Les plus cultivés l’auront déjà, un « kisdé » c’est un flic. Le mot vient du verlan déformé de « déguisé » (guise-dé, kisdé ou bien de la contraction de « qui se déguise »). Une autre origine possible serait celle de la déformation du mot gitan « clisté » qui veut dire « flic ». 

Si vous avez eu un frisson à la lecture de ce mot, c’est soit que vous avez quelque chose à vous reprocher, soit qu’il vous rappelle un classique discret du rap français ; le morceau Voilà Les Kisdés de Bo Profet, sortie en 1996 sur la compilation Les Cools Sessions 2 de Jimmy Jay. Ce titre s’inscrit dans une esthétique de rap anti-police, exercice stylistique très prolifique dans les 90’s.

Dans ce morceau, il y a un très identifiable  « Bouh ! Bouh ! C’est pas bon y’a la police » qui n’est pas sans nous rappeler l’emblématique hallucination auditive  « Ouh ! Ouh ! Assassin de la police » entendue dans Nique la police de Cut Killer. Car oui, pour ceux qui ne le savent peut-être pas, ce célèbre titre issu de la bande-son de La Haine de Mathieu Kassovitz sample en réalité la phrase « That’s the sound of da police » interprétée en 1993 par le rappeur new-yorkais KRS-One.

À coup sûr, une telle confusion ne pourrait fonctionner avec le mot « Kisdé » bien trop ancré dans un verlan français. Néanmoins, on peut être sûr que les discours anti-police dans le rap ne sont pas prêts de s’éteindre ce qui permet, d’une part, de faire vivre tout le vocabulaire qui le constitue, et d’une autre, de lutter par le biais de la culture contre les dérives d’un système qui ne se cache plus d’être discriminatoire, raciste et autoritaire.

Gaspard 


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