S’il y a bien une plume dans le rap français qui s’élève plus haut que les autres, c’est celle d’Asinine. Son EP La Jetée aura fini par s’imposer comme l’un des plus beaux projets de 2025, ce qui lui aura notamment permis de (très) rapidement sold-out sa première Cigale qui s’est déroulée ce 5 février.
Rappeuse marseillaise qui préfère nous raconter la grisaille intérieure plutôt que les dimanches ensoleillés des Goudes, Asinine a construit, pas-à-pas, une œuvre éminemment personnelle et dont la profondeur et l’esthétique s’étoffent un peu plus à chaque opus. Avec une discographie encore limitée et sans collaborer avec d’autres interprètes, elle s’est créée une communauté de fans investis qui lui prêtent aujourd’hui une parole d’évangile et qui, comme elle, communiquent en poèmes.
Même si son écriture la place déjà aux côtés d’Alain Bashung et de Jacques Prévert, il ne faut pas oublier le travail musical et les productions électroniques signées majoritairement par son acolyte Briac Severe. Surfant avec les codes de la trap et de l’horrorcore, il développe une fresque musicale sur laquelle le spleen fondateur d’Asinine vient prendre racine. L’imagerie a récemment pris un tournant cinématographique qui n’est pas tant étonnant quand on sait que le titre de son EP La Jetée fait référence au célèbre film de Chris Marker de 1962.
Si vous n’êtes toujours pas convaincu, je peux ajouter que ce qui est peut-être le plus touchant chez Asinine, c’est son interprétation qui reste extrêmement pudique avec une maitrise bien singulière des codes du mumble rap. La puissance de son écriture réussit à nous faire parvenir des images et sensations fortes dès la première écoute et toutes les suivantes permettront de plonger dans une intériorité faite de débris de souvenirs et d’hypersensibilité paralysante. Paradoxalement, c’est peut-être ce qui nous rend le plus vivants.
Gaspard
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