Scolti : Salut BEN PLG, bienvenue chez SKUUURT. NumĂ©ro spĂ©cial Nord, donc BEN PLG, artiste inĂ©vitable et incontournable. Tu marques de ton empreinte depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ le rap nordiste, et pas que. J’ai dit âartisteâ au lieu de rappeur, parce que je trouve que le mot rap est rĂ©ducteur en ce qui te concerne. Et j’ai l’impression que ton art, c’est la vie, et que le rap, c’est juste une branche de ton arbre.
BEN PLG : J’ai tendance Ă pas trop aimer les phrases du style « je suis pas un rappeur, je suis un artiste ». Je suis un rappeur. Franchement, je pense que j’essaie de raconter ma vie un maximum dans ma musique, tu vois. Mais en tout cas, je le fais sur mon canal. Le principal, c’est le rap. Mais merci pour tout ce que tu as dit. C’est super sympa
Mais tu ne fais pas que ça, en vĂ©ritĂ©. Et tu n’es pas que ça. C’est pour ça que je dis que ça pouvait peut-ĂȘtre ĂȘtre un peu rĂ©ducteur. C’est ton parcours de vie durant lequel tu as vĂ©cu 1000 expĂ©riences qui t’empĂȘche peut-ĂȘtre d’ĂȘtre uniquement focus sur le rap ?
B. : J’ai l’impression, tu sais, de faire surtout passer mes messages au travers du rap. J’ai l’impression d’ĂȘtre un rappeur, je donne du rap. Tu trouves que je donne quoi d’autre ?
Je fais allusion, entre autres, aux Repas de Famille, qui est un format original, qui te ressemble vraiment. Je voulais savoir notamment dans ce format-lĂ , ce que tu cherches Ă faire et Ă dire Ă travers ce projet ?
B. : C’est vrai que t’as raison, on propose des fois d’autres choses, mais c’est plus dans le sens oĂč je m’Ă©clate Ă me dire que plutĂŽt que de faire des choses classiques, je vais crĂ©er ma petite Ă©mission pour promouvoir moi-mĂȘme, plutĂŽt que d’attendre de participer Ă une Ă©mission qui me plaĂźt, alors que j’ai la capacitĂ© de l’organiser. J’ai un peu ce caractĂšre-lĂ , un peu fĂ©dĂ©rateur. Et donc, gĂ©nĂ©ralement, j’aime bien avoir des petites idĂ©es comme ça, faire des choses qui me ressemblent, on va dire des Ă -cĂŽtĂ©s.
C’est justement pour ça que je soulignais cet aspect. J’ai l’impression que ça s’inscrit dans la lignĂ©e de la vĂ©ritĂ©, de la sincĂ©ritĂ© et de l’authenticitĂ© qui ressortent de tes textes. Tu penses que ces termes-lĂ , vĂ©ritĂ©, sincĂ©ritĂ©, authenticitĂ©, ce sont des caractĂ©ristiques du rap nordiste ?

B. : MmmmâŠBonne questionâŠOuais, quand mĂȘme. C’est vrai. En fait, de base, c’est des caractĂ©ristiques du rap.
Si on ne prend pas en compte ceux qui s’inventent des vies
B. : Ouais, c’est ça. Mais de base, c’est ça. Dans les annĂ©es get up (rires), on Ă©tait dans celle-lĂ . Mais c’est vrai que dans le Nord, il y a quand mĂȘme un truc trĂšs authentique, trĂšs sincĂšre chez tout le monde, ouais c’est vrai, ça fait plaisir.
Il y a des qualificatifs qu’on pourrait ajouter Ă cette liste ?
B. : Je pense qu’authentique, c’est le meilleur terme. Parce que âvĂ©ritĂ©â, je trouve que c’est un peu… C’est plus le mot âvĂ©ritĂ©â…Ce mot est grave, il a une gravitĂ©. Chacun a sa vĂ©ritĂ©
J’ai pas dit âvĂ©ritĂ© universelleâ
B. : Je sais, je sais. Je te donne juste mon point de vue. L’authenticitĂ©, je trouve que c’est bien. Tâes authentique, tu viens comme tâes. C’est pour ça que j’ai fait Repas de famille. Je disais souvent que quand j’invite un mec en feat, c’est un peu comme si je l’invitais Ă manger chez moi, dans le sens oĂč il faut que je trouve que ce soit une bonne personne. Je n’ai pas envie d’inviter un trou de balle, un mec avec qui je ne me sens pas Ă l’aise. Ouais franchement, dans le Nord, on est bien authentique
Est-ce que âintimisteâ pourrait s’ajouter Ă la liste, et âengagĂ©â aussi ?
B. : Oui, bien sûr
Ce sont des questions que j’ai posĂ©es Ă BEKAR aussi, pour voir un peu les diffĂ©rents points de vue
B. : Intimiste, pour moi, c’est plus pour dĂ©crire un moment, pour dĂ©crire une musique, mais c’est sĂ»r quâen tout cas, les artistes du Nord parlent d’eux. Mais bon, le rap en gĂ©nĂ©ral fait ça, tu vois. EngagĂ©, pour moi, c’est un autre point de vue, il y a des mecs du Nord qui font de la musique pas forcĂ©ment engagĂ©e. Chacun est libre de s’engager Ă la hauteur qu’il veut
Et concernant l’engagement, est-ce que tu te surprends parfois Ă t’auto-censurer ? Ou est-ce que tu laisses juste aller ta plume ? Est-ce qu’il t’est dĂ©jĂ arrivĂ© d’Ă©crire un truc et de te dire « Non, ça, j’y vais pas »
B. : Non, moi, tant que j’aime bien ce que je dis et que ça me fait plaisir, je le dis. Mais il faut aussi se dire que personne nâa de vĂ©ritĂ© universelle, et que des fois tâĂ©cris des trucs que ce soit dans lâengagement ou pas, et tu te dis âah, je ne suis plus dâaccord avec ce momentâ. Jâessaye dâĂ©crire des trucs avec lesquels je serai dâaccord dans 5 ans.
Tâes reconnu pour ta qualitĂ© d’Ă©criture. C’est une autre caractĂ©ristique, que d’attacher de l’importance au texte ?
B. : Dans le Nord ? Nan, y en a qui écrivent avec leur cul, gros
Ouais ? Mais ça, on n’a pas le droit de le dire, si ? (rires)
B. : Pourquoi tu ne le dirais pas ? On ne va pas se sucer indéfiniment
On est d’accord. On est d’accord, mais c’est parce que je trouve qu’il y a vraiment des plumes dans le Nord, et il y en a plusieurs
B. : Ouais, mais il y en a partout. Bien sĂ»r, il y a des belles plumes, mais en vrai⊠en vrai c’est vrai, y a des sacrĂ©es belles plumes. Un NOBODYLIKESBIRDIE, un BEKAR, un JAYMEE, ça raconte des belles choses. Un VEERUS, Ă Dunkerque. Il y a quand mĂȘme des gens qui Ă©crivent bien ouais
On a EESAH YASUKE aussi
B. : Câest vrai, câest bien de le dire
L’Ă©criture, c’est ce qui permet de durer ?
B. : TrĂšs bonne questionâŠ
Parce que si ton écriture était éclatée, tu ne ferais pas long feu, finalement
B. : Ouais, aprĂšs, oui et non. Moi, je dirais plus que c’est les Ă©motions que tu transmets. Et donc, l’Ă©criture, c’est quand mĂȘme un bon moyen pour transmettre des Ă©motions. Mais il y a des morceaux Ă©crits avec les pieds qui ont traversĂ© les Ă©poques, parce quâils transmettaient des belles Ă©motions. En fait, bien Ă©crire, ça ne veut pas dire avoir une Ă©criture sophistiquĂ©e. Il y a des choses…par exemple, la sĂ©rie de freestyles Sheguey de GRADUR est bien Ă©crite, elle dure dans le temps, mais y a des gens qui diraient que câest pas âbien Ă©critâ. Je trouve aussi que HAMZA Ă©crit bien, il Ă©crit simplement, et de maniĂšre trĂšs efficace. Je me situe souvent au milieu, jâai pas une opinion tranchĂ©e, je vais souvent voir le beau chez les gens en fait.
TâĂ©cris en dehors des raps ?
B. : Des listes de coursesâŠ
(Rires)
B. : âŠdes listes d’invitations Ă des anniversaires
Des choses comme ça, ouais
B. : Ouais, mais sinon, je n’Ă©cris pas d’autres choses. Des scĂ©narii, des trucs comme ça ? Ah si câest vrai ! LĂ j’Ă©cris un petit truc en plus pour faire plaisir aux fans sur ma prochaine tournĂ©e, mais c’est des trucs annexes. Je ne suis pas en train de te dire que j’Ă©cris pas un bouquin ou un film.
OK. Chez toi, il y a cette qualitĂ© d’Ă©criture, mais il y a aussi la musique, souvent servie par MURER et LUCCI’. Quelle est leur importance dans ton parcours ?
B. : Je rencontre Martin, MURER, en 2018, Ă un moment oĂč je suis un peu au point mort, dans le sens oĂč, voilĂ , je n’ai plus trop de…je ne sais pas, je suis Ă une espĂšce de fin d’un truc, quoi. Et puis…bah on s’est un peu construit ensemble en terme d’identitĂ© musicale, MURER c’est quasiment mon double, quoi, tu vois, il traduit presque littĂ©ralement ce que j’Ă©cris en musique, il y a un truc trĂšs trĂšs complĂ©mentaire. Et LUCCI’, il a quasiment la mĂȘme importance, mais il est arrivĂ© un peu plus tard, un an aprĂšs. Et du coup, j’avais dĂ©jĂ commencĂ© Ă me construire artistiquement, et il m’a amenĂ© vers d’autres choses aussi. J’ai appris d’autres choses avec lui. Donc, c’est vraiment les deux mecs avec qui j’ai appris Ă faire de la musique. Et tu peux rajouter Le CamĂ©lĂ©on, qui nâest pas originaire de Lille, mais qui y est, et qui est super fort.
Oui, aussi, c’est vrai. Et je ne savais pas du tout quâil Ă©tait installĂ© Ă Â Lille
B. : Pas trĂšs loin
OK ! En plus de l’Ă©criture et de la musique, chez BEN PLG, il y a aussi l’interprĂ©tation. Ăa t’est apparu comme Ă©vident et naturel d’incarner tous tes morceaux ? Ou alors tu t’es dit que ça pouvait te dĂ©marquer de le faire ?
B. : Nan, tu sais, tâessayes plein de trucs et tu dis ah c’est pas mal, c’est pas mal. Mais j’ai jamais commencĂ© quelque chose en me disant ça, ça va me dĂ©marquer. Juste, fais la musique le plus naturellement possible. Au dĂ©but, je voulais juste faire une musique qui me plaise et en gros faire ce que j’avais sur le cĆur, tu vois. Je ne me suis pas dit âje vais me dĂ©marquer.â Quand tu commences, tu te dis juste…bon allez, on va essayer de faire un bon son, quoi. Et puis, moi, c’Ă©tait comme s’il y avait quelque chose de nĂ©cessaire. J’avais besoin de rapper, j’avais besoin de rĂ©ussir Ă faire un album, j’avais besoin de rĂ©ussir Ă mener au bout quelque chose. Je me sentais animĂ© de ce truc-lĂ

J’ai commencĂ© Ă me pencher rapidement sur toi, de loin, aprĂšs que ma fille se soit retrouvĂ©e sur la pochette de Parcours AccidentĂ©, mais sans creuser plus que ça. Jusqu’Ă ce que je tombe par hasard, une nuit, sur ton passage chez Oxmo, dans BĂątiment B, oĂč lĂ , tu m’as rĂ©ellement retournĂ©. De mĂ©moire, c’Ă©tait un piano-voix, je crois
B. : Ouais, c’Ă©tait avec Le CamĂ©lĂ©on
Et donc lĂ , tâĂ©tais dans l’interprĂ©tation pure, et c’est lĂ oĂč je me suis dit que tâĂ©tais bien plus qu’un rappeur. C’est comme ça que tu te vois ?
B. : Non, je suis un rappeur ! Moi, j’aime le rap. Le rap, c’est ça ! Tu vois, SALIF, quand il chante Elle est partie, il est en pĂ©tard, mais il rappe. Il rappe bien. (rires) Mais ce n’est pas plus qu’un rappeur. Tâas vu, le rap, ça a Ă©tĂ© une culture pas respectĂ©e. Ce n’est pas pour, quand tu maĂźtrises ton art au top, dire : ça y est, maintenant je suis un super rappeur, donc je ne suis plus un rappeur. Non, je suis un bĂȘte de rappeur, je suis un rappeur. Pas de souci, je fais des morceaux de rap, je peux chanter, je peux faire des morceaux qui sont plus des chansons, mais je reste un rappeur. Mais tout ça pour te dire que j’avais adorĂ© moi ce moment-lĂ , cette performance piano-voix
CâĂ©tait trĂšs fort
B. : Merci beaucoup
Il y a donc l’Ă©criture, la musique, l’interprĂ©tation et il reste Ă©videmment la scĂšne sur laquelle tâes trĂšs gĂ©nĂ©reux. La scĂšne, c’est l’aboutissement ou c’est une branche de plus ?

B. : C’est la rĂ©compense. Alors forcĂ©ment, on va dire que ça fait partie d’une des disciplines, ça fait partie du boulot. Dans le sens oĂč, lĂ par exemple, je suis en train de faire un album, et quand je l’aurai fini, je vais bosser la scĂšne. Mais il y a un cĂŽtĂ©… Comment dire ? Moi, je le vois comme le moment plaisir. Faire un album, faire de la musique, c’est beaucoup de questionnements, beaucoup de moments avec soi-mĂȘme. AprĂšs, tu dois sortir ton album, c’est une autre paire de manches. Et lĂ , la scĂšne, c’est : Allez, ça y est, t’es sur scĂšne, il n’y a plus d’enjeu. Je dis souvent que c’est un match de foot que tu joues mais qui est dĂ©jĂ gagnĂ©. Les gens sont lĂ , ils sont contents d’ĂȘtre lĂ . T’es lĂ , t’as juste Ă raper, kiffer avec les gens
Tu pourrais potentiellement les dĂ©cevoir. Ăa arrive d’aller voir des artistes sur scĂšne qui nous déçoivent alors qu’on les Ă©coutait.
B. : Je sais que je ne déçois pas
(rires)
B. : Nan mais en vrai, Ă partir du moment oĂč tu travaillesâŠ
T’es confiant
B. : Et il y a un truc d’ego aussi Ă ce moment-lĂ , c’est que j’ai envie de faire un bon concert. Je pense que j’ai fait tellement, Ă un moment dans ma carriĂšre, des petites premiĂšres parties, des choses comme ça, qu’en fait, Ă un moment, du coup, tu prends cette habitude de dire : il faut convaincre. Alors au final, aprĂšs, quand la salle est pleine pour toi, t’as mĂȘme plus Ă convaincre. Mais lĂ , c’est juste que j’ai envie de les faire kiffer, tu vois. Alors, tu sais, on est quand mĂȘme dans une industrie oĂčâŠdans une ville comme Lille par exemple, il doit y avoir 6 concerts par semaine, bah jâai envie dâĂȘtre le meilleur de cette semaine lĂ , voire le meilleur de ces 5 derniĂšres annĂ©es, tu vois !
Si je veux vraiment faire le tour, je peux aussi Ă©voquer la crĂ©ativitĂ© que tu mets dans ta promo oĂč on sent une vraie volontĂ© Ă la fois de s’amuser et de faire parler. Ăa t’Ă©clate de rĂ©flĂ©chir Ă toutes ces petites idĂ©es qui traĂźnent ?
B. : Bien sĂ»r ! Je suis un fan de rap de base, je suis un mec qui aime le rap. Et quand j’Ă©coute, je me dis souvent, si j’Ă©tais le moi adolescent, et que j’Ă©coutais BEN PLG, qu’est-ce qui me ferait kiffer ? LĂ , c’est comme si j’Ă©tais dans Les Sims et que je pouvais m’amuser Ă crĂ©er des trucs, Ă faire des trucs marrants. Je me dis : c’est bien. Et en plus, je suis en indĂ©pendant. Donc, le fait d’ĂȘtre indĂ©, en vrai, je peux vraiment faire ce que je veux. Je fais ce que je veux, gros. Tu verras, les prochains trucs qu’on a imaginĂ©s, pareil, il y a des grosses surprises. Ăa m’amuse, quoi. Je veux rigoler (rires)
En tout cas, tout ça, ça fait de toi un mec complet dans le game. Comme qui d’autre, en vĂ©ritĂ© ?
B. : Rah, c’est pas Ă moi de le direâŠChacun Ă sa maniĂšre ! (rires)
Tâas le cul entre deux chaises, entre l’ego et l’humilitĂ©, j’ai l’impression.Â

B. : Ah, pas tant, non, mais comment dire ? En fait je suis content de mon travail et je suis fier de ce que je fais. Mais aprĂšs, c’est pas Ă moi de dire âLui il fait comme moiâ. En fait, dire quelqu’un c’est oublier quelqu’un d’autre. Je prĂ©fĂšre me dire, vas-y, ils font ce qu’ils veulent, moi je regarde, je trouve que c’est bien. Les autres rappeurs, je les encourage, je les vois comme des partenaires. Tout ça c’est pas une course, on peut tous arriver Ă la ligne d’arrivĂ©e. Moi j’applaudis tout le monde, arrivez Ă la ligne d’arrivĂ©e ! Et je vous baise ! (rires)
Ouais, parce qu’il n’est pas impossible, justement, que tu sois le meilleur Ă la fin. Est-ce que c’est l’objectif, ou alors c’est juste un bilan qui se fait en fin de parcours?
B. : Quand je disais pour rigoler âjâvous baiseâ, c’est que je pense que l’ego, c’est un moteur. Et dans le rap, il y a ce truc lĂ , il y a quand mĂȘme ce truc, tu vois ?
Et de se challenger
B. : Ouais, c’est ce qui fait plaisir Ă tout le monde. LĂ , tu regardes un freestyle, il y a 8 mecs, en vĂ©ritĂ© t’as envie de dire qui c’est qui coupe la tĂȘte des 7 autres. Et je pense que moi, j’ai quand mĂȘme ce truc-lĂ . Quand j’Ă©coute un mec qui est chaud, je me dis que ça me donne envie de faire des trucs pour me surpasser. C’est un moteur qui est cool, c’est une compĂ©tition saine, normale. Vraiment comme la boxe. Tu tâes battu contre un mec, tu sais qu’aprĂšs il s’entraĂźne comme un fou, ça te donne envie de t’entraĂźner. Et tu ne lui veux pas de mal, c’est un cĂŽtĂ© un peu cool. Moi vraiment, dans ma carriĂšre, par exemple, le fait de rencontrer d’autres artistes qui se dĂ©veloppent, de voir les mecs qui lĂąchent pas le steak, qui continuent Ă avancer, c’est motivant. On en parle souvent avec BEK, parce que ça commence Ă faire un moment qu’on se dĂ©veloppe conjointement et, on parle de nos expĂ©riences, ça nous motive l’un et l’autre. Ah, t’as fait ça ? putain stylĂ©, moi, j’ai fait ça ! Et ça, ça fait du bien. Ăa permet d’avoir des repĂšres dans son Ă©volution, donc c’est chanmĂ©. Ăvidemment, il y a de l’ego, mais c’est logique d’avoir de l’ego et de l’humilitĂ©, c’est le propre de l’ĂȘtre humain.
On va rester un peu sur l’ego. En quoi tu penses, toi, contribuer Ă ce regard qui change sur Lille et sa mĂ©tropole niveau rap ? C’est quoi la pierre de BEN PLG ?Â
B. : C’est une bonne question. Tu sais, c’est bĂȘte, mais je fais partie d’une gĂ©nĂ©ration oĂč on a mis vraiment du nombre. Tu vois, genre, dans les annĂ©es 2010, il y a eu GRADUR. Au dĂ©but, il n’y avait que lui. C’Ă©tait un phĂ©nomĂšne isolĂ©. C’Ă©tait LE rappeur du Nord. Aujourd’hui, il y a une vraie scĂšne. Et je fais partie des premiĂšres nouvelles tĂȘtes, avec BEK, STO, Ă avoir Ă©mergĂ© Ă ce moment-lĂ . Donc ça, c’est vrai que c’est stylĂ©, parce que quand je rencontre des jeunes artistes aujourd’hui, des mecs de 18 piges qui commencent le rap Ă Lille, ils se disent : on peut percer
Alors qu’avant, c’Ă©tait pas possible
B. : Ă 18 ans, je ne le disais pas ! On n’avait pas d’exemple de rĂ©ussite. Maintenant, les mecs se disent : non, mais en vrai, je peux percer, normal. Ils ont dĂ©jĂ des managers et tout. Et ça, c’est chanmĂ©. Je pense qu’on leur a permis de se dire : OK, d’accord, en fait, c’est possible. Et du coup, je pense que c’est la plus belle pierre en vrai. Et puis aprĂšs, quand tu croises des gens, quand tu fais des concerts, je sais pas, cet Ă©tĂ©, j’ai jouĂ© au Main Square Festival, il y avait vraiment beaucoup de monde. T’es pas dans ta ville, Lille, t’es dans le Pas-de-Calais, c’est un festival, il y a plein d’autres artistes, mais il y a quand mĂȘme vâlĂ du monde qui vient me voir, qui connaĂźt, qui chante, qui est fier… tu te dis, ah ok, chanmĂ©. Les gens de la rĂ©gion, ça les fait kiffer. Ils se sentent reprĂ©sentĂ©s. C’est kiffant. Quand je vois la GrĂŒnt 59, en vrai on a fait kiffer.
Ăa a marquĂ© les esprits
B. : Ăa, c’est cool. On se le disait avant de la tourner. Je leur disais, les gars, c’est quelque chose. C’est un symbole. Il n’y avait rien dans la rĂ©gion. Et lĂ il y a trois mecs, je viens de Tourcoing, STO de Lille, BEKAR de Roubaix, ces 3 mecs font une GrĂŒnt ensemble, et ça dĂ©chire ! Je pense quâil y a un petit cĂŽtĂ© fiertĂ© des gens, et on nâest jamais assez fier dâĂȘtre dâoĂč on est.
Je parlais de la scĂšne sur laquelle on retrouve tous les ingrĂ©dients de BEN PLG, l’Ă©motion, le partage, l’Ă©nergie, la joie. Et je voulais savoir si tu trimballais aussi de la colĂšre.
B. : Ouais, des fois je suis en colĂšre. Ouais
Contre quoi ?
B. : (rires) PouahâŠContre quoi je suis en colĂšre ? Bah…Je pense…Je ne saurais pas te dire, lĂ comme ça…Je crois que je suis de moins en moins en colĂšre. Je pense que le truc qui m’a le plus agacĂ©, c’Ă©tait le fait que, dans la vie, dans ton parcours, il y a des choses qui te font croire que ce n’est pas possible. Le sentiment que c’est pas pour toi. Un truc proche de la conseillĂšre d’orientation qui te met en bac pro commerce sans rĂ©flĂ©chir quand t’es au collĂšge
Qui relÚve du déterminisme social ?
B. : Ouais, voilĂ , ce truc de âc’est pas possible, tu vas pas y arriver, qu’est-ce qu’on va faire de toi ? Tâas un poil dans la mainâ, les trucs comme ça. Ăa, ça m’a saoulĂ©, le cĂŽtĂ© avoir l’impression qu’on est âcondamnĂ© Ă l’Ă©checâ. Tout ce qui peut continuer Ă entretenir cette spirale, ça m’Ă©nerve. Jâen parle dans ma musique
Comme BEKAR, je te sens proche des choses simples de la vie. Il faut quoi pour ĂȘtre heureux ?
B. : Pas grand-chose, mon vieux. Un bon magazine hip-hop dans la région par exemple
(rires)
B. : Non, franchement, il faut pas grand-chose. Je pense que le bonheur est Ă l’intĂ©rieur. C’est vraiment bĂȘte Ă dire, mais tu vois, c’est pas parce que tu te dĂ©veloppes le plus possible dans ta carriĂšre que t’es heureux, alors mĂȘme si ça aide forcĂ©ment. J’ai pas le secret en tout cas, mais j’ai l’impression qu’il faut savoir s’Ă©couter. Il faut se donner une chance, et tu te rapproches du bonheur. AprĂšs, je suis comme tout le monde, un jour je suis heureux, un jour je suis pas heureux

T’es quelqu’un de nostalgique ?
B. : Je dirais mĂ©lancolique. Mais j’essaye de m’Ă©loigner le plus possible de la nostalgie en tout cas. De ne pas vivre dans le passĂ©, j’essaye d’accepter le changement mĂȘme si c’est pas facile.
T’es nĂ© Ă Villeneuve d’Ascq, t’as grandi Ă Tourcoing, et tu vis aujourd’hui dans un quartier qui regorge de rappeurs. Je peux le citer ?
B. : Non, je préfÚre pas. Histoire que je me fasse cambrioler le plus tard possible
(rires) Toi et moi, on est voisins, d’ailleurs, on frĂ©quente le mĂȘme Lidl
B. : J’ai cru savoir, mais sache que si tu m’y as vu, c’est une chance, parce que j’y mets peu les pieds
Est-ce que vivre dans le quartier dans lequel tu vis a un impact sur tes thĂšmes et tes textes ?
B. : Bah ouais, Ă©videmment. Moi, c’est pour ça que j’habite encore Ă Lille, dans un quartier populaire, parce que je n’ai pas envie d’ĂȘtre dĂ©connectĂ©. Je suis un mec qui aime bien ĂȘtre dehors. Donc, j’aime aller au salon de thĂ©, j’aime bien aller faire mes petites courses, voir des gens, dire bonjour Ă la boulangĂšre et tout. Je suis un trou du cul comme ça, j’aime pas ĂȘtre retenu chez moi. Je suis un animal social, donc c’est important pour moi
Tu me parles de dire bonjour à la boulangÚre, est-ce que la poésie est en toute chose ?
B. : Ah ouais mais lĂ , qu’est-ce que tu me fais lĂ ? (rires) Câest pas encore le bac de philo ! (rires) Bien sĂ»r, bien sĂ»r que la poĂ©sie est partout
C’est pas pour rien que je te pose la question, Ă toi, parce que pour toi, j’ai l’impression qu’elle est dans les dĂ©tails. C’est ce qu’on retrouve beaucoup dans tes textes
B. : Ăa je suis bien dâaccord, complĂštement. J’ai vraiment cette Ă©criture-lĂ , c’est ce qui me plaĂźt, c’est les petites images qu’on n’a pas relevĂ©es alors qu’elles sont sous notre nez…Ouais, complĂštement
C’est ça, il y a quelque chose de trĂšs visuel dans ton Ă©criture. Et pour rester sur le visuel, j’aimerais qu’on parle des clips.C’est une forme d’art qui te parle, Ă laquelle tu participes activement ? Ou alors c’est juste un outil promo et tu te laisses guider par tes Ă©quipes ?
B. : Non, non, complĂštement. Jâai toujours kiffĂ© les clips. Ce qui est rigolo, c’est qu’on a connu, quand j’ai commencĂ© Ă sortir des clips en tant que BEN PLG, le clip qui Ă©tait encore, et c’Ă©tait il y a 4 ans, bien dĂ©veloppĂ©. Et lĂ , aujourd’hui, il y a une espĂšce de creux dans le clip
C’est pour ça que je mets le sujet sur la table
B. : Ouais, je kiffe toujours autant. Je trouve que c’est toujours bien de faire des peu-clis. Et surtout, quand il y a un nouveau son qui sort, j’aime bien le dĂ©couvrir avec des images. Franchement, ça m’aide vachement, ça me met en mood. J’ai besoin de voir le gars, j’aime bien. AprĂšs, j’aime autant un street-clip facile ou un clip lifestyle (il baille de tout ce quâil peut (rires)) quâun truc…quâun truc…quâun truc plus chiadĂ© avec une histoire et tout, mĂȘme si j’aime pas trop les trucs sur-produits pour montrer que t’as de l’argent. Il vaut mieux mettre de l’argent ailleurs. Et puis voilĂ , je suis investi tout le temps, je suis dans les discussions, je rĂ©flĂ©chis, je suis dedans
Ouais, parce qu’il y a ce petit bruit qui court lĂ , le clip est amenĂ© Ă disparaĂźtre Ă cause des rĂ©seaux sociaux, etc
B. : Non, moi je pense que le clip ne disparaĂźtra pas, c’est juste…Ăa ne sert Ă rien de faire des clips de merde
Je pense aussi, et c’est pour ça que SKUUURT a créé le CLIP-CLAP Festival. Je ne sais pas si tu as eu l’occasion d’en entendre parler, mais on refait une Ă©dition Ă la fin du mois de juin, les 27 et 28, au FLOW. Parce que je reste un dĂ©fenseur de l’art du clip, lĂ oĂč on a tendance Ă le prĂ©senter souvent comme juste un outil de promo. Je te remercie du temps accordĂ©. Merci BEN PLG
B. : Je t’en prie. Merci Ă toi Scolti. Passe une bonne journĂ©e. Ciao.
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