Scolti : Salut STO, bienvenue chez SKUUURT ! On a suivi ton parcours et toute la pĂ©riode du buzz, et aprĂšs une pĂ©riode un peu plus creuse, tu rĂ©apparais avec des nouveaux projets, des nouvelles idĂ©es, une nouvelle direction. C’est quoi l’identitĂ© musicale de STO ?
STO : Dans le passĂ©, je ne savais pas dĂ©finir ma musique, mais maintenant je pourrais dire que c’est de la drift music, un mĂ©lange de musique Ă©lectronique et de rap, un mĂ©lange survitaminĂ©, fait pour oublier ses problĂšmes et faire la fĂȘte
Cette identitĂ© est figĂ©e dĂ©sormais ? Ou elle peut encore ĂȘtre amenĂ©e Ă Ă©voluer ? Tu fonctionnes par pĂ©riode ?
S : Je vois la musique un peu comme un appareil photo, comme si les sons reprĂ©sentaient une partie de ma vie. Comme je suis un gros digger et que j’aime bien faire Ă©voluer les styles et les sous-styles, et je pense que dans 2-3 ans, je ferai autre chose. Je pense vraiment. Mais du coup, l’idĂ©e, ce serait de continuer Ă aller plus loin dans les sous-styles, s’intĂ©resser Ă d’autres sonoritĂ©s.
Tes sons sont imprĂ©gnĂ©s de cultures Ă©lectro. C’est parce que tâen es issu, parce que tu creuses dedans, ou alors parce que tu t’es dit Ă un moment donnĂ© quâil y avait aussi une niche de rap Ă©lectro qui n’existait pas, et dans laquelle tu pouvais peut-ĂȘtre aller chercher ton truc
S : C’est ce qui s’est passĂ©. De base, je ne faisais pas du tout ça. J’Ă©tais issu des open mics, du boom bap, des clashs. Et un jour, un beatmaker a fait un remix d’un de mes sons et a mis un kick Ă tous les temps. Ăa a créé quelque chose d’un peu hybride. Ăa m’a fait kiffer. On a testĂ©, on a vu qu’on avait beaucoup de retours et qu’on Ă©tait un peu les premiers Ă mettre ça en place, en tout cas en France. Et du coup, on a jumpĂ© sur le truc et on s’est dit go
On t’a parfois prĂ©sentĂ© comme l’importateur de la Jersey en France. Pour toi, c’est une passade ou ce qu’on va bientĂŽt entendre de toi sera encore dans cette lignĂ©e ?Â
S : C’Ă©tait la suite logique. J’ai commencĂ© Ă m’intĂ©resser Ă la musique Ă©lectronique, donc j’ai dĂ©couvert la Jersey Club. J’ai vu que ça faisait du bruit aux Ătats-Unis, et on a essayĂ© de mĂ©langer nos sonoritĂ©s. C’est comme ça que ça s’est créé. Et sans que je le veuille vraiment, ça a pris plus d’ampleur que je ne le pensais. Mais en fait, pour moi, c’Ă©tait qu’une passade, c’Ă©tait qu’un dĂ©lire. Et j’ai pas pris le truc au sĂ©rieux, donc je ne suis pas allĂ© au bout. Et j’ai prĂ©fĂ©rĂ©…Faire autre chose, quelque chose qui me ressemblait plus
T’as pas l’impression que pour le public aussi ce style musical Ă©tait une passade ? J’ai l’impression qu’il est beaucoup moins prĂ©sent que la pĂ©riode qu’on a pu connaĂźtre il y a quelques annĂ©es.
S : Bah c’est ça, c’est issu de TikTok, c’Ă©tait quelque chose de viral. J’ai envie de dire âheureusement que je me suis barrĂ© avantâ. Mais ça pourrait toujours me faire plaisir de faire un son jersey, c’est juste que je ne m’y retrouve plus parce que je trouve que ça a un peu mal vieilli. Et voilĂ , c’Ă©tait un effet de mode
OK. Tâas eu une pĂ©riode oĂč toutes les planĂštes s’alignaient
S : Oui
Je parlais de pĂ©riode plus creuse tout Ă l’heure, que personnellement je situe globalement aprĂšs le GrĂŒnt 59, qui a pourtant pĂ©tĂ© les scores. Donc je trouve paradoxal que dans cette pĂ©riode oĂč tout roule pour toi, avec ce sommet du GrĂŒnt qui explose, d’un seul coup, STO commence Ă passer un peu sous les radars. Il s’est passĂ© quoi ?
S : Des problĂšmes au sein de mes Ă©quipes, au sein de l’industrie, la comprĂ©hension de mes contrats, on va dire que j’ai mis plusieurs annĂ©es Ă comprendre ce que j’avais au cul, et ça m’a fait bader parce qu’on ne faisait plus les chiffres escomptĂ©s. Surtout avec la jersey, et le fait que j’Ă©tais un rookie avant. Les chiffres n’Ă©taient plus trĂšs bons et malgrĂ© le GrĂŒnt, j’ai pas su rebondir comme il fallait et je me suis enfermĂ© dans une pĂ©riode un peu noire. Tout 2025. Mais lĂ , ça va beaucoup mieux
T’as donc subi des revers Ă cette Ă©poque
S : Ouais, j’avais mĂȘme beaucoup de haine sur les rĂ©seaux, beaucoup de mauvais choix que j’ai fait
Pourquoi la haine sur les réseaux ?
S : Sur le fait que la musique que je faisais soit n’Ă©tait pas du rap, soit que je n’Ă©tais pas lĂ©gitime Ă faire ça parce que je venais de lĂ ou de lĂ , et que surtout j’Ă©tais trop Ă©lectron libre. Moi je voyais ça comme une force. Mais le fait de recevoir tout le temps des messages, au bout d’un moment ça fait bader. Il fallait que je passe par cette pĂ©riode pour mieux me relever, et me voici maintenant en pleine forme
Il faut une lĂ©gitimitĂ© ? C’est quoi cette non-lĂ©gitimitĂ© qu’on a pu te reprocher ?
S : Je pense que c’est sur les rĂ©seaux, chez les jeunes, il y a tout un truc Ă … Je ne saurais mĂȘme pas comment expliquer, tout un truc Ă respecter pour pouvoir faire partie de ce cercle-lĂ . En venant de Lille aussi, c’est assez compliquĂ© de se mĂ©langer avec les gens de Paris, il y a beaucoup de mâas-tu-vu, et on est des personnes assez authentiques, donc…J’ai du mal Ă faire les connexions qu’il faut, ou alors je ne suis pas pris au sĂ©rieux, donc beaucoup de dĂ©ceptions. Et tout ce mĂ©lange-lĂ a fait que ça n’allait plus trop, il fallait que je me reconcentre sur ma musique et sur qui j’Ă©tais vraiment
Et aujourd’hui, tâen es oĂč ?
S : LĂ , ça va mieux, au bout d’un an, tout 2025 on a travaillĂ© les sons dans ma grotte.Â
Quand je dis tâen es oĂč, je parle dâartistiquement, et de psychologiquement ? Parce que tu sembles avoir subi des revers psychologiques aussi
S : Ouais, les deux sont liĂ©s, comme la musique, c’est ma vie, pour l’instant je n’ai pas de business parallĂšle, je vis la musique matin, midi, soir. Je dĂ©pends des rĂ©seaux sociaux, des stats sur YouTube. Je dĂ©pends des chiffres, malheureusement, et ça influe beaucoup ma vie. Il fallait que je trouve une solution pour que ça aille mieux, parce que c’Ă©tait dans le dĂ©clin Ă fond, et lĂ , aujourd’hui, j’ai recréé une structure, je me suis rĂ©-entourĂ©, et on a stockĂ© beaucoup de musique, on a beaucoup de clips, on a une cover, on a beaucoup de choses en stock, et on est sur le point de trouver une nouvelle Ă©quipe pour pouvoir assumer un EP et un long projet avant la fin de 2026.
On parlait de lĂ©gitimitĂ© tout Ă l’heure. Ăa fait allusion au fait que tâes issu d’une famille de musiciens ?
S : Non, il y avait juste des trucs marrants sur Twitter concernant ma famille…Vu que j’ai un frĂšre, 2C, qui fait de la musique aussi, et ça disait que mon daron Ă©tait plus fort, qu’on lui faisait honte (rires), plein de petits trucs comme ça, c’est les seuls trucs que j’ai vu passer, mais sinon non, la lĂ©gitimitĂ© par rapport Ă ma familleâŠje pense que j’ai pas Ă©tĂ© poussĂ© autant que ça. Le claquement de doigts a Ă©tĂ© fait grĂące Ă mon pĂšre parce qu’il y avait tout Ă disposition chez moi. Mais ils n’ont pas du tout validĂ© ce que je faisais au dĂ©but.
Parce que l’idĂ©e, c’est aussi de se dĂ©marquer de ses parents
S : Surtout qu’on ne faisait pas du tout la mĂȘme musique. Du coup, pendant des annĂ©es, je n’ai pas eu trop de soutien. Et je n’en voulais pas de toute façon. Mais c’est juste que j’ai dĂ» me dĂ©merder moi-mĂȘme. Ce n’est pas parce que ma famille Ă©tait impliquĂ©e lĂ -dedans que ça m’a créé des affinitĂ©s avec certaines personnes
T’as une approche et un parcours qui est complĂštement diffĂ©rent du leur, dĂšs le dĂ©part
S : J’ai pas de groupe, je suis solo. C’est diffĂ©rent
C’est plus compliquĂ©.
S : C’est le hip-hop, je fais pas d’instrumentsâŠJ’ai fait 5 ans de solfĂšge, 4 ans de chorale, 1 an de guitare, quand j’Ă©tais petit. Mais peut-ĂȘtre que ça m’a donnĂ© l’oreille, je ne sais pas
Ou que ça te sert peut-ĂȘtre aussi dans ta façon de bosser Ă l’heure actuelle, dans les rĂ©flexes
S : Je sais que j’adore faire du studio, j’adore ĂȘtre derriĂšre l’ordi avec les mecs qui font les prods
LĂ , je viens d’assister Ă une sĂ©ance de studio, j’ai l’impression que tout en cherchant oĂč tu vas, tu sais exactement oĂč tu vas. Il y a cette espĂšce de paradoxe entre les deux, tu vois ? C’est l’aveugle dans un labyrinthe, mais qui sait que lâissue est par lĂ
S : On a une connexion avec Orcen, dâIce Studio, on dĂ©veloppe une alchimie avec le temps. Ce qui est super, c’est que je deviens un pro du studio. Donc oui, je sais un peu mieux oĂč je vais. On est capable de dĂ©structurer un son. Et je suis mĂȘme capable d’essayer de bosser pour des gens. Je suis vraiment content du parcours que j’ai fait
Tâes plus confiant, plus serein avec toi-mĂȘme dans ta façon de bosser ?
S : Ma façon de bosser, ouais. Mais maintenant, ça fait quand mĂȘme tic-tac dans mon crĂąne. Je suis conscient que je ne pourrais pas survivre Ă toutes les vagues et tous les styles et toutes les trends, parce que c’est pas en moi, je suis issu d’un rap qui est plus authentique. Et mĂȘme le Nord en gĂ©nĂ©ral est un peu plus authentique, mais voilĂ quoi… Peut-ĂȘtre qu’un jour je fermerai la porte et que j’irai de l’autre cĂŽtĂ© pour m’occuper d’artistes, crĂ©er un label, c’est ce que j’ambitionne
Tâas un esprit fĂ©dĂ©rateur, câest dans ta nature. Comment tu regardes ce qui se passe dans le Nord ? Tu penses que la plupart des gens ont tendance Ă penser comme toi, ou alors il reste encore des cĂ©sures qui font que, mĂȘme si le Nord est en train d’exploser, il pourrait le faire beaucoup plus, et peut-ĂȘtre depuis plus longtemps ?
S : ComparĂ© Ă avant, je suis grave fier de tout ce qui se passe. Il n’y a jamais eu autant d’Ă©mulsion, autant d’Ă©vĂ©nements, autant de jeunes rappeurs qui proposent des visions hybrides et qui prennent des risques. Je suis vraiment fier de ça. Le fait est que je ne peux pas trop juger parce qu’avec Bekar et Ben PLG, ça a Ă©tĂ© une autre vague. Et lĂ , Ă l’heure d’aujourd’hui, avec Jaymee ou Nobodylikesbirdie ou d’autres gars, c’est une toute autre sphĂšre oĂč j’ai l’impression qu’il y a encore des rivalitĂ©s entre Roubaix, Tourcoing, Lille, ça ne veut pas se faire manger sur des projets ou des trucs comme ça, ou on ne se prend pas au sĂ©rieux, etc. On n’est pas encore unis, mais câest en devenir. Au plus on avance, au plus ça se passe. Mais voilĂ , quand j’ai commencĂ©, il y avait vraiment son-per Ă qui s’identifier, on ne sâidentifait quâĂ Gradur Ă lâĂ©poque
Qui a été le premier à mettre le projecteur ici
S : Ouais. Et lĂ , il y a vraiment tout un truc qui se passe. Je pense qu’on est la ville aprĂšs Marseille.Â

La sincĂ©ritĂ© et l’authenticitĂ© sont des caractĂ©ristiques du rap nordiste, selon toi ?
S : Ouais, c’est le fait d’ĂȘtre solidaire, et je le vois comme ça : comme il a toujours fait froid, on s’est toujours retrouvĂ© dans des endroits confinĂ©s, soit Ă boire des coups, soit Ă discuter, soit Ă se rĂ©chauffer, enfin voilĂ , casaniers un peu. Et du coup, on a dĂ©veloppĂ© un truc trĂšs âĂ la maisonâ, âfais comme chez toiâ. Et je trouve que ça influe grave sur notre caractĂšre, sur la musique.
Tu parles de la solidaritĂ©, mais ça va un peu Ă l’encontre de ce qu’on vient de se dire sur le fait que tout le monde n’Ă©tait pas encore tout Ă fait fĂ©dĂ©rĂ©. On a un peu le cul entre deux chaises sur ça ?
S : Les gens, en gĂ©nĂ©ral, chez nous, sont assez conviviaux et solidaires. Maintenant, dans la petite bulle du rap nordiste, il y a le âPanam effectâ, on va dire ça comme ça. C’est-Ă -dire que quand on dĂ©couvre un peu Paris, on sait que…On doit un peu courber lâĂ©chine pour rentrer dans leur cercle, parce qu’ils sont vraiment dans le mâas-tu-vu, et c’est triste. Mais du coup, aprĂšs, ça influe sur le comportement de certains Ă Lille. C’est pour ça que je disais qu’il y en a qui ne sont pas trĂšs unis dans le rap nordiste, parce qu’il y a cette conscience-lĂ de âsi on fonctionne Ă Paris, pourquoi on irait bosser avec les pĂ©quenauds de Lille ?â.
Tout en en étant issu au départ
S : Ouais, et c’est compliquĂ© Ă gĂ©rer, et la plupart sont obligĂ©s de passer par lĂ afin de comprendre, tu vois ?
Tu penses qu’une autre caractĂ©ristique du Nord est d’attacher de l’importance aux textes ? Se poser la question dâemblĂ©e : est-ce que je suis en train de dire quelque chose, ou est-ce que je suis en train de rien dire ?
S : Je pense qu’on aura plus tendance Ă pouvoir dĂ©crire un quotidien qui inspire que…Comment expliquer ? Il y a plus de misĂšre chez nous, en tout cas, de ce que je peux voir, quand tu vas au-delĂ de Lille, je pense qu’il y a plus de misĂšre, et ça peut certainement inspirer, parce que comme ça te rĂ©volte visuellement, ça te donne envie de l’Ă©crire.
Mais deux possibilitĂ©s face Ă la misĂšre, qui existe aussi ailleurs : celle qu’on peut identifier dans le Nord, c’est « on en parle ». PossibilitĂ© numĂ©ro deux, qu’on peut identifier ailleurs, comme par exemple Ă Paris, c’est « on parle que de bling-bling », comme un Ă©chappatoire et un but Ă atteindre. Le but est d’avoir la grosse bagnole. Alors que dans le Nord, lâurgence est de peindre la rĂ©alitĂ©. Tâes plutĂŽt d’accord avec ça ?
S : Ouais, je suis d’accord, je suis grave d’accord. Mais je suis mal placĂ© parce que des fois, je rentre dans cette case-lĂ , mais au fond de moiâŠ
Il y a peut-ĂȘtre un truc que t’assumes pas pleinement alors ?
S : Malheureusement, avec la musique que je fais, j’ai peur quâĂȘtre trop authentique me porte prĂ©judice. Avant, j’ai fait l’expĂ©rience de pouvoir montrer une partie de moi, une partie de ma vie beaucoup plus introspective, en essayant de m’inspirer du Nord, de cette froideur, des briques rouges, de cette ambiance qui rĂšgne, que ce soit dans les clips ou que ce soit dans les sons que j’ai faits. Mais Ă l’heure d’aujourd’hui, je tends vers quelque chose de plus bling-bling et parisien parce que je sais que j’aimerais voir plus grand. Mais je sais que pour un rappeur nordiste, il est important de s’imprĂ©gner de la ville et de l’environnement pour crĂ©er sa base solide pour que les gens, quand ils verront d’oĂč on vient, puissent voir vraiment cette froideur qu’on peut vivre au quotidien
Comment tu regardes le rap nordiste actuel ? Et peut-ĂȘtre passĂ© aussi. Si le passĂ© t’intĂ©resse, si tu t’es un peu penchĂ© dessus
S : Je trouve qu’il y a un vivier incroyable aujourd’hui, oĂč je m’y retrouve plus parce qu’il y a des propositions hybrides et des crossovers incroyables. Comme maintenant c’est facile de pouvoir dĂ©couvrir des rappeurs, je vois qu’il y a plein de mecs qui ont des visions ici, et ça me fait kiffer. Peut-ĂȘtre qu’Ă l’Ă©poque, je ne pouvais pas accĂ©der et m’intĂ©resser vraiment Ă qui il y avait dans le Nord, j’Ă©tais peut-ĂȘtre mal informĂ©, mais il y a 10 ans, ça ne courait pas les rues. C’Ă©tait essentiellement assez street et il y avait trĂšs peu de personnes qui prenaient des risques, comme ce que j’essaye de faire lĂ , en ce moment, avec la musique Ă©lectronique. Donc, je suis quand mĂȘme assez content de l’ouverture d’esprit du rap nordiste en ce moment
Qui est talentueux, et qui, proportionnellement Ă la fois Ă la population et Ă la population rap, est vraiment Ă©levĂ© en terme de nombre il y a vraiment beaucoup de talents. Pourquoi les gens n’arrivent pas Ă passer le step supĂ©rieur ? Ces champions du monde des terrains vagues, dans le foot, qui resteront toujours dans le terrain vague alors que c’est les meilleurs. On a l’impression parfois quâĂ Lille, c’est un peu ça. Comment tâexpliques ça ? C’est le manque de structure ?
S : C’est ça, j’allais parler de ça. Il y a trĂšs peu de structures qui accompagnent, trĂšs peu de distributeurs, trĂšs peu d’Ă©diteurs, ou alors il faut vraiment les trouver. Je pense que tout le monde se rĂ©fĂšre Ă Paris, c’est ça le problĂšme. En fait, pour pĂ©ter le plafond de verre, malheureusement Ă Lille, il faut ĂȘtre dans les bons petits papiers pour dĂ©jĂ pouvoir se faire voir. Sauf que les bons petits papiers sont entre les mains de 2-3 personnes maximum. Et du coup, il faut courber lâĂ©chine pour pouvoir espĂ©rer un peu d’accompagnement, d’investissement, de gens qui sont derriĂšre ton projet et donc du coup automatiquement, nous, venant de Lille, au dĂ©but on se dit qu’on va mĂȘme pas chercher Ă Lille, on va chercher Ă Paris directement, et c’est ça qui doit changer je pense, c’est la jeune gĂ©nĂ©ration de trentenaires qui doit commencer Ă crĂ©er des labels ou Ă essayer de s’installer ici pleinement, au vu de tous les rappeurs qui commencent Ă Ă©merger, tout simplement, pour faire une vraie âmafiaâ (rires)

En quoi tu penses contribuer Ă ce regard qui change sur le Nord, globalement ?
S : Dans mes sons, j’essaie de sensibiliser les gars et les filles Ă faire du son, donc il y a beaucoup de gens qui m’envoient des messages en me disant âtu m’as poussĂ© Ă essayer de faire un son comme ça, j’ai pris un type beat de toi parce que ta musique m’inspirait, j’ai fait ma premiĂšre musique lĂ -dessus, tatati tatataâ. Et j’ai un 59 sur les bras ! (rires) Donc c’est assez identifiable !Â
ReprĂ©senter, c’est important pour toi ou c’est accessoire ?
S : J’aime dire que je viens de lĂ
Pourquoi ?
S : Parce que je trouve ça stylĂ©, j’aime ma ville, j’aime l’ambiance, j’aime les gens, je suis bien dans ma ville, j’ai pu faire beaucoup de villes en France et je suis accrochĂ© Ă la ville, et le 59 sur les bras c’Ă©tait un moyen de me dire que j’avais pas d’autre issue, mĂȘme si c’est assez con comme rĂ©flexion. C’Ă©tait un moyen de me motiver et de me dire âvas-y, go dans le grand bainâ. Et aujourd’hui, j’ambitionne d’essayer de pouvoir peut-ĂȘtre crĂ©er un projet 59, ou essayer de crĂ©er des Ă©vĂ©nements, essayer de faire Ă©merger la culture de la mĂ©tropole, mais je pense que Ă force de collaborer avec soit des mĂ©dias locaux, ou de faire des Ă©vĂ©nements, il y a quelque chose qui est en train de se crĂ©er en ce moment, donc ce sera le mĂ©lange de toutes ces choses qui feront que je serai de plus en plus impliquĂ©, identifiĂ©, encore plus que jamais. En tout cas, c’est ce que j’ambitionne.
Jâaimerais qu’on parle des clips. Pour toi, le clip est une forme d’art qu’il faut respecter et qu’il faut faire perdurer, ou un outil promo, Ă l’heure oĂč on parle de la disparition potentielle des clips, remplacĂ©s par les rĂ©seaux sociaux ?
S : J’ai toujours le clip sur un piĂ©destal. Je me suis toujours donnĂ© Ă essayer de faire des choses conceptuelles parce que pour moi, quand on a du mal Ă cerner la musique, on peut mieux la faire comprendre avec un visuel. Et en tout cas, c’Ă©tait ce que je faisais. Et puis au-delĂ de ça, c’est un kiff perso de pouvoir mettre en image ce que je voulais faire ressentir. Maintenant, aujourd’hui, en 2026, l’hyper rĂ©gularitĂ© et les clips Ă moindre coĂ»t sont prĂŽnĂ©s Ă fond. Je pense que les clips ne sont pas terminĂ©s, et que c’est important de garder un aspect artistique et conceptuel dans la proposition, mais le conseil que je peux donner c’est de peut-ĂȘtre faire moins de gros clips, faire un gros clip Ă une sortie de projet, et puis, aprĂšs, promotionner son projet avec des formats Ă moindre coĂ»t, beaucoup plus rĂ©guliers et en masse.
Et là , plutÎt via les réseaux du coup
S : Via les rĂ©seaux. Parce quâon doit avoir les armes pour pouvoir se dĂ©fendre face Ă l’hyper rĂ©gularitĂ© et l’imagination de tous les crĂ©ateurs de contenu qui sont en train d’Ă©merger. Pour faire sa place, on est obligĂ© de s’actualiser
Pour toi, il faut savoir mĂ©langer l’art et conserver l’aspect promo des choses
S : Je regardais un documentaire il n’y a pas longtemps. Avant, les clips marchaient Ă©normĂ©ment. Maintenant, il faut savoir faire de la qualitĂ© clip, rĂ©guliĂšrement, donc c’est encore plus dur, il faut trouver des solutions, et plein de gens ont trouvĂ© des solutions, comme les gens qui font par exemple de l’analyse de sorties d’albums ou de sons, qui streament, par exemple, tous les jours. Ils ont du contenu de qualitĂ© Ă mettre sur les rĂ©seaux et du coup, ça crĂ©e un flux infernal que l’algorithme adore. Et voilĂ , tous les jeunes artistes qui ont des bĂȘtes de clips ou des bĂȘtes de sons sont noyĂ©s face Ă l’algorithme. Et c’est la rĂ©alitĂ© de 2026. Le but, c’est de comprendre ça et s’instaurer, essayer de virusser le systĂšme, toujours reprĂ©senter nos valeurs, ne pas s’y perdre. Virusser le systĂšme pour aprĂšs pouvoir peut-ĂȘtre changer les choses, voilĂ le but.

Il y a un dernier truc dont on n’a pas parlĂ©, c’est la scĂšne. C’est ce que tu vises, lĂ , dans le cadre du projet qui va sortir ? Tu veux faire de la scĂšne avant la sortie ? Parce que si tu fais de la scĂšne, lĂ , ça serait avec quoi ? Avec ce qui arrive, ou alors, parce quâactuellement les gens vont se dĂ©placer pour lâancien Sto, avec les anciens sons ?
S : LĂ , en live, j’ai rĂ©ajustĂ© la tracklist. On propose la plupart de mes classiques, donc 70% de classiques et 30% d’exclus jusqu’Ă ce que le premier projet sorte, avant l’Ă©tĂ©. On est sur un retour de musique Ă©lectronique façon 2010, vraiment teenager, un truc beaucoup plus colorĂ© comparĂ© Ă avant. Je vais essayer de l’incorporer au live et voir les ressentis des gens. Pour les gens qui viendront me voir en live, ce sera comme une expĂ©rience, et j’attends les retours
Qui pourront valider la direction que tâes en train de prendre
S : On verra si je suis dans le bon ou pas. Et si ça fonctionne, pourquoi pas envoyer une tournĂ©e fin 2026, qui s’enchaĂźnera sur 2027. Mais oui, dans mon projet, le live, c’est peut-ĂȘtre 70% de mon entitĂ©, je fais vivre mes sons via le live et je pense que jâai une maniĂšre de connecter avec les gens avec le public qui est assez cool et les gens vivent une expĂ©rience, et je veux continuer Ă perdurer lĂ -dedans, c’est vraiment mon but, je prĂ©fĂšre grave le live que le studio
Merci, STO
S : Merci Scolti !
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