KEBLACK, l’interview

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Scolti : Salut KEBLACK, bienvenue chez SKUUURT ! KEBLACK c’est des millions de streams et de vues, des millions de followers, un zĂ©nith et d’autres concerts complets, bref un succĂšs incontestable et incontestĂ©. Pourtant, tu reviens de loin…T’en parles dans le titre FOCUS, qu’on retrouve toujours dans la réédition de l’album Ă©ponyme. Est-ce que t’as eu le sentiment d’ĂȘtre dĂ©finitivement rayĂ© des cartes ? Est-ce que t’as eu peur d’ĂȘtre fini, et est-ce que tu t’es un temps projetĂ© dans une autre vie ?

KEBLACK : Non, je savais qu’Ă  un moment ou Ă  un autre, on ne savait pas quand, mais on allait revenir sur le devant de la scĂšne. Selon moi, il fallait juste un peu plus de travail et je pense aussi que le public me demandait de donner le meilleur de moi-mĂȘme. En vrai, quand on regarde, ça faisait depuis 2015 qu’on envoyait des titres et je peux comprendre qu’au bout d’un moment, si tu proposes toujours la mĂȘme chose, les gens finiront par se lasser et je pense qu’il fallait juste que je me remette en question, que je me restructure, que je change mon Ă©quipe et que j’ai une autre vision de la musique pour pouvoir revenir encore plus fort.

S : Tu rejettes la faute sur toi-mĂȘme ?

K : Ouais, aprĂšs pourquoi je mettrais la faute sur les autres ? C’est moi qui Ă©cris, c’est moi qui choisis les prods.

S : Ouais, mais on est aussi dans une Ă©poque oĂč les gens ont tendance Ă  facilement passer d’une chose Ă  une autre rapidement, et que parfois c’est pas la qualitĂ© de l’artiste qui est Ă  remettre en cause

K : Ouais parfois c’est pas ça, mais moi je me suis dit que c’Ă©tait ça et ça me l’a encore plus confirmĂ© quand je suis revenu avec un nouveau style de musique, de nouvelles rythmiques, je me suis dit « ah ben en fait ce qu’ils voulaient de moi Â». C’est ça qui m’a confirmĂ© le truc donc je ne mettrais jamais la faute sur les gens. C’est qu’il fallait que je fasse de la musique qui les ambiance encore plus et pour ça il fallait bosser.

S : Et comment on peut vivre ce retour en arriÚre quand on a connu une phase de succÚs, aussi bien sur le plan des émotions personnelles que financiÚrement ?

K : FinanciĂšrement ça a toujours Ă©tĂ©, en vrai, parce qu’on avait sorti quand mĂȘme de gros titres. C’est Ă  dire que quand il y a eu le Covid ça faisait dĂ©jĂ  un an et demi que j’avais arrĂȘtĂ© de faire des showcases de ma propre volontĂ©. Donc ouais financiĂšrement ça allait, et aprĂšs on sait qu’il y avait d’autres petits problĂšmes par rapport Ă  des contrĂŽles fiscaux ou autres (rires)

S : Qui arrive toujours un an plus tard

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@misterfifou

K : Je positive toujours les choses, je me dis que c’est une certaine rĂ©ussite si ces gens commencent Ă  s’intĂ©resser Ă  moi. Si on commence Ă  faire vraiment beaucoup d’argent et que mĂȘme si on est encore un novice parce qu’il y a des choses qu’on ne savait pas qu’il fallait dĂ©clarer, on ne connaissait pas tout, on n’est pas forcĂ©ment bien entourĂ©, de fiscalistes, d’avocats, de comptables, et c’est des erreurs Ă  ne plus recommencer. Mais je pense qu’il fallait que ça m’arrive pour que quand je revienne sur les devants de la scĂšne je maĂźtrise toutes ces choses lĂ . Et pour rĂ©pondre Ă  la deuxiĂšme question, je me dis que c’est la meilleure chose qui me soit arrivĂ©e. Et j’ai pu faire le tri aussi autour de moi aussi, et vraiment me concentrer sur la musique et me dire « lĂ  tu n’es plus qu’artiste et producteur donc c’est d’autres responsabilitĂ©s Â» et je prenais beaucoup de choses Ă  la lĂ©gĂšre. Donc on positive toujours les choses, et c’est un bon truc qui m’est arrivĂ©.

S : Parfois il y a des revers au succĂšs, le fait de ne pas pouvoir aller se promener tranquille par exemple, donc des revers dont on peut se plaindre quand on les vit. Est-ce qu’ils t’ont manquĂ© dans cette pĂ©riode lĂ  ? Est-ce que c’est un truc dont on se plaint quand on le vit et qui manque quand on ne le vit pas ?

K : En fait, je crois que ça dĂ©pend des moments. Ma mĂšre m’a dit un jour, depuis le jour oĂč on envoyĂ© la vidĂ©o « Tout va bien », mon premier freestyle, envoyĂ© sur Facebook, « Ta vie ne sera plus la mĂȘme. Â». En gros, on te reconnaĂźt Ă  certains endroits, mais c’est un truc qui permet de jauger ton succĂšs. Quand le succĂšs est un peu plus bas, c’est vrai que les gens vont me voir, et me demander moins de photos. Mais aujourd’hui, on sait que c’est autre chose et on assume. Quand on cherche quelque chose, on assume. Demain, on va avoir des abdos, on assume d’avoir des courbatures. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Il y a plein de signes qui font que ma notoriĂ©tĂ© est encore plus grande aujourd’hui. Et je sais que demain, plus le succĂšs est bon, plus ça sera compliquĂ©. Mais aprĂšs, il y a des solutions pour ça. Il y a des pays oĂč on peut voyager en toute tranquillitĂ© comme j’ai pu le faire avec ma femme, oĂč les gens ne te reconnaissent pas et tu peux vivre ta vie tranquillement et faire de bonnes vacances en famille.

S : C’est aussi une pĂ©riode pendant laquelle tu peux remettre certaines choses en question. Est-ce que toi, tu as pu te dire durant cette pĂ©riode qu’il y avait des choses plus importantes que le succĂšs et l’argent par exemple ?

K : Au dĂ©but, non, parce que c’est un truc que j’ai fait pendant des annĂ©es. Je vis musique, je mange musique. Pour moi, c’Ă©tait que ça. Mais aprĂšs, c’est vrai que j’ai pu aussi profiter de ma famille parce que ça faisait des annĂ©es que je ratais beaucoup de NoĂ«l, des anniversaires, plein de choses. Et lĂ , c’Ă©tait bien parce que j’ai vraiment profitĂ© de ma famille

S : ça t’a permis de te recentrer

K : Exactement, me recentrer, me ressourcer. Et lĂ , on est prĂȘt. On est gonflĂ© Ă  bloc et on continue

S : Chez Oui Hustle, big up au Chairman, je t’ai entendu dire que les hommes ne pouvaient pas se permettre de pleurer. Dans l’Ăźle mystĂ©rieuse, Jules Vernes fait dire Ă  l’un de ses personnages «  te voilĂ  donc redevenu homme, puisque tu pleures Â» . Pourquoi un homme ne pourrait pas pleurer ?

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@misterfifou

K : En fait, si je dois rattraper cette phrase-lĂ , je dirais qu’un homme ne doit pas pleurer devant les gens. Ça veut dire que comme tu es le chef de famille, si tu t’effondres, c’est toute la famille qui suit derriĂšre. Donc moi, je me dis que je dois garder mes larmes intĂ©rieurement et que je pleurerai quand je serai tout seul. C’est vrai que pleurer ne veut pas dire qu’on n’est pas des hommes. Mais moi, si je dois rattraper cette phrase-lĂ , je dirais « devant les gens Â». Je ne veux pas dire que c’est pas un signe de faiblesse, mais j’ai des enfants, je pense que tu as des enfants, tu dois avoir aussi une femme. Si demain, tu as une situation de fou, tu ne peux pas te permettre de pleurer parce que tu es la personne, tu es l’homme de la famille, tu es le socle. Donc si tu commences Ă  paniquer..c’est comme dans un avion. Si tu vois le pilote qui commence Ă  paniquer, automatiquement, tu commences Ă  paniquer. Il faut qu’on garde notre sang froid. Il faut garder nos Ă©motions pendant un moment, et on relĂąchera quand on sera tout seul

S : En tout cas, cette traversĂ©e du dĂ©sert est finie. Elle t’a donnĂ© soif. Et aujourd’hui, tu vas faire la couverture de SKUUURT Mag. Donc c’est que les choses se remettent en place.

K : C’est ce qu’on n’a pas fait et ce qu’on n’avait jamais fait, donc ça fait plaisir. C’est le signe pour moi d’une progression. Et d’une reconnaissance.

S : Ton meilleur ami l’a fait. Naza a fait la couv’ de SKUUURT dĂ©jĂ , pour la petite parenthĂšse. Et donc, t’as d’abord Ă©tĂ© rappeur. Tu pratiquais quel genre de rap ?

K : C’est plus mon frĂšre qui m’a fait dĂ©couvrir. Et par rapport Ă  son Ăąge, j’ai Ă©coutĂ© tous les anciens albums, ceux de KERY JAMES, de ROHFF, plein d’albums…Moi, c’est plus Kery James que je kiffais.

S : Donc du rap engagé en fait ?

K : Oui, plus du rap engagĂ©. Le rap de l’Ă©poque en fait. Du rap engagĂ©, avec beaucoup de rimes, et j’Ă©tais beaucoup influencĂ© par mon frĂšre qui rappait lui-mĂȘme, avec le groupe MGS, Mauvais Gars du Son, et leur style de rap Ă©tait assez particulier. C’Ă©tait beaucoup de rimes, beaucoup d’assonances, beaucoup de choses, et mes textes tournaient beaucoup autour de ça.

S : Et un jour, tu sors un titre chantĂ©, « Tout va bien Â»

K : (rires) le premier titre chanté du début à la fin

S : Exactement, et qui te propulse sur le devant de la scĂšne. Comment s’est faite la bascule ? Comment tu t’es dit : maintenant je vais chanter ?

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@misterfifou

K : En fait, moi, pendant longtemps, mĂȘme aprĂšs avoir envoyĂ© le titre, aprĂšs avoir vu plein de commentaires sur les rĂ©seaux « Il chante super bien Â», pour moi c’Ă©tait une grande blague qu’on me faisait parce que je savais que je chantais juste, mais de lĂ  Ă  avoir une certaine voix, bon il y a une progression entre avant et maintenant, je le sens, mais je n’Ă©tais pas sĂ»r de moi cĂŽtĂ© chant. Et les gens m’ont donnĂ© confiance. Et avec le temps, je me suis dit « on va continuer Ă  faire des morceaux chantĂ©s Â». Et jusqu’au bout d’un certain morceau, je me suis dit « les gens kiffent quand je chante Â». Donc j’ai commencĂ© Ă  prendre confiance en moi. Aujourd’hui, on est plus axĂ© sur le genre, plus sur le rap. Les textes sont parfois un peu plus rap, un peu plus deep.

S : Justement, parce que tu parlais de rap engagĂ© tout Ă  l’heure. Est-ce que le succĂšs que t’as pu rencontrer avec le chant n’a pas fini par primer sur le fond ? Parce qu’il y a toujours une forme de lĂ©gĂšretĂ© dans le chant, qu’on se permet un peu moins dans le rap, et qui parfois empĂȘche d’aborder des sujets graves. Est-ce que t’as laissĂ© un peu de cĂŽtĂ© l’aspect grave ?

K : Non, du tout. Par exemple, dans un morceau comme Focus, on ne parle pas forcĂ©ment d’engagĂ©, mais c’est de la prĂ©vention. Il y a des morceaux comme celui inspirĂ© de « J’ai demandĂ© Ă  la Lune Â»

S : D’Indochine

K : Ouais. LĂ , c’est vraiment plus de la poĂ©sie. Je sais que les gens me connaissent pour ça. Je ne dirais pas que c’est ma spĂ©cialitĂ©, mais c’est un truc que je maĂźtrise.

S : Donc, t’exclues pas de pouvoir aborder des sujets plus graves ou plus profonds, mĂȘme en chantant.

K : Non, du tout. Mais un gros morceau, qui est encore aujourd’hui peut-ĂȘtre le plus fort, BazardĂ©e, parle d’une fille qui tombe trĂšs tĂŽt enceinte, et d’un mec qui n’assume pas et qui part. Elle se retrouve avec un enfant Ă  15 ans et doit s’occuper du petit. Donc, c’est un gros message aussi. Les gens ne font pas forcĂ©ment trĂšs attention parce que c’est des morceaux chantĂ©s.

S : Et que c’est dansant

K : C’est chantĂ©, c’est dansant, exactement. Laisse-moi parle d’une relation qui parle Ă  tout le monde. C’est une personne qui Ă©tait lĂ , un couple, et qui se sĂ©pare, L’un de deux craquent, et dit laisse-moi pour de bon. Ce sont des gros sujets, des sujets d’amour. Qui parlent d’amour, le vrai amour. Ce n’est pas les contes de fĂ©es. MĂȘme dans les contes de fĂ©es, il y a des problĂšmes.

Et donc, il y a quelques morceaux comme ça oĂč j’arrive Ă …Comme ProblĂšmes, ou Vendeur de rĂȘves, qui parle des migrants qui quittent leur pays et qui se retrouvent dans d’autres pays. Ou qui se noient, tout simplement. C’est des gros sujets qu’on arrive Ă  aborder de temps en temps

S : Alors, toi, t’es d’origine congolaise, on le sait. T’as eu l’occasion de retourner au Congo, oĂč t’as reçu d’ailleurs un accueil auquel tu ne t’attendais pas du tout

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@misterfifou

K : Oui, il y a un truc que je regrette. C’est de ne pas ĂȘtre allĂ© au Congo plus jeune. Sans ĂȘtre connu. Parce que ce qui prime chez nous au Congo, avant mĂȘme le foot, c’est la musique. Et du coup, le fait que je sois un musicien…Ă  partir du moment oĂč tu es un musicien, tu chantes, tu mets des petits mots congolais dans tes textes et tu reprĂ©sentes ton pays, quand t’arrives lĂ -bas t’arrives en star. Quand je suis arrivĂ© la premiĂšre fois, il y avait Ă  peu prĂšs 6 000 personnes qui m’attendaient Ă  l’aĂ©roport. Et je ne comprenais pas. Quoi ? Ici, dans mon pays d’origine, je suis aussi connu ? Il y avait mĂȘme l’Ă©quivalent de TF1 de lĂ -bas, qui m’attendait Ă  l’aĂ©roport. Et ça, j’ai captĂ© que c’Ă©tait vraiment, vraiment, vraiment fort.

S : Justement, on parle beaucoup de l’influence congolaise sur la musique en France. Mais il reste malgrĂ© tout une identitĂ© franco-congolaise dans cette proposition des Congolais de France. Est-ce que leur musique influence, Ă  leur tour, la musique congolaise ?

K : Je vais prendre l’exemple de Fally (Ipupa). Lui, il est fidĂšle Ă  la rumba. Et il a Ă©tĂ© amenĂ© Ă  beaucoup collaborer avec des artistes de France. Si je regarde Fally, son parcours, personne n’aurait imaginĂ© qu’il aurait fait un son avec Heuss l’EnfoirĂ©. Donc les gens s’ouvrent.

S : Il y a une espĂšce d’aller-retour qui se fait en fait

K : Exactement. Il y a plus d’ouverture. Les gens sont moins rĂ©ticents. Je pense que ça influence. On s’influence mutuellement

S : Qu’est-ce qui t’a le plus marquĂ© au Congo ?

K : Au Congo, c’est le talent. Avec le manque de matĂ©riel. Mais incroyable, le talent. J’ai vu une personne jouer des notes alors qu’il n’avait qu’une corde Ă  sa guitare. Comme s’il en avait 6

S : Il y a cette idée que la musique respire partout

K : Des gars qui jouent de la batterie, archi autodidactes. C’est le talent, c’est les mĂ©lodies. J’ai captĂ© pourquoi aujourd’hui on est beaucoup de Congolais Ă  ĂȘtre dans la musique. Parce qu’en fait, ça commence de lĂ -bas.

S : Il y a quelque chose qui est dans l’ADN

K : Ouais, c’est dans l’ADN.

S : T’as Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  l’actualitĂ© douloureuse du pays, dont on ne parle pas souvent, voire pas du tout

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@misterfifou

K : Le Congo est un pays super grand. Il fait 10 fois la France. Donc, sur le coup, t’es pas confrontĂ© Ă  ça. T’es plus confrontĂ© aux enfants abandonnĂ©s, tout simplement. Les gens qui vivent dans la rue. Le pays est surpeuplĂ©. Je pense que dans la capitale on est Ă  17 millions. C’est Ă©norme. Mais ouais, il y a beaucoup de pauvretĂ©. Beaucoup, beaucoup de pauvretĂ©. C’est un gros pays. Pourtant, on est un des pays les plus riches. Mais ça ne se voit pas quand on arrive au Congo. Ça ne se voit pas. Et nous, on faisait beaucoup le tour des orphelinats. À notre niveau, on ramenait des jouets, des sacs de riz, etc. Pour qu’ils puissent se nourrir. C’est vraiment ça que j’ai vu, mais tout ce qui se passe dans le nord, on le voit pas, c’est tellement grand. Je ne sais pas forcĂ©ment, mais on se renseigne toujours, on se documente toujours sur ce qui se passe

S : Il y a en fait plusieurs niveaux de rĂ©alitĂ© dramatique qu’on peut retrouver lĂ -bas, c’est parfois l’une des raisons du dĂ©part de certains, et de leur arrivĂ©e en France. Est-ce que tu penses que leurs enfants ont conscience de ce Ă  quoi ils ont Ă©chappĂ© ? En termes de reconnaissance notamment, ou alors est-ce que des fois c’est quelque chose qu’on oublie ?

K : En vrai, je suis nĂ© en France, comme ma sƓur juste au-dessus de moi, mais les trois autres sont nĂ©s au Congo. Et on remercie nos parents de nous avoir fait venir en France. Vraiment. Parce que quand on voit les gens de notre Ăąge, leur niveau de vie est complĂštement diffĂ©rent. Nous, on peut se permettre d’ĂȘtre rĂȘveur, et se dire : bon, je vais peut-ĂȘtre mettre de l’argent de cĂŽtĂ© pour pouvoir m’acheter une maison, m’acheter une voiture. Eux, non : il faudrait que je trouve aujourd’hui de l’argent pour que je puisse manger le soir. C’est quelque chose de diffĂ©rent.

S : C’est pas les mĂȘmes obligations

K : C’est pour ça qu’on remercie nos parents d’ĂȘtre venus en France

S : Et obtenir la fiertĂ© de ses parents en tant qu’enfant d’immigrĂ©, est-ce que c’est une espĂšce d’obligation qui peut ĂȘtre pesante ?

K : En fait, c’est pas une obligation. Nos parents ne nous ont jamais… ils voulaient qu’on fasse des grandes Ă©tudes, ils voulaient que nous soyons des enfants droits, qu’on ne se fasse pas remarquer, parce qu’on est une famille super discrĂšte. Et aprĂšs, quand ces choses arrivent, t’es content. Et tu te rends compte que tes parents, sans vouloir te mettre de pression, sans te le dire, attendaient ce truc. Parce qu’en fait, ils ont fait beaucoup de sacrifices. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de sacrifices. Et aujourd’hui, ils se disent qu’ils sont pas venus en France pour rien.

S : T’as pas l’impression que tu peux ĂȘtre encore plus dĂ©cevant quand t’es dĂ©cevant, au regard de ces sacrifices qu’ont pu faire tes parents ?

K : Ouais. Le fait qu’ils fassent un sacrifice, et que derriĂšre, tu…

S : Toi, il t’est arrivĂ© de faire des conneries, t’en as dĂ©jĂ  parlĂ©

K : Oui, bien sĂ»r. Avant de faire de la musique, pendant beaucoup de temps, j’avais le bracelet Ă©lectronique. Et c’Ă©tait vraiment dĂ©cevant. Et le fait de pouvoir inverser, de passer des larmes aux rires, c’est incroyable. Avec la premiĂšre somme que j’ai reçue je leur ai achetĂ© une maison, comme pour m’excuser de tout ce que j’ai fait quand j’Ă©tais plus jeune.

S : Et maintenant, ils sont fiers de toi

K : Ouais. Ouais, super fiers.

S : C’est bien de pouvoir le dire

K : Bon, ben, on les connaĂźt. Dans la ville oĂč j’habite, ils habitent toujours au mĂȘme endroit, mĂȘme si j’ai rachetĂ© une maison dans le sud, tout le monde les connaĂźt. C’est les parents de Keblack. On est fier. On est super fier. On est content. Pour eux, si votre fils a rĂ©ussi, c’est la rĂ©ussite de tout le monde. Ça fait super plaisir.

S : Aujourd’hui, t’es un homme accompli. Mais est-ce que t’as encore la crainte possible d’un retour en arriĂšre ?

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@misterfifou

K : En fait, avec la maniĂšre dont je travaille et la maniĂšre dont je gamberge, pour moi, il est impossible que je retourne en arriĂšre. Ça, c’est vraiment une volontĂ©. C’est vraiment un objectif. Donc, on continue, en fait. On continue Ă  bosser. On s’arrĂȘte pas. Par exemple, lĂ , je pars demain, mais mĂȘme dans mes dĂ©placements, par exemple, en Espagne, je peux ramener un ingĂ© ou une personne. Je continue toujours d’enregistrer. Par exemple, on est sur la route, et on a improvisĂ© un studio en Belgique. Et on travaille. Parce qu’Ă  l’ancienne, on avait des gros morceaux Ă  succĂšs, on prenait de l’argent, certes, mais on oubliait la matiĂšre premiĂšre. La matiĂšre premiĂšre, c’est quoi ? C’est les titres. Qui te ramĂšnent en boĂźte, qui te ramĂšnent Ă  des showcases, des festivals, qui te ramĂšnent de la SACEM. Et ça, c’est un truc qu’on oubliait avant. Et comme je dis, c’est la meilleure chose qui me soit arrivĂ© aujourd’hui parce que c’est un jeu qu’on connaĂźt. Bon, je sais que lĂ , c’est plus intense qu’avant. Mais c’est un jeu que je connais quand mĂȘme. Donc je sais ce qu’il faut faire et ne pas faire. AprĂšs, la musique, c’est en dent de scie. On ne sait pas. Moi, en tout cas, je ferai le nĂ©cessaire pour rester en top.

S : LĂ , tu sens que ce succĂšs est encore plus gros que celui que t’avais connu prĂ©cĂ©demment ?

K : Exactement. J’ai montĂ© en auditeur. On est Ă  Ă  peu prĂšs 6,4 millions d’auditeurs. J’enchaĂźne des diamants. Je vends des albums par semaine comme je n’ai jamais vendu. Le platine, je l’ai fait en 6 mois. Il n’y a que le premier qu’il l’a fait, mais peut-ĂȘtre en 2 ans Ă  peu prĂšs. C’est plein de choses comme ça que je vois mĂȘme par rapport Ă  ce que je fais. Les boĂźtes que je remplis, faire un ZĂ©nith. À l’ancienne, pour moi, c’Ă©tait impossible de faire un ZĂ©nith. C’est plein de choses comme ça. MĂȘme ĂȘtre au tĂ©lĂ©phone avec toi aujourd’hui, ça rentre dans l’Ă©quation. Aujourd’hui, c’est diffĂ©rent

S : Il y a aussi Ă  prendre en compte les millions de vues que tu as pu faire sur YouTube. Je le disais dans l’intro, tes clips en ont fait plusieurs centaines de millions pour certains. Y a un bruit qui se rĂ©pand et qui dit que le clip est mort. Est-ce qu’il ne faudrait pas considĂ©rer le clip comme un art Ă  part entiĂšre, et savoir le dĂ©tacher de sa fonction d’outil de promo pour ne plus avoir Ă  parler de chiffres et mettre fin Ă  ce dĂ©bat ans un monde oĂč la qualitĂ©, c’est le chiffre ?

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@misterfifou

K : Je prends ça comme un film. Si ton film est bien, et qu’il peut intĂ©resser les gens, ils iront le voir. Mais le clip est un art Ă  part entiĂšre. Il y a certains sons qui peuvent ĂȘtre pas trĂšs oufs, mais le clip est tellement lourd que le son devient lourd. C’est ça que les gens nĂ©gligent. Et nous, dans YouTube, on a un autre systĂšme. C’est une espĂšce de vlog. Les gens nous voient dans plein de dates, dans plein de choses. Je pense que c’est un truc qu’ils ont kiffĂ©. Ils ont l’impression d’ĂȘtre avec nous. C’est ça qui a fait que les vues augmentent, les vues augmentent parce qu’en vrai, la plupart des vidĂ©os, c’est des vlogs.

S : Tu parles des visualizers lifestyle, c’est ça ?

K : Oui. MĂȘme le clip que j’ai fait pour Laisse-moi, Aucune attache. AprĂšs, on a fait les visualizers aussi, pareil. Je pense que les gens ont vraiment aimĂ©. Ils ont vraiment aimĂ© ce truc de te voir sous toutes les formes

S : Mais est-ce que ça ne joue pas le jeu aussi de la mort du clip en tant qu’art, de participer Ă  ça ?

K : Pour moi, les clips ne sont pas morts. C’est juste que les gens y reviendront Ă  un moment. C’est comme moi, Ă  un moment, on envoie des titres, on envoie des titres, c’est bon on en a marre d’Ă©couter du Keblack, c’est toujours la mĂȘme chose. C’est Ă  toi de te renouveler, c’est pareil, c’est Ă  toi de te renouveler et demain, ça reviendra. MĂȘme en termes de chiffre, de pourcentage, je pense que YouTube est en train de revenir Ă  fond.

S : On parle aussi de la mort des albums qu’est-ce que t’en penses, toi qui tenais Ă  faire, notamment avec le dernier album, un album comme un produit entier, comme une oeuvre, en fait, qu’est-ce que tu penses de ce discours autour de la mort des albums, qui disent que maintenant on consomme Ă  base de singles, on n’Ă©coute pas un album en entier, on ne réécoute pas un album en entier, etc. Tu penses quoi de tout ça ?

K : En fait, ils n’ont pas tort, mais d’un cĂŽtĂ© ça serait bizarre que je dise que c’est la mort de l’album alors que j’ai vendu plus de 100 000 albums en 6 mois. C’est juste que les gens piochent dans les albums, avant on Ă©coutait des albums en entier, vraiment en entier, mais lĂ  ils vont plus chercher les singles, les gens piochent, on est dans une Ă©poque de fast food, ils rentrent dans l’album, ils Ă©coutent pas tout, peut-ĂȘtre les feats, ils vont plus chercher les singles, c’est plus la mĂȘme consommation qu’avant. Je pense pas que c’est la mort de l’album, on a du SDM qui en premiĂšre semaine vend je sais pas combien, ou du Jul qui arrive et qui va faire une semaine Ă  50 000, et, paix Ă  son Ăąme, Werenoi, premiĂšre semaine il fait limite or et arrive au platine. Les gens consomment la musique diffĂ©remment, consomment les albums diffĂ©remment.

S : Est-ce que ça oblige les artistes Ă  ne faire que des bangers sur leurs albums ? Parce qu’avant, il y avait le fond d’album et puis les singles qui ressortaient, on Ă©coutait les albums entiĂšrement et on savait qu’il y avait des titres qu’on n’entendrait jamais Ă  la radio, qu’on ne verrait pas clipĂ©, et d’autres qui seraient lĂ©gendaires. Est-ce que maintenant ça n’oblige pas Ă  faire en sorte que chaque titre puisse ĂȘtre potentiellement lĂ©gendaire ?

K : En vrai, c’est les gens qui rendent le titre lĂ©gendaire. Nous, les artistes, on fait tout simplement notre travail

S : Mais t’as pas de pression par rapport Ă  ça ?

K : Nous on fait de la musique. Puis ce sont les gens qui dĂ©cident. C’est eux qui dĂ©cident si c’est un banger ou pas. Comme pour BazardĂ©e. C’est le peuple qui dĂ©cide. Toi, fais ton boulot, tu verras si ça plait, et continue Ă  bosser. Quand Dosseh arrive avec son piano-voix (HabituĂ©), il est Ă  mille lieu de savoir que son piano-voix sera l’un de ses plus gros morceaux. Quand il le fait il se dit peut-ĂȘtre que c’est un morceau d’intro ou autre, vas-y je vais faire un petit morceau piano-voix, c’est intĂ©ressant, et finalement le morceau devient un gros titre, mĂȘme moi quand je vois Tout va bien, je pense pas au radio, je pense Ă  rien, je suis super innocent dans ce que je fais, j’envoie le titre et les gens le prennent et le montent Ă  un niveau

S : c’Ă©tait sans calcul

K : Sans calcul. S’il y avait une formule dans la musique ça se saurait

S : LĂ  ton actu, c’est la réédition de FOCUS, sous le titre FOCUS MENTALITÉ. Tu voulais apporter quelle proposition globalement ?

Cover Reed Focus 1

K : Sur Focus MentalitĂ©, j’envoie des titres, Mood, c’est parti de ça, Melrose Place (feat Guy2Bezbar), et j’envoie un titre qui n’a rien Ă  voir, qui s’appelle Ying et yang. Avant, dans les rééditions on s’attendait Ă  plusieurs titres, lĂ  j’envoie 3 titres, il y a Mood qui vient de faire diamant, il y a Melrose Place qui est or, qui est en train d’arriver au platine, et on a le dernier morceau qui est lĂ  mais qui sert toujours Ă  quelque chose, aprĂšs je pense que sur 3 titres il y en a 2 qui ont pris, je pense que c’est une bonne réédition dĂ©jĂ , et lĂ  pour la suite c’est de passer Ă  autre chose, dans un nouveau projet, dans des nouveaux titres, on continue de bosser comme je t’ai dit, on lĂąche pas, on essaye de rester au top

S : Avec un autre projet de nouvel album ou plutĂŽt une sĂ©rie de singles ?

K : Une mixtape, je sais pas encore

S : Et tu regardes l’avenir avec confiance ou avec prudence ?

K : Les deux, je suis confiant mais prudent (rires)

S : T’as appris la prudence avec le temps

K : Exactement je l’ai appris avec le temps, je suis pĂšre de famille, j’ai des responsabilitĂ©s. Avant on faisait de la musique pour le plaisir, et lĂ  on le fait toujours pour le plaisir, mais on sait que c’est un sacrifice, je ne vois pas forcĂ©ment mes enfants grandir, je ne suis pas forcĂ©ment avec ma femme, on ne partage pas beaucoup de moments, par rapport Ă  mon nombre de dĂ©placements, donc je me dis quand je sors dehors, qu’il faut que je revienne avec quelque chose, quand j’obtiens les diamants, les diamants ce n’est pas pour moi, c’est pour ma famille, pour leur montrer que, ok je ne suis pas lĂ , mais regarde oĂč vont nous emmener les sacrifices, et on a un certain niveau de vie, aisĂ©, on n’a pas forcĂ©ment de problĂšmes, on peut se payer des choses que je ne pensais pas me payer avant, et c’est un poids en moins, l’argent ne fait pas tout, mais ça aide beaucoup

S : Ça aide pas mal ouais (rires). Et l’avenir de Keblack, c’est quoi ?

K : C’est des projets, c’est d’autres grandes salles de concert Ă  venir, c’est des festivals

S : C’est important pour toi la scĂšne ?

K : C’est important, parce que j’ai vu, quand j’ai fait le ZĂ©nith, j’ai captĂ© que les gens avaient oubliĂ© que je savais chanter, ils se rĂ©fĂ©rençaient plus Ă  mes titres de maintenant, oĂč je ne pose pas forcĂ©ment de sons Ă  voix, oĂč je n’ai pas de performance vocale, et lĂ , je capte au ZĂ©nith, qu’ils se disent « ah ouais en fait il sait chanter Â». Bien sĂ»r que je sais chanter. Et lĂ  je me dis, mais mince, ils entendent que les morceaux connus, mais il y a d’autres morceaux plus profonds, sur lesquels on sent que oui, il mĂ©rite, il est Ă  sa place tout simplement

S : C’est important pour toi, d’ĂȘtre reconnu en tant que vĂ©ritable artiste ?

K : Ouais c’est important, les gens s’enferment dans quelques trucs, et ils ne font pas la part des choses, pour eux c’est un mec qui fait de la mĂ©lodie, mais on sait chanter

S : Donc l’avenir de KeBlack, c’est de demeurer un artiste ?

K : Demeurer un artiste, et marquer l’Ă©poque

S : Merci beaucoup KeBlack

K : Non, c’est moi qui te remercie Scolti.

S : Ă  bientĂŽt !


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