TOM BOUDET : L’INTERVIEW

Daniel : Tom, bienvenue chez Skuuurt !

Tom Boudet : Merci beaucoup 

D : Merci à toi d’être avec nous. Tom Boudet, jeune humoriste qui a déjà pas mal de bouteilles ! Ça fait quoi, ça va faire une petite dizaine d’années maintenant que tu perfectionnes ton art ? 

TB : Pas encore, au mois de mai ça fera 7 ans ! Mais quand même, ça commence à… j’ai commencé jeune à 17 ans. Là 17 ans ça fait bizarre à dire, quand tu disais 3, 4 ans c’est ok mais là 7 ans en effet ça se rapproche des 10. 

D : Quand tu étais plus jeune, tu étais quelqu’un de timide. Est-ce que la scène, pour toi, c’est le meilleur moyen de surmonter sa timidité ? 

TB : Oui et non parce que… pour moi en tous en cas, c’était en cinquième, j’étais vachement timide, à 12, 13 ans, de faire le pas d’aller sur scène… Moi je voulais être humoriste mais terrifié de monter sur scène, mais ce qui m’a aidé c’est des cours de théâtre, des cours même d’expression en fait. Parce qu’à la fois j’étais terrifié de monter sur scène mais terrifié de faire des oraux, en français en anglais… Mais c’est le fait de faire des cours de théâtre, dans mon collège il y avait une classe théâtre dans laquelle j’étais, et ça m’a permis d’être hyper à l’aise. 

Après oui, la scène c’est là où je me sens le mieux, mais je pense qu’il y a quand même des petites étapes entre deux et je crois que les cours d’expression, ça aide beaucoup ! Je suis content, je crois que ça va devenir un peu obligatoire pour les plus jeunes… 

Scolti : Mais tu tendais déjà vers l’humour quand t’as commencé ces cours de théâtre ? Parce que tu dis que tu as commencé à 17 ans, mais c’était ta première scène devant du public… 

TB : Oui, en stand-up. 

S : Mais concrètement tu as commencé avant ? 

TB : Oui, moi en fait…

S : T’es pas devenu drôle du jour au lendemain ? 

TB : Non, en fait j’ai toujours voulu faire un métier en rapport avec la scène parce que mes parents m’ont emmené très tôt voir des concerts, des festivals… J’ai toujours eu cette culture-là. Et c’est en sixième que j’ai eu le déclic des humoristes. J’avais YouTube, j’ai vu mes premiers humoristes et j’ai eu le déclic de me dire « Ah oui d’accord, donc c’est ça ! ». Sauf que du coup j’étais timide, et puis j’avais 11, 12 ans donc pour moi c’était lointain. 

Et avant la scène j’ai commencé à faire des vidéos sur YouTube, comme c’était l’époque de Cyprien tout ça, c’était un peu pour m’entraîner. Mais oui, la timidité, donc j’ai fait du théâtre ce qui m’a aidé, et après pour moi c’est plus un espèce de langage l’humour. Ce qui m’a aidé c’est surtout cette classe théâtre parce qu’on était moins nombreux, il n’y avait que des gens qui étaient un peu comme moi, plus introvertis. Et le fait de faire rire ton voisin, ta voisine, et puis on change de place au collège, donc au bout d’un moment tu as un peu conquis toute la classe. 

C’est d’abord les proches qui m’ont mis à l’aise, et au fur et à mesure c’est allé vers la scène. 

S : Est-ce que tu penses qu’il y a une direction, dans l’humour, que tu as prise, qui tend vers le Nord ? Ou alors est-ce que tu es parti vers l’humour tout court ? 

TB : Non, l’humour tout court. Dans le spectacle je dis que je suis du Nord parce que c’est un premier spectacle donc je me présente, mais c’est un petit bout du spectacle. Après j’aime beaucoup être identifié comme quelqu’un du Nord, j’en suis très content ! 

S : Sans forcément le revendiquer ? C’est un truc qui fait partie de… 

TB : Non, parce qu’en fait, pour être honnête, je n’ai pas la culture Ch’Ti du tout. Je côtoie des gens qui le sont mais mes parents ne me l’ont pas forcément inculquée donc je ne la connais pas vraiment. Mais par contre je suis trop fier ! C’est pour ça, de jouer encore à Lille parce que le stand-up émerge, j’ai besoin de ça ! J’ai besoin de l’ambiance, de l’énergie du Nord. Là je joue par exemple en Belgique, je trouve que ça se ressemble en terme d’ambiance, j’ai besoin de ça. 

Ce n’est pas tant un truc qui se reflète dans mon humour, mais je pense que le fait d’avoir commencé à Lille quand même, ça m’a beaucoup aidé. Parce que c’est un public tellement bienveillant, c’est plus… pas facile mais en tous cas il y a eu un bon lancement, ça m’a mis en confiance !

D : Tu sens la différence quand tu vas jouer dans d’autres villes ? Parce que maintenant tu tournes un peu partout. 

TB : Oui, un peu. En fait c’est pas tant parce qu’il y a des publics moins bien, au contraire, par exemple l’énergie du Nord je trouve qu’elle ressemble un peu à celle du Sud, de Marseille, des gens qui ne se posent pas mille questions, ils sont content d’aller au spectacle. Ils ont payé leur place donc « on va voir un artiste, on est content ! ». 

Et après c’est vrai qu’il y a d’autres villes où tu sens que l’ambiance est différente. Peut-être Paris, j’adore y jouer, mais ce qui est bien c’est que tu sens qu’ils ont beaucoup de culture et qu’ils viennent voir beaucoup de stand-up, donc parfois ils peuvent se mettre eux-mêmes en critique, en juge. Mais en même temps ils ont de l’auto-dérision par rapport à ça donc ça reste très drôle. 

Mais je dois dire que oui, les grosses ambiances du Nord, du Sud, c’est trop bien. 

D : Quand tu as commencé sur YouTube, quels commentaires tu recevais ? Et est-ce que les gens de ton collège, à part les gens de ta classe théâtre, savaient que tu faisais des vidéos ? 

TB : Oui, en fait c’est tout le truc paradoxal : tu mets une vidéo en public donc le monde entier peut la voir, mais j’étais terrifié quand… en plus il y avait des grands qui venaient me voir, les troisièmes et les secondes en me disant « Toi tu fais des vidéos ! » Et j’était un peu terrifié d’en parler. Mais au fur et à mesure j’ai pris de l’assurance, et puis surtout j’ai un truc, notamment au lycée : moi j’étais trop fier de mes vidéos ! Et puis j’impliquais mes potes là-dedans donc j’étais trop content de ça ! 

Mais oui, et même ça a pris d’autres proportions. Des profs au lycée qui mettaient parfois des vidéos de moi, même dans les classes où je n’étais pas donc ça, quand je l’apprenais, j’étais toujours un peu gêné… Mais après c’était bien, j’étais un peu catalogué « Ah lui on sait qu’il veut être humoriste ». 

S : Et t’es un mec de bande ? T’es pas un mec solo qui était dans son trip humoriste par rapport à tous ses potes…

TB : Alors, j’ai des potes qui m’ont toujours soutenu et qui ont aussi l’esprit artistique, mais quand même l’esprit borné un peu. J’ai même des potes les plus proches qui aujourd’hui quand ils voient ce que je fais, ils restent un peu surpris, me disent : « ah oui t’as pas lâché ton truc ? »

S : Mais tu n’étais pas un ovni ? C’est là où je voulais en venir, par rapport à l’établissement tu n’étais pas le mec isolé qui fait de l’humour ?

TB : Ah non pas du tout, au contraire ! J’avais mon groupe de potes mais je m’entendais bien avec tout le monde. J’ai même un souvenir très touchant et très mignon, de ma première amoureuse au lycée, on venait de sortir ensemble, et elle faisait un cours de latin ou un autre truc un peu… Tu vois, les spécialités quoi. Elle tombe avec un gars qui était un peu le beau gosse du lycée, et qui lui dit : « Eh j’ai appris que tu sors avec le mec marrant. » Et ça, je te jure, j’étais trop content de me dire, je m’en fous, il ne sait pas mon prénom, mais le gars beau gosse m’a adoubé « le mec marrant ».

D : Ensuite tu passes de YouTube aux scènes ouvertes. Quelles différences tu notes entre les deux environnements ? 

TB : Toutes ! Déjà moi, personnellement, j’étais trop content parce que c’était ça que je voulais faire avant tout, et oui le rapport vidéo / scène c’est pas pareil. La scène c’est tellement bien parce que tu as la réponse tout de suite, si c’est rigolo ou pas marrant ! L’adrénaline, l’énergie… Alors c’est bien les vidéos, mais tu es un peu tout seul dans ton coin, tu fais le montage, et c’est au moment où tu la sors où « alors est-ce que ça plaît ou pas ? » La scène il y a tout un processus que j’adore.

Et puis il y a un truc, quand j’ai démarré, j’avais tellement maté de spectacles et de documentaires que je savais c’était vraiment pour démarrer, c’était pas pour essayer la scène tu vois ? C’était vraiment pour me lancer et le rêve quoi ! Je me rappelle, la première scène ouverte, rien que le fait de parler d’humoristes, de blagues, de dire « toi tu vas faire quoi ? », mais j’étais comme un ouf !

D : Pas de petite appréhension ?

TB : Si, beaucoup, j’étais évidemment très stressé ! Mais sur le climat qu’il y avait, l’ambiance, j’étais vraiment dans mon élément. 

D : Et ce stress, cette pression, tu la ressens toujours maintenant ? 

TB : Oui, après tu arrives à la gérer, tu as des clés, des choses qui te rassurent. Au début je trouve qu’on a tous plein de tics ou de superstitions, j’essaye de m’en débarrasser de plus en en plus. Je vois que j’ai juste besoin d’être avec des gens avec qui je travaille, de rigoler… Mais oui, évidemment, un stress de quand je teste u nouveau truc, tu as envie que ça marche. Mais c’est bien, c’est ça qui met un peu le… 

S : T’as l’air carré et structuré ? 

TB : J’en ai trop besoin, déjà dans mon travail, et puis le fait d’avoir une équipe, dont Elisabeth, c’est tellement rassurant. 

S : Mais comparé à d’autres humoristes qu’on connaît, ici dans le coin, il y a une vraie diff. 

TB : Ah oui ? 

S : Dans la démarche, là où tu vas, tu sais où tu vas, t’as pas juste le rêve de vouloir faire ça, tu prends le chemin pour pouvoir l’atteindre. Tu te donnes les moyens j’ai l’impression, et je te sens très structuré en fait. 

TB : Je trouve que c’est hyper important. Parce qu’évidemment ça reste une passion, mais il y a tellement de choses, ce n’est pas que le moment sur scène qui compte ! En plus aujourd’hui avec les réseaux il y a de la comm, et moi j’aime bien un peu… pas avoir la main dans tout, mais quand même un peu tout superviser, et avoir une équipe qui m’accompagne. Les joies tu les divises, c’est trop bien, les moments plus durs aussi mais donc ça fait du bien ! 

Et puis même d’avoir des gens… je trouve que c’est un métier compliqué, les moments durs frappent un peu de plein fouet, donc le fait d’en parler, d’être accompagné surtout, c’est hyper


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