FANNY PISONERO : L’INGÉ SON FRANÇAISE LA PLUS RÉCOMPENSÉE

Scolti : Salut Fanny ! Bienvenue chez SKUUURT. Tu es ingénieure du son, et j’aimerais, pour commencer, que tu me parles un peu de ton parcours. Comment est-ce qu’on devient ingénieur du son, en général ? Et comment toi, tu l’es devenue ?

Fanny Pisonero : Il y a plusieurs manières de devenir ingénieur du son. Il y a la méthode autodidacte. Il y a beaucoup de gens qui sont tout simplement passionnés, surtout que de nos jours on a accès quand même à beaucoup d’informations. Il y a des tutoriels, des formations en ligne, et via la pratique aussi, énormément, il y a donc beaucoup d’autodidactes. Et puis, il existe aussi des parcours de formations, avec des centres de formations, des écoles d’ingénieurs du son. Pour ma part, ça a été un peu un mélange des deux. Je suis allée dans une école de son, mais c’était une formation qui était extrêmement rapide. C’était sur une moitié d’année scolaire. Par contre, pendant cette formation, on avait accès à des conventions de stage. Et j’ai commencé à faire des stages, dont un stage au Studio Meteore à Paris. Et dans ce studio se trouvait Jérémie Tuil, qui est un très grand ingénieur du son, hyper connu, et qui m’a tout simplement appris le métier.

Ingénieur du son, ça veut dire tourner et pousser des boutons pour équilibrer des sons ? Ça consiste en quoi exactement ?

F.P : Effectivement, c’est vrai que grossièrement dit, ça fait penser à ça, mais en gros, l’ingénieur du son, il est là pour capter une source sonore, que ce soit via la voix de l’artiste qui chante ou qui rappe, ou via le musicien qui va jouer de la musique. On capte cette onde sonore via un micro, et ensuite on fait rentrer dans nos machines, dans notre logiciel, et on va faire ce qu’on appelle du traitement de son. C’est-à-dire qu’on va améliorer le son, on va faire de l’équalisation, de la compression, donc en gros on va traiter les fréquences, puisque les ondes sonores ce sont des fréquences, et les rendre harmonieuses et faire en sorte que le tout soit sympa à l’oreille.

Tu parles d’harmonie. Est-ce que tu es juste une technicienne ou est-ce que tu apportes ta touche artistique ?

F.P : C’est justement là que le métier est super intéressant. On a une grosse partie qui est technique et qui est obligatoire parce qu’il faut savoir se servir d’un micro, il faut savoir se servir d’un logiciel, il faut comprendre les chemins électriques, il faut comprendre plein de choses qui sont quand même des notions très techniques. Mais aujourd’hui, l’ingénieur du son a aussi une partie qui est artistique, puisqu’on va donner notre avis, on va aider à la création des titres du morceau qu’on enregistre. Donc, il y a aussi une partie artistique. On endosse aussi un petit peu un rôle de direction artistique.

Et toi, t’accordes quel temps à la maîtrise des outils ? Et le renouvellement permanent, d’ailleurs, des outils ? Est-ce que tu t’accordes du temps où tu n’es pas en train de mixer, mais juste tu te penches sur l’aspect technique pour te remettre un peu à jour ?

F.P : L’aspect technique, ça va être surtout au départ. C’est-à-dire que quand on installe ou on prépare la session, il y a un aspect technique. On peut brancher le micro, il faut allumer les machines, il faut les faire chauffer, il faut pouvoir régler la voix aussi, une fois que l’artiste est en cabine, ou la voix ou les instruments, bien évidemment. Et après, tout le reste, sur une session d’enregistrement, va être de l’artistique, puisque là, du coup, on va diriger. La technique est présente tout au long de la session, mais plus au début. Et l’artistique par contre vient en deuxième temps sur la session

Je parlais plus du temps que tu accordes hors session d’enregistrement, quand tu es seule et que, par exemple, tu te penches sur un nouveau logiciel ou sur une nouvelle machine. Est-ce que tu t’accordes ces temps-là ou est-ce que t’en es arrivée au stade où tu n’as plus vraiment le temps et tu te bases sur la maîtrise de ce que tu connais déjà ?

F.P : En termes de logiciel, j’utilise le même depuis 10 ans. Donc, mon logiciel, je le connais par cœur. Et même s’il y a toujours des mises à jour, honnêtement, ça ne prend pas énormément de temps. Par contre, au niveau des machines et au niveau des plugins qu’on utilise, oui, effectivement, je me dois de m’accorder du temps parce qu’en fait, on se renouvelle tout le temps. Et si nous, on ne se renouvelle pas et on ne se met pas à la page, on peut vite se faire dépasser par la technique. Il y a l’arrivée de l’IA aussi. Donc, avec l’intelligence artificielle, on a accès à des nouveaux logiciels, et j’y passe, même si je ne saurais pas le quantifier, énormément de temps. C’est-à-dire que sur une semaine de travail, il y a toujours un ou deux jours dans la semaine où je me penche dessus. Sur une journée de travail, des fois, je peux passer une heure à découvrir un nouveau plugin, ou à utiliser de nouvelles techniques.

Est-ce qu’il y a un côté recette secrète ? C’est-à-dire que tu ne vas pas me donner le nom du logiciel, tu ne vas pas me donner le nom des plugins que tu utilises parce que c’est ta soupe à toi, et que ça fait aussi ta marque ?

F.P : Ça existe beaucoup dans le milieu. Justement, il y a beaucoup d’ingénieurs qui ne veulent pas donner leurs secrets. Mais je ne fais pas partie de cette école-là. Pour moi, le savoir est à portée de tous et doit être à portée de tous. Donc, moi, je suis franchement dans le partage. Je fais pas mal de formations, en tant que formatrice, parce que je suis dans le partage, il n’y a pas de recette secrète. Pour la petite histoire, quand Jérémie m’a formée, au tout début, il m’a tout montré. Il m’a donné accès à tout son savoir. Mais quand il partait le soir et que j’essayais de reproduire, ça ne donnait pas la même chose. Et pourtant, j’avais les mêmes réglages. Ça veut bien dire qu’en fait, il y a aussi un côté un peu feeling, un côté un peu “sur le moment même est-ce que ça va marcher ou pas?”. Donc, il n’y a pas de secret. Oui, il y a des outils. En vrai, le savoir, aujourd’hui, on peut l’avoir. Donc, pourquoi essayer de vouloir cacher et en faire une recette secrète alors qu’en fait, c’est à portée de tous ? Et c’est la manière dont on va l’utiliser, le moment où on va l’utiliser, qui va faire la différence. Moi, je ne suis pas du tout dans ça, je partage énormément.

Est-ce que le support, à savoir maintenant essentiellement le digital, a changé l’approche dans la façon de travailler ? Moi,  je viens de l’école CD et de l’école vinyle. Est-ce que le fait que ce soit numérique maintenant, ça change quelque chose techniquement ?

F.P : Pour moi, ça change tout en termes de consommation. C’est-à-dire qu’avant, à l’époque, quand on voulait écouter de la musique, il fallait qu’on ait un lecteur CD ou un tourne-disque. C’était moins accessible que maintenant. Maintenant, aujourd’hui, on aime un son, on peut l’écouter 45 fois d’affilée via les supports digitaux. Donc du coup, c’est surtout sur la consommation. On consomme beaucoup plus vite, beaucoup plus rapidement, et du coup on se lasse vite d’un titre

Mais est-ce que toi ça change ton approche technique ? Parce que c’est pas la même chose d’écouter du son sur des enceintes, tu le sais mieux que moi, que sur un téléphone ou que sur un téléphone sans écouteurs. Est-ce que tu adaptes ta technique à ça ?

F.P : Oui, on s’adapte vachement. Alors attention, y a certains ingés qui vont sauter au plafond, mais pour moi aujourd’hui le mix n’est plus aussi approfondi qu’à l’époque. Certes, on a plus de matériel à portée de main, plus d’options disponibles, plus de savoir-faire et de manières de pouvoir faire les choses, mais il a moins d’importance qu’avant. On a vu des artistes, hyper connus, qui ont sorti des sons mêmes pas mixés, qui ont fait des cartons. Donc, oui, pour moi, ça change beaucoup de choses. Et puis, aujourd’hui, on écoute la musique, des fois, sur des supports de qualité médiocre, genre un téléphone. On écoute la musique sur un téléphone, excuse-moi, le son du téléphone, c’est pas le son d’une enceinte.

Et toi, tu dois adapter ta façon de mixer à ça, au fait que ça peut être écouté sur téléphone ?

F.P : Aujourd’hui, on me demande du rapide. En gros, ce qu’on attend aujourd’hui d’un ingé son, c’est qu’il soit rapide et efficace. Donc, des fois, on va passer moins de temps sur le mix et on va plus s’approcher de l’artistique. Justement, il faut que le son, que la mélodie, soient cool, il faut que le texte rentre bien, qu’il y ait un bon flow, plus qu’un kick qui sonne bien, par exemple.

Et sur quelle base, peut-être au pluriel d’ailleurs, s’installe la confiance que les artistes placent en toi ? Pourquoi ils viennent te voir, toi ?

F.P : Comme je l’ai dit précédemment, je pense que c’est la rapidité. Plus vite tu arrives à donner un résultat, à rentrer aussi dans la tête un petit peu de l’artiste et de ce qu’il attend de toi, plus vite l’artiste va avoir confiance. Et ça, c’est vrai que c’est quelque chose sur laquelle j’ai une grande facilité. Je suis très à l’aise. J’arrive facilement à rentrer sur ce côté un peu social, quelque part. C’est-à-dire juste avoir l’approche avec l’artiste, m’entendre bien avec lui, le mettre à l’aise. Après, il y a aussi une partie technique. C’est-à-dire qu’un artiste, par exemple, qui s’entend mal dans le casque, quand il est en train d’enregistrer en cabine, forcément, il va ramer. Donc, il y a aussi cette partie technique qui est importante. Je crois que moi, j’arrive à capter vite s’il est à l’aise en casque, s’il s’entend bien, est-ce que moi, j’ai choisi les bons effets, est-ce que c’est la bonne reverb que j’ai utilisée pour qu’il soit dans le truc. Je te cite un exemple tout bête. À la fin, quand on enregistre un son, on fait ce qu’on appelle des ambiances. On met des rajouts de voix, des trucs qu’on rajoute derrière les paroles, et moi j’aime bien leur mettre un effet directement dans le casque pour qu’ils puissent se projeter, pour dire “ah ça va rendre comme ça.” Et c’est vrai que si je ne le fais pas et que je le laisse brut dans le casque, sans reverb, sans nom, sans effet, l’artiste ne peut pas être en confiance, il ne se rend pas compte. Et ça fait 10 ans que je travaille, même plus de 10 ans maintenant, avec le même logiciel, donc j’ai une aisance et j’ai une rapidité, et je m’adapte très très vite à l’artiste, et je pense qu’aujourd’hui c’est ça que les artistes aiment avec moi, c’est que quand ils viennent au studio, ils n’ont pas besoin de faire une session de 8 heures pour avoir un son superbe. En deux heures, des fois, on arrive à faire des sons qui sont super. 

Quand t’as basculé de ta période de formation à ta période plus affirmée, comment s’est passée la première collab avec une tête d’affiche ? C’était qui, et est-ce qu’il y avait de la pression ?

F.P : Ma toute première collab, c’était Jul, et c’était un peu un coup du hasard. En fait, je connaissais la personne qui le manageait à l’époque et qui croyait très très fortement en lui. À l’époque, Jul était à peine connu. Mais il commençait à prendre un petit peu d’ampleur. On parlait beaucoup de lui. Il faut savoir que moi, j’étais à Paris, lui, était à Marseille. Mais à Marseille, puisque je suis originaire de Marseille, j’entendais beaucoup parler de lui. Et la première session avec lui, en fait, on a enregistré un son, qui s’appelle « Ailleurs », hyper connu aujourd’hui, qui a cartonné quand il est sorti. Et c’est vrai qu’au début, il y avait beaucoup de pression, forcément, parce que tu te dis “Est-ce que je vais faire, bien, est-ce que…?”. Mais d’un autre côté, j’étais à l’aise parce que c’était quelqu’un de chez moi, parce que c’était un petit peu dans un cadre un peu familial, parce que je connaissais très très bien son manager. Et du coup, ça s’est bien passé. Et quelques temps après, je me suis retrouvée à enregistrer le projet de Alonzo. Pareil, un artiste marseillais, quand j’ai su qu’il venait à Paris et qu’il venait dans notre studio, j’ai voulu absolument le faire. Donc j’ai soumis l’idée au studio de le mettre sur le projet. Et en fait, il y a toujours une pression, parce que tu as envie de faire bien. Et qu’en plus ce sont des artistes que tu écoutais quand t’étais jeune, avant même d’avoir l’idée de devenir ingé son, quoi. Donc, il y a toujours cette petite pression. Mais là aussi, ça s’est bien passé. Parce que j’ai eu une formation qui était incroyable par Jérémie. Parce que j’étais dans un studio qui était incroyable, qui avait du super matériel, que j’avais l’habitude d’utiliser. Donc, du coup, ça s’est très, très bien passé. Et ensuite, y a eu Gradur. Gradur était en début de carrière. Et on a travaillé son premier album qui était L’homme au bob. Et pareil, je me suis vachement investie dans le projet. Ça s’est bien passé entre lui et moi. Le projet sort, et en 3 jours il fait disque d’or. Du coup, à partir du moment où t’as fait un projet qui est validé, qui marche et qui cartonne, après t’as toutes les autres personnes qui te font confiance. Parce qu’ils se disent, elle connaît le taf, elle sait faire, elle a participé à un projet qui a marché.

T’as donc bossé avec Jul, Gradur, Alonzo, mais t’as aussi bossé avec SCH, Nej, SDM, Rim’K, Soso Maness, Rohff, Freeze Corleone, Vegedream, Hatik, Nahir… J’en ai probablement oublié. Et ça fait de toi l’ingénieure du son française la plus récompensée avec une trentaine de projets certifiés, or, platine et diamant. Est-ce que tu estimes qu’il y a une reconnaissance suffisante pour les ingénieurs du son sans lesquels les sons ne sortiraient probablement jamais ?

F.P : C’est un peu le grand débat. Mais, non. On a commencé à mettre la lumière sur les beatmakers, et on commence petit à petit à parler des ingénieurs du son, mais c’est vrai que c’est toujours une image qui est un peu floue, et c’est pour ça que, alors je ne dis pas que j’ai envie d’endosser ce rôle-là, mais c’est pour ça que j’ai eu envie de mettre en avant mon métier, parce que c’est vraiment un métier qui est super important, et comme tu dis, sans l’ingénieur du son, à la base, il n’y a pas de son. Clairement, il n’y a pas de son. Des artistes qui chantent dans la rue, il y en aura toujours, des compositeurs qui composent de la musique, il y en aura toujours, et des ingé son, par contre, s’ils ne sont vraiment pas là à la base, comment tu veux pouvoir digitaliser ta musique, en fait ? Donc, il y a quand même, je trouve, pas assez de lumière. Mais on y vient, petit à petit, en ayant des médias, par exemple, comme vous, qui nous interviewent, c’est super important et c’est cool, je suis contente !

C’est pas la même culture aux États-Unis, par exemple, où les ingés sont un peu plus reconnus. Est-ce que toi, tu as des visées internationales ? Est-ce que tu aimerais travailler avec des artistes internationaux ?

F.P : Moi, je reste française, et je suis une fan de rap français. Donc, être en France, ça me va très bien. Mais je ne vais pas te mentir, demain j’ai Pharrell Williams qui me dit, viens, on fait un album ensemble, je ne vais pas lui dire non ! Forcément, je vais accepter, tu vois. Mais ce n’est pas une priorité absolue de m’expatrier. Mais bien évidemment que si ça doit arriver, je serai plus qu’heureuse et ravie de pouvoir le faire.

Tu me parles du Studio Voltaire à Aubagne, dans lequel t’es directrice et ingénieure du son principal ?

F.P : À la base, moi, j’ai rejoint l’équipe du Studio Voltaire, et j’ai aidé, on va dire, à la finalisation de tout ça, mais le projet existait déjà.

Est-ce que le fait d’être directrice et ingénieure du son principale, ça implique forcément de déléguer ? Est-ce que c’est compliqué pour toi d’être représentée par d’autres ?

F.P : Oui, je ne peux pas gérer toutes les sessions qui me sont demandées. Donc forcément, on prend des ingénieurs du son. L’important, c’est la qualité du son qui sort de chez Voltaire. Il n’y a pas forcément “quel ingé son a fait quel truc”. Moi, j’estime qu’on est une équipe, on travaille tous ensemble. Genre là, il n’y a pas très longtemps, j’ai un artiste important qui m’appelle, qui me demande une session, je ne pouvais pas l’assurer, il a fallu que je remette la session à l’ingé son de mon studio. Donc je me dois bien évidemment de faire un choix très important au niveau des ingénieurs du son, et d’être convaincue de leur travail pour pouvoir leur donner, les yeux fermés, un artiste. Je n’ai pas peur de ça, mais oui, bien sûr, il faut absolument déléguer, et pour déléguer, il faut trouver des gens qui travaillent extrêmement bien.

Donc oui, ça ne te pose pas de problème. Enfin, tu as totalement confiance en les gens avec qui tu travailles

F.P : Oui, avec les gens avec qui je bosse, oui, j’ai une confiance totale. Après, il y a juste Damien qui travaille avec nous au Studio Voltaire, et c’est tout. On est que deux à vraiment gérer la plupart des sessions. Là, à l’heure actuelle, j’essaie de former moi-même, je prends des jeunes qui veulent devenir ingé son. Je les forme, et quand je sens qu’il y a vraiment un vrai potentiel derrière, je leur propose de venir rejoindre l’équipe.

Je suppose que maintenant, avec ta réputation et ton parcours, etc., tes tarifs ont augmenté, est-ce que tu as aussi en parallèle une politique d’ouverture à des jeunes artistes, avec des tarifs qui seraient plus bas pour pouvoir leur donner potentiellement une espèce de chance, tu sais, d’accéder à un son top pour moins cher ?

F.P : Honnêtement, en termes de tarifs, je suis extrêmement accessible, parce que justement, l’artiste inconnu d’aujourd’hui peut être la super grande star de demain. 

C’est pour ça que je pose la question

F.P : Il ne faut surtout pas fermer la porte justement avec les jeunes artistes. Et puis, comme je te disais tout à l’heure, je suis grave dans le partage. Pour moi, oui, OK, j’ai un grand parcours, mais je suis un être humain comme tout le monde, et l’accessibilité et l’ouverture d’esprit, pour moi, c’est primordial. Du coup, je reste quelqu’un d’extrêmement accessible en termes de prix. N’importe qui peut venir travailler avec moi. Ce ne sont pas que des artistes qui sont super forts. Il y a d’un certain nombre qui ne sont pas très forts au début. Après plusieurs mois où on a bossé ensemble, la marge de progression est impressionnante, parce que justement, je m’investis, et j’aime m’investir. C’est un challenge pour moi de prendre un artiste pas connu et de réussir à en faire quelque chose et de réussir à donner un beau produit.

Je t’enverrai des gens !

F.P : Avec grand plaisir !

En quoi ça change la donne d’être une femme dans ce métier et dans ce milieu puisque t’es essentiellement dans le rap ? Est-ce que ça t’a poussé à vouloir, au-delà de prouver, être la meilleure ?

F.P : Je me dois d’être la meilleure parce qu’il y a des préjugés. Maintenant je suis confirmée et j’ai un gros CV, mais par exemple, c’est vrai qu’au début, quand les gens rentraient dans le studio, ils me prenaient pour la secrétaire, pour l’assistante, pour la stagiaire, mais pas pour l’ingé son. Ils étaient un peu choqués de voir une femme aux commandes. À l’époque, moi, quand j’ai débarqué y en n’avait pas. Ou alors extrêmement, très, très, très, très peu. Ça devait se compter sur les doigts de la main. Et du coup, ça change la donne dans le fait que tu dois tout donner, justement, tu dois être la meilleure, tu dois exceller dans ce que tu fais pour convaincre que, oui, une femme peut faire ce métier, en fait.

Et je parlais du fait que t’es essentiellement dans le milieu du rap. Est-ce que potentiellement, tu sais aussi, ou tu veux, t’ouvrir à d’autres styles ?

F.P : Oui, totalement. Totalement. D’ailleurs, c’est ce que je fais beaucoup depuis, on va dire, un an. J’essaie de m’ouvrir vraiment à tous les univers musicaux. Alors, je n’ai pas forcément les compétences pour faire, par exemple, du reggae, du jazz, du hard rock, du métal. Ça, c’est un peu plus compliqué. Par contre, dans la musique urbaine, il y a le rap, mais il n’y a pas que le rap. Il y a la pop urbaine, il y a la variété, il y a tous ces univers-là que j’essaie de toucher aujourd’hui. Par exemple, je rêverais de travailler sur un projet de Slimane, de Louane, ou de Vitaa, par exemple. Ce n’est pas du rap, ce n’est absolument pas du rap, mais pourtant, je rêverais de bosser avec des gens comme ça parce que c’est de la musique qui me plaît.

Dans la continuité de ce que tu viens de me dire, et pour conclure, j’aimerais savoir quelles sont désormais tes ambitions ?

F.P : Faire parler de mon métier, pour commencer, mettre un peu de lumière. Ouvrir des portes. Montrer à plein de jeunes filles, parce que je reçois beaucoup de messages sur Instagram, TikTok, sur tous les réseaux, de jeunes filles qui aimeraient se lancer mais qui n’osent pas, parce qu’elles ont peur, ou parce qu’on leur dit que ce n’est pas fait pour les femmes, et donc j’aimerais beaucoup ouvrir les portes de ce côté là. J’aimerais élargir mon travail aussi, aujourd’hui je suis ingénieure du son, demain, j’aimerais peut-être, je ne sais pas, ouvrir une boîte d’édition, pouvoir produire des titres. Et j’aimerais aussi, ça c’est vraiment un gros projet à l’heure actuelle, écrire un livre. Écrire un livre sur mon parcours. Et ça permettrait justement, je pense, d’ouvrir beaucoup de portes. 

Plein de choses donc !

F.P : Oui, plein de projets ! je suis toujours pleine de projets ! Pleine d’ambition !

Merci Fanny, à très vite ! 

F.P : Merci énormément !Salut Scolti ! Ciao, ciao !


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