2L, L’INTERVIEW

SCOLTI : Salut 2L, bienvenue chez SKUUURT ! Récemment révélée par Nouvelle École, tu ne viens pourtant pas tout juste de débarquer. Pour ma part, je t’ai croisée pour la première fois au Flow à Lille, il y a deux ou trois ans, lors du tremplin Rappeuz, et je me souviens bien d’ailleurs de la façon dont tu avais tarté ce tremplin parce que je m’occupais d’une artiste que t’as donc battue ce jour-là. Voilà comment j’ai croisé ton chemin. Les tremplins, les open mics, ça fait partie de ton ADN ?

2L : Oui, carrément. Je faisais des open mics, et donc c’est un peu les mêmes personnes, les mêmes entourages qui organisent ces trucs là. Et donc on me propose, et je le fais un peu pour tester quoi. D’abord des concours de freestyles, comme Basse Fréquence, ou Kickages Sessions, ce genre de trucs. Y en a pas mal que j’ai gagnés en vrai. Du coup, ça m’a aussi tenté de faire des tremplins qui sont un peu différents. Là, c’est vraiment tes sons, alors que les freestyles c’est des prods au hasard, etc.

C’est ce qui t’a forgé et qui t’a formé ?

2L : Ouais, carrément. Les open mics, de manière générale, qui ne sont pas des concours tout le temps, qui sont juste des moments de kiffeurs de musique qui se retrouvent et qui rappent ensemble, même autour d’une enceinte, pas forcément avec un micro. Et après, de là, il y a forcément des petits événements où t’as des prix à gagner. Mais bon, tu ne fais pas ça pour ça. Enfin, tu fais ça pour le côté performance, challenge, cool, quoi, et vraiment, tout le monde se donne à fond. Personne n’est en mode à moitié.

Et le reste de ta formation rapologique, c’est quoi ? C’est ta chambre ? C’est des dates ? C’est d’autres expériences ?

2L : C’est moi qui digue sur YouTube, c’est mes potes, avec qui on s’écoute, on se montre des musiques, puis la suite de ces expériences tremplins, ça a été des premières parties, des concerts, des trucs comme ça, et après, j’ai aussi commencé par le studio, en fait, c’est ça qui m’a aidé, c’est que je n’avais pas que la scène ou que le studio. J’avais commencé un peu en studio avec mes potes dans une chambre. Et après, j’ai commencé à aller en open mic en continuant d’être en studio un petit peu, mais de manière très amateur.

Et tu t’es sentie prête à t’exposer

2L : Ouais, c’est ça. Du coup, j’ai un peu les deux côtés qui se sont, je pense, améliorés en même temps. Je travaillais les deux en même temps. Alors que je sais qu’il y a des gens qui sont très scène et pas du tout studio par exemple.

Ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est la sortie de ton EP ARIA, pour lequel tu étais un peu attendue, rapport à l’explosion de ta notoriété dans une émission mainstream. Est-ce que tu n’as pas fait face à la pression de répondre à une demande en devant tendre vers du mainstream, ce que tu n’as d’ailleurs pas du tout fait dans ARIA ?

2L : En vrai, j’ai eu l’impression que le public était en mode “On a kiffé aussi le personnage que tu représentes, du coup, quand tu fais de la musique, ça nous touche parce que tu es ce personnage.” Voilà ce que les gens ont porté sur moi comme engagement. Voilà tout ce qu’on a pu penser et dire de “2L” après Nouvelle École. Et ça m’a donné, je pense, aussi, une forme de liberté dans ma tête de me dire en vrai, je peux faire une musique qui peut sonner un peu différemment de d’habitude. Et tant que je reste moi-même en vrai, ça peut être complètement cohérent avec ce que j’ai déjà présenté.

Alors, justement, je trouve que c’est pas du tout mainstream, que ta proposition est forte et que tes choix artistiques sont complètement assumés. On peut se dire ça, d’ailleurs, dès la cover sur laquelle tu valorises ton profil gauche, qui est celui qui est lié à la personnalité et à l’émotionnel, comme si t’annonçais que t’allais te révéler sous ton vrai jour, est-ce que c’est voulu ou alors c’est juste ton profil préféré ?

2L : (rires) Alors, c’était juste mon profil préféré, mais je vais peut-être te la piquer, celle-là !

Le côté gauche, lorsqu’il est exposé, est vraiment celui qui expose ce qu’on est. C’est hors mensonge. 

2L : C’est rigolo parce que je trouve que ce profil, en tout cas, par rapport à ce à quoi je ressemble…c’est plutôt vrai.

Donc instinctivement, t’as tendance à exposer ce que t’es vraiment. On va dire ça comme ça.

2L : Ouais, c’est un peu ce qui s’est passé dans la création de cet EP qui s’est fait finalement sur un temps assez court. En juillet dernier, on s’est réunis avec toutes les personnes avec qui je travaille et on a fait 8-10 jours de musique intensive et de ça sont ressortis les 3/4 de ARIA, même 90%, juste 2 morceaux ont été faits dans un autre contexte. Donc c’était un moment où les beatmakers et moi étions dans ce mood là et ça s’est grave bien calé, au final on a tout écouté en sortant de ça et ces morceaux-là allaient bien ensemble, et on ne s’est pas non plus trop cassé la tête. C’est ça qui est cool. On est resté dans une démarche grave spontanée

Quelque chose d’instinctif

2L : On a juste fait de la musique et on était en mode “OK, c’est ça”

OK. Et donc, l’EP s’appelle ARIA. Aria signifie deux choses : l’embarras, le tracas, quand on utilise le masculin. Et la mélodie vocale ou instrumentale, quand on emploie le féminin. De quels embarras et de quels tracas t’es encombrée ?

2L : (rires) En vrai, j’ai trouvé que ce mot représentait bien les thèmes que j’aborde dans l’EP. La façon dont je me positionne, tu vois, de dire des trucs qui sont un petit peu plus personnels, comme si je jugeais ma propre posture. Et j’ai l’impression que jusqu’à maintenant, j’étais dans une posture. T’es dans une posture quand tu rapes, tu te mets dans une situation d’écriture et donc d’interprétation, et là j’avais l’impression d’être en train de faire une réflexion sur “juger mon interprétation” et donc tout ce que ça cause justement d’avoir de l’exposition, d’être quelqu’un tout simplement, sur la terre, mais toutes les réflexions que ça engendre, et aussi le monde de merde dans lequel on vit parce que bon c’est pas anodin quand même de vivre dans cette époque, je trouve.

Au féminin aria permet de résumer ta double casquette de rappeuse et de violoniste ?

2L : Eh bien, un petit peu. En plus, je suis au violon sur une prod et je suis à l’accordéon un peu en fond sur une autre.

Sur lesquelles ?

2L : Le violon, c’est sur Mensonge, et l’accordéon, c’est sur Adodéjantée. Il y a aussi l’accordéon. Il est un peu filtré, donc on ne reconnaît pas vraiment l’accordéon, mais c’est de l’accordéon. Du coup, pour le côté aria “mélodie”, c’est que les chansons à refrain, il y a un peu un côté où toutes ces musiques-là m’inspiraient ça, d’avoir à chaque fois un refrain. Ça contraste quand même avec le reste de ce que j’ai pu proposer sur cette forme-là, ce format-là

T’as fouillé un peu ou c’est un mot que tu possédais, aria ?

2L : Non, c’est un mot que je connais de la musique classique aussi

Dans Fille sage, tu dis “j’ai un boulevard de rêves”, si on le remonte on croise lesquels ?

2L : J’ai un boulevard de rêves dans un sens pas du tout personnel, mais plutôt dans un sens “pour tout le monde”. Parce qu’après, je dis “si tu veux, tu peux entrer, j’ai préparé des verres”, c’est un truc que je veux partager. Le rêve qu’on peut tous s’accorder d’avoir, pas en mode “je peux réussir, je peux le faire”, mais en mode “notre condition humaine, notre existence peut être améliorée et ça, c’est possible”, pas en mode “je vais monter ma start-up”

Dans Enchantée, dont le clip est d’ailleurs déjà dispo tu dis “sur l’écusson, je mettrai qu’mort aux cons”. Pourquoi ce slogan ?

2L : Y a un côté très militaire aussi je trouve, dans la connotation, même peut-être la définition, je suis pas sûre qu’il y ait des écussons pour autre chose, mais bref, on s’en fout, et du coup je me dis que la seule chose pour laquelle je me battrais, ce serait ça, parce que c’est un peu vague, “mort aux cons”, mais c’est un peu provo pour rigoler, mais ce que je veux dire, c’est que le seul mal de notre humanité c’est notre ignorance et la bêtise qui découle de ça et rien d’autre. Et il n’y a aucune raison de se battre pour quoi que ce soit d’autre. Pas pour des raisons économiques, pas pour une patrie.

Dans ce morceau, tu dis aussi “je ne suis pas l’ange que t’attends”. L’habit ne fait pas le moine, c’est ça ?

2L : De un, et aussi, encore une fois, je pense, contrecarrer le côté “exposition égale mainstream, égale complaisance et conformité”, qui est parfois une idée reçue, qui n’est pas forcément vraie pour tout le monde. Mais plutôt dire, je tenterai, “je tenterai”, parce que je ne veux pas me prétendre plus courageuse que je ne le suis, mais je tenterai de ne pas trahir ce que j’ai dit et représenté en passant à la télé et en portant les messages que j’ai portés là-bas. Et dans la vie de manière générale, mais c’est là où on m’a le plus vu, donc forcément…

Dans le titre Adodéjantée, tu dis « Ce qui compte, c’est pas la finale, c’est la façon d’avancer ». Donc, ce n’est pas le but, c’est le chemin. Quel est quand même le ou les buts que tu as en ligne de mire ? Et par quel chemin tu t’interdis de passer pour les atteindre ?

2L : Je pense que je m’interdis de passer par un chemin où on m’impose ce que je dois dire

Donc, l’indépendance

2L : Parce que se faire proposer des types de musiques, des types de sonorités, je trouve que c’est toujours un truc de découverte. Mais de dire, tu devrais dire ça plutôt que ça, je trouve ça très dangereux, comme pente que tu prends. Parce qu’après, tout le monde peut toucher à ton texte et aux propos que tu défends. Ça veut pas dire que, oui, il y a des phrases qu’on peut modifier, c’est pas ça que je dis, mais… Tu vois, de modifier l’idée de ce que tu portes.

Et ça t’oblige à être en indé ?

2L : Je ne sais pas. Je pense que c’est bien sûr une fierté, de faire des trucs en indé et de réussir à les faire et que ce soit propre, que ce soit clean. Là, tu vois le projet sort en indé, c’est trop beau ! Il est magnifique, il est tout mignon. Après, je pense qu’aujourd’hui, en indé ou pas en indé, ça dépend aussi de quel type de contrat t’enchaîne à quelqu’un, parce qu’en indé…moi, je suis en contrat, avec Hall 26. Donc, ça reste un contrat, en vrai, pour moi

Quand je parlais du but ou des buts, je ne parlais pas forcément de musique. Je parlais aussi plus globalement dans ta vie en général

2L : Quand je dis ça, c’est aussi pour dire que la fin ne justifie pas les moyens. Et du coup, peu importe ton but, c’est important de considérer tout ce que tu vas croiser, notamment les personnes que tu vas croiser sur ce chemin-là et de ne pas les négliger. Et après, moi, des buts, tu sais, je suis un peu au jour le jour, surtout en ce moment où il se passe beaucoup de trucs. On verra. Et en vrai, il m’arrive tellement de trucs trop bien que…

Une chose après l’autre

2L : Ouais, c’est ça. J’ai même pas besoin d’un but, là. Juste tout ce qui m’arrive, c’est trop cool et on le vit et c’est trop bien

Dans Bagarre, tu dis qu’ “on est les aveuglés du spliff”. Quoi d’autre peut nous aveugler ?

2L : (rires) On est aveuglé par toutes les images qu’on voit, on est aveuglé par les éducations qu’on reçoit, on est aveuglé par le monde qu’on nous vend toute la journée, et se battre contre les idées qu’on essaye de nous imposer c’est extrêmement dur en vrai. De la même manière qu’une addiction au spliff

Est-ce que l’appât de l’oseille, ça peut aveugler aussi ? Tu dis notamment “ce qu’on veut, ce n’est pas la thune”

2L : “Si tu la donnes, je ne crache pas dessus”

Oui, évidemment. Mais ce n’est pas une fin en soi

2L : En fait, c’est prouvé scientifiquement qu’à partir d’un certain montant de thunes, ton bonheur ne monte plus. Donc, ça prouve bien que pour moi, là-dedans n’est pas la réponse. En vrai, je pense que oui, bien sûr, on vit dans un monde où il y a besoin d’une stabilité économique pour ne pas se sentir stressé, parce qu’il y a beaucoup de choses à payer, tout simplement, et parce que la situation d’artiste, elle est aussi assez précaire, parce que tu dépends certainement de l’écho que tu reçois un petit peu. Donc, cette question de la thune, elle est forcément présente, et après, ça ne peut pas être une fin en soi, parce qu’en fait… Les gens n’écoutent pas que quelqu’un parce qu’il fonctionne ou parce que ce qu’il fait, c’est pour faire de la thune. Je pense que chez certains artistes, ça va fonctionner. Je pense que notamment avec ce que j’essaie de défendre, il y a une incohérence. Si je faisais ça, carrément, ce n’est même pas cool philosophiquement. Je ne suis même pas sûre que mon public trouverait ça cohérent.

Tu pourrais aussi céder aux sirènes

2L : Je pense qu’il faut être honnête, on n’a pas non plus un impact immense en tant qu’artiste quand on fait quelque chose, quoi que ça soit, comparé à d’autres gens qui ont des décisions politiques, par exemple, qui posent des décrets et qui impactent vraiment la vie des gens. Mais par contre, c’est vrai qu’il faut faire attention à tout ça et notamment pour ce que tu représentes en vrai. Parce que toi, ta situation personnelle, “prendre ton bif”, tu pourrais le voir comme une façon de, dans ta tête, niquer des grosses entreprises en leur “prenant de la thune”, en acceptant des trucs ou je ne sais pas quoi, parce que tu t’en fous au fond ou je ne sais quoi. On pourrait développer un espèce de raisonnement pour se sauver de ça, mais en vrai, c’est surtout pour ce que tu représentes. Pour les gens. Moi, ce que les gens me disent, c’est que ça leur fait plaisir de voir qu’il y a des artistes engagés. Ce n’est pas de se dire que je fonctionne, c’est de se dire qu’il existe des artistes qui vont réussir à apporter d’une manière artistiquement cool un message qui leur parle aussi dans ce sens-là. Donc, ça nécessite quelques compromis, forcément, comparé à la vie de “star” (rires) qu’on peut mener, mais ce n’est pas grave

Et dans Rien aussi, tu dis « je ne veux pas que tu me ressembles ». Je le prends comme une incitation à la différence et une pique aux trends. Est-ce que c’est un peu ça ?

2L : Oui, je dis « j’aime les autres, je ne veux pas que tu me ressembles ». Je pense que c’est dangereux de n’aimer que les gens qui nous ressemblent, parce qu’on ne garde aucune ouverture au reste du monde. Il y a tellement de situations différentes qui existent, il faut toujours garder l’esprit ouvert, tout simplement.

T’as un titre qui s’appelle « Vraie victoire ». C’est quoi la vraie victoire dans la vie ? 

2L : Là, dans le son, c’est rigolo parce que je parle de tout ce qu’on porte sur moi depuis Nouvelle École, et comment je garde quand même une idée très claire de ce que je veux faire et comment je veux que ce soit bien approprié comme mien, en tant qu’idée, en tant qu’œuvre. Et en même temps, je parle d’une vraie victoire parce que la vraie victoire, c’est de réussir à faire ça. En vrai, si je te parle d’actuellement, la vraie victoire, c’est qu’il y a des centaines de milliers de personnes qui m’ont écouté et que c’est une dinguerie et que je reçois de l’amour de milliers de personnes et que c’est des personnes qui m’ont donné un amour qui est… Enfin, je sais pas, c’est incomparable. C’est sans commune mesure, je sais même pas comment dire le mot. Tu vois ce que je veux dire ? Donc ça, c’est une vraie victoire comparée à n’importe quoi que tu peux avoir dans ta vie. Et une vraie victoire, c’est de réussir à le faire en étant qui je suis, malgré tout.

Dans Diapason, tu dis “il ne faut pas grand-chose pour que les hommes s’accordent.” Ça s’adresse à l’Assemblée nationale, ça ?

2L : (rires) Ça s’adresse à tout le monde.

Plus sérieusement et plus généralement, il suffirait de quoi pour que les hommes s’accordent ?

2L : Là, le morceau s’appelle « Diapason » parce que le diapason, ça permet de s’accorder en musique. Du coup, le petit jeu avec le mot est là.

Justement, est-ce que c’est toi qui donne le « la » ?

2L : (rires) On peut ! Il peut y avoir plusieurs interprétations. Je pense qu’il peut y avoir une interprétation un petit peu égocentrique peut-être, mais même juste avec des choses fédératrices qui peuvent être des musiques ou autre chose, on peut réussir à se comprendre et à voir que tout ça n’est en partie que tout un tas de choses pas comprises ou pas sues. Et d’un autre côté, toute la situation politique nous échappe complètement en tant qu’êtres humains parce que c’est accaparé par des gouvernements, alors qu’on est capable de discuter, on est capable de faire les choses. L’intelligence collective est plus forte que ça. Et il suffit de pas grand-chose parce qu’en fait on pourrait tous aller toquer à la porte de nos voisins et décider tous ensemble, que maintenant le quartier soit géré, et c’est nous qui décidons, on pourrait le faire. Et donc, toutes les choses comme ça ne tiennent pas à grand-chose. Et tu peux le voir aussi dans des cercles plus petits, entre amis. Il suffit d’une discussion, il suffit d’une petite étincelle des fois.

Ouais, mais parfois juste pour susciter le débat, pas pour trouver un accord

2L : Bien sûr, mais je pense que c’est une illusion de penser qu’on va réussir à un jour obtenir un statut quo. Tu vois, la vie, ce n’est pas ça. La vie, c’est une perpétuelle évolution. On rediscute tout dans la vie pour être libre. La liberté, ce n’est pas d’avoir une liste de lois qui dicte comment tu es protégé. La liberté, c’est de pouvoir discuter la composition de comment on vit. et c’est pouvoir le discuter tout le temps, et que ça ne s’arrête jamais de discuter, c’est ça la vraie liberté, si on se dit qu’à un moment ça arrête de discuter c’est qu’on t’a niqué !

Dans Mensonge tu dis “le talent c’est quoi ? Du travail et un coup de chance”. 

2L : Je dis “5 ans, c’est quoi ?” 5 ans, c’était un peu le nombre d’années depuis lesquelles je rappais, au moment où j’écris le morceau. Je ne calcule pas les conséquences, parce qu’en fait, il m’est arrivé plein de trucs, et tout ce qui m’est arrivé, c’est un peu fou, quand je le dis comme ça, mais genre, ça s’est fait un peu comme ça. On m’a proposé “ouais, ok, je le fais, ouais, ok”, et puis je croise la casteuse de Nouvelle École dans les toilettes d’un concert, et elle me dit “ouais, vas-y, t’es chaud ?” “Ah ouais, vas-y, je suis chaud”. Et… Un peu de tout comme ça, en fait, depuis le début que je fais du rap.

Bernard Werber dit « Dans la vie, il y a trois facteurs, le talent, la chance, le travail. Avec deux de ces facteurs, on peut réussir, mais l’idéal est de disposer des trois. » Brel, lui, a dit « Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose. » Et enfin, il y a Thomas Jefferson qui a dit « Je crois beaucoup à la chance. Et je constate que plus je travaille, plus j’en ai.” Duquel tu te rapproches le plus ?

2L : Je pense que le troisième est vrai, mais qu’il faut avoir eu un coup de chance d’abord. Pour Brel, le talent, c’est d’avoir envie, je suis assez d’accord avec ça. Le premier talent, c’est d’avoir envie. Tu dois être animé par une espèce de ferveur. C’est ça, le talent. Mais ça te pousse à faire. Ça te pousse à réfléchir aussi, pas que faire, mais réfléchir aussi. Par contre, je pense qu’il y a des gens qui mettent beaucoup beaucoup beaucoup de travail et de temps dans les choses et qui n’ont pas de chance, parce que la situation ne se présente pas bien. Je pense que c’est important de ne pas négliger cet aspect, qu’il y a de la chance. Elle n’est pas forcément augmentée par ton travail. Donc plutôt la première et la deuxième. 

Globalement, ce qui ressort de ce que tu proposes, y compris dans Fugue, ton précédent projet, c’est l’image de quelqu’un qui refuse de se plier aux codes. Dans ta presta finale de Nouvelle École, on était dans une imagerie contestataire, de manif, type Black Blocks. Est-ce que tu es proche des milieux squat, anars et autres ?

2L : Je viens d’une famille plutôt politisée, qui a plutôt un peu dans ces milieux-là, un peu plus tôt. Et puis voilà, de famille de militants syndicaux surtout. Et après, t’es parisienne, tu fréquentes un petit peu des milieux comme ci, comme ça, par-ci, par-là.

Ça a aidé à forger ta vision et ta pensée politique ?

2L : Forcément. Après, je pense qu’il y a plein de choses qui nourrissent et ce n’est pas forcément en traînant qu’avec des militants qu’on se nourrit politiquement parce que ce qui est intéressant, c’est de voir l’application au monde général. Ça reste un milieu qui est assez petit, c’est pas beaucoup de gens, mais très actifs ou que tu vois souvent. Donc c’est important de rester ouvert au reste du monde justement pour nourrir sa réflexion.

Tes engagements englobent le combat féministe. Presque évidemment, j’ai envie de dire. Ce qui m’amène à cette question, c’est le sweat que tu portes sur lequel il est marqué « Avant les féministes posaient des bombes ». J’aimerais que tu commentes ça.

2L : C’est le t-shirt d’une féministe artiste qui fait des t-shirts, des casquettes, etc., qui s’appelle Olympe Reve. Et du coup, c’est pour critiquer les mecs qui disent que les féministes étaient mieux avant parce qu’elles avaient des vrais combats. Parce qu’en fait, les mecs ont toujours dit ça. Tu regardes au moment où les femmes se battaient pour le droits de vote, t’as des articles qui sortaient en disant que Olympe de Gouges avait un combat plus noble. Enfin, tu vois, t’as toujours eu un encensement du passé au détriment des féministes actuelles. Et c’est drôle, parce qu’en fait on élude beaucoup la radicalité des luttes féministes qu’il y a eu dans l’histoire. Les féministes, elles, ont produit des écrits hyper radicaux très, très tôt dans l’histoire. T’as un journal argentin, qui s’appelle La voz de la Mujer, un journal anarchiste féministe, qui date de 1896, qui est une dinguerie. Elles disent que tous les mecs qui se prétendent de gauche sont des gros machos, on vous nique en fait ! Ce côté radical féministe a toujours été éludé au profit d’un combat institutionnel, pour l’égalité des droits, ou en loi, etc. Alors qu’il y a toujours eu plein de féministes qui étaient en mode ‘moi je ne veux pas qu’il y ait plein de patronnes, je ne veux pas de patrons tout court”. Et donc, il se trouve que les suffragettes ou les personnes qui défendaient le droit de vote, défendaient aussi bien d’autres choses. Et pour défendre leur cause, même le droit de vote, elles posaient des bombes, elles faisaient des attentats dans des magasins, etc. Mais voilà, elles ne faisaient pas rien du tout. Il y avait vraiment des grosses actions qui étaient bien, bien plus radicales que ce qui se passe aujourd’hui en termes de démonstration de force et de violence.

Ça s’est ramolli ?

2L : Ce sont les institutions qui ont réprimé plus fort, en réalité

Pour conclure, j’aimerais que tu me dises un mot de ta collab avec Hall 26 Records, donc Souffrance et Tony Toxic, et que tu me parles de tes projets et dates à venir.

2L : Avec Hall 26, c’est le deuxième projet sur lequel on bosse ensemble. Et c’est trop cool. Et on bosse aussi avec d’autres gens, tu vois, donc c’est bien. Il y a une équipe un peu diverse et variée, qui vient de plusieurs univers dans cette énorme musique qu’est le rap.

Comment ça s’est fait ? Ce sont eux qui sont venus vers toi ?

2L : J’ai rencontré Souffrance d’abord dans des open mics. Et après, on s’est connectés, il m’a vu en concert, on a commencé à parler, on avait un espèce de contact d’artiste, quoi. On se tenait un peu au courant. Et puis après, on a commencé à travailler ensemble, vraiment, en tant que Hall 26, et avec Tony Toxic, et voilà. Et après, on a formalisé le tout.

Ok, t’as d’autres engagements ? Il y a d’autres projets à venir avec eux ?

2L : On va encore sortir de la musique. Et puis là, on fait des dates quand même. On va en tournée dans toute la France. Il y a Saint-Brieuc. Après, il y aura Cherbourg. Après, Toulouse, Castres, Lyon… 

T’es en festival cet été ?

2L : Ouais. Je fais les Ardentes, Esperanzah!.

T’es aussi au Flow à Lille au mois de mars ?

2L : Je suis au Flow le 7 mars. Donc pas mal de trucs, ouais. Beaucoup, beaucoup de trucs. Et puis du coup, musique. Et ouais, ça va être trop cool

Super. Je te remercie beaucoup 2L. Merci pour le temps accordé et on se croise à Lille !

2L : Merci Scolti ! 


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