Scolti : Salut SKIP THE USE, bienvenue au Elizabeth’s de Lille, le groupe est aujourd’hui représenté par deux membres, Enzo, et Mat Bastard. On n’a pas Nelson (Martins) aujourd’hui…
Mat Bastard : Non, ça c’est bien
On n’a pas Yann
Enzo Gabert : Là, on est bien. On est tranquille
Re-bienvenue chez SKUUURT, les gars. On a déjà eu l’occasion de se voir…Enzo dans le cadre de Dedhomiz à l’époque, tu jouais au Main Square
E.G : Exactement
Et Mat Bastard, on s’était vu aussi dans le cadre du Main Square. C’était en 2022, à l’époque de Human Disorder. Et donc depuis il y a eu l’EP Sound From The Shadow, Pt 2, en 2023, et aujourd’hui on est réuni dans le cadre de votre actu : deux singles, We Are Good, et Distorter, qui annoncent votre 6ème album, qui arrive au printemps.
M.B : C’est ça
C’est bien ça ?
M.B : Bravo
Vous avez fait quoi entre l’EP et ces singles ? Où était SKIP THE USE ?
M.B : Lui, il a fait un régime. Après, il a laissé pousser ses cheveux
E.G : J’ai fait un régime inversé en réalité.
M.B : J’ai pas… J’ai pas précisé le régime.
E.G : Oui, c’est vrai. Non, on a tous fait plein de choses. On a fait une pause quand même, de 2 ans. Ça nous a permis à tous de voir d’autres choses, d’essayer d’autres choses
Une pause SKIP THE USE, pas une pause tout court
E.G : Ouais, ce qui a fait que chacun a travaillé sur ses projets un peu perso, des projets annexes. Je suis parti en tournée pendant deux ans. Mat a fait plein de trucs. Nelson et Yann (Stephani) aussi. Je pense que ça nous a permis à tous de voir d’autres choses pour mieux se retrouver et pour aller chercher de nouvelles idées, de nouvelles façons de faire, parce que tout a un peu changé dans la façon de faire de ce nouvel album
C’est une nécessité dans le parcours d’un groupe, de temps en temps, de faire des coupures comme ça ?
M.B : Je ne pense pas qu’il y ait de vérité, mais en tout cas, nous, on avait envie de passer par là. Déjà parce qu’on aime bien rester contemporain, on aime se remettre en question, pas rester sur des acquis et essayer de se remettre un peu en danger. Et surtout, on essaie d’écrire sur la réalité. Et écrire sur la réalité sans la vivre, c’est un peu compliqué. Après, on peut la fantasmer ou la vivre par procuration, mais ça n’a jamais été trop notre truc. Donc, on a mis les deux pieds dans la vraie vie. Et c’est très cool. C’est très bien. C’était nécessaire. Après, pendant 2 ans, on a aussi écrit. On a pris le temps de se tromper. On n’avait pas envie de faire un album en se dépêchant. D’ailleurs, c’est ce qu’on a fait. On a fait un disque, on l’a enregistré, puis après on a fait “ah bah nan, c’est pas comme ça qu’on a envie de faire”, et on a recommencé.
L’album est bouclé ?
M.B : Bah écoute, musicalement il est bouclé, là on est sur la partie visuelle, et puis aussi le show qu’on est en train de travailler.
Le titre de l’album est posé ?
M.B : Le concept plutôt, parce que c’est plutôt un album avec un concept, mais oui. Après, tu connais, on met en place une stratégie de sortie, les dates, la tournée d’été. On a choisi de commencer par les festivals, ce qui n’est pas très académique.
Mais ça reste toujours cool
M.B : Ah mais nous, on est très contents
On va parler du single We are Good, qui sonne comme un hymne à l’espoir, qui s’adresse à la jeunesse, mais aussi à ceux qui sont plus âgés et qui se sentent concernés par l’état du monde. Chaque jour, on fait face à des dingueries de tous ordres, qu’elles soient climatiques, économiques, géopolitiques ou autres. Est-ce qu’il faut espérer, et quelque part attendre que ça aille mieux, ou alors, se préparer et agir ?
M.B : Je pense qu’agir n’empêche pas d’espérer. Je ne veux pas être la Suisse, mais je ne pense pas que ce soit aussi manichéen. Je pense que regarder le monde tourner, les bras ballants, en se disant “je ne peux rien faire et j’attends que ça se passe et je me protège autant faire que ce peut et puis on verra”, n’est pas la bonne stratégie. En tout cas, c’est pas celle qu’on a choisi. Attaquer frontalement, je ne pense pas non plus que ce soit la meilleure stratégie, et ce n’est pas celle qu’on a choisie non plus. Nous, on a vraiment choisi de faire des chansons, de susciter la réflexion, de susciter le débat, de mettre des sujets sur la table. Parce que pour nous, la définition de l’art, et d’être artiste, c’est offrir un autre prisme du réel, sans donner aux gens des indications sur quoi penser, mais plutôt “ qu’est-ce que VOUS en pensez ?” Ensuite, on en discute, et ça c’est le concert, c’est le moment où on se rencontre. Et puis tout le monde grandit, nous aussi. On n’est pas des hommes politiques. Par contre, on est des artistes. Et je le redis parce que…
C’est bien parce que comme ça, tu me grilles 3-4 questions. (rires) Ne va pas trop vite !
M.B : Je ne connais pas les questions, les gens !

Tu parlais de susciter le débat, forcément je suis amené à me pencher sur ce qui est dit, pas uniquement la musique, on aura l’occasion de parler aussi de la musique, mais il y a aussi une écriture. We are good nous invite à danser, est-ce qu’on danse sur les ruines de l’ancien monde qu’on a tant décrié et qu’on regrette presque maintenant, vu l’état du monde actuel ?
M.B : Regretter l’ancien monde, ce serait regarder dans le rétro. On n’est vraiment pas comme ça. Nous, on est plutôt du genre à regarder devant, mais à se remettre en question. Je pense que tout est là. Si c’est pour revenir à “on a la vérité, faites comme on dit, c’est nous qu’on sait”, bah oui, effectivement, ça nous mène au pire, on est en plein dedans. Par contre, si on accepte de ne pas avoir la vérité et de s’inspirer des différences des gens autour de nous pour essayer de trouver des solutions ensemble, là je pense que oui, clairement, on peut arriver quelque part. En tout cas, c’est ce à quoi nous, on s’accroche, et ce à quoi on se tient pour faire notre art. Et encore une fois, le rôle de la jeunesse là-dedans, c’est ultra important parce que c’est demain. Nous, on est hier. Moi, je suis encore plus hier que lui (en montrant Enzo), par exemple.
E.G : Je suis un petit peu demain, on va pas se mentir
(rires)
M.B : Non, mais c’est parce que toi, c’est spécial.
T’es aujourd’hui, en fait
M.B : Non, mais c’est vrai, quoi. Tu vois ? La preuve, lui, il est jeune, il fait un groupe de rock parce qu’il a tout ça à dire. En étant inspiré aussi par des groupes de mon âge, des Green Day, des machins, des groupes qui ont dit, “ oh !”, mais à l’instar d’un Green Day qui va faire le Super Bowl pour défendre ses valeurs, il s’adresse aussi à la jeunesse en disant “voilà, je vous offre une autre vision de ce que vous voyez toujours”. Et nous, on s’inscrit pleinement dans les chemins de ces groupes-là, que ce soit sur la géopolitique, comme tu dis, que ce soit sur même la vie, en fait. Les rapports hommes-femmes, la masculinité, la féminité, les notions de genre, la santé mentale. Dans nos disques, on met beaucoup en avant la santé mentale, on en parle beaucoup. Le rapport à l’anxiété, le rapport à soi. Voilà. On a envie de mettre sur la table ces sujets-là, parce que ce sont des choses auxquelles on est confrontés, c’est des sujets sur lesquels on a une expérience, mais sur lesquels on n’a absolument pas une vérité. Mais on juge que c’est intéressant de les poser sur la table.
Je parlais du clip de We Are Good réalisé par Noémie Guiffray et produit par Betterstate, qui illustre d’ailleurs avec brio ce monde qui change, dont je parlais, qui est un peu instable, dont seuls les enfants, dans leur innocence, ne semblent pas effrayés. Est-ce qu’il faut tout miser sur eux, et partir du principe qu’il est trop tard pour les adultes ? Mais comment on fait, surtout ?
M.B : Je pense que les enfants ne sont plus si innocents que ça. Je pense juste qu’ils savent. Ils sont plus rapides, ils ont une manière plus contemporaine et plus moderne d’intégrer les choses. Et puis aussi, je pense que la jeunesse fait qu’on a un peu moins de surmoi et qu’on se lâche peut-être un peu plus, on réfléchira après. Des fois, c’est relou, mais des fois, c’est bien. Et je pense que nous, les plus vieux, l’idée, c’est peut-être d’aider, de les accompagner dans des réflexions, mais ne surtout pas les empêcher de tomber, parce que c’est en tombant qu’on finit par réussir à se relever tout seul.
Mais la musique peut avoir ce rôle-là aussi de quelque part forger les esprits…
M.B : Ah mais de fou !
E.G : C’est tout le but de ce qu’on fait
C’est pas le but de tout le monde, tu le dis comme une évidence. C’est un peu la question que je pose aussi.
M.B : C’est le but des artistes. C’est pas le but de ceux qui font de l’entertainment. Mais c’est pas grave ! Dans la musique, il y a deux façons de faire : il y a ceux qui font de l’art, et ceux qui font de l’entertainment. Et ceux qui font de la musique pour répondre à un concept marketing, pour qu’on réfléchisse pas trop, pour qu’on sente bien. Et c’est vachement utile aussi, attention. Tu vois, des gens qui sont là “eh je fais un son juste pour faire la teuf, j’ai pas envie de réfléchir”, machin. Et puis il y a ceux qui font de l’art et qui mettent des sujets sur la table, même dans des chansons d’amour, ils le font de manière artistique. Et c’est complètement différent, parce que quand tu fais de l’entertainment, ton but, c’est que la personne soit bien. Tu la prends comme ça, tu la mets bien, tu vois. C’est pour ça que c’est souvent lié au marketing, parce que quand elle est bien, tu peux lui vendre un truc. Nous, des fois, on fait des chansons et on se dit peut-être que les gens, à la fin, ils l’ont écoutée, ils vont être là « Ah ouais, ok, j’avais pas vu ça ». Et donc, du coup, ça suscite un débat, ça suscite un truc. Et c’est ça qui nous intéresse, tu vois.
Parce que la musique peut servir d’équilibre aussi, on parlait des jeunes et des plus jeunes, qui sont beaucoup influencés notamment par les réseaux, on aura l’occasion d’en reparler, la musique peut être une autre source d’information, de sensibilisation, tu vois où je veux en venir quand je parlais de forger des esprits ?
M.B : Ouais, il y a des communautés, la communauté techno, la communauté punk rock, etc…
E.G : C’est vrai que c’est un moyen de communication aussi dangereux que les réseaux sociaux, parce que la musique, ça touche tout le monde et tout le monde peut dire n’importe quoi dans la musique. Alors à nous de l’utiliser à bon escient. Nous, on a un message derrière ça. Tout le monde n’a pas ce même message. C’est vrai que ça peut faire du mal, autant que les réseaux sociaux font du mal, en fait. Mais c’est très puissant.
M.B : Ouais, et en même temps, c’est très compliqué à répondre comme question parce que si on met les réseaux sociaux dans la balance, est-ce qu’aujourd’hui, on peut être sûr que ce qu’on aime, c’est un vrai choix de notre part ou ce n’est pas un savant travail qui a été fait par un algorithme depuis des mois pour nous faire croire que c’est ça qu’on kiffe ? Moi, j’ai des enfants qui sont jeunes. J’ai une petite fille de 13 ans. Quand elle est dans sa classe, on lui dit : “t’écoutes quoi comme musique ? J’écoute du rap. Pourquoi ? Ah, tu kiffes le rap. J’aime bien le rap, tu vois, je fais, tu kiffes le rap ?” En fait, non, je “dois” écouter du rap. Aujourd’hui, dans une cour de récréation, je dois écouter du rap. Et puis après, en grandissant, je me perds sur Spotify et je finis par trouver un truc qui me parle à moi tout seul. Et pas ce que ma génération ou l’algorithme me demande de kiffer. Et là, du coup, des fois, tu restes dans le rap. Et des fois, tu te dis, ah tiens, c’est marrant, cet ensemble, cette manière d’exprimer cette mélodie, ça me touche. Waouh ! Et là, tu te diriges vers quelque chose qui te correspond. Mais c’est super compliqué. Et avec les réseaux sociaux, le problème, c’est que ça, ça peut durer. Au lieu que ça dure dans l’adolescence, maintenant, ça peut durer pendant des années. À 25 piges, tu peux ne pas savoir qui tu es. Tu ne sais pas qui tu es. Tu ne sais pas si ce que tu as acheté comme habits, tu kiffes vraiment, ou si tu corresponds à ce qu’on te demande d’être. Moi, ça me fait toujours marrer, tu sais, quand t’es un peu plus âgé et que tu regardes ça, avec l’envie d’analyser, même au niveau de la mode, tu vois, tu te dis, il y a 3-4 ans, tout le monde était en slim, et si t’étais habillé comme un sac, on se foutait de ta gueule, et puis un jour, Billie Eilish, elle met des..”oh merde !”, et tout le monde s’est habillé en large, et tu te dis, c’est que tout le monde est des moutons, et tu sais pas en fait, si ça se trouve, t’aimais bien avant. Moi, je m’habillais en slim parce que j’étais fan de Iron Maiden, j’allais au collège, tout le monde se foutait de ma gueule. J’avais des Air Force, un slim, un t-shirt Napalm Death. Tu vois, j’allais comme ça. Et tout le monde se foutait de ma gueule. Et puis, un jour, je ne sais pas, il y a eu les petits groupes de rock, là, et tout le monde s’habillait comme moi, du jour au lendemain. D’un coup, j’étais…Oh, OK. Et des fois, je m’habille encore comme ça. Et là, maintenant, je passe pour un mec…on me dit “mec, t’es en 2015 ou quoi ?”. Là, tu fais, ouais, OK. Et en même temps, la trend d’aujourd’hui, c’est “montrez comment vous étiez en 2016”. Ça n’a aucun sens.
Il n’y a pas de cohérence
M.B : Y a pas de cohérence
L’autre single, c’est Distorter, dont le titre est issu d’une pédale créée par Nelson. C’est un mot qui n’existe pas. C’est pour ça qu’il n’est pas venu
(Rires) E.G : Oui, c’est ça. Si il avait été là, on aurait peut-être été à l’heure. Lui, il aurait été là à l’heure.
Nelson, qui est le bassiste, pour rappel
M.B : Et guitare des fois aussi
Et donc ce titre qui nous invite à ne pas nous résigner. Tu dis dedans “we’re born to defy”, nous sommes nés pour défier. Qui, ou que, faut-il défier ?
M.B : Je pense qu’il faut tout défier. Un bon professeur à l’école va dire à ses élèves “ne prenez pas pour argent comptant tout ce que je vous dis. Faites-vous vos propres idées”. Et là, tu as envie d’écouter. Parce que c’est hyper important, je parle de l’exemple de l’école, mais de dire “je ne suis pas d’accord avec vous”. Ah bon, pourquoi ? Et là, il y a un débat qui commence. Et là, l’instruction commence, je dirais. Et c’est ça toute la vie. D’oser dire “OK, moi je ne suis pas d’accord parce que ça, ça, ça, ça. Je comprends ce que tu veux me dire, mais…”. Faut tout défier. Ne pas défier, c’est la foi. La foi, c’est refuser de penser. J’ai foi en ça, je n’ai pas besoin de preuves. Je n’ai pas besoin de réfléchir, j’ai la foi. C’est génial comme concept pour ceux qui ont envie de diriger le monde. T’as des gens, ils vont écouter tout ce que tu dis, ils vont jamais te remettre en question. Tu vois ? Waouh ! Et du coup, c’est hyper dangereux. Mais si t’es face à quelqu’un qui est prêt…Quand je dis défier, ça veut pas dire la violence ou que sais-je, tu vois ? C’est pas ça
Ça fait partie de la question, à savoir est-ce que dans le défi il y a aussi l’action physique ?
M.B : Défier. Quand Rosa Parks ne s’assoit pas à sa place dans le bus… Elle tape personne, en fait. C’est juste qu’elle, physiquement, elle choisit de ne pas suivre un mouvement. Par contre, tout le monde est violent avec elle. Et la violence, c’est souvent ce à quoi ont recours les faibles. Les gens intelligents sont capables de… Regarde, toi tu faisais partie d’un groupe de rap qui s’appelait Mental Kombat. Le nom, il veut bien dire ce que ça veut dire. Le combat est mental. Je ne vais pas te mettre mon poing dans la gueule. On va parler. Et on va “débattre”, c’est dé-battre, c’est ne pas se battre. C’est parler, en fait. Et voilà. Enfin, en tout cas, nous, quand on dit “défier”, c’est complètement à ce niveau-là. Oser dire “je ne suis pas d’accord”. Tu vois, on va reparler du débat sur le consentement, mais tout est là. De dire, qu’une nana puisse dire à un mec “non, je n’ai pas envie. Non, je ne suis pas d’accord”. Et qu’elle soit respectée, écoutée. Et pas qu’on lui dise “quoi ?” Mais tu vois, défier, c’est ça, c’est ne pas se fier.
Et la musique reste un vecteur fort de lutte ?
M.B : On n’est pas super objectif. c’est des groupes de musique qui m’ont élevé aussi tu vois, des Fugazi, des Minor Threat
Alors est-ce que tu te sens un peu à leur place justement, puisque toi tu as grandi avec ça, et t’es dans la position dans laquelle ils étaient maintenant, est-ce que tu as conscience de ta position ? Du fait d’être écouté par les plus jeunes, peut-être de forger un certain état d’esprit, peut-être même de diriger toute leur vie quelque part, parce qu’on a tous été matrixés un moment ou un autre, par un artiste, un morceau, une phrase.
M.B : On essaie de ne pas faire des morceaux qui soient dirigistes ou directifs, tu vois ? Comme je l’ai dit, on essaie de susciter la prise de position, quelle qu’elle soit. Et il y a peut-être des gens qui vont écouter nos chansons et qui vont prendre une position qui est complètement opposée à la nôtre. Mais c’est pas notre boulot de… Là, on rentre dans la politique. C’est pas notre boulot. Nous, notre boulot, c’est de dire, on te dit ça, regarde, tu peux voir les choses comme ça. Maintenant, tu choisis. Donc oui, on a conscience de ça. Maintenant, les groupes dont je t’ai parlé, en toute humilité, je pense qu’on a encore beaucoup de choses à apprendre pour arriver à ce genre de…Mais j’espère, j’espère, tu vois, qu’on est dans cette continuité-là. En tout cas, ces groupes-là ont tracé des sillons dans lesquels on s’engouffre avec passion, de fou.
Ok. Ne pas s’incliner, parce que tu en parles aussi dans le morceau, c’est d’abord braver la phobocratie, qui est le pouvoir par la peur, en brisant nos chaînes. Ça commence par quoi ?
M.B : Je pense que ça commence par briser ses propres chaînes. Et ça, c’est un travail qui des fois dure toute la vie.
Comment on peut éviter ce pouvoir par la peur ?
M.B : En en parlant
Qu’on subit via les médias
M.B : En en parlant.
Qu’on subit via les réseaux sociaux
M.B : En en parlant. On n’a jamais été aussi fort qu’à plusieurs. Et en en parlant. Et en parlant à quelqu’un. Qui est un pote, un parent, un professeur, un éducateur sportif, un psy
Mais tout le monde n’a pas forcément l’occasion…
M.B : Je pense qu’on a tous l’occasion
E.G : On a tous l’occasion
M.B : Pour ceux qui ont besoin de parler, qui n’ont personne, tu vas dans un…Je l’ai déjà fait, moi, en me retrouvant dans des pays tout seul. Tu vas dans un centre public. Et c’est gratuit. Et tu y vas. Et tu seras reçu. Et tu pourras revenir. Et puis on vient du Nord-Pas-de-Calais, on a quand même énormément de chance ici
Mais t’es déjà dans une démarche de soigner quelque chose que t’as déjà pris dans la gueule en fait
E.G : Tu prends forcément dans la gueule
Ouais, t’es déjà dans l’idée d’aller soigner par la parole quelque chose que tu as déjà pris dans la gueule. Est-ce qu’on n’a pas d’autre choix que de se le prendre dans la gueule ?
E.G : C’est la vie, elle est construite de choses comme ça. Tu prends la gueule, tu te relèves, tu te questionnes, t’en parles, des fois tu retombes, c’est pas une fois que tu t’es relevé que t’es sûr de pas retomber, c’est la vie qui est comme ça, et c’est à tous les sujets, sur tous les niveaux.
Là c’est vraiment autour du pouvoir de la peur, où je fais un peu une fixation là-dessus, je reviens sur les réseaux sociaux, qui ont largement leur part dedans, en plus des médias, est-ce que vous pensez qu’il faut réguler leur utilisation, comme ça peut être fait par exemple en Australie, avec les moins de 15 ans, et donc imposer ? Ou alors, est-ce qu’il faut laisser faire, au nom de la liberté, et devoir assumer les conséquences aussi de ça ?
E.G : Moi, mon avis, c’est que la restriction mène à l’excès, dans tous les cas. Ça a été le cas sur plein de choses. Je veux dire, c’est pas la restriction de la drogue qui empêche les gens de consommer de la drogue à outrance, et c’est comme ça sur plein de sujets. Restreindre les réseaux sociaux…Les gens vont toujours trouver un moyen. Internet, c’est une arme de guerre, c’est puissant, donc je ne pense pas que restreindre soit la bonne solution.
On n’a parlé que de deux singles, et voilà déjà tous les débats que ça a pu susciter. On doit s’attendre à quoi avec le 6ème album, dans lequel il n’y aura pas que 2 titres ? Est-ce que chacun des titres va amener à ce genre de réflexion, à ce genre de questionnement ?
M.B : C’est vraiment le but. En tout cas, nous, ça nous a amené à ces réflexions-là pendant deux ans et demi avant de sortir. On va faire un show qui va aussi amener à mettre en spectacle tout ça. Même si Skip The Use, c’est un concert où on se marre beaucoup, où on danse, où il y a de l’énergie, l’idée aussi, c’est qu’à certains moments…tout à l’heure en off, on parlait de Tyler, The Creator ou de Kendrick Lamar, alors à l’instar d’eux aussi, à certains moments donc, il faut faire ce travail-là grâce à des images, grâce à des moments, grâce à des tableaux qu’on est en train de créer.
E.G : Et maintenant, on a la matière pour le faire. C’est-à-dire, ce qu’on n’avait pas avant, c’est que maintenant il y a un concept, il y a un sujet qui est un fil rouge. Il y avait des sujets par morceaux, il y en a toujours, mais il y a un fil rouge, il y a une trame narrative, sans trop en dire, il y a des personnages, il y a des choses, donc c’est déclinable à tous les niveaux.
Tu peux en dire plus ! On est là pour ça !
E.G : Je ne sais pas si on peut trop en dire

M.B : On a vraiment un truc, on essaye d’expliquer notre concept qui n’est pas forcément… Bon, il est simple à comprendre, mais on a envie vraiment de faire rentrer les gens dans un univers. Alors du coup, on a vraiment une stratégie pour ça. C’est pour ça que des fois, on est un peu…
Évasifs
M.B : Mais moi, ça m’intéressait ce que tu disais sur les réseaux sociaux un peu avant, parce que tu parlais de la peur. Et tu demandais s’il faut interdire ?
Ou restreindre ?
M.B : Interdire, restreindre… En fait, je pense que c’est pas la bonne solution
C’était dans la continuité de la discussion sur les enfants. Enfants, réseaux sociaux. Ça nous concerne peut-être moins en tant qu’adultes, qui avons peut-être un peu de recul.
M.B : Non, même pas. Regarde, ce sont des adultes qui ont élu Trump. Ce sont des adultes qui veulent voter pour Bardella. C’est pas des enfants. Encore une fois, on est toujours plein de bonne volonté pour nos chères petites têtes blondes ou crépues ou ce que vous voulez. Moi, ce qui me fait marrer, c’est de voir un homme politique qui va sur une chaîne d’info pour dire ça…Il faut interdire parce que les jeunes blabla parce que machin, et qui en même temps va sur une chaîne d’info pour dire ça, et va faire un tweet pour le dire. Et là, Elon Musk doit bien se marrer chez lui. Tout le monde l’insulte, mais tout le monde est sur son fucking réseau. Alors que ça prend quoi pour se barrer ? Ça prend quoi d’être dans la vérité, d’assumer les choses ?
On est d’accord
M.B : Et voilà, tu vois, il y a un moment donné, je pense qu’il faut prendre les choses dans l’ordre.
Tu parlais des hommes politiques, est-ce que c’est parce que les politiques, justement, perdent l’oreille, la confiance, la crédibilité auprès des gens, que les gens attendent d’autres leaders, dont parfois les musiciens ? C’est-à-dire qu’on leur met sur la tête une espèce de responsabilité, qui n’est peut-être pas celle qu’ils ont demandé au départ, peut-être que vous c’est le cas. Est-ce que c’est dû à un échec de la politique de pouvoir facilement faire lever le poing à tout le monde en concert ? Assez facile de faire faire un fuck. Est-ce que c’est parce qu’il y a un échec des politiques et qu’on est en quête de leaders ?
M.B : Moi, je ne suis pas d’accord avec toi
C’est une question
M.B : Je vois ta question, mais je ne pense pas que c’est sous cet angle-là. Moi, je pense que plus les gens sont teubés, plus c’est facile de les manipuler. Point !
Je parlais pas de manipulation, je parlais d’adhésion
M.B : C’est la même chose
Le fait qu’ils adhèrent à des chanteurs
M.B : C’est la même chose
E.G : Diriger, c’est manipuler.
M.B : Diriger c’est manipuler, pour moi c’est la même chose. Et aujourd’hui, quand on demande à un chanteur de soutenir un homme politique, on lui demande pas de soutenir un homme politique, on lui demande de jouer le rôle d’influenceur et d’utiliser son réseau pour faire passer des idées. Et le but, c’est que plus tout ce que tu diffuses est destiné à ce que les gens soient hyper manipulables et incapables d’avoir un point de vue, plus tu peux leur faire faire n’importe quoi. Mais n’importe quoi. T’as des gens qui votent Bardella parce qu’il est fort à Call of Duty. On en est là, en fait. Et le mec va aller dans un débat et va pas savoir répondre, et des gens sont là “Ouais, mais il est beau quand même”. On en est là. Tu m’étonnes que ces gens-là, ils vont être sur TikTok toute la journée à regarder des trous de balle qui vont leur demander d’acheter des trucs dont ils n’ont pas besoin. Ils vont aller écouter des trucs, ou c’est un tout niqué qui va être là “Ouais euh…”Le rap, toi t’es un expert du rap. Le rap n’a jamais été autant de droite. Ce n’est pas un signe, ça ? Aujourd’hui, c’est quoi le rap ? C’est un mec qui fait semblant, parce que bien souvent, ce n’est pas vrai, d’avoir plein de thunes, qui est dans une Ferrari, avec des mecs ou des meufs
Une grosse montre
M.B : Ouais, tout en disant “ouais, c’est ça !”, tu vois. Ce n’est pas des gens qui s’adressent à des gens qui ne bénéficient pas d’une ascension sociale et qui se disent, waouh, je vais essayer de susciter une réflexion chez des gens auxquels tu n’as pas accès et je vais me faire porte-de-ta-voix pour essayer de changer ta réalité. C’est non, non, non, non, regarde ma vie, t’as vu, je la mets sur Instagram tous les jours et toi, t’es dans la merde. Moi, je suis au ski, va te faire enculer. Ça, c’est juste un schéma de l’époque d’aujourd’hui. C’est pas celle qu’on veut parce que du coup, on en revient à la peur. J’ai peur de ne pas pouvoir m’en sortir, alors que moi aussi, je veux une Ferrari. Et donc, du coup, t’as un mec qui va manipuler les gens d’extrême droite, d’extrême, dans tous les cas. Et tu vas avoir ta fameuse adhésion. Mais au final, ces gens-là, ils vont se faire mettre.
Moi, je parlais justement de cette non-adhésion. Je vais être plus concret. Je suis plus prêt à voter pour Kery James s’il devait se présenter, que pour n’importe quel homme politique. C’est un exemple parmi d’autres artistes. C’est-à-dire qu’à un moment, l’artiste porte un discours qui crée une forme d’adhésion, d’autant plus facilement qu’on ne la trouve pas dans le monde politique ? Ils sont tellement nuls, en fait. Et donc on cherche dans la musique, c’est ce que d’autres cherchaient ou trouvaient chez des gens comme Bob Marley
M.B : Mais dans la musique ou dans le cinéma aussi, il y a certains acteurs à qui… Non mais ça, par contre, je suis complètement d’accord avec toi.
C’est ce que je voulais dire au départ
M.B : Et c’est pas notre rôle, mais ça me fait très très marrer que tu aies dit “je suis prêt à voter pour Kery James”, et que t’aies pas dit “je suis prêt à voter pour Koba La D”
Ouais, mais on sait aussi pourquoi.
M.B : Non, mais on sait aussi pourquoi. Mais là, on en revient au tout départ, l’art et l’entertainment. Parce que tu sais très bien qu’un Kery James, on va pas lui faire à l’envers. ou on fera pas à l’envers à Oxmo…Tu vois ? Ça correspond pas à une tendance. C’est des gens qui sont prêts à mettre des coups de pied dans la merde, et s’ils en prennent plein la gueule, c’est pas grave. Ça fait partie du jeu. On fait partie de ça. Nous, on n’a pas 300 000 followers sur Instagram parce qu’on a ce discours-là. On le sait. On le sait. Mais c’est pas grave. C’est pas grave. On existe toujours, et ce, depuis 15 ans. Tu vois ? Et des fois, on joue avec des mecs qui ont 300, 500, 600 000 followers, mais ils ont rien à dire. Mais par contre, ils correspondent à un concept où tout le monde va les voir. Tu vois ? Mais c’est pareil que les hommes politiques. Bardella, il a fait quoi ?
Des TikTok ?
M.B : Tu vois ? Le mec, il est député européen, il y va pas, il a jamais rien fait. Il dit que de la merde et des conneries
Il ne maîtrise pas les sujets, les dossiers
M.B : Mais il le dit super bien, il est stylé, il a le mot, il a le truc. On va prendre le petit format 15 secondes et les gens se disent « trop fort, ça change du vieux connard, quand il parle je ne comprends rien, au moins lui il connaît ma réalité ». Ça peut paraître trash comme je le dis là, mais c’est la fucking réalité, tu vois, c’est comme ça. Mais tu vois, on n’est pas dans le style, que les gens comprennent bien, on n’est pas dans le style musical. Je ne suis pas en train de pointer du doigt le rap.
Bien sûr, mais j’ai tout à fait compris
M.B : Je respecte grave Bad Bunny et ce qu’il est en train de faire aux États-Unis en ce moment. Alors que ce n’est pas du tout la musique qu’on fait, mais ce que font Bad Bunny et Green Day, on peut les mettre ensemble maintenant. Putain, il faut avoir des corones, honnêtement. Et ils le font, donc c’est possible en fait. Et c’est pas une question de style.
OK ! On passe au SKUUURT SANS ESQUIVES !
M.B : (à Enzo) Ça c’est pour toi ça. C’est le mec le plus rapide du monde !
On commence par Spotify, le retrait de Massive Attack de Spotify
E.G : Je ne savais même pas
Vous n’êtes pas au courant
M.B : Moi, ça ne m’étonne pas
Massive Attack se retire de Spotify parce que le PDG de Spotify a annoncé que Spotify allait investir plus de 600 millions dans une startup qui développe des logiciels militaires. Massive Attack apprend ça, décide de se retirer de Spotify et d’enlever le catalogue
E.G : Il y en a plein qui se sont retirés
Mais ça a été le premier à le faire suite à ça et apparemment, il y a eu une vague derrière eux qui a suivi ce truc-là. C’est chaud, c’est un peu comme Shaka Ponk qui a arrêté les tournées. Des choix radicaux en fait. Une réaction courte
M.B : Je pense que discuter la décision d’un projet, il faut déjà, de un, la respecter, ce qu’on fait de ouf, mais moi je pense que ça met surtout en avant l’importance pour un groupe d’être indépendant et de pouvoir faire ses choix.
E.G : Et puis c’est pas comme s’il n’y avait pas d’autres alternatives. Pour le coup Shaka Ponk c’était un choix fort. Tu ne peux pas faire de tournée autrement que comme ils faisaient. Je ne comprends même pas pourquoi Spotify est le leader du marché alors qu’il existe tellement d’alternatives différentes.
Les condamnations de Sarkozy. Pour ne pas parler de son appel actuel qu’il fait qu’il reste présumé innocent dans ce dernier procès.
M.B : C’est très bien. J’espère que Marine Le Pen va bénéficier…
…du même traitement (rires)
E.G : C’est-à-dire 20 jours de prison, c’est déjà pas mal
M.B : On savait qu’il n’allait pas rester en prison.
E.G : C’est ça qui est scandaleux, je trouve. Qui est le plus scandaleux.
Trump, j’allais dire “vu de Los Angeles”, mais tu ne vis plus à Los Angeles, mais tu as quand même un pied là-bas.
M.B : Il y a une raison aussi. Ça fait partie aussi des raisons.
Trump, il y a Trump, le bonhomme, mais il y a aussi ce que ça raconte de l’Amérique
M.B : Ce que ça raconte de l’Amérique, ce que ça raconte du monde. Je t’ai parlé de Trump, je t’ai parlé de Bardella, je t’ai parlé de Marine Le Pen, je pourrais te parler de ce qui se passe en Italie. J’étais en Italie il y a quoi ? Il y a quelques jours. Je parlais avec des potes à moi italiens qui disaient… Et c’est pareil ! Ma pote, me disait, quand Giorgia Meloni est à la télé, elle a un bagout, un truc. Elle dit des horreurs, mais elle a un bagout. Et du coup, les gens, ils se disent, ah bah, ça change.
E.G : Je suis pas sûr que Trump a un bagout, par contre
M.B : C’est ce que pense un Texan. Quand il le voit parler, tu vois. Et on lui dit, ah mais t’as entendu ce qu’il dit ?
J’enchaîne avec la montée du RN
M.B : Bah ça m’étonne pas
C’est dans l’ordre des choses actuelles ?
M.B : Si on refuse de se remettre en question et de se regarder dans la glace, et qu’on veut chercher une réponse à nos choix, en pensant que c’est un homme politique providentiel, ou que, en virant notre voisin, ça va aller mieux dans notre vie, et que ça va nous éviter à nous de faire des choix, bah tant qu’on réfléchira comme ça, on ira droit dans le mur. Et pour l’instant, on y va.
Et dans la continuité du faux et du fake : le playback qui se généralise ?
M.B : Le playback pour rien faire à la place, je trouve ça…Moi, de voir Beyoncé qui fait des fois du playback, mais qui fait des chorés de malade et des shows de ouf, bon… Il y a un truc. Je suis bien placé en tant que chanteur pour savoir que quand tu chantes…Moi, j’ai choisi des fois de mal chanter. C’est parce que je m’en bats les couilles. Mais je comprends. Si je suis comme ça, par terre, à me rouler, je ne peux pas chanter aussi bien que si je suis à un pied de micro, bien devant mon…Si tu chantes en playback, juste si tu penses que la performance n’est pas importante, en tout cas, tu as le droit de penser. Mais nous, c’est pas le cas.
Dernière réaction, l’Oxfam, ONG qui lutte contre les inégalités et la pauvreté, annonce qu’en France, 53 milliardaires ont vu leur fortune doubler sous Macron et sont plus riches que 32 millions de Français. Et le taux de pauvreté, lui, a atteint 15,4% maintenant. Dans le monde, les 12 milliardaires les plus riches possèdent plus que la moitié de l’humanité. Réaction de Skip The Use à cette longue phrase. Ça vous inspire quoi ?
M.B : Ça ne m’étonne pas. Les gars ! les hommes politiques, les présidents, c’est qui qui les a mis là ? C’est nous, hein
Mais c’est pas que politique…Je parle vraiment de l’ordre du monde. Il y a 25 ans, on disait tous “les riches sont de plus en plus riches, les pauvres sont de plus en plus pauvres”. Et ça continue toujours, toujours
M.B : Bien sûr
De façon exponentielle
M.B : Bien sûr, on le sait. On le sait. J’ai lu ce rapport de l’Oxfam, mais il ne m’a pas fallu un rapport de l’Oxfam pour m’en douter. Ce qui m’a fait marrer, c’est de dire “sous Macron”, mais ce n’est pas sous Macron, ça fait 40 piges que c’est comme ça. Et c’est sous Macron, sous Trump, sous Meloni, sous tous les dirigeants du monde.
Oui oui, il y a juste le sous-entendu de “est-ce qu’il a laissé faire, est-ce qu’il a encouragé”, etc. Mais on sait que ce n’est pas “lui” le responsable
M.B : J’ai envie de te dire que…T’es de Roubaix, et tu t’appelles Eesah Yasuke. Quand elle sort un album, tu crois qu’elle a le même budget marketing que Rihanna ? Ben voilà. Moi, si je fais une marque de France, je n’aurais pas le même budget que Bernard Arnault. C’est partout comme ça. Et c’est facile de dire “les chefs d’entreprise”, mais c’est pareil dans la musique. Pourtant, ce qu’elle fait, cette meuf, ça déchire. Moi, je suis rentré de Los Angeles, je l’ai écouté, j’ai fait, oh, putain, à Roubaix, il y a ça ? J’étais à Los Angeles, je ne savais pas. Ça n’arrivait pas jusqu’à moi, tu vois. Mais oui, ce n’est pas juste. C’est injuste qu’aujourd’hui, quand tu as un projet musical, que tu vas avoir une major, on te demande ton nombre de followers. Mais mec, j’ai 18 ans, je commence ! Bien sûr que je n’ai pas de followers ! C’est pour ça que je viens te voir ! On te coupe l’herbe sous le pied. Du coup, qu’est-ce que tu fais ? Tu suis des trends pour avoir des followers, et tu n’es plus artiste
Y compris ceux qui achètent des followers
M.B : Exactement. Et tu vas du côté de l’entertainment
E.G : C’est une hypocrisie
M.B : Et tu suis un concept marketing, et tu détruis tout ce qu’il y a d’artiste en toi en disant « si je ne fais pas ça, je n’y arriverai pas ». Donc au final, c’est exactement ce qu’ont fait les milliardaires. Ils sont juste à l’image du monde. Donc oui, ils sont de plus en plus nombreux. Oui, il y a de plus en plus d’artistes qui ont des millions et des milliards d’écoutes sur Spotify et qui sont de plus en plus nazes. Parce que c’est le système du monde aujourd’hui. Mais bingo, on peut changer les choses
Avec un 6ème album ! Qui arrive quand exactement ?
M.B : Qui arrive au printemps, mais c’est même pas que avec notre album. On peut tous changer les choses. Tous
En fait, tu ne comprends pas que je suis en train de conclure (rires).
M.B : Si, si, je sais. J’ai bien compris (rires)
Il y a la montre qui nous rappelle
M.B : Je ne veux pas que les gens pensent qu’on est la solution. (rires) On a un 6ème album qui arrive, OK

C’était pour rebondir sur aussi votre actu, l’album qui arrive, et tu parlais tout à l’heure aussi des dates qui arrivent en festival. Vous serez le 5 décembre au Zénith de Paris
M.B : Et après, en début d’année 2027, au Cirque Royal à Bruxelles. Et après, on fera plein de salles.
Et là, les festivals cet été ? Avant ça, il n’y a pas de scène ?
M.B : Bah si, à partir d’avril, jusqu’au Zénith, on va faire des festivals partout. Partout en Europe. On est en train de compiler ça pour les annoncer très, très bientôt. Le problème avec les festivals ce qu’il faut attendre que les festivals aussi eux-mêmes fassent leur annonce. Mais il y en a plein
OK. Mais pas de date précise pour la sortie de l’album
E.G : Il n’y a pas de date précise.
Au printemps
M.B : Au printemps, sûr, avant les festivals
Merci beaucoup, la moitié de SKIP THE USE
M.B : Merci à vous !
À très vite
E.G : T’as les plus beaux
M.B : Non, le plus beau, c’est Nelson. Ça, on va lui laisser. Merci à tous !
Échange mené par Scolti
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