Des dépôts SNCF de Lille aux murs de Bangkok, les bombes sifflent la même mélodie.
À la fin des années 90, sans internet et sans se connaître, deux scènes vivaient le même frisson : écrire son nom, prendre la rue, exister. Pendant qu’en France les dépôts se couvraient de chrome à coups de Fatcap, à 9 416 km, Bangkok vibrait pareil.
Fin des années 90, les crews d’ici tartinaient le pays de lettrages, là-bas, les premiers crews se forment : BNA, PMT, puis ESA. Même ADN que chez nous : rue, skate, débrouille, et ce besoin urgent de laisser une trace.
Pakorn (BNA) : “J’ai découvert le graff pendant mes années skate. En 1996, pas d’ordi, pas de réseaux. On voyait les pièces dans des magazines. Personne ne faisait ça ici, ou très peu.” Son premier mur ? “Chez moi. Avec de la peinture normale, celle du magasin du coin. Pas de bombes spécialisées, on faisait avec ce qu’il y avait.”
Comme ici, tout commence avec rien : un mur, une idée.
Mais là-bas, les surfaces sont souvent des façades de bars, ateliers, parkings. Très vite, le “mur autorisé” devient un compromis : la répression peut être brutale, alors on négocie pour continuer à peindre.
Les crews fonctionnent aussi comme une famille : même nom, même code, même loyauté.
Le passage du mur à la galerie se fait, comme chez nous, sans stratégie : naturellement. En 2011, l’expo FOR 2 wallpainting au BACC réunit 16 artistes devenus figures : Rukkit, Yuree, puis Alex Face qui impose un style entre tendresse, satire et culture pop.
Le plus frappant, c’est la ressemblance
Même époque, même pulsion : écrire pour exister. La seule nuance : là où l’Europe a longtemps rejeté, la Thaïlande a très tôt cohabité avec son graffiti. Aujourd’hui, des projets comme Songkhla Street Art sont même soutenus par les autorités, sans que l’esprit s’éteigne.
Ici, là-bas, même geste : choper la spray.
Respirer. Tracer. Recommencer.

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