“Ni flic ni PD“ : le rap français à l’épreuve de sa virilité

Longtemps érigé en cri de ralliement, le slogan “Ni flic ni PD” symbolise une époque où le rap se construisait contre tout : l’État, l’ordre moral mais aussi la différence. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il triomphe, mais s’il peut enfin se libérer de ses vieux démons.

Né dans les marges, le rap français a longtemps puisé sa légitimité dans la défiance. De NTM à Booba, la virilité agressive s’est imposée comme un étendard : être un homme, c’était résister, dominer, ne jamais plier. Dans cette logique, l’homophobie s’est installée comme un réflexe culturel. Le “PD” était moins une insulte qu’un garde-fou symbolique : celui qui protège de la faiblesse.

Mais les temps changent. Les années 2010 ont ouvert une brèche : PNL fait pleurer les durs, SCH assume sa sensibilité, Shay et Médine, eux, remettent en question les rapports de genre et de pouvoir. Une nouvelle génération s’autorise à parler d’amour, de fragilité. Autant de thèmes autrefois inaudibles dans l’espace musical urbain.

Aujourd’hui, le rap ne peut plus se cacher derrière ses postures de bastion masculin. La jeunesse qui l’écoute est plurielle, vit dans une société plus diverse, plus consciente des luttes LGBTQ+. Les couplets charriants une homophobie banalisée s’effacent peu à peu des morceaux, passant de trophée de virilité à obscurantisme arriéré. 

Et cette mutation n’est pas un reniement : elle est le signe d’une maturité collective. Le rap grandit avec la société française. Là où il prônait jadis la force brute, il célèbre désormais la pluralité. L’homophobie recule, la tendresse s’invite, la vulnérabilité devient une autre forme de puissance. 

Comme la société qu’il raconte, le rap français a changé pour le mieux. Non pas en se lissant, mais en laissant plus de place à la complexité humaine.

Sam Drammeh-Boillot 


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