
Scolti : Salut Jean-Noël, bienvenue chez SKUUURT !
Jean-No : Merci !
T’es le chanteur, compositeur, et l’un des deux guitaristes du groupe LAST TRAIN. LAST TRAIN, en plus d’être un groupe de rock qui ne laisse que des cendres derrière lui, a la particularité d’être composé de 4 potes d’enfance qui ont commencé à jouer ensemble au collège. J’aimerais que tu me dises, au nom de tout le groupe, comment vous regardez tout ce qui vous arrive ?
J-N : Franchement, d’un œil reconnaissant. C’est vrai qu’on a monté le groupe quand on avait 12 ans, quand on était au collège. Aujourd’hui, on en a 30, donc ça représente quand même une part assez importante de notre vie. Et puisqu’on sait à quel point c’est périlleux de vouloir se lancer dans la musique, particulièrement quand on a 12 ans, qu’on ne connaît absolument, on ne peut être que reconnaissant de ce qu’on a eu la chance de vivre ces dernières années.
Il y a un truc un peu irréel ?
J-N : Irréel, non, parce qu’il y a…du fait que ça a pris tellement de place et d’importance dans notre vie, on sait aussi tout ce qu’on donne au quotidien et tout ce qu’on a donné pendant toutes ces années pour cette aventure. Et donc, dans un sens, c’est chouette que ce soit récompensé, et que des personnes veuillent nous écouter et nous voir en concert. Et donc, il y a aussi un côté un peu échange, si tu veux. C’est-à-dire que ça n’a pas juste été un cadeau d’avoir la chance de pouvoir faire de la musique ta vie, mais c’est aussi quelque chose pour lequel on se bat au quotidien. Et donc, ce n’est pas forcément du fantasme, c’est plus effectivement juste la reconnaissance, et on a de la chance que ça existe.
Est-ce que c’est parce que l’histoire semble tout de même incroyable que vous donnez l’impression à chaque concert que vous êtes prêts à mourir sur scène ?
J-N : Ce n’est pas une impression
On dirait que c’est toujours le dernier concert
J-N : Y a un truc un peu comme ça, si on ne joue pas le concert comme si c’était le dernier, ça ne vaut peut-être pas la peine de le faire. Il y a un truc un peu comme ça. Donc effectivement, il y a peut-être un côté un peu drama et mélo là-dedans, mais en même temps, c’est comme ça qu’on a abordé notre musique depuis toujours et ça nous colle à la peau maintenant. On aime bien se dire que ce soir, une fois de plus, ça peut être le dernier, donc autant être à 150%
Alors, il ne suffisait pas d’être potes. Il fallait aussi un talent, individuel et collectif, et beaucoup, beaucoup de travail. Il y a un moment où vous vous êtes dit qu’il fallait que vous soyez exigeants avec vous-mêmes pour bien maîtriser votre instrument si vous vouliez vous élever ?

J-N : Il y a eu une période, quand on était ado, où on était un peu geek de matos, un peu comme quand tu découvres un instrument et que tout tourne autour de ça, où on s’abonnait aux magazines de guitare, on matait vraiment des musiciens tout le temps, tout le temps, parce que c’était vraiment très axé sur la pratique, et puis j’ai l’impression que petit ça s’est perdu, et dans un sens presque tant mieux, dans le sens où je ne considère vraiment pas que la technicité des musiciens est juge de la qualité d’un projet musical. Au contraire, parfois, quand c’est justement trop technique ou trop démonstratif, c’est justement le contraire. Donc c’est vrai qu’il y a eu un moment comme ça où on était bien geeks et peut-être tant mieux parce que ça nous a permis de pouvoir jouer au moins de nos instruments et peut-être d’aiguiser nos oreilles. Mais surtout, je crois, de pouvoir jouer ensemble. Et je crois que c’est comme ça que nous, on a appris la musique. Ce n’est pas forcément par la théorie, mais c’est surtout d’être tous les quatre, en se regardant, en s’écoutant, en anticipant les gestes et les actions des uns et des autres, qu’on a appris à faire de la musique. Et c’est vrai que sans ça, qui est quand même un des socles du fait de jouer de la musique ensemble, tu as raison, peut-être qu’on n’aurait pas pu aujourd’hui continuer à tourner.
Vous n’avez pas eu peur de perdre l’un des potes sur la route ? Que l’un des quatre soit un peu moins performant que les autres, par exemple ? En commençant si jeune ?

J-N : En tout cas, la performance n’a jamais été un des critères. Pour être honnête avec toi, par exemple, Julien, le guitariste, quand on lui a proposé d’entrer dans le groupe, quand on a monté le groupe, il ne savait pas jouer de guitare. Il a appris la guitare avec nous. Quand on dit que c’est une histoire de copains, c’est parce qu’on était quatre copains, et qu’on avait envie de se retrouver ensemble, plus que “on est quatre musiciens et on pourrait jouer ensemble”. Donc non, pas peur de perdre quelqu’un en cours de route par la performance, mais peut-être plus par les histoires de vie, par le fait que forcément quand tu commences tôt, il y a les études qui viennent être un game changer dans la vie de chacun, la séparation géographique, des histoires de famille, il y aurait eu plein de choses possibles et on a eu vraiment beaucoup beaucoup de chance de pouvoir rester assez proches et de pouvoir entretenir “la flamme” entre nous.
Tu m’apparais comme assez exigeant et perfectionniste. C’est une chose qui se ressent, je trouve, dans chaque morceau. Est-ce qu’Antoine, Timothée et Julien ont toujours suivi ton rythme ?

J-N : Je pense que oui, et je pense que ça a été plus ou moins facile pour chacun d’être plus ou moins à ses positions. Et que, quand t’as 18 ou 20 piges, c’est pas forcément évident, parce que, bon, là, il y a plein de choses qui se passent dans ta tête, des histoires d’égo, des histoires de rôle, de sens, etc. Et je suis hyper content que ce soit beaucoup plus sain aujourd’hui que ça n’a pu l’être par le passé, et aujourd’hui, on a conscience qu’on participe tous à un effort commun qui est celui de cette aventure, etc. Et qu’il n’y a plus forcément ce truc de qui est la locomotive, qui apporte les idées, qui fait quoi, comment se répartit les droits et machin. Il y a plein de conséquences à tout ça. Aujourd’hui, je crois qu’on est vraiment hyper à la cool là-dessus et j’ai de la chance d’avoir trois potes à mes côtés qui me font confiance
Avec une grosse énergie qui se dégage du groupe et il y a l’intelligence des morceaux aussi, qui me font parfois penser d’ailleurs à Rage Against The Machine. Est-ce que je suis loin du compte en prenant cette comparaison ? Quand je parle d’énergie et d’intelligence des morceaux
J-N : On en a énormément parlé, et on a beaucoup écouté avec les gars, notamment quand on avait 15 piges et quand on a monté le groupe et qu’on avait un peu comme outil uniquement l’énergie. Parce que justement, on n’était pas forcément des bons musiciens, on n’avait pas de public, on n’avait personne qui nous écoutait et qui voulait venir nous voir. Donc la seule manière de se démarquer, c’était d’être dans l’énergie. Et donc forcément, un groupe comme Rage, a pu effectivement nous influencer à ce niveau-là. Mais musicalement, on est dans des cases différentes.
Oui, je parlais vraiment d’énergie, pas de rapprochement musical. Évoquer ce groupe, ça me permettait aussi en réalité de faire la transition sur les textes parce que j’ai lu et regardé un tas d’interviews sur LAST TRAIN, et j’ai l’impression qu’on n’en parle jamais. Alors, je ne parle pas anglais, mais je me suis farci la traduction de tous les morceaux. Merci Google Trad d’ailleurs. Et j’avoue avoir pris une claque alors que je me remettais déjà à peine de celle que j’avais prise musicalement. Je trouve ta plume saisissante. Est-ce que ça te frustre qu’on ne parle jamais des textes ?
J-N : Non, au contraire. Je n’aime pas particulièrement en parler en fait… Je suis presque content qu’on ne m’en parle pas, en tout cas que ces questions viennent rarement. Pas parce que j’ai honte, mais parce que je suis quelqu’un d’assez pudique et que la musique, c’est l’endroit où j’arrive à me livrer sans me cacher, mais donc du coup philosopher ou théoriser dessus, pour moi, ça m’est un peu difficile. Mais par contre, je suis toujours extrêmement heureux quand on remarque qu’il peut y avoir un travail derrière et que ça puisse toucher d’autres personnes, donc merci !
Si ça ne te dérange pas, (rires) je t’avoue que tout le reste de mon interview est basé sur les textes !
J-N : Vas-y ! ça arrive tellement rarement !
Parce que je trouve qu’il y a une plume qui est percutante, poétique, entière, chaotique. Et il y a plusieurs thèmes qui ressortent, et qu’on retrouve d’un morceau à l’autre ou d’un album à l’autre. J’aimerais qu’on parle de solitude, par exemple. Est-ce que c’est un état de fait ou un ressenti ?
J-N : Je pense que c’est un ressenti parce que je suis pas seul, au contraire, j’ai vraiment la chance d’être extrêmement bien entouré d’ailleurs, à commencer par les gars, et pour rebondir sur ce que tu disais tout à l’heure, avec trois personnes qui me font confiance en plus et qui acceptent les envies et les directions, et les visions, que que j’ai envie de prendre, donc c’est extrêmement gratifiant. Mais ça apporte aussi d’autres choses, je pense que je suis quelqu’un qui est exigeant, qui a des ambitions, alors c’est pas très humble de dire ça, mais je veux dire, c’est tellement ma vie, c’est tellement mon rêve qu’en fait, il n’y a pas un moment qui n’est pas consacré à ça. Et forcément, dans cette obsession, il y a des moments de solitude qui sont évidents et je pense que les textes qui sont influencés par ça, disons, relatent plutôt cette période là, et cette solitude provoquée par mon côté obsessionnel plus que par le fait de ne pas avoir physiquement des gens autour de moi qui me soutiennent
La solitude, c’est la sœur d’un autre thème chez LAST TRAIN, à savoir l’absence de ressenti et la présence du vide, parfois. Est-ce que la musique est le bus du mal-être ou son ambulance ?
J-N : (rires) C’est une excellente question…C’est les deux, je pense. Ça doit être un véhicule qui doit pouvoir se muter entre ambulance et bus. C’est effectivement un thème…même moi, tu vois, je n’y ai jamais vraiment réfléchi, mais c’est vrai que ça revient souvent. C’est vraiment une de mes quêtes personnelles, de pouvoir ressentir des choses, je suis pleinement là-dedans en ce moment-même, et je me rends compte que j’ai de nouveau écrit sur ce sujet récemment…et du coup, par la concrétisation musicale, de fait tu es dans le ressenti, donc il y a une histoire de serpent qui se mord la queue, et c’est probablement un cercle, qui peut être vertueux ou non d’ailleurs, mais oui, si on devait théoriser, effectivement je pense que c’est les deux forcément, et qu’elles se transforment en l’un et l’autre, et tant mieux parce que ça permet d’être dans le ressenti et que les choses existent, parce que ce qui me fait vraiment le plus que peur finalement c’est de ne rien ressentir, et c’est d’être dans quelque chose de passif, quelque chose où je ne ferais que passer. C’est un truc qui me fait super peur. Donc, d’être toujours à la recherche du ressenti
Il y a quelque chose qui semble te ronger profondément également, je trouve, qui est le mensonge face à la vérité. Donc, le mensonge des autres, mentir aux autres ou se mentir à soi-même. Pourquoi le mensonge et la vérité te touchent autant ?
J-N : …C’est dur comme question
C’est en lien avec ton histoire personnelle, ou c’est en lien avec des craintes, des projections de craintes ?
J-N : Il doit y avoir de ça. Je pense que naturellement, le fait d’écrire là-dessus doit surtout, je pense, me ramener à mes propres vérités et à mes propres mensonges. Et que c’est beau de pointer celle des autres, mais au final c’est surtout sur les tiens que tu écris. Y a probablement un certain nombre de choses avec lesquelles je ne suis pas au clair avec moi-même, et qu’une fois de plus la musique permet d’être une soupape à tout ça, et de pouvoir mettre ça dans une case…et en plus c’est hyper plaisant, enfin, plaisant, non, c’est hyper utile, parce que ça m’occupe pendant un temps, l’écriture, puis on l’enregistre, puis ensuite derrière c’est génial j’ai 200 concerts, 300 concerts, dans lesquels je peux bien le remettre dans cette soupape et ne pas la chanter, y a un truc…d’outil presque, de la musique, mais…quant aux mensonges et aux vérités, je ne sais pas quoi te dire de plus. C’est juste, oui, quelque chose qui est important pour moi et…vis-à-vis des autres, mais probablement, encore une fois, avec lesquels je ne suis pas au clair me concernant.
Est-ce que c’est parce que vous avez toujours cherché à vous surpasser qu’on retrouve autant l’occurrence “wall” (“mur”, google trad, big up) dans tes textes. Il y a les murs qu’on érige, il y a ceux des autres, il y a la maison qu’on construit sur la lune. Est-ce que l’idée, c’est toujours de les briser ou de les passer ?
J-N : Oui, je pense que c’est un moteur d’écriture chez moi.
La barrière et le mur qu’on retrouve pas mal
J-N : Oui, ça a toujours été ce besoin de faire plus. Et des fois je me dis “mais pourquoi tu cherches vraiment à faire beaucoup” plus parce qu’en vrai…si, il y a des choses qu’on n’a pas fait effectivement, que je rêvais quand j’étais gamin, mais je veux dire aujourd’hui on a la chance de faire des choses que jamais j’aurais rêvé, imaginé, pourtant le challenge et l’envie d’aller plus loin est toujours là, et donc des fois je me demande ça, mais ensuite je me dis que j’ai pas forcément besoin de me justifier, mais ça me met dans un état, comme je le disais tout à l’heure, obsessionnel, qui fait que j’ai toujours l’impression de devoir délivrer une quantité d’efforts assez impressionnante. Mais toutes ces thématiques, en fait, se servent les unes les autres. On a parlé de solitude, ou alors de ce côté obsessionnel
Et de l’exigence aussi
J-N : Je pense qu’en vérité, c’est une thématique commune. I only bet on myself, Disappointed, tous ces titres là, parlent de ça, ou One by One, de ce besoin d’aller plus loin, et c’est presque de l’auto motivation
Mais tu persiste aussi peut-être dans l’insatisfaction
J-N : ouais, peut-être, mais là du coup faut que je prenne rendez-vous chez le psy (rires) , parce que des choses avancent ! Je me demande un peu pourquoi je suis toujours là-dedans, alors qu’en fait c’est cool, ça avance, mais du coup, je me dis, c’est cool parce que tu t’es motivé avant, ça continue et ça avance plutôt dans le bon sens, donc je continue. Je pense que c’est des frustrations et de la motivation qui me poussent à écrire là-dessus. Mais tu vois, en réfléchissant, parce que comme je te disais tout à l’heure, j’ai jamais vraiment eu l’occasion, l’opportunité ou l’envie de théoriser tous ces textes, je me rends compte qu’ils soutiennent juste une thématique commune qui est mon rapport à la musique depuis toujours, et mon envie d’être musicien et de devoir concrétiser ça par moi-même. Et ça nous ramène aussi à notre fonctionnement d’indépendant, d’autodidacte, d’auto-producteur, etc. Et que du coup, c’est un quotidien bien différent de celui qu’on peut fantasmer ou imaginer. Finalement, c’est une source d’inspiration un peu infinie ou redondante
Il y a ton écriture chaotique aussi, dont je parlais, qui se traduit par d’autres termes, qui se regardent en miroir d’un morceau à l’autre, des thèmes comme la fin, l’oubli, la honte ou la haine. Est-ce qu’il faut creuser dans le sombre pour trouver la lumière ?
J-N : Alors, me concernant, oui. C’est ma manière d’écrire, c’est ma manière d’être heureux au quotidien, parce que je ne pense pas que je suis quelqu’un de particulièrement dark, tu vois, ou en tout cas qui incarne une compagnie qui ne serait pas forcément plaisante, mais parce que, encore une fois, j’ai la chance d’avoir cet endroit où, du coup, je peux creuser, mettre ça dans des chansons, le concrétiser, pouvoir y revenir lors de chaque concert, pouvoir le partager aussi avec d’autres personnes, tu vois, par le live, etc. Et donc, j’espère que d’écrire là-dessus dans mes titres me permet d’être une meilleure personne au quotidien
Cette lumière dont je parle, me fait penser à deux autres occurrences. Les aveugles, et le chemin. Tu évoques souvent ceux qui ne voient pas, que ce soit la vérité, ou l’amitié, ou l’amour, ou même l’état du monde. Et en parallèle, il est souvent question de chemin, qu’il soit bon ou mauvais, qu’on emprunte et sur lequel on peut se perdre. Est-ce que l’important, c’est le but ou le chemin qu’on prend pour l’atteindre ?
J-N : Ah non, je suis un grand partisan du chemin, c’est certain. C’est des valeurs…l’éducation ? les parents ? ou est-ce que c’est la vie justement qui me fait voir tout ça là-dessus, mais même si depuis tout à l’heure on parle vraiment d’un truc qui est motivé par un but en fait, je me rends compte en prenant du recul là-dessus que c’est évidemment l’aventure qui est importante et pas forcément ce qui vient au bout, et que c’est ce qui en fait quelque chose de très beau parce que sinon on ce serait ultra pessimiste comme vision, y a jamais vraiment de fin à tout ça quoi, donc non, je suis…radical là-dessus, bien au contraire, c’est évidemment le chemin.
Et est-ce que toi, tu vois où tu vas ?
J-N : Moi, je vais, ça c’est certain. Je vais et j’essaye d’aller… Encore plus. Quant à voir, je ne sais pas. Comme dit, je ne pense pas à ce stade. Mais ça va, tu vois, je n’ai que 30 piges. Je pense que j’ai encore le temps d’aiguiser ma vision
T’as peur d’être oublié ? et les autres membres du groupe ? Est-ce que vous avez déjà parlé de ça ? De l’aspect “trace” que vous laissez, de peur d’être oublié ?
J-N : je ne peux pas parler au nom du groupe parce que je ne pense pas qu’on a le même avis
Mais c’est une discussion qui arrive entre vous ? Ou pas du tout ?
J-N : Je ne suis pas persuadé qu’elle ait besoin d’être là. On sait très bien quelles sont les positions de chacun là-dessus. Moi, je ne peux que parler en mon nom. Oui, moi, j’ai extrêmement peur de ça. Mais sans pouvoir dire pourquoi.
Ce n’est pas une affaire d’ego, par exemple ?
J-N : Non, plus de sens, je pense. Forcément, il y a de l’ego là-dedans.
Mais il y a aussi du sens
J-N : Du sens, oui. Mais tu vois, peut-être que ça boucle un peu la boucle, mais c’est pour ça que je n’aime pas particulièrement parler des textes, parce que finalement, c’est quand même très perso. On parlait de Rage Against The Machine, dans mes textes il n’y a pas de lutte universelle, il n’y a pas de message, il n’y a pas de dogme, je ne sais pas quoi, tu vois ? Quelque chose qu’on aurait envie de partager…c’est vraiment de l’écriture ultra personnelle, et pour quelqu’un qui est plutôt pudique c’est toujours un peu vertigineux d’en parler sans être dans un genre d’egotrip
Oui, mais en même temps, tu t’exposes, du simple fait de prendre la plume. Et ça donne une dimension supplémentaire surtout, au groupe…
J-N : Je te remercie de l’avoir souligné en tout cas
…que je n’avais pas saisie, puisque comme je t’ai dit, je ne parle pas anglais, donc je me prenais juste l’énergie globale du groupe et les compositions, et en entrant dans les textes, je me dis qu’il y a quelque chose de beaucoup plus grand encore que ce que j’estimais au départ, qui est aussi la profondeur des textes. Quoi que t’en dises, c’est peut-être pas du message militant, mais c’est en tout cas du message universel sur des interrogations que tout le monde peut avoir. Il y a par exemple le fait de ne pas être oublié, on parlait de l’oubli. Il y a ce qu’on laisse de soi. Il y a les souvenirs qu’on crée ou qu’on se crée. Et le souvenir aussi, c’est quelque chose de très présent chez LAST TRAIN. Est-ce que c’est d’une nostalgie précoce qu’il s’agit ?
J-N : Précoce (rires) Ouais, on a toujours été nostalgique. Ça par contre, je pense que c’est vraiment quelque chose de commun à tous les quatre. À tout le monde, en vérité. La nostalgie, c’est beau. On a la nostalgie heureuse en vérité.
Mais on pourrait vous voir comme des jeunes-vieux sous cet angle de la nostalgie. Et pourtant, on retrouve aussi dans les textes une forme de jeunesse revendiquée, assumée, lucide, dans plusieurs vers. Est-ce qu’il faut du paradoxe pour amener de la profondeur à ce qu’on est ?
J-N : Oui, je pense, parce qu’en fait, on est paradoxal. Tous. On a tous du paradoxe en soi, on est tous des jeunes vieux, ou on apprend à le devenir, ou on lutte pour ne pas être trop l’un ou trop l’autre. Je ne peux pas dire que je suis d’une joie intense à l’idée de vieillir, mais je ne pense pas que ce soit un malheur en soi. Quand j’avais 18 ans, tout ce que je souhaitais, c’était d’en avoir 30 pour pouvoir être pris au sérieux, pour pouvoir être écouté, pour connaître davantage de choses, pour avoir plus d’outils dans la vie pour m’en sortir, etc. Effectivement, aujourd’hui, je regarde mes dix piges avec mélancolie en me disant « Putain, c’était cool ! » Mais je veux dire, tout ça, c’est positif, je trouve. C’est bien, il faut composer avec les deux. Les deux se servent et tant mieux.
Et tu continues à te trouver, ou tu sais de longue date qui tu es ? Parce que moi, je te soupçonne d’avoir toujours su, depuis l’enfance
J-N : Je pense qu’il y a un truc comme ça. Je pense qu’il y a un truc comme ça. J’ai eu très tôt une vision de ce que je voulais devenir. Je me souviens parce que…j’ai commencé la musique par le piano, quand j’avais 6 ou 7 ans, mais je dessinais, avant de faire du piano. Je dessinais. (en souriant) c’est la première fois que je dis ça ! Mes tout premiers dessins…je me souviens, parce que mon prof de piano me l’a écrit il y a 3-4 ans, il m’a renvoyé un dessin que je lui avais fait, qu’il avait exposé dans sa salle de piano, et c’était une scène avec genre 4-5 bonhommes qui jouaient de la guitare. Moi, je découvrais un peu le rock et tout ça, enfin le rock de l’époque et puis j’avais écrit “maman qui faisait à la basse”, “papa qui jouait de la batterie”, et puis j’avais mis une flèche, moi devant qui jouait de la guitare avec le micro, et puis c’était une scène avec un public. Je pense vraiment que j’avais une vision de ce que j’avais envie de devenir dans la vie, de faire dans la vie, et que tout est conditionné par ça depuis. Ça m’a apporté tout ce dont on parle depuis tout à l’heure, mais ça m’a aussi apporté beaucoup de force, beaucoup de clarté, parce qu’aujourd’hui, tu vois, à 30 piges, je discute avec tellement de gens qui sont du-per et ne savent pas exactement ce qu’ils ont envie de faire, ce qu’ils ont envie de ressentir, qu’ils ressentent plein de choses, etc. Et c’est quelque chose qui est tout à fait normal. Et moi, je suis ultra heureux de ne jamais avoir été dans cette situation-là parce que j’avais toujours le cap. Et j’ai beaucoup de chance. Je me rends compte que j’ai beaucoup de chance.
Le temps étant compté, j’’aimerais que tu me parles un peu des projets de LAST TRAIN, tout ce à quoi on peut s’attendre pour 2026. Une projection sur un an
J-N : Franchement, tu me posais la question il y a 5 ans, j’aurais pu te faire le rétro-planning, mois par mois, de tout ce qu’on allait faire. Et grosso modo, on s’y est tenu. Mais depuis quelques mois… On s’est fait la promesse avec les gars qu’on allait essayer de nous écouter, de s’écouter un peu plus et d’être un peu plus dans l’instant. Notamment par rapport au fait, on n’en a pas beaucoup parlé, qu’on fait vraiment beaucoup beaucoup de choses pour le groupe, qui ne sont pas purement musicales, la partie production, administrative, comptable, stratégique, etc. Et tout ça, ça nous demande pas mal de temps, mais pas mal d’énergie. Et quand on tourne beaucoup, de temps en temps, on ne profite plus. Et nous, on a fait 70 dates cette année, des super festivals, des super salles, etc. Et des fois, on n’arrive pas à profiter de la juste valeur des choses. Cette année, il va falloir qu’on profite, on va arrêter d’être dans des projections infinies, dans des nouveaux objectifs, des nouveaux goals, et on va essayer de vivre les dates pour ce qu’elles sont, à savoir des beaux moments de partage, etc. Ce qui arrive pour nous, c’est encore des dates de concerts, parce qu’on est accro à ça. On a une tournée en février prochain, en France, qui devrait être complète. On a des beaux festivals d’été un peu partout en Europe cet été. Actuellement on fait un truc qu’on n’a jamais vraiment fait, qui est d’aller rencontrer d’autres réals, d’autres musiciens, et de venir juste avec une idée, et puis de regarder où ça nous emmène sur une journée. Et c’est vraiment une toute autre manière de travailler pour nous parce que ça a plutôt été : moi, qui compose dans ma chambre, qui propose aux gars, on ne le fait écouter à personne avant que tout soit fini, et on va l’enregistrer et y a une seule personne qui écoute, c’est notre Rémi, notre réal. Et ensuite, on le sort. On ne le fait même pas écouter à nos partenaires. Et puis là, pour le coup, on prend un autre chemin. Et en fait, c’est vertigineux forcément pour moi, mais ça me stimule de ouf. Ça m’excite de ouf, parce que je me rends compte qu’en vérité, non, je ne suis pas seul. Il y a plein de gens géniaux avec qui on peut collaborer, qui ont des superbes idées, qui ont des superbes visions qui ne sont absolument pas celles que moi j’ai. Et du coup, j’ai l’impression de grandir et de me challenger. Et c’est ce qui arrive pour LAST TRAIN, des nouveaux challenges
Pas particulièrement d’albums, par exemple, ou d’EP ?
J-N : En fait, je sais pas. Je sais pas, pour la première fois, je sais pas. Et j’ai pas envie de savoir. J’ai pas envie de me dire, putain, il faut composer un album, il faut faire un clip, il faut absolument… En fait, ça viendra si c’est là et si ça nous parle et si c’est cool
C’est à nous de suivre de près donc
J-N : J’ai pas envie de servir absolument une histoire et une stratégie. Là, j’ai un peu envie de ressentir des choses.
OK. Merci beaucoup, Jean-No, de LAST TRAIN
J-N : Merci pour ton interview Scolti. C’était trop chouette !

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