
Pourquoi les street artistes exposent-ils en galerie ?
Le street art est né dehors. Libre. Illégal. Éphémère.
Un cri sur les murs. Un choc.
Pas vu. Pas pris. Pas vendu.

Basquiat. Haring. Sans la rue, personne ne les aurait vus.
Sans la galerie, personne ne les aurait retenus.
Dans la rue, faut faire vite.
Faut faire haut, pour ne pas se faire effacer trop tôt.

Tracer, coller, pocher. De nuit. Dans le vent.
Faut guetter le flic.
Sinon, c’est pertes et fracas.
Monsieur Chat. Couloirs du métro. Amende salée. KO.
Aujourd’hui, les murs sont autorisés. Subventionnés. Normalisés.
Appels à projets. Commissions. Discours proprets.
Et la galerie ?
Elle cadre. Elle éclaire. Elle laisse dire.
Pas besoin de guetter, courir, s’enfuir.
Mais en contrepartie, il faut vendre.
Vendre en série.
Vendre en dérivé.
Vendre pour exister.
Les acheteurs ?
Des trentenaires. Urbains. Branchés.
Ils veulent du sens. De l’image. Du croisé en allant bosser.
C’est leur tautologie : celle qui parle d’eux.
Là où l’art contemporain tourne en boucle. Cite. Commente. Répète. Élitise.
Le street art, lui, se comprend sans initiation.
Il parle vite. Il parle clair. Il parle d’eux.
Du monde. Des gens. Des murs.

Ils veulent des Banksy sans cartel.
Des Goin sans explication.
Entrer en galerie, ce n’est pas quitter la rue.
C’est cogner plus fort. Plus juste. Plus cadré.
C’est dire vrai.
Rester debout.
Le style ne suffit pas.
Le visuel ne suffit pas.
Le nom ne suffit pas.
Il faut restaurer l’esprit de la rue au-dessus du canapé feutré.
Garder la rage. Le tranchant. Même exposé dans un bel appartement.
Sinon, l’art de dehors s’endort.
Sous prétexte qu’il se vend.
Éviter, coûte que coûte, de perdre son mordant.
Passer d’artiste de rue à peintre de salon. Lentement.
Vendu sous prétexte qu’on vend.
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