La presse hip-hop a joué un rôle fondamental dans la diffusion et la valorisation de cette culture, en particulier à une époque où Internet n’existait pas encore. Des fanzines aux magazines emblématiques, ces publications ont permis de documenter, analyser et promouvoir le mouvement hip-hop, tant aux États-Unis qu’en France. Voici un panorama de cette histoire riche et inspirante.
L’importance des fanzines : les racines de la presse hip-hop

Les fanzines ont été les premiers supports à s’intéresser au hip-hop, souvent créés par des passionnés sans moyens financiers importants. Ces publications artisanales, faites de feuilles agrafées ou photocopiées, représentaient une forme de presse DIY (Do It Yourself). En France, des exemples comme Omax6mum, fondé par Alexis Onestas à 17 ans, témoignent de cet engagement. Ce fanzine, né dans les années 1990, cherchait à offrir une voix authentique et critique sur la culture hip-hop, alors sous-représentée dans les médias traditionnels. De même, Get Busy, lancé en 1990 par Sear et son équipe, se voulait une réponse à la condescendance des médias généralistes envers le rap. Ce fanzine a marqué par son ton incisif et ses couvertures travaillées malgré des moyens limités.
Ces fanzines ont posé les bases d’une presse hip-hop plus professionnelle en capturant l’essence d’une culture en pleine expansion.
Les magazines américains : piliers de la presse hip-hop
The Source : la « Bible du Hip-Hop »

Fondé en 1988 par David Mays et Jon Shecter à Harvard, The Source a commencé comme une simple lettre d’information avant de devenir un magazine influent. Il a introduit des rubriques emblématiques comme Unsigned Hype, qui mettait en lumière des artistes émergents tels que Notorious B.I.G., Eminem ou DMX. Surnommé « la Bible du Hip-Hop », The Source abordait également des sujets sociaux et politiques liés aux ghettos. Une édition française a vu le jour entre 2003 et 2006, adaptant ce modèle au public francophone.
Vibe : entre musique et lifestyle

Créé par Quincy Jones en 1993, Vibe se distinguait par son approche plus large de la culture noire américaine, incluant la mode et le R&B aux côtés du rap. Avec des couvertures mémorables (comme celle de Snoop Dogg pour le 1er numéro) et des interviews approfondies, Vibe est rapidement devenu un concurrent sérieux de The Source. Les Vibe Awards, lancés en 2003, ont renforcé son rôle dans la reconnaissance des artistes hip-hop.
XXL : l’ère des Freshmen

Lancé en 1997 pour concurrencer The Source, XXL a marqué les esprits avec ses couvertures annuelles mettant en avant les « Freshmen », c’est-à-dire les nouveaux talents prometteurs du rap. Cette initiative est devenue une institution dans l’industrie musicale, aidant à propulser des artistes comme Kendrick Lamar ou J. Cole.
La presse hip-hop en France : entre adaptation et originalité
En France, plusieurs magazines ont contribué à structurer la scène locale tout en s’inspirant des modèles américains :
La presse hip-hop française a connu des heures de gloire avec des magazines emblématiques comme Radikal, RER et l’édition française de The Source. Ces publications ont marqué l’histoire du rap en France, mais elles ont également dû faire face à des défis économiques et structurels qui ont conduit à leur disparition. Revenons sur leur histoire et les raisons de leur arrêt.
Radikal : le magazine du mouvement hip-hop

Lancé dans les années 1990, Radikal se définissait comme « le magazine du mouvement hip-hop ». Sous la direction d’Olivier Cachin, il s’est imposé rapidement comme une référence pour les amateurs de rap français et international. Avec des ventes atteignant 12 000 exemplaires et un chiffre d’affaires de 400 000 euros, Radikal semblait promis à un bel avenir. Cependant, son histoire a été marquée par des conflits internes et des décisions économiques discutables.
En 2004, le groupe Studio Press, propriétaire du magazine, a transféré sa gestion à une société allemande, Pop Media. Ce transfert s’est avéré désastreux : moins d’un an plus tard, Pop Media était en liquidation judiciaire, entraînant la fin de Radikal. La justice a ensuite estimé que ce transfert était frauduleux, obligeant Studio Press à indemniser les journalistes licenciés. Selon Olivier Cachin, « le rap ne convenait pas » au groupe Roularta (propriétaire de Studio Press), ce qui explique en partie cette gestion chaotique.
RER : le pionnier de la culture urbaine

Créé en avril 1996, RER est souvent considéré comme le premier magazine français dédié à la culture urbaine. Il se distinguait par son approche généraliste, mêlant musique, sport, mode et shopping dès ses débuts. Contrairement à certains concurrents plus orientés vers le marketing, RER refusait de vendre ses couvertures aux maisons de disques. Cela ne l’a pas empêché de collaborer avec des artistes emblématiques comme Rakim, A Tribe Called Quest ou KRS-One.
Malgré son succès initial et une ligne éditoriale innovante pour l’époque, RER a cessé de paraître en 2004. Les raisons exactes de son arrêt ne sont pas détaillées dans les archives disponibles, mais il semble que des difficultés économiques aient joué un rôle clé.
The Source France : un modèle américain adapté

En 2003, une version française du célèbre magazine américain The Source voit le jour. Cette édition mélangeait des traductions d’articles originaux et des contenus inédits sur la scène hip-hop francophone. Elle avait pour ambition d’adapter le modèle américain au public français tout en mettant en avant les artistes locaux.
Cependant, cette aventure fut de courte durée : l’édition française s’arrête en 2006. Les raisons semblent liées à un manque de rentabilité économique et peut-être à une difficulté à fidéliser un lectorat face à une concurrence accrue.
S/o à L’Affiche (pas un magazine hip-hop mais un des premiers en France à faire des interviews et même mettre en couverture des artistes Hip-Hop), Groove, Rap Mag…




Un héritage qui perdure avec SKUUURT
Aujourd’hui, SKUUURT s’inscrit dans cette tradition en célébrant l’héritage de la presse hip-hop tout en s’adaptant aux nouveaux formats numériques et aux attentes contemporaines. En mettant en avant l’histoire de ces publications pionnières, SKUUURT revendique son rôle dans la transmission et l’évolution de cette culture unique. À l’image des fanzines et magazines qui l’ont précédé, il continue d’offrir un espace d’expression authentique pour le hip-hop.
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