Premiers chapitres avalés et l’impression fugace que plane au-dessus de mon épaule l’auteur de la plus rythmée des lettres à la République. Le petit côté « grand frère moralisateur » sans doute… Cent-dix-huitième page, quelques mots lancés par un producteur au jeune rappeur que fut Sinik m’accrochent : « ça ressemblait trop à Kery. » La méprise était donc autorisée…Néanmoins, chemin faisant, le récit se teinte d’une profondeur très différente. Ça n’est pas un artiste blessé ou outragé qui prend la plume, mais un homme apaisé. Aucune morale, mais le récit d’une expérience nimbée de lucidité. Pas davantage de glorification de la banlieue, du code de la rue ou de sa violence. En revanche, un éloge appuyé de ce qui rend l’ensemble infiniment humain : la solidarité entre habitants, la loyauté entre frères, l’intelligence de la galère et l’incroyable capacité de résilience. Sinik ne dit pas : « C’est nous contre eux et on va tout prendre ». Il écrit en connaissance de cause et pour alerter : « Une fois sorti définitivement de cet engrenage, que retenir ? Une honte bien plus qu’une fierté ! Une étiquette collée à vie. Du temps perdu, beaucoup ! Des mois devenus des années. De l’argent aussi, car les victimes à indemniser et les avocats ont un prix conséquent. Une famille fragilisée ! Contrainte de vivre aux heures de la prison et à qui vous imposez parfois des dizaines et des dizaines de kilomètres pour venir récupérer votre linge ou vous rendre visite ! Des compagnes, épouses ou petites amies qui parfois abandonnent le navire, avec les enfants sous le bras. Mais aussi un casier à rallonge qui plus tard prendra des allures de boulet à la cheville quand l’heure de trouver un véritable emploi sonnera. Tout ça pour quoi ? Quel bénéfice ? Quelques centaines d’euros, allez, quelques milliers ? Une réputation ? Une image de mauvais garçon ? Tous ceux qui l’ont vécu vous le diront: la prison n’est rien d’autre qu’un échec, celui d’une vie, d’un parcours, d’une éducation, d’un projet tout entier qui ne tenait pas debout. Il n’y a rien de bon à prendre, rien à entrevoir, rien à espérer. »
Par le récit de son parcours, de son ascension en tant que rappeur à ses succès de tatoueur, en passant par ses amours, sa vie de famille, ses échecs, ses jeunes années marquées par une forte précarité, celles volées par la prison, l’entreprenariat, les trahisons, la déscolarisation et même la mort, Sinik rappelle que tous, nous sommes appelés à réussir et que dans cette quête, chacun de nos actes est frappé du sceau de la responsabilité, présente ou à venir. Le résumé d’une époque formidable, à lire urgemment.
Mathilde Jean-Alphonse
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