La rue est-elle devenue le théâtre et le vivier du grand spectacle ?

Dans les heures sombres des révoltes populaires qui font souvent suite à des glissés nerveux de gâchettes trop sensibles, la rue devient chaque fois la vitrine du chaos, alimentant les cases des médias toujours avides de sensationnalisme. Alors, on ouvre les plateaux de télé à tous ceux qui profiteront de l’occasion pour marquer au fer rouge les problèmes générés par une diversité trop marquée à leur goût, et souligner combien les envahisseurs sont belliqueux et mauvais par nature. L’info a dès lors peu d’importance, l’objectif premier des médias étant de vendre des encarts publicitaires. Pour ça, il faut pouvoir justifier d’une présence derrière l’écran, et pour que celle-ci soit, il faut pouvoir divertir, à tout prix.

De la rue ont émergé des cultures fortes, revendicatrices et/ou joyeuses, souvent portées par ces minorités qui foutraient le feu sans raisons, juste pour se défouler. Le Hip-Hop est probablement la plus marquante d’entre elles. Né de, et dans, la rue, le hip-hop a permis à différentes jeunesses au fil des décennies de s’exprimer, d’inventer, de partager, de revendiquer, et de divertir.

“Divertir”, c’est égayer la vie des gens, de ceux qui font et de ceux qui sont spectateurs, mais l’autre sens du mot nous renvoie au détournement de l’attention.  Quand on s’appelle Naza, et qu’on se proclame roi du divertissement, on comprend l’intention : permettre aux gens, le temps d’une chanson, d’un concert, d’un clip, de se détourner de leurs soucis, en s’enjaillant. Ils sont nombreux, issus des quartiers populaires, à avoir rempli les oreilles et les yeux des foules d’étoiles et de sourires. Et quand ils touchent jusqu’à la jeunesse dorée qui s’encanaille en club en reprenant les refrains bourrés d’argot de la rue, on voit combien celle-ci devient le théâtre du spectacle grand public.

Est-ce sur ce chemin du mainstream que la rue a croisé son intégration dans les plus grands festivals ? Est-ce sur ce même chemin que s’est trouvée l’idée d’intégrer le Breaking, pour la première et dernière fois, au J.O de Paris 2024 ? Lorsque les cultures se fondent, finissent-elles par se confondre ? Les fondations du Hip-Hop sont-elles assez solides pour ne pas s’effriter ?

Amusons-nous à y réfléchir, à en débattre, et à se divertir.

Scolti @scolti_g


En savoir plus sur Sans Esquives

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑