DAN : Salut Gringe, comment ça va ?
GRINGE : Salut ça va bien et toi ?
D : Tranquille dans un canapé, on est bien on est posé !
G : BloquĂ©s ! Tu vois je tâavais dit que jâallais la placer !
D : Gringe, un plaisir de te recevoir chez SKUUURT. Tu es un rappeur, un comédien, un écrivain, tu es un artiste au sens propre du terme. Comment tu expliques cette capacité que tu as à exceller dans plusieurs disciplines ?
G : Je sais pas si jâexcelle frĂ©rot, en tous cas jâaime bien varier les terrains de jeu, jâaime bien penser que quand on se sent artiste, et je ne parle pas seulement pour moi, on est forcĂ©ment un peu pluridisciplinaire, en tous cas câest cool de sâessayer Ă diffĂ©rents mĂ©diums. Et moi jâai la chance, grĂące aux Casseurs Ă lâĂ©poque, dâavoir pu mettre un petit orteil dans le cinĂ©, de continuer de pouvoir tourner de temps en temps et câest un exercice que je kiffe. LâĂ©criture « littĂ©raire » câest pareil, câĂ©tait une premiĂšre graine plantĂ©e il y a quelques annĂ©es avec mon frĂšre quand on a co-Ă©crit le bouquin ensemble, et je pense que je poursuivrai aussi, jâessaierai dâĂ©crire un deuxiĂšme bouquin Ă un moment. Et la musique câest mon premier amour tu vois ? Le rap câest mon premier amour donc ça me quitte pas.
D : Au final, tâavais dĂ©jĂ une carriĂšre de rappeur avant de commencer tes autres carriĂšres mais tâĂ©tais pas non plus hyper installĂ©, et jâai lâimpression que tu tâes installĂ© au fur et Ă mesure dans plusieurs domaines.
G : Non, moi je me sens pas installĂ© ! Des fois on me parle de percer, de machin, de trucs⊠A part quand tâes vraiment tout en haut, tu peux dire que tâas ouvert les portes en grand. Moi je nâai pas ce sentiment-lĂ , jâai plus le sentiment dâavoir un petit orteil dans chaque discipline. Mais en mĂȘme temps je ne me considĂšre pas rappeur, tu vois ce que je veux dire ? Je me considĂšre juste artiste, avec le confort de pouvoir, quand je mâemmerde ou quand je mâennuie, changer de mĂ©dia. Vraiment dâaller de la musique au cinĂ©ma je trouve que câest un luxe de fou, mais jâai pas dâambition dĂ©mesurĂ©e. Je ne courre pas aprĂšs cette reconnaissance, cette image publique. Tant que je bosse et tant que ça me nourrit humainement et artistiquement, câest le top !
D : Je vois, tâas grandi depuis lâĂ©poqueâŠ
G : Jâai vieilli mĂȘme tu peux le dire !
D : Ăa va la barbe est encore noire.
G : Je la teins !
D : Tâas toujours eu un esprit rebelle, quand tu Ă©tais avec les Casseurs câĂ©tait trĂšs brut, lĂ sur le dernier projet Hypersensible tu lâexprimes dâune maniĂšre plus constructives et plus calme, comment tâas Ă©voluĂ© pour passer dâune critique de la sociĂ©tĂ© en mode Saint Valentin Ă Feelings ?

G : Le temps. Je marche avec le temps et ça depuis toujours. Avant mĂȘme les casseurs, avant mĂȘme ce petit bout de carriĂšre, câest ma nature et câest aussi comme ça que jâai Ă©tĂ© Ă©duquĂ©. Jâaime prendre le temps, jâai besoin de me nourrir et ça peut durer des plombes. Câest pour ça quâil y a cinq, six ans entre deux albums, que jâĂ©tais pas convaincu dâen refaire un deuxiĂšme, quâĂ la base jâavais des amorces de textes que jâavais mis de cĂŽtĂ© pour un deuxiĂšme bouquin qui aurait aussi pu sâappeler Hypersensible.
Jâai fait la rencontre de Tigri qui est rĂ©alisateur de lâalbum, un jeune mec prodigieux qui, en plus dâĂȘtre un beatmaker mortel, a aussi la casquette de directeur artistique, câest lui qui mâa filĂ© les directions. Ăa mâa permis de changer de flows, de mâessayer techniquement Ă dâautres chosesâŠ
Mais pour revenir Ă ta question, jâai acquis un peu plus de sagesse grĂące au temps, grĂące aux rencontres et grĂące aux projets.
D : Tâas Ă©tĂ© pendant ce temps dans une quĂȘte de la lumiĂšre, tâen parles beaucoup dans le projet de ton process pour retrouver la lumiĂšre. Ton premier opus Ă©tait beaucoup plus sombreâŠ
G : Merci parce que tu sais que pleins de gens me disent que ce projet est sombre et mĂ©lancolique⊠moi je le trouve plus lumineux et câest plus une quĂȘte, un chemin de lumiĂšre. Effectivement par endroits dans lâalbum je traverse quelques abysses, sur des morceaux comme Au revoir BB, mais câest des questions que je me pose. Et chemin faisant je tente dây rĂ©pondre, et Ă la fin de lâalbum tu as Une nuance au-dessus du noir qui est un morceau sur la dĂ©pression, mais qui dit que lâobscuritĂ©, une matiĂšre quâon connaĂźt tous une fois dans nos vies, est une matiĂšre magnifique pour aller chercher la lumiĂšre, et offrir un challenge, et changer ! VoilĂ , je trouve que cet album est plus lumineux, câest peut-ĂȘtre mĂȘme lâun des projets les plus lumineux que jâai pu faire tout seul
D : Je trouve aussi, et justement jâai vachement aimĂ©, je trouve quâon peut percevoir lâalbum comme sombre au premier abord, mais au final en passant par des pĂ©riodes compliquĂ©es tu te rends compte que câest pas si sombre que ça. En fait tâen parles comme quelque chose qui sâest passĂ©, tâes plus dedans.

G : Je pense que pour parler dâun sujet intime ou intimiste comme il y en a dans lâalbums, mon rapport Ă la famille, la parentalitĂ© vu par le prisme du pĂšre et non dĂ©sirĂ©e, câest quelque chose de dur. Mais jâai besoin dâaller au fond des choses, et pour ça il faut dĂ©jĂ avoir digĂ©rĂ© un minimum ce que tu as vĂ©cu. Câest pareil quand je vais sur des thĂšmes plus larges et universel comme dans Effet de Surplomb. Ce texte, jâaurais pas pu le pondre y a trois, quatre piges, il mâaura fallu grandir un peu pour poser ce regard-lĂ sur le monde qui mâentoure. Par bribes aussi dans lâalbum, quand câest un peu plus politisĂ©, câest le chemin que jâai pu faire pendant quarante piges. Et sinon câest des sujets aussi trĂšs personnels, je vais du micro au macro, je zoome et je dĂ©zoome, en essayant quand mĂȘme de garder en tĂȘte que le but, la quĂȘte, câest la lumiĂšre. Je pense apporter quelques Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse en fin dâalbum, et pour moi câest lâamour. Quâon se porte Ă soi, quâon se porte les uns les autres, tout ça câest dĂ©jĂ un premier pas vers « comment mieux vivre ».
D : Tâen parles dans lâalbum, dans cette quĂȘte de lumiĂšre tâes passĂ© par le chemins des drogues. Est-ce que ça tâaides rĂ©ellement Ă aller mieux, ou câest juste un paradis artificiel ?
G : Il y a eu pendant trĂšs longtemps ces paradis artificiels ou ce paradis artificiel, câest plus un truc pour fixer le temps et plus trop subir, anesthĂ©sier les souffrances ou les problĂšmes⊠Non il y a une notion de plaisir lĂ -dedans, sans en faire lâapologie, je ne suis pas dans les drogues non plus, je parle de bĂ©dave, pas de crack ou ce genre de bails. Mais jâai pu ĂȘtre abusif, et il y a le bon et le mauvais. Il y a les deux versants des drogues douces. En tous cas pour mon usage, parfois ça mâa sauvĂ©, bizarrement ça mâa tirĂ© de situations oĂč jâĂ©tais au fond, ça me permettait de focaliser mon attention davantage sur lâĂ©criture dâun texte qui allait servir Ă exorciser mes dĂ©mons, ça mâa servi pour cet album. Et parfois, ce que je ne fais plus, câĂ©tait un usage destinĂ© plutĂŽt Ă me bousiller, Ă mâanesthĂ©sier la tĂȘte et Ă faire en sorte que le temps passe plus vite.
D : Tu parles beaucoup de ta famille dans lâalbum. Ton frĂšre a Ă©crit un morceau, on entend ta mĂšre dans une interlude, quelle est la place de ta famille dans ta carriĂšre ? Tes textes ont Ă©tĂ© crus Ă une Ă©poque, est-ce que ça a Ă©tĂ© problĂ©matique ?
G : Oui, aprĂšs jâai reçu une Ă©ducation hyper souple, je suis enfant dâartistes, donc je pense que ce qui prĂ©vaut sur le message ou le propos câest plutĂŽt la dĂ©marche. Ma mĂšre a toujours vu que je me suis donnĂ© les moyens de faire du rap, et dâessayer de faire de mes passions un mĂ©tier, et je pense que câest ce qui lui importait le plus. Mais la premiĂšre fois quâelle entend Saint Valentin elle grimace un chouya, et Les putes et moi sur le projet des Casseurs, lĂ câest la consĂ©cration, elle me dit « lĂ je suis heureuse je vois que jâai rien loupĂ© dans ton Ă©ducation », et elle prend ça Ă la rigolade ! Pour redevenir un peu plus sĂ©rieux, Une nuance au-dessus du noir, elle introduit ce morceau-lĂ par des pensĂ©es, PensĂ©es positives, oĂč je lui demande de me donner sa dĂ©finition de la lumiĂšre, et câest donc sa voix quâon entend dans lâalbum en introduction dâun morceau qui parle de renaĂźtre de ses cendres, ce quâon fait aprĂšs une dĂ©pression, une espĂšce de mise Ă jour, de formatage qui sâapparente Ă une renaissance. Je mâĂ©tais dit quâil fallait la matrice, la voix dâune maman, et jâai demandĂ© Ă la mienne.
D : Ton frĂšre nâa pas seulement Ă©crit sur lâalbum. Tu lâas mentionnĂ© avant, tu a Ă©cris un livre pour parler de la schizophrĂ©nie dont il est atteint, Ă quel moment tu tâes dit « ça y est, on Ă©crit un bouquin » ?

G : On est venu me cherche pour ça, câest deux maisons dâĂ©ditions qui sont venues Ă la recherche de profils un peu hybrides, qui ne soient pas forcĂ©ment des auteurs issus du milieu littĂ©raire, mais dont on aime bien la plume. Ils mâavaient entendu parler de mon frangin dans diffĂ©rentes interviews, et ils mâont demandĂ© si ça mâintĂ©resserait dâĂ©crire sur la schizophrĂ©nie de mon petit frĂšre. Jâai sautĂ© sur lâoccasion, dĂ©jĂ parce que câĂ©tait une maniĂšre de tester une nouvelle forme dâĂ©criture, et aussi de mâembarquer avec mon frĂšre dans un projet pro et je trouvais ça mortel pour lui et pour nous deux de vivre cette expĂ©rience. Et puis il y avait lâaspect oĂč je voyais oĂč ils voulaient en venir. Je pense quâils attendaient de nous quâon fasse pleurer un peu dans les chaumiĂšres, donc je leur dit oui en mĂ©nageant le mystĂšre autour du processus dâĂ©criture, mais je savais dĂ©jĂ que je voulais mĂ©langer les voix et construire une espĂšce de labyrinthe narratif oĂč on mĂ©langerait nos voix avec mon frĂšre et oĂč on perdrait un peu le lecteur. Câest ça qui me faisait kiffer pour parler de schizophrĂ©nie, lâidĂ©e de mĂ©langer nos voix, et Thibault Ă©tait chaud Ă partir lĂ -dessus.
D : Et cette idĂ©e est totalement Ă lâimage du sujet au finalâŠ
G : Oui câest un peu lâidĂ©e que je voulais que les gens sâen fassent ! DĂ©merdez-vous ! Quand vous entendez ou que vous ĂȘtes face Ă plusieurs voix, dĂ©merdez-vous pour faire le tri, câest ce quâun schizophrĂšne fait au quotidien.
D : Tâas percĂ© en tant quâacteur sur un canapĂ© avec BloquĂ©s en 2015, est-ce quâil y a eu un changement de notoriĂ©tĂ© ? Comment tu lâas vĂ©cu ?

G : En tous cas y a pas eu de changement de canapĂ© ! Jâai toujours le mĂȘme chez moi, toujours flinguĂ© Ă la mort, il y a toujours des cartons⊠Moi câest mon confort, cette idĂ©e de mouvement, de libertĂ©, jâai grandi comme ça, une famille dâartiste câest le foutoir. Câest toujours cette idĂ©e que je peux me barrer Ă tout moment, plier bagage et refaire ma vie diffĂ©remment. Pour revenir Ă ta question, il y a eu un changement de notoriĂ©tĂ©, une hyper visibilitĂ©, la mĂ©diatisation, le fait de me retrouver sur le devant de la scĂšne avec Orel, ça a Ă©tĂ© un changement de paradigme et de rĂ©alitĂ©. Mais ça fait dix piges, et quand on est artiste on a toujours envie dâavoir cette visibilitĂ© lĂ . Quand on fait un projet on a envie quâil soit dĂ©couvert, Ă©coutĂ©, lu par le plus de monde possible. Mais il y a quand mĂȘme un truc oĂč je suis en contradiction avec le milieu artistique dans lequel jâĂ©volue, le milieu artistique parisien⊠Jâen parle dans Fake ID en introduction de lâalbum, câest une petite critique du milieu qui mâa fait aussi, donc câest aussi une auto-critique. Jâai pu ĂȘtre le gars, lâartiste que je dĂ©peins dans Fake ID, un peu vide de contenu, un peu snob, quand dâun coup la notoriĂ©tĂ© te propulse hors-sol, et câest pas ce qui me convient. Câest pas ma dĂ©marche, câest pas ma nature, câest pas ma sensibilitĂ©. Du coup je me demande â câest aussi une des interrogations de lâalbum â comment garder sa sensibilitĂ© et ses valeurs, sans se corrompre, dans un milieu compliquĂ©, trĂšs artificiel, oĂč les gens te disent vachement ce quâils font mais au final tu ne sais pas trop qui ils sont. Et puis le truc de sur-exister sur les rĂ©seaux, tout le temps, câest vraiment pas moi ! Peut-ĂȘtre que câest un truc de gĂ©nĂ©ration mais en tous cas, mĂȘme si jâavais eu vingt piges aujourdâhui, ma sensibilitĂ© fait que je me serais dĂ©merdĂ© pour exister dans ce milieu sans montrer ma gueule en permanence. Il y a des choses que je ne veux plus faire, des mĂ©dias que je ne veux plus faire, parce que câest remplir du vide par le vide.
D : Et de ce fait, ce milieu que tu dépeins dans Fake ID, comment tu fais pour vivre avec ta sensibilité à toi versus tout ce milieu-là ? Tu te mets en autarcie ?
G : Oui je suis quand mĂȘme encore trĂšs solitaire et par exemple ma chĂ©rie a captĂ© ça. Jâai vraiment des moments oĂč jâai besoin de dĂ©connecter avec lâextĂ©rieur, pas seulement ce milieu-lĂ mais avec lâextĂ©rieur en gĂ©nĂ©ral, et des fois je tape des petites retraites spirituelles oĂč je retourne chez moi, je reste deux semaines et je lis, je fais le vide, je me retrouve, je me rĂ©aligne⊠Câest important !
D : Est-ce que tâas conscience dâavoir accompagnĂ© toute une gĂ©nĂ©ration avec les Casseurs ?

G : On me parle encore beaucoup de BloquĂ©s par exemple, les albums Casseurs sont ce quâils sont, je pense que maintenant ils ont pris un petit coup de vieux et en mĂȘme temps ça raconte une Ă©poque, rĂ©volue. Ă lâĂ©poque oĂč on chante notre premier album, câest une Ă©poque de nos vies rĂ©volue, lâadulescence, la dĂ©brouille, lâennui, le fait de vivre en province, peu de projections, câest compliquĂ© ! Et puis le rap lĂ -dedans, la musique, cette passion qui nous extrait de ça finalement. Mais pour revenir sur ta question, jâai conscience dâavoir accompagnĂ© cette gĂ©nĂ©ration, et câest marrant parce quâen concert il y a vraiment des gens de mon Ăąge qui se pointent, donc des gens de quarante piges⊠et en mĂȘme temps y a des tout petits, alors tâas les enfants des gens de quarante ans qui sont lĂ , il y a vraiment des petites familles, et il y a toujours un public trĂšs jeune, entre quinze et vingt piges. Et je me demande si câest pas lâeffet Orel, qui est tellement large et qui est rentrĂ© dans le foyers français mĂȘme, partout. Il y a un petit cĂŽtĂ© Casseurs. On me parle de BloquĂ©s, on me parle de Comment câest loin aussi, on me parle souvent de Jonathan Cohen avec Serge le Mytho, donc oui je vois bien le legs des trucs quâon a laissĂ©. Câest hyper touchant et jâai de la tendresse pour ça.
D : Ta carriĂšre musicale en solo a explosĂ© sur le tard, est-ce que tu as des regrets sur la maniĂšre dont tu lâas gĂ©rĂ©e ?

G : Non parce que je pense que mĂȘme les projets sur lesquels jâai un regard un peu plus mitigĂ© ou⊠Genre Enfant Lune, mon premier album, pour moi câest un album tiĂšde. Mais en mĂȘme temps câest la passerelle vers la suite, et il a fallu que je le fasse, un peu avec les moyens du bord Ă lâĂ©poque, mon ingĂ© et de temps en temps un regard extĂ©rieur, mais je lâai vraiment fait en vase clos et câest pour ça quâil est ce quâil est. Je le trouve hyper naĂŻf, approximatif parfois dans la forme, linĂ©aire sur les flows⊠JâĂ©tais au four et au moulin, jâai appris Ă faire un album studio Ă ce moment-lĂ un peu en solo, et câest ce qui marque aussi une Ă©tape pour la suite ! DerriĂšre je suis vachement plus libĂ©rĂ© pour aller Ă©crire un bouquin, le bouquin me permet de revenir avec davantage de prĂ©cision dans lâĂ©criture pour lâalbum Hypersensible, et fort de mon expĂ©rience sur Enfant Lune je sais mâentourer maintenant. Il nây a pas que Tigri sur lâalbum, mais aussi une quinzaine de beatmakers, arrangeurs⊠Câest la somme de tout ça, et je commence vraiment Ă apprĂ©cier ce petit bout de carriĂšre qui est le mien. Je ne sais pas comment ça se poursuivra, quelle forme ça prendra par la suite mais jâaime bien !
D : DerniĂšre question, est-ce que tu penses quâun jour tu seras une meilleure version non nĂ©vrosĂ©e de toi-mĂȘme ?

G : Non, je pense que nos nĂ©vroses nous accompagnent tout du long, on vit avec, on peut vivre en paix avec, si tant est quâon se connaisse bien, quâon soit bien renseignĂ© sur soi. Moi jâai des voyants qui sâallument, câest Las Vegas dans ma tĂȘte. Quand je sens que mes dĂ©mons arrivent, reviennent au triple galop, jâai des biais pour dĂ©samorcer ça, pour les feinter. Je pense quâon vit avec nos nĂ©vroses tout du long, mais ce nâest pas nĂ©cessairement un fardeau, il faut juste accueillir ça, bien se connaĂźtre, et ne pas rĂ©pĂ©ter les schĂ©mas foireux. Jâai lu il nây a pas si longtemps la dĂ©finition de la folie : la folie câest rĂ©pĂ©ter les mĂȘmes schĂ©mas en permanence en espĂ©rant un rĂ©sultat diffĂ©rent Ă chaque fois. Y a des trucs ça yes, jâai rĂ©pĂ©tĂ© mille fois les mĂȘmes conneries et jâai plus besoin.
D : La sagesse !
G : La sagesse.
D : La boucle est bouclée.
G : La boucle est bouclée !
D : Merci monsieur.
G : Je tâen prie, merci Ă toi frĂ©rot.
D : CâĂ©tait un plaisir.
G : Partagé !
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