Lou : Salut Sébastien, merci d’accorder cette interview à SKUUURT. Comment tu vas ?
Sébastien Wolf (Guitariste et claviériste de Feu! Chatterton) : Très bien, très bien !
Eh ben super ! Alors pour commencer, vous jouez au We Love Green dans quelques jours. C’est quoi un festival pour toi par rapport à une salle ? Il y a des choses qu’une salle t’apporte de plus qu’un festival ? Ou est-ce qu’il y a une énergie en festival que tu préfères ?
S : Ben les festivals en général c’est un toujours un moment que j’aime beaucoup, qu’on aime beaucoup avec le groupe, parce que je pense qu’il y a pas beaucoup de moments dans l’année, je pense surtout pour le public, où on peut se retrouver comme ça pendant plusieurs jours avec une grande liberté. Ça ressemble quand même beaucoup aux carnavals dans d’autres cultures tu vois, ou à ce que pouvaient être les jeux à l’époque antique. En fait, c’est un moment où on lâche prise. Pour avoir été moi-même festivalier, c’est vraiment un moment où on vient à la fois voir des concerts et aussi se sentir libres, s’habiller comme on veut, tisser des relations, des liens. Enfin cette ambiance là, pour les musiciens, est forcément hyper agréable. Quand tu joues en salle, tu joues devant des gens qui sont venus que pour te voir, mais tu joues aussi devant des gens qui sortent du taff, qui bossent peut-être le lendemain, qui ont leur vie. Donc ça peut être une fenêtre pendant l’année dans une semaine qui peut être un peu morose, les festivals c’est pas le cas. Le public est là pour kiffer. Du coup quand t’es musicien, tu ressens cette énergie-là. T’as pleins d’avantages : y a des gens qui viennent te voir qui te connaissent pas, y a une énergie qui est décuplée, le public est parfois plus exigeant, parce qu’il peut changer de scène, c’est un nouveau défi tu vois et c’est agréable, j’aime beaucoup les festivals. Après, évidemment, j’adore les concerts en salle, parce que c’est un moment où on peut faire des concerts beaucoup plus longs, faire une superbe scénographie. En festival, les concerts s’enchaînent donc y a plein de contraintes techniques. Mais quand t’es musicien, la saison des festivals c’est un peu comme si t’étais en vacances et que c’est ton boulot d’être en vacances.
(rires) Oh wow ouais incroyable !
S : (rires) Bah ouais c’est sympa quoi !
Un peu ouais ! OK j’aimerais te parler de votre dernier album, LABYRINTHE. J’ai lu que vous vouliez vous écarter de certains mécanismes de composition pour cet album.
S : Ouais ouais.
Qu’est-ce que vous avez cassé intentionnellement sur LABYRINTHE par rapport à vos derniers albums ?
S : LABYRINTHE est un album dont la création commence à la fin de la tournée de PALAIS D’ARGILE. C’est un moment où avec l’album précédent on a eu la chance d’avoir un gros succès, notamment grâce au titre Renouveau, qui nous a fait rentrer un peu dans une nouvelle notoriété. Donc ça évidemment c’est une chance, et en même temps pour la création c’est toujours une contrainte. Parce que le piège dans lequel tu peux tomber, c’est de se dire que ça va être simple et qu’il faut réutiliser les règles de composition qu’on a utilisées sur PALAIS D’ARGILE pour faire des nouveaux morceaux, et en fait ça marche pas comme ça. Et on est quand même tombés dans ce piège au début de se dire naturellement “on va pas trop se prendre la tête et si on peut refaire des choses comme on l’a déjà fait on sait le faire”. Et en réalité très très vite, c’était quelque chose qui m’ennuyait beaucoup. Parce que refaire des choses qu’on a déjà fait en changeant un tout petit peu les choses, c’est pas très motivant. Parce que ça reste un processus très long, tu fais des chansons après tu dois les composer, les arranger, les enregistrer, les jouer sur scène pendant plusieurs années, si y a pas une forme de renouvellement, si t’es pas capable de te surprendre toi-même dans le processus tu t’ennuies très vite. Dès le début du travail sur LABYRINTHE j’avais envie qu’on se donne de nouveaux défis, que ce soit sur le plan de la composition, mais aussi de la production, donc c’est vrai qu’on avait commencé un peu à la musique électronique dans PALAIS D’ARGILE. Dans les références de production j’avais envie qu’on réussisse à faire des choses, y a quand même la pop anglo-saxonne, je pense à Billie Eilish, Dua Lipa, Rosalia, FKA Twigs, elle a quelque chose d’assez magique parce que c’est une musique qui a l’air très simple alors qu’en réalité elle est très sophistiquée, et ça c’est la force de la pop. En fait y a une grande sophistication dans la production, pas forcément dans la complexité de composition, mais dans le travail du son, des tessitures. Et ça c’était un truc que j’avais envie qu’on travaille plus qu’avant, et donc dès le début j’avais envie qu’on réussisse à faire des choses comme ça. Et c’est vrai que je pense aux morceaux comme Ce qu’on devient et Labyrinthe, des morceaux qui sont dans des univers musicaux très différents. Ce qu’on devient est très New Wave, Dark Wave ; et Labyrinthe est très inspiré par les productions de Rosalia. Alors ça c’est des choix. Après, la difficulté, c’est que ça paraît simple alors que ça l’est pas, il y a très peu de gens en France qui savent le faire
Oui non mais quand tu décomposes vraiment les sons ça a l’air très complexe
S : Une artiste qui le fait très bien récemment je pense que c’est Zao de Sagazan, donc voilà plutôt New Wave, qui est vraiment allée au bout de cette frontière entre musique électronique et chanson, et le producteur de Zao de Sagazan c’est Alexis Delong, avec qui on a travaillé sur LABYRINTHE.
Ok d’accord je vois ! Des nouvelles inspirations du coup. Dans votre musique, des premiers albums jusqu’au dernier, vous entretenez beaucoup la tension entre le vide et le plein.
S : Oui

Vous entretenez ça vraiment consciemment ou ça vous vient naturellement ?
S : C’est pas des choses qu’on théorise. Quand on compose, qu’on arrange, on n’a pas de ligne de conduite, on se laisse vraiment porter par les émotions qu’on a au moment où on crée les choses. Mais je pense que ça fait partie d’un langage musical qu’on a, qui est de nous créer du relief dans les choses. Et je pense que nous sommes des gens qui nous ennuyons assez vite d’une forme de monotonie, et donc on a besoin de créer comme ça des tensions assez régulières entre… Ouais on peut le dire comme ça, entre le vide et le plein. On est aussi très inspirés historiquement par le rock progressif.
Complètement, ça se ressent.
S : Donc c’est des groupes des années 70, 80, 90, qui étaient capables de passer d’une chose à l’autre comme ça, sans forcément trouver au premier abord du sens à ça, mais je pense que c’est ça aussi qui est intéressant.
Complètement, je trouve que ça rajoute énormément de profondeur dans votre musique, c’est un aspect que j’adore.
S : Merci !

Vous êtes tous très différents dans le groupe, et donc j’imagine vous apportez tous des choses très singulières à votre art. Tu saurais me dire ce que tu penses apporter à votre musique, toi ?
S : Ce que je pense apporter à Feu! Chatterton ? Je sais pas, je pense qu’on est très différents, mais complémentaires, on est un ensemble. Le travail collectif c’est pas la somme des gens, je pense que si tu commences à te dire moi j’apporte ci moi j’apporte ça, c’est une mauvaise manière d’aborder la création collective. Une création collective, que ce soit en danse, au théâtre, ou nous dans la musique, je pense que c’est pas la somme des individualités. Chacun a des skills, y en a qui vont être meilleurs en arrangements, d’autres qui ont une meilleure vision de la composition. Toujours est-il que Feu! Chatterton n’existerait pas si on n’était pas tous les cinq. Quand on fait les choses isolément, y a un peu de Feu! Chatterton, mais c’est pas ça.
Vous avez votre symbiose à vous
S : Oui, c’est un peu un biais cognitif de chercher des individualités, mais je pense qu’il faut faire l’inverse. Alors je pourrais lister les capacités évidemment, moi je fais de la guitare, je suis pianiste aussi donc j’apporte des idées de piano, Raphaël est batteur, il fait de la batterie, Arthur est auteur il écrit des textes…C’est des évidences, mais je pense que ce qui est intéressant dans le boulot de Feu! Chatterton, c’est que c’est une rencontre, un moment de conversation à 5, parfois à deux ou à trois, en tout cas à plusieurs, et ça crée quelque chose qui ne peut pas exister si on est seul.
Je comprends totalement ! J’aimerais te parler de certaines thématiques de votre musique. Dans LABYRINTHE vous parlez beaucoup du temps qui passe, avec des morceaux comme Ce qu’on devient par exemple. Au sein du groupe, comment vous ressentez cet aspect-là ? Il y a des choses qui ont changé dans votre façon de faire de la musique ensemble au fil des années ?
S : Alors évidemment y a le temps qui est passé, donc pour beaucoup de membres du groupe on a eu des enfants, on a le temps qui rétrécit quoi, donc il y a des choses qui changent. On a grandi aussi, tu vois comme je te disais, le constat que je te faisais de pas vouloir refaire la même chose, ça c’est le processus du temps. On avait déjà fait trois albums un peu comme un cycle, et donc le temps qui passe crée un peu l’empreinte de ça. Après, dans notre manière de travailler, on a pas vraiment changé.
Vous avez toujours les mêmes méthodes ?
S : Oui, on continue à deux ou à trois dans un vieil airbnb, une chambre, sans vraiment changer les endroits de fabrication de la musique. Parce que le danger quand tu grandis et que tu fais de la musique c’est de te dire « Faut que j’aille dans un super studio, parce que je peux le faire, j’ai un label tout ça… »
Et vous c’est pas votre façon de faire ?
S : Ben en fait on s’est rendus compte assez vite que c’était une erreur, et que nos morceaux avaient de la force parce qu’ils naissaient dans des conditions…
Naturelles ?
S : Un peu mauvaises, oui naturelles quoi ! Et on a compris progressivement que notre travail c’était de faire de la photographie de ces moments… Les chansons qu’on fait c’est vraiment un genre de mini film de moments où on a échangé sur tel ou tel sujet en produisant ensemble, et ça t’as pas besoin de grand studio pour le faire.
Je vois
S : N’importe où, ce qui compte c’est que les musiciens, en l’occurrence moi, j’ai ma guitare pour m’exprimer, et qu’Arthur le chanteur ait son petit carnet pour écrire ses textes, et ça ça n’a pas changé. Je pense que ça a d’autant moins changé qu’on s’est rendus compte à quel point ça c’était précieux. Avec le temps qui passe, le danger c’est de se dire qu’il faut tout changer.
Il faut trouver le juste milieu ? Il faut se renouveler, mais en même temps garder les trucs qui marchent forcément ?
S : Tu vois la chanson Ce qu’on devient parle vraiment du groupe, et c’est une tension constante dans la vie de tout le monde, dans la vie d’un couple, on a toujours le souvenirs d’un moment soit disant passionnel qui était mieux et qu’on a envie de revivre. Mais en même temps on sait que les revivre ça va rien apporter parce que tu les as déjà vécus. Donc il faut avoir foi en ce qui arrive devant, y a une phrase comme ça dans le morceau qui est importante : « Mais je crois ce qui est devant ». Et pourtant, dans l’histoire de Ce qu’on devient, si on la prend de manière littérale, on va se dire que c’est un couple qui est au bord du précipice, de la séparation. Donc il dit « comme des enfants, retrouver la clef plongée dans le puits » tout ça ; mais y a quelqu’un, au sein de ce couple qui dit « Non mais c’est pas ça ce qu’il faut faire, il faut croire en ce qui arrive », tu vois ? Cette idée-là, je pense que c’est une tension permanente quand le temps passe, entre le souvenir d’un passé qui était soit disant génial, donc le conservatisme, et l’optimisme. Et je pense que la société contemporaine est aussi là-dedans, elle a l’impression que si on retourne vers le passé ça va être super, alors qu’en fait pas du tout.

Justement, il y a des endroits dans votre musique où vous sentez que vous avez gagné en maturité, et à l’inverse des choses que vous avez peut-être perdues en chemin, des choses qui vous manquent ?
S : On fait un métier qui n’a pas d’école, y a le rock, la pop, la musique électro, tu peux pas te former là-dedans, y a pas d’école, et c’est tant mieux parce qu’il faut pas qu’il y en ait. Le rock, la pop, c’est une façon d’être, un discours sur le monde, une photographie d’un instant comme je te disais. Alors bien sûr il faut savoir jouer de son instrument, y a des pré-requis; mais tu vois je pense à pleins de groupes comme les Stooges, les Beatles, au départ c’est pas des experts de leurs instruments, tout le contraire. Et pourtant ce qu’ils racontent avec leur musique c’est très fort et ça a marqué une époque. Nous on a commencé un peu comme ça, on était au lycée ensemble et quand on sortait on jouait. Alors on jouait assez bien de nos instruments, mais on n’était pas du tout des gens sortis du conservatoire. Mais en même temps on a une certitude, c’est qu’on aime passer du temps ensemble à faire des morceaux. Et du coup en faisant des morceaux on se donne des défis, « est-ce qu’on pourrait pas faire des morceaux avec des structures compliquées ? ». Et donc là tu te formes, parce que t’as besoin d’être meilleur pour faire les choses que tu rêves de faire. Et donc là avec la mécanique de la formation on a progressé, on est devenus meilleurs que ce qu’on était quand on a commencé. On est devenus des meilleurs producteurs de son aussi, on maîtrise mieux les synthétiseurs. On a appris énormément de choses.
Oui forcément j’imagine, avec toute l’expérience que vous avez accumulée au cours des années.
S : Mais ces choses on les a apprises parce que chacun on avait besoin de maîtriser mieux certains outils, pour pouvoir raconter des meilleures histoires, et faire de meilleures chansons. Donc oui on a appris pleins de trucs, et pourtant je trouve pas que nos premières chansons sont nulles.
Non pas du tout !
S : Donc je les respecte autant, je trouve qu’elles ont des choses très puissantes. La musique actuelle c’est une école où c’est pendant que tu fais ton travail de compositeur, de musicien, que t’apprends. Parce que y a des trucs que tu veux utiliser pour des morceaux et donc tu te formes. Mais donc je trouve qu’on a tous progressé individuellement. C’est comme Arthur, il a commencé à chanter pour faire le groupe.
Ah ouais ?
S : Au tout début il chantait pas, avec Clément on avait un groupe ensemble, on faisait pas mal de rock progressif. Et à un moment, on s’est dit qu’on aimerait bien mettre en musique les textes d’Arthur, donc il s’est mis à chanter à ce moment-là, il a pas fait d’école de chant. Donc voilà on a appris énormément de choses et on est hyper heureux d’avoir été poussés à apprendre tout ça, parce que maintenant on peut faire des choses plus élaborées qu’avant, ça c’est clair.
Il y a une période du groupe dont tu es nostalgique ? Pas forcément les débuts, mais une période ou un moment qui t’as marqué, auquel tu repenses ?
S : Ouais forcément, après c’est pas tant des trucs du groupe mais c’est plus les tournées. Je suis toujours un peu nostalgique évidemment de la période où… Bon les gens vont dire c’est un peu facile maintenant que vous êtes connus vous pouvez dire ça ; mais quand même je suis nostalgique d’une période où on faisait des tournées dans des toutes petites salles, des bars, où on pouvait avoir un contact beaucoup plus simple avec les gens. Parce qu’on est quand même un groupe qui a gravi les échelons progressivement, on n’a pas explosé directement sur le premier album. Donc on a d’abord fait une tournée des bars, ensuite une tournée de petites salles, ensuite des plus grandes salles, ensuite une tournée des Zéniths…En fait à chaque album on a progressé.
Ouais jusqu’aux deux Bercy là dernièrement !
S : Maintenant tu vois récemment on a fait un concert dans un pressing, et ben tu vois j’ai kiffé.
Oui oui je l’ai vu passer, ça avait l’air incroyable !
S : Ben ouais parce que ouais d’un coup y a 200/300 personnes, et y a pas tout le décorum autour, tout ce qui met à distance le public. Y a pas de rapport hiérarchique comme ça avec le public, et ça fait plaisir. Alors ouais ça c’est vrai que ça me manque. En même temps je te dis ça, mais je pense que si on devait refaire 40 dates comme dans des salles de pressing je pense que j’en aurais marre (rires).
(rires) Oui c’est toujours pareil avec la nostalgie.
S : Oui on est toujours nostalgiques de ce qu’on n’a pas. Mais en même temps tout va bien et on est hyper heureux de ce qu’on a maintenant.
Non mais c’est cool, ça doit être hyper enrichissant d’avoir vécu toutes ces expériences.
S : Ouais ça l’est.
Mais du coup justement de passer à des salles toujours de plus en plus grandes, est-ce que tu te sens pas un peu aliéné des fois ? Avec la reconnaissance que vous avez maintenant ?
S : Est-ce que je me sens aliéné ? Non, nous la chance qu’on a c’est qu’on est totalement indépendants dans le sens où on a notre structure, qui est notre label, pareil, on est aussi les producteurs de la tournée. Donc limite on est aliénés par nous-mêmes, mais personne décide pour nous. Donc ça c’est nouveau, en gros depuis la moitié de l’exploitation de l’album précédent et cet album. On a une totale maîtrise, donc ça demande plus de travail, mais en même temps c’est nous qui décidons nos choix. Donc on sait dire « attention là c’est trop », on arrive quand même à contrôler ça bien. Et donc je pense qu’on se sent moins aliénés aujourd’hui que quand on faisait des tournées gigantesques. Avant, on faisait quand même des tournées à 150 dates. Sur cette tournée on fait moins de dates, donc on a quand même une conscience de ça. Après évidemment on a la pression des concerts et tout, mais là c’est difficile d’avoir un avis négatif parce qu’on a une équipe immense qui s’occupe de nous. On est dans de très très bonnes conditions. Donc non je me sens pas aliéné.
Ok je vois, c’est génial.
S : En fait l’aliénation, le seul truc dont elle pourrait venir c’est de toi-même. Le danger dans le monde actuel c’est de jamais trouver de satisfaction, parce que peu importe le niveau de succès, y a toujours un mécanisme qui est poussé peut-être un peu plus aujourd’hui par les réseaux, où on a l’impression qu’on doit toujours trouver plus.
Oui complètement

S : Ce mécanisme de croissance infinie est vraiment ancré dans notre cognition d’humain presque, qui a grandi dans cette société. Donc c’est ça l’aliénation que tout le monde a, qui crée des gens qui ne vont pas arrêter de se donner des objectifs nouveaux pour croître croître croître ; et à l’inverse, des gens pour qui parfois ça marche pas et qui du coup vivent ça comme une défaite. Alors la position que j’ai est facile parce que j’ai la chance que ça marche. Mais en général, je pense qu’on a tous besoin d’apprendre à avoir de la distance par rapport à ce qu’est la réussite, le succès. Je pense que retrouver des valeurs plus simples ça ferait du bien à tout le monde, notamment à nous. Quand t’as un truc qui marche, t’as l’impression qu’il faut l’étirer encore et encore. Après, comme on est cinq, à la différence d’un artiste seul, c’est que t’as plus vite des gardes fous et c’est bien. Il faut se dire qu’on fait de la musique pour soi et pour faire de la musique parce que c’est déjà une chance. Parce que même avec la notoriété qu’on a, les moments de plaisir qu’on a c’est les mêmes que quand on était inconnus. Ce que tu gagnes entre temps c’est juste du temps pour le faire, parce que t’es payé pour le faire, et encore, le succès ça implique aussi toute une partie de boulot qui n’est pas de la musique. Tu vois faire des interviews comme là c’est pas faire de la musique (rires).
(rires) Oui je vois ce que tu veux dire.
S : Donc je pense que les musiciens, peu importe leur niveau de succès, leur moteur ça doit être le plaisir d’en faire. Si ton moteur c’est le succès c’est raté dès le départ.
C’est pour ça que vous marchez bien, parce que vous avez l’air de kiffer ce que vous faites à chaque fois quand je regarde vos lives. Ce genre d’énergie se retrouve rarement.
S : Après les concerts c’est aussi quand même passer la journée à faire des trucs ultra chiants, tu passes du temps à attendre, à faire les balances, pleins de réglages… Et pour moi le concert c’est vraiment un truc hyper précieux dans la journée quoi. Je me dis toute cette journée de galère, c’est pour à la fin passer une heure et demi sur scène avec un public mortel. C’est comme pour ton anniversaire, tu sais que t’as une super soirée que t’attends depuis un an, ben forcément t’y penses, tu passes du temps à tout préparer, pour que quand t’arrive à la soirée tout soit génial. Moi je le vis comme ça à chaque concert. C’est un peu un rituel mystique, mais pour moi on a la chance de se dire « t’as 1h30 pour kiffer sur scène, donc vas-y kiffe ! ».
Je comprends ! Merci beaucoup Sébastien pour ton temps et tes réponses. C’était un plaisir de pouvoir échanger avec toi !
S : Mais merci pour tes questions ! On te verra peut-être au Zénith de Lille alors ! Salut Lou et à bientôt.
Salut Sébastien et encore merci !
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