Scolti : Salut Mouloud, bienvenue chez SKUUURT ! Avec ton asso Fu-Jo tu as menĂ© de nombreuses actions en prison, tâas produit 2 albums, Shtar Academy, accompagnĂ©s dâune sĂ©rie documentaire, Cellule de rimes, tâas Ă©galement sorti un Manifeste pour lâaccĂšs Ă la culture dans les prisons, et tâes Ă ce jour manager de FRS TAGA. Dis-moi oĂč je me suis imprĂ©cis, et ce que jâai oubliĂ©
Mouloud Mansouri : Alors on nâa pas fait que ça. On a fait surtout prĂšs de 600 actions, Ă©normĂ©ment de concerts, diffĂ©rents ateliers, des ateliers d’Ă©criture, des ateliers DJ, des ateliers street art, stand up, close up, vraiment tout ce qui tourne autour de la culture hip hop. Mais voilĂ , le point fort de notre association, c’Ă©tait l’organisation de concerts avec des artistes qui sont dans l’actualitĂ©, des artistes qui tournent. LĂ , hier, j’ai croisĂ©, par exemple, Ninho, et on a discutĂ© de son dernier concert Ă la prison de Nice. Il me disait âvraiment, c’Ă©tait trop chaud. Si tu veux qu’on y retourne, on y retourne quand tu veuxâ.
Ces actions, ces concerts, notamment, tu les as menés de quand à quand ?
M.M : J’ai commencĂ© quand j’Ă©tais dĂ©jĂ dĂ©tenu. J’Ă©tais mĂȘme pas sorti de prison encore. Donc, mon premier concert en prison, c’Ă©tait en 2006 avec Daddy Lord C, de La Cliqua. Et sâen est suivi MĂ©dine, Sefyu, etc. Et aprĂšs, quand j’ai remontĂ© l’association, quand je suis sorti, en 2008, j’ai commencĂ© mes premiĂšres actions avec l’asso
Ce sont des contacts que tâavais dĂ©jĂ ?
M.M : Daddy Lord C, oui, c’est clairement un contact que j’avais dĂ©jĂ , fin des annĂ©es 90. Et trĂšs vite, je me suis connectĂ© aux artistes actuels. Quand j’ai fait Sefyu alors que j’Ă©tais dĂ©tenu, il Ă©tait Ă son prime
2006, câĂ©tait donc Ă lâĂ©poque de Chirac, puis y a eu Sarkozy
M.M : MĂȘme quand il y avait Sarkozy prĂ©sident, on a toujours bien travaillĂ©. Et je crois que c’est sous la prĂ©sidence de Sarkozy que j’ai le mieux travaillĂ©.

Ton parcours, câest celui dâun jeune, qui a fait non pas des conneries, mais qui a fait ce quâil croyait devoir faire pour effacer lâĂ©cart de train de vie quâil avait avec les autres. Trafic de stup, case prison. TransfĂ©rĂ© dans plusieurs prisons durant ta peine de 10 ans. Les projets que tu mets en place, et les combats que tu mĂšnes sont donc en lien avec un univers que tu connais trĂšs bien et qui nâest pas fantasmĂ©. Quâest-ce qui tâa marquĂ© pour toujours lĂ -bas ? Et quâest-ce que tu as appris de toi et des autres ?
M.M : Clairement, quand j’y Ă©tais, ce qui m’a marquĂ©, c’est que le temps Ă©tait trĂšs, trĂšs long. 24 heures en prison, ça reprĂ©sente, en espace-temps, 3 jours en extĂ©rieur. Donc, les journĂ©es sont trĂšs longues, les soirĂ©es sont trĂšs longues et les nuits sont trĂšs longues. Donc, comme il y a trĂšs, trĂšs peu d’occupation, quand tu vas au sport et que tu vas un peu Ă l’Ă©cole, en prison, dĂ©jĂ , c’est cool. Mais ce n’est pas pour tout le monde, il y a trĂšs peu de places. Et sur les activitĂ©s, c’Ă©tait encore pire. Quand j’Ă©tais en dĂ©tention, avant que j’organise des concerts avec les artistes que j’ai citĂ©s, je n’avais jamais vu un concert. Ou alors, quand il y avait des concerts, c’Ă©tait vraiment Ă©clatĂ©. C’Ă©tait des petits artistes que le SPIP devait connaĂźtre, des amis Ă eux ou je ne sais quoi, quâils faisaient venir, câĂ©tait inintĂ©ressant, et personne nâaimait.
Et donc l’un des ennemis principaux en prison, c’est l’ennui ?
M.M : Ouais. Y a plein de choses, plein dâennemis en prison, mais pour moi le temps Ă©tait ce quâil y avait de plus dur, surtout quand tu fais des grosses peines.
C’est de lĂ que sont nĂ©es les diffĂ©rentes idĂ©es que tâas eues ?
M.M : ComplĂštement. J’ai commencĂ© alors que j’Ă©tais dĂ©tenu et ce qui me manquait le plus c’Ă©tait d’aller en concert, d’aller Ă la rencontre des artistes, et d’Ă©changer avec des gens un peu plus intĂ©ressants que les trois quarts de mecs qui sont en promenade, ou des gens qui travaillent en dĂ©tention
Justement, parle-moi de ceux qui sont de l’autre cĂŽtĂ© de la barriĂšre, mais qui sont entre les mĂȘmes murs : le personnel pĂ©nitencier. Qu’est-ce que t’as appris de ces gens, aussi ?
M.M : Bah, qu’on est tous dans la mĂȘme merde, hein ! On est tous dans le mĂȘme bateau. Et souvent, aujourd’hui, quand tu les croises dehors, les surveillants, ils n’ont pas l’air trĂšs heureux de travailler dans cet endroit. Je pense que c’est un endroit qui est dur pour tout le monde. Il y a quelques gens qui ont la fibre vraiment sociale et qui s’Ă©panouissent lĂ -bas. Les SPIP, les assistantes sociales qui sont lĂ -bas, voire des infirmiers, des infirmiĂšres, etc. Mais sinon c’est quand mĂȘme un endroit sordide, la prison.

T’as toujours eu cette appĂ©tence pour la musique, et donc t’as cherchĂ© Ă organiser des choses en prison. Au-delĂ de la dĂ©termination qu’il a fallu avoir, il a fallu pĂ©ter des murs, j’imagine ?
M.M : Ouais. Et Ă partir du moment oĂč j’ai commencĂ©, j’ai jamais lĂąchĂ©. Et de 2008 Ă 2014, on a vraiment, vraiment poussĂ© les murs, vraiment fait des choses extraordinaires. On a organisĂ© un festival aussi Ă la prison de Luynes, alors qu’il y avait MP2013, Marseille qui Ă©tait capitale de la culture en Europe. On a organisĂ© un festival en prison, on a sorti 2 albums. On a fait plein plein de choses. On a fait sortir des dĂ©tenus pour faire un spectacle de stand-up Ă l’extĂ©rieur, au Jamel Comedy Club, avec des artistes de stand-up. Et donc pendant toutes les premiĂšres annĂ©es de Fu-Jo, on a vraiment pu faire Ă©voluer le projet avec la confiance des gens qui travaillent en dĂ©tention, les SPIP, les directeurs de prison, etc., les chefs dâĂ©tablissements.
Ils ont Ă©tĂ© Ă l’Ă©coute globalement ou tâas fait face Ă des problĂšmes, des rĂ©ticences ?
M.M : Au dĂ©but, ils Ă©taient complĂštement Ă l’Ă©coute parce qu’il n’y avait personne d’autre qui proposait des activitĂ©s comme je proposais. Un peu plus tard, ils ont mis des coordinateurs culturels en place, ou des coordinateurs d’activitĂ©s. Mais câest arrivĂ© tard. Je crois que les premiers, si je dis pas de conneries, c’Ă©tait vers 2016, 2017. Je sais plus exactement. Mais je pense que c’est Ă partir de ce moment-lĂ oĂč ça a commencĂ© Ă ĂȘtre un peu plus difficile parce qu’ils voulaient organiser des choses aussi, qui leur plaisaient Ă eux. Alors que moi, j’organise des choses pour les dĂ©tenus
T’as pas Ă©tĂ© pris pour un fou ?
M.M : Si, quand j’Ă©tais en dĂ©tention, je demandais ça Ă organiser des trucs, oui. Mais quand je suis sorti pour organiser ça, non. C’est plus tard qu’on m’a dit ât’es vraiment ouf d’avoir fait tout çaâ.

Et donc, une fois sorti, pour toujours, est-ce que tu t’es senti investi d’une mission ? Est-ce que tu regardais aussi dans le rĂ©tro ? Tu pouvais pas oublier par oĂč t’Ă©tais passĂ© ? Parce que t’aurais pu tourner la page et puis ne plus jamais te soucier de rien du tout
M.M : Ouais, mon projet, c’Ă©tait vraiment de tourner la page et me soucier de rien du tout, Ă la base. Mais j’avais quand mĂȘme des potes qui m’appelaient, qui Ă©taient lĂ -bas encore, et qui me disaient « Putain, tu veux pas nous organiser des trucs ?â. Donc je me suis dit « Vas-y, je vais voir un an ou deux, je vais voir ce que ça donne. » Et puis finalement, petit Ă petit, on va vite approcher les 20 ans d’action
Et donc avec l’asso, Fu-Jo, t’as notamment montĂ© le projet SHTAR ACADEMY, accompagnĂ© du documentaire Cellule de Rimes, je le disais tout Ă l’heure. Comment ça s’est passĂ© ?
M.M : Cellule de Rimes a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Sarah Marx, qui a produit avec France TĂ©lĂ©. Nous, on est juste acteurs de ce projet parce que forcĂ©ment, on a produit le projet SHTAR ACADEMY. Mais on est Ă l’origine de l’idĂ©e de ce truc parce que le projet c’Ă©tait d’avoir une camĂ©ra sur le projet SHTAR ACâ. Et on est tombĂ© sur un bon directeur que je connaissais en tant que dĂ©tenu et avec qui j’avais dĂ©jĂ fait les clips du premier SHTAR ACADEMY. Et du coup, il nous a donnĂ© carte blanche pour faire un 2Ăšme album de la SHTAR ACADEMY. Mais la genĂšse de ce projet, c’Ă©tait ce festival que j’avais fait en 2013 Ă Luynes. Et l’idĂ©e, ce n’Ă©tait pas du tout de faire un album, mais c’Ă©tait de prĂ©parer un groupe de dĂ©tenus Ă faire la premiĂšre partie du festival. Et finalement, comme on avait matiĂšre Ă faire un peu plus, je suis allĂ© voir Because, une maison de disques. Et je leur ai dit âfranchement, j’ai des mecs qui rappent, il y a plein de trucs qui sont Ă©crits, et y a un moyen quâon fasse un album, j’invite quelques artistes, et est-ce que vous ĂȘtes chauds Ă me suivre ?â Et Emmanuel De Buretel m’a demandĂ© si j’avais des sons Ă faire Ă©couter. Je lui ai dit que non, mais j’ai rĂ©ussi Ă le motiver quand mĂȘme Ă nous suivre. On a signĂ© et je suis revenu Ă Luynes et je leur ai dit : on a un album en plus de la premiĂšre partie. Et lĂ , j’ai commencĂ© Ă prendre mon tĂ©lĂ©phone. J’ai appelĂ© Sopra, Alonzo, MĂ©dine, Orelsan, tous les artistes de l’Ă©poque, Nekfeu aussi, qui commençait Ă pĂ©ter en solo. Je les ai tous appelĂ©s et ils sont tous venus en dĂ©tention poser avec eux
Et pour Cellule de Rimes, comment ils ont eu vent du projet ? C’est toi qui t’es signalĂ© ?
M.M : Pour Cellule de Rimes, j’ai appelĂ© Sarah, qui avait fait le long clip des Portes du pĂ©nitencier de SHTAR ACâ, avec qui on est devenus trĂšs amis. Et je lui ai dit, t’es chaude pour faire un documentaire, une sĂ©rie, quelque chose ? Et elle a dit oui direct. Elle a trouvĂ© France TĂ©lĂ© comme co-prod, et ils ont suivi, pareil, sur le projet du 2, pendant plus d’un an
On parle donc d’un temps oĂč tâarrivais Ă mettre en place absolument tous tes projets. Puis, il y a eu ton livre, qui est lĂ pour alerter
M.M : Il y avait des alertes avant que je fasse ce livre, justement. En fait, Ă partir du Covid, il y a une crispation gĂ©nĂ©rale qui s’est faite dans plein de prisons. Et je pense qu’Ă partir du Covid, il n’y a plus personne qui avait envie de travailler. Mais j’ai l’impression que c’est mĂȘme un Ă©tat gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© en France. Plus personne ne veut vraiment travailler. Je crois que les annĂ©es de Covid Ă©taient cool mais ça a donnĂ© des idĂ©es Ă certains. Et il y en a qui ont choisi de vivre plutĂŽt que de travailler. En tout cas, en dĂ©tention, ça a fait pas mal de dĂ©gĂąts, parce que pendant toute la pĂ©riode Covid, on pouvait quasiment plus rien faire, voir plus rien faire du tout. Et puis, ils ont commencĂ© Ă baisser les loges des concerts, Ă vraiment rĂ©duire de ouf. Sur les ateliers, pareil. Et puis, petit Ă petit, on a repris, mais ça a Ă©tĂ© trĂšs, trĂšs dur. Et puis, aprĂšs, avec les gouvernements de Macron les choses se sont encore endurcies, un truc gĂ©nĂ©ral, vraiment endurci. On me refusait un artiste sur deux que je proposais.
Qui refusait ? Qui est décisionnaire de ce genre de choses ? Qui peut refuser un artiste ?
M.M : Pour le coup c’Ă©tait beaucoup la DI de Marseille, qui regardait tous les textes. Et dĂšs qu’ils trouvaient un truc, et dans le rap y a toujours des trucs revendicatifs, donc dĂšs qu’ils trouvaient un mec qui insultait un flic ou un truc, ils me refusaient l’artiste. Mais bon, plusieurs fois, j’en ai discutĂ© avec eux. J’ai dit « Mais en fait, mĂȘme si tu vas chercher des textes chez Soprano ou mĂȘme chez Big Flo & Oli, Ă un moment donnĂ©, tu vas trouver un truc revendicatif, et tu vas pas me laisser faire le concertâ. Donc Ă chaque fois il fallait pousser, forcer, forcer, forcer, et puis voilĂ . Et puis est arrivĂ© Koh-Lantess, juste avant la sortie de SHTAR ACâ 2. Ăa a fait beaucoup de mal parce que l’ancien ministre de la justice a communiquĂ© comme un Ăąne. Et il a soi-disant Ă©tĂ© outrĂ© de ce projet alors qu’il Ă©tait au courant qu’il allait exister. Et bon, du coup, ça a fait une trĂšs, trĂšs mauvaise presse. Et alors lĂ , ça a commencĂ© Ă vraiment regarder tout ce qui se passait sur les activitĂ©s en prison. Nous, on devait sortir SHTAR ACADEMY 2 une semaine aprĂšs, on a Ă©tĂ© obligĂ©s de repousser la sortie de 3 mois. Et encore, on me demandait un an et lĂ , je me suis battu pour qu’on ne mette que 3 mois de report, le temps que ça se calme. Mais aprĂšs, on avait une lĂ©gitimitĂ©, donc je leur disais de ne pas sâinquiĂ©ter, que personne ne nous attaquerait sur un projet d’album en prison. Ăa faisait 15 ans qu’on Ă©tait dedans et on savait ce qu’on faisait, et on savait pourquoi on le faisait. Et donc, du coup, bonne presse, ça les a rassurĂ©s. On a continuĂ© un peu. Ă partir de Koh-Lantess, tout devait ĂȘtre validĂ© par l’administration pĂ©nitentiaire et le ministre en place. Et ensuite, GĂ©rald Darmanin a pris les commandes du ministĂšre. Et lĂ , pas mal de choses se sont rĂ©duites. Il a tellement mis la pression, je pense, aux directeurs de prison, aux chefs d’Ă©tablissement et aux SPIP, que mĂȘme s’il n’y a pas d’interdits, ils ont compris le message du ministre comme des interdits, c’est-Ă -dire plus de concerts. Et lĂ , ça fait un peu plus d’un an qu’on n’a plus fait de concerts.

Tu as pu constater d’autres rĂ©ductions d’accĂšs Ă la culture ?
M.M : Ouais, parce que la moitiĂ© des ateliers qu’on proposait ont Ă©tĂ© refusĂ©s. Cette annĂ©e, on avait un gros projet de cuisine avec des chefs Ă©toilĂ©s, ou des chefs de top chefs. La chef d’Ă©tablissement de Toulon a refusĂ© parce que c’Ă©tait une nouvelle activitĂ©. Elle nous a refusĂ© aussi un projet de street art. En fait, ils refusent des trucs, mais ça n’a pas de sens. Il n’y a aucune raison. Et puis, au-delĂ de ça, on avait un peu de budget du ministĂšre de la Justice, et mĂȘme ça, ça a Ă©tĂ© coupĂ©. Donc, du coup, mĂȘme si on arrive Ă payer pas mal de nos actions, parce qu’on fait chaque annĂ©e un concert de soutien, qui s’appelle Hip Hop Convict, et donc on a quand mĂȘme de l’autofinancement pour financer des activitĂ©s, ils nous ont quand mĂȘme fait mal aux dents en coupant les subventions du ministĂšre de la Justice et de la DRAC en mĂȘme temps. Automatiquement, tâas moins de moyens de faire des choses

Donc aujourd’hui, tes projets sont remis en cause, voire stoppĂ©s. Dans ton bouquin, j’ai relevĂ© qu’en privant les prisonniers d’un accĂšs Ă certaines activitĂ©s, l’Ătat se met hors la loi, sous prĂ©texte, selon une note du 19 fĂ©vrier 2025 de GĂ©rald Darmanin, ministre de la Justice, qu’aucune de ces activitĂ©s ne peut ĂȘtreâludique ou provocanteâ. Le Conseil d’Ătat a annulĂ© les mots âludique ouâ, le 19 mai 2025, mais ils ont gardĂ© âprovocanteâ. Est-ce que c’est uniquement cette note qui a créé le problĂšme actuel, tout simplement parce que le mal a Ă©tĂ© fait, mĂȘme s’il a Ă©tĂ© remis en cause par le Conseil d’Ătat. C’Ă©tait trop tard ?
M.M : De toute façon, tout peut ĂȘtre provoquant. Donc mĂȘme si une partie a Ă©tĂ© annulĂ©e par le Conseil d’ĂtatâŠEt puis de toute façon, il n’y a aucun directeur de prison qui va prendre le risque d’aller Ă l’encontre du ministre. Clairement, il y a une hiĂ©rarchie et on respecte la hiĂ©rarchie. Donc non, aujourd’hui, plus de concerts. En tout cas, nous, chez Fu-Jo, j’ai proposĂ© plein de choses. Je proposais des concerts de Grand Corps Malade, GaĂ«l Faye, de SDM, PLK, etc. Tout a Ă©tĂ© refusĂ©. Ou parfois, c’est pire, ils ne nous rĂ©pondent mĂȘme pas. Ăa, c’est la direction inter-rĂ©gionale de Marseille, mes interlocuteurs pour les concerts. Clairement, ils m’ont envoyĂ© un courrier cette annĂ©e pour dire âplus de convention entre la DI et Fu-Jo. Merci pour tout ce que vous avez fait pendant toutes ces annĂ©es. Au revoir, merciâ
Clap de fin. Et tu as eu l’occasion de rencontrer des gens dans le cadre de ton bouquin qui avaient un pouvoir dĂ©cisionnaire?
M.M : J’ai rencontrĂ© GĂ©rald Darmanin il y a trois mois, il mâa reçu au ministĂšre, on a eu un trĂšs trĂšs bon Ă©change. Il a compris la problĂ©matique. Il m’a promis qu’il allait prendre le dossier en main. Et lĂ , vendredi dernier, j’ai vu son son DIR-CAB adjoint, pour voir comment on pouvait dĂ©bloquer la situation.
Donc il y a des choses qui sont en cours.
M.M : En tout cas, il y a des discussions. C’est toujours pas dĂ©bloquĂ©, mais on discute et je pense qu’on va trouver une solution. De toute façon, c’est clair qu’au dĂ©but, ils ont vraiment tapĂ© force sur les restrictions et que maintenant, il va falloir un peu lĂącher. Il faut que ça redescende. On discute et la discussion se passe trĂšs, trĂšs bien. Et je sais que la situation va se dĂ©bloquer. C’est le ministre qui prend les choses en main et qui m’a promis de travailler sur le dossier. Et je vois qu’on fait des rendez-vous, etc. Je pense que cette annĂ©e, c’est une annĂ©e qu’on perd, mais on espĂšre reprendre d’ici la fin de l’annĂ©e et reprendre les activitĂ©s de façon intelligente.
Ils se sont montrĂ©s ouverts sur l’importance de la culture en prison ?
M.M : Ouais, clairement, quand j’ai fait le rendez-vous, je ne comptais pas parler des concerts, mais plus des activitĂ©s, etc. Finalement, on en est venu Ă la discussion des concerts. Et il a compris. De toute façon, les chiffres parlent. Quand on s’occupe de mecs avec des activitĂ©s culturelles, scolaires, etc., on a plus de chances que les mecs se rĂ©insĂšrent que les autres. Et puis, de toute façon, ce que j’ai dit aussi, c’est qu’en gĂ©nĂ©ral, les mecs qui vont aux concerts, aux activitĂ©s, tout ça, tout ce qu’on propose, c’est des mecs qui ont envie de s’en sortir
Tu parlais de rĂ©insertion. Le problĂšme Ă l’heure actuelle, c’est que la prison ne remplit pas son rĂŽle pour la rĂ©insertion ?
M.M : Ben non. C’est pas en construisant des prisons et en entassant les mecs et en ne faisant rien de plus, qu’on va faire de la rĂ©insertion. Ăa n’existe pas, ça. Sinon, on serait tous nĂ©s en prison et on aurait appris Ă vivre en prison.
D’oĂč l’importance de la culture en prison
M.M : D’oĂč l’importance de la culture et de toutes les activitĂ©s qu’on peut faire rentrer de l’extĂ©rieur
Est-ce que ce genre de dĂ©cision qui pourrait ĂȘtre restrictive contribue Ă notamment la rĂ©cidive qui reste trĂšs Ă©levĂ©e ?
M.M : Ben oui, encore une fois, si on ne fait pas le travail de rĂ©insertion : rĂ©cidive automatique. C’est automatique en fait, il n’y a pas d’autres possibilitĂ©s. Si on veut vraiment travailler sur la rĂ©cidive, il faut qu’on fasse de la culture, il faut qu’on fasse rentrer l’Ă©ducation nationale encore plus, les sportifs, et qu’on crĂ©e du lien. Parce qu’aller faire des ateliers, aller faire des concerts, etc., c’est crĂ©er du lien avec les dĂ©tenus. Et ne pas les laisser entre dĂ©tenus, parce que bon, on est content d’ĂȘtre entre dĂ©tenus en promenade, mais les discussions et les projets tournent en rond
Merci beaucoup Mouloud, Ă trĂšs bientĂŽt
M.M : Merci Scolti !
En savoir plus sur SKđđđRT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

