(Scolti : Câest bon les gars ? On lance les camĂ©ras ? Un clap pour les camĂ©ras ?…CLAP
Redouane : LĂ , on l’a vu pour cette camĂ©ra, mais il aurait fallu que tu clapes avec ton cul pour celle-lĂ
(rires) : C’est ça que t’as entendu en vĂ©ritĂ©, les mains ne se touchent jamais !)
Scolti : Salut Redouane, bienvenue chez SKUUURT. Redouane Bougheraba, humoriste marseillais, assis sur le trĂŽne du royaume du clash depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ et qui a rĂ©ellement atterri sur le devant de la scĂšne Ă la quarantaine. Ton crĂ©neau, c’est d’enculer le premier rang. Qui paye pour ça, et est-ce que ça leur revient moins cher qu’un lubrifiant ?
Redouane Bougheraba : Je suis vraiment un lubrifiant pas cher. Parce que tâes sĂ»r d’avoir du rĂ©sultat. Normalement, 100% des gens qui se sont mis au premier rang sont repartis avec le plaisir
Sco : Comment t’expliques que les gens mettent de l’argent dans le fait de venir s’en prendre plein la gueule dans tes spectacles, et qu’ils aiment ça ?
R.B : Je pense que c’est devenu une expĂ©rience dans le sens oĂčâŠtu vas Ă Disney, tu te dis « Allez, je vais faire le Space Mountain ». C’est un peu l’attraction du spectacle, t’as des gens qui aiment ça et qui se disent âj’ai envie de le faire, j’ai envie de l’offrir Ă ma femme, Ă mon mec, Ă mon frĂšre, Ă ma soeur, Ă mes parents.â C’est beaucoup des cadeaux. C’est mon anniversaire, c’est mon cadeau de NoĂ«l, c’est nos quatre ans. Et en fait, c’est fait avec amour et bienveillance. C’est pas t’arrives lĂ et tu te fais dĂ©gommer, tu rentres chez toi et t’es dĂ©goĂ»tĂ© parce que tu te dis âj’ai payĂ© pour ĂȘtre au premier rang, il m’en a mis plein la gueule.â Non, c’est fait avec amour et bienveillance. On rigole du truc, et les mecs sont contents. Ils ressortent de lĂ avec la fiertĂ© de dire âil m’a allumĂ©â, mais c’Ă©tait fair-play. C’est fair-play parce qu’il n’a pas dĂ©passĂ© la limite. Il y a toujours une bienveillance, une biensĂ©ance, il y a toujours de l’amour et c’est tellement devenu une marque de fabrique que quand je ne le fais pas, j’ai des gens qui se plaignent, qui me disent âouais, j’ai payĂ©, je me suis mis au premier rang, tu ne m’as pas fait.â Je leur dis âles gars, on arrive avec un spectacle Ă©crit. C’est mon nouveau spectacle. Et il y a beaucoup plus de sketchs. Il y a beaucoup plus de trucs Ă raconter. Donc, la part impro diminue.â Il y en a toujours. Mais c’est moins prenant que le premier spectacle. Parce que le premier spectacle, j’arrivais, et je dĂ©fouraillais la salle.

Sco : Tu parlais de limites, comment tu les détermines ?
R.B : Tu le vois Ă la crispation du visage de la personne. Je commence Ă le vanner, et je vois que le mec commence Ă ĂȘtre mal Ă l’aise : je sais que je ne dois pas en rajouter. Mais si le mec est lĂ âvas-y, tu peux y allerâ, et quâil Ă©clate de rire, il kiffe, tu peux aller jusqu’au bout parce que c’est un consentement, c’est comme la vie. Les gens te disent oui, non, il n’y a pas de… On est parti sur un virage, Ă©coute-moi !! (sourire)
Sco : Est-ce que tu penses qu’il y a aussi, Ă l’Ăšre des rĂ©seaux sociaux, cette volontĂ© d’ĂȘtre Ă tout prix vu et reconnu, qui peut aussi motiver certaines personnes, parce qu’on sait que les vidĂ©os vont ĂȘtre diffusĂ©es ?
R.B : Ouais, il y a des mecs qui forcentâŠle nombre de gens qui me demandent âest-ce que je peux venir faire ma demande de mariage ?â Je crois que j’ai plus de demandes de mariage que devant la Tour Eiffel. Tout le monde m’envoie des messages âje veux demander Ă ma meufâ etc, je reçois beaucoup, Ă©normĂ©ment, de gens qui me demandent ça. AprĂšs, si ça arrive spontanĂ©ment, j’essaie de le faire, mais je ne le provoque pas. Je ne provoque pas parce que, c’est bon, tu l’as une fois, on l’a vu, et si Ă chaque fois l’Ă©vĂ©nement c’est d’annoncer que quelqu’un va se marier Ă ton spectacle, oui c’est lourd
Sco : Et toi, tâas aussi misĂ© sur la viralitĂ© des vidĂ©os ?
R.B : Non, je ne savais pas que ça allait ĂȘtre aussi viral. Ăa m’a dĂ©passĂ© complĂštement. Et aprĂšs, j’ai vu tout le monde le faire. Il y a des trĂšs bons trucs, des trucs moins bien, mais ça m’a dĂ©passĂ©. Je n’avais pas la recette. Je ne me suis pas dit âje vais poster cette vidĂ©o pour ĂȘtre viralâ. C’est les situations, les sketchs, les vannes, qui font que les gens se les partagent. Et il n’y avait aucun calcul sur la viralitĂ©
Sco : Je disais que tâas Ă©tĂ© mis en lumiĂšre Ă 40 ans. Et donc, pour rester sur les rĂ©seaux sociaux, comment tu regardes cette nouvelle gĂ©nĂ©ration qui espĂšre devenir cĂ©lĂšbre en se touchant le nez avec le coude en un TikTok, lĂ oĂč toi tâas attendu ?
R.B : Moi, j’ai bossĂ© longtemps. Tu sais, pour arriver au succĂšs, c’est un iceberg en dessous de l’eau. Tâas plein de strates qu’on ne voit pas, qui sont la souffrance, le travail, la rĂ©silience, la rĂ©pĂ©tition, les erreurs, les crashs, la transpiration, la chance. Tu passes par plein d’Ă©tapes, plein d’Ă©tapes, que les gens ne voient pas. Ils voient que la rĂ©ussiteâŠâAh il a postĂ© une vanne, il a vannĂ© le mec de SKUUURT parce qu’il avait une calvitie.â
Sco : (rires) Je me suis dit, ça va arriver quand ?
R.B : Et la vidĂ©o cartonne. Non, mais tu vois le truc. Et les gens vont clipper ça âAh, il les a vannĂ©s, Bruce Willis et Mel Gibson. Bruce WillisâŠah nan, l’arme fatale, c’est pas Bruce WillisâŠc’est Mel Gibson et Danny Glover. â Ouais, il les a vannĂ©sâ, tu vois ? Et, non, c’est pas ça. C’est pas une vanne qui va faire que t’es connu. C’est tout ce qu’il y a derriĂšre. Il y a un spectacle qui tient la route pendant 1h20 et les gens sortent de lĂ contents, et il est lĂ le bouche-Ă -oreille. Tu peux attraper les gens avec une vidĂ©o oĂč tu jongles avec un chat, tu vas te faire allumer, ça va ĂȘtre viral, mais tu ne vas pas avoir une transformation artistique. Tu peux te toucher le coude avec le nez, faire trois saltos arriĂšre, mais est-ce que tu vas tenir un spectacle d’1h20 avec le salto d’arriĂšre ?

Sco : Toi, l’objectif, c’Ă©tait pas la cĂ©lĂ©britĂ© ?
R.B : Ah non, c’Ă©tait pas la cĂ©lĂ©britĂ©. Moi, c’Ă©tait de vivre de ma passion. Parce que trĂšs jeune, j’ai entendu dire que si tu faisais de ta passion ton travail, tu n’aurais pas l’impression de travailler un seul jour. Donc, je me suis dit : moi, ce qui m’anime, c’est de faire rire les gens. Et je fais rire les gens, ça me permet de remplir mon frigo. Du moment que j’arrive Ă remplir mon frigo, voyager, faire subsister ma famille… Ăa me suffit
Sco : C’est dĂ©jĂ une victoire
R.B : C’est une victoire. Je n’ai jamais dit je fais ça pour devenir cĂ©lĂšbre ou me retrouver dans telle soirĂ©e. Tâas plein des mecs qui se disent âje fais ça, je suis connu et je quitte le stand-up, j’arrĂȘte les vidĂ©os, je vais Ă Hollywood, je fais des films, Ă moi les CĂ©sar, je vais au cinĂ©maâ. Je n’ai pas eu ce plan de carriĂšre de faire ça pour ça, pour obtenir ça. Non, moi, ce qui m’anime, c’est de faire rire les gens. Dans une chicha, dans un resto, dans une boĂźte de nuit, dans une petite salle
Sco : Ce que tâas fait
R.B : J’ai fait, j’ai tout fait.

Sco : C’est important de rappeler ton parcours aussi, justement parce que c’est pas venu du jour au lendemain
R.B : Non, lors de la rĂ©ussite du premier spectacle, je disais qu’il faut 10 ans pour ĂȘtre connu du jour au lendemain. C’est Coluche qui disait ça. Et c’est pas 10 ans, des fois c’est 20 an, c’est 15 ans, c’est 18 ans.
Sco : Toi, c’est combien de temps d’ailleurs ?
R.B : J’ai commencĂ© en 2008. Tu vois, les gens te connaissent en 2018. Il s’Ă©coule 10 ans. Et t’arrives et on dit âil est sympa le jeune, le petit jeune !â. Le petit jeune, il a 40 piges, il peut-ĂȘtre ton daron, le petit jeune. Et les gens te dĂ©couvrent. Tu nais le jour oĂč t’es connu. Tout ce que t’as fait en amont, tout ce que t’as fait avant, c’est pas comptabilisĂ©. Ta carriĂšre, ton dĂ©but de carriĂšre, t’as pas 20 ans de carriĂšre, t’as un an de carriĂšre Ă partir du moment oĂč t’as explosĂ©, quâon t’a vu Ă l’Olympia, quâon t’a vu dans une Ă©mission tĂ©lĂ©, quâon t’a vu au ZĂ©nith. C’est lĂ oĂč dĂ©marre ta carriĂšre. Donc, c’est pas Ă©vident parce que les gens ne connaissent pas le behind the curtain, ce qui se passe en coulisses, derriĂšre les rideaux. Et aprĂšs, il y a des interviews sympas comme celle-ci justement, oĂč on l’explique
Sam : Justement, en 2008, quand tâas commencĂ©, il a fallu convaincre aussi les proches, les gens qui Ă©taient autour de toi
R.B : Y avait mĂȘme pas Ă convaincre parce que j’en parlais mĂȘme pas Ă ma famille. Je ne suis pas allĂ© voir mes parents leur dire « Eh les gars, ça y est, je suis saltimbanque, montreur d’ours, je vais faire des cabrioles sur le Vieux-Port. » Il n’y a pas eu ça. Je ne l’ai pas cachĂ© aux parents, j’ai dit « Fais de ton cĂŽtĂ©, essaye de rĂ©ussir et si tu perces, par ta rĂ©ussite et par ton succĂšs, les gens vont dire Ă tes parents : âvotre fils est quelqu’un.â Tu sais, ma premiĂšre rĂ©ussite, c’est quand mon pĂšre m’appelle et me dit que mon mĂ©decin de famille lui a dit âVous ĂȘtes le pĂšre de Redouane Bougheraba ?â Oui, mais pourquoi ? âJ’adore, c’est un humoriste, il est talentueux, on l’a vu dans un film, il est acteur.â Et mon pĂšre mâa dit âeh, t’es quelqu’un ! Mon docteur, il te connaĂźt.â
Sco : C’est ça la rĂ©ussite ?
R.B : Elle est lĂ la rĂ©ussite. Aller voir tes parents, et leur dire, je veux ĂȘtre acteur, je veux ĂȘtre comĂ©dien, je veux ĂȘtre humoriste. C’est sĂ»r que tu vas te prendre un mur. Parce que mĂȘme moi, pour mes enfants, je ne voudrais pas de cette vie-lĂ . Je sais que c’est tellement dur. T’as pas de fiche de paye. Tâes payĂ© au chapeau. Moi, j’ai jouĂ© au Paname Art CafĂ©, on finissait le spectacle, âsi vous avez rigolĂ©, vous mettez de l’argent dans le chapeau. Si vous n’avez pas rigolĂ©âŠ.â, les mecs, ils mettaient un ticket de mĂ©tro usagĂ©, un prĂ©servatif et des roubles
Sco : Et qu’est-ce qui te fait tenir quand tâas ça dans le chapeau ?
R.B : Tu continues, tu te dis : on n’a pas Ă©tĂ© assez marrants. Tâas des humoristes qui n’ont pas la mĂȘme vision, moi je vois le verre Ă moitiĂ© plein. âOuais, c’est des crevardsâ. Non, c’est pas des crevards. On n’a pas Ă©tĂ© bons, les gars. Si t’es bon, les mecs vont te mettre un billet parce qu’ils vont respecter le travail du comĂ©dien. Et pareil, on faisait des shows, oĂč tu peux avoir 500, 1000, 1500 euros dans le chapeau Ă partager Ă quatre comĂ©diens. Et aprĂšs, tu te dis, putain, en 8 min on a fait 200 âŹ. C’est Ă©norme. Tu te dis, putain, on a fait 200 balles en 8 min. On va faire 3 fois 8 min ce soir, tous les soirs. Donc, tâas des mecs qui gagnent trĂšs bien leur vie et qui n’ont pas de spectacle. Ils font les comedy clubs. Et avec 8 min solides, ils jouent dans diffĂ©rents comedy clubs. Et ça leur permet de gagner comme un docteur

Sam : Est-ce que tu te souviens de la premiĂšre fois oĂč tâas eu envie de faire rire les gens ? Est-ce que c’Ă©tait tes camarades de classe qui rigolaient ?
R.B : J’ai toujours fait. J’ai dĂ©marrĂ©, moi, je dessinais des caricatures au collĂšge. Et la caricature, c’est l’extrapolation de certains traits et de caractĂ©ristiques physiques. Tu vois, si je vais dessiner Scolti, je vais appuyer sur sa calvitie, toi je vais appuyer sur ton nez, ta petite moustache fine, ta boucle d’oreille, ton front. Et les gens qui vont voir disent « Ah ouais, mais c’est lui ! » Et c’est comme ça que j’ai dĂ©clenchĂ© mes premiers rires. AprĂšs, de passer de l’Ă©tape dessin Ă sketch, c’est…tu transformes la vanne que tâas dessinĂ©e Ă l’Ă©crit. Donc, ton crĂąne, il brille, tu l’as dessinĂ© brillant, et tâas dĂ©clenchĂ© un truc.
Sco : (rires) il va prendre tout du long, le crĂąne
R.B : J’ai cru que c’Ă©tait un projecteur. Et tu mets ça Ă l’Ă©crit et tu vois que ça dĂ©clenche un rire. Tu te dis ah, j’ai la vanne sur le crĂąne, elle est sympa. Et tu travailles comme ça au fur et Ă mesure. Mais trĂšs jeune, je savais que je pouvais me sortir de tout type de situation grĂące au rire. C’est une trĂšs, trĂšs belle arme
Sco : Ta signature, c’est l’impro. Je me demandais quel genre de mec fait un vĂ©lodrome, et des tonnes de salles d’ailleurs, en misant tout sur sa capacitĂ© Ă ĂȘtre bon sur l’instant.
R.B : C’est un don que j’ai, en fait.
Sco : C’est aussi un trait de personnalitĂ©. Il faut avoir confiance en soi, dĂ©jĂ

R.B : Oui, il y a la confiance en soi. Mais aprĂšs, quand tu sais que t’es marrant et qu’Ă chaque fois, t’as fait rire diffĂ©rentes personnes que tu ne connaissais pas… Parce que t’as : ĂȘtre marrant dans ta classe, mais tes camarades de classe te connaissent. Marrant avec ta famille, avec ton cercle d’amis. Mais tu connais tes amis. Tu sais ce qui les fait rire. Tu sais ce qui les touche. Tu sais quel est leur centre d’intĂ©rĂȘt. Mais quand t’arrives dans une salle de plusieurs personnes, avec des gens qui viennent de partout en France, que tu connais pas, c’est pas la mĂȘme chose. Il faut ĂȘtre bon, il faut viser juste, il faut ĂȘtre prĂ©cis, incisif, il faut savoir oĂč aller. Et il est lĂ , le talent, de toucher des gens que tu connais pas
Sco : Y a les risques !
R.B : La prise de risque, c’est des annĂ©es d’expĂ©rience
Sco : Parce que tu t’exposes au bide
R.B : Oui, tu t’exposes au bide, mais c’est mon travail. LĂ j’arrive avec un spectacle Ă©crit. AprĂšs, le mec qui connaĂźt son numĂ©ro, il sait que la chute est bonne. Elle a marchĂ© sur tout le monde, sur un public difficile. Et tu sais que la chute elle est bonne elle est bonne. Je regardais une vidĂ©o, on parle du âsortir d’une situation difficile avec le rireâ, c’est un mec qui roule en voiture aux Ătats-Unis. Un mec lui fait une queue de poisson. Aux Ătats-Unis, les mecs, des fois, des embrouilles de voiture, ils se tirent dessus. Donc, il retrouve le mec Ă la station essence. Il s’arrĂȘte Ă cĂŽtĂ© de lui, et le mec est en train de mettre l’essence, costaud. Et l’autre, il baisse sa vitre. Il fait âeh câest toi tu m’as fait une queue de poisson ?â L’autre, il dit, âouais, qu’est-ce que tu vas faire ?â Il a dit ânon, je t’ai vu, t’es costaud, si je sors, je te jure, c’est moi qui te mets le pleinâ. Et le mec, il Ă©clate de rire. Mais, tu vois, on part d’une situation tendue oĂč le mec, il veut mettre le poing dans la gueule Ă âTu vas faire quoi ?â âJe te suceâ. Et le mec, il Ă©clate de rire. C’est âcomment tu te sors d’une situation par le rire.â Et c’est ça

Sam : Et ça t’a sorti de situations compliquĂ©es ?
R.B : Il faut venir voir le spectacle. Il y a un sketch oĂč j’explique que si j’arrive Ă faire rire dans un pays d’AmĂ©rique du Sud, dans un Ă©tat trĂšs, trĂšs difficile, je peux faire rire les gens partout dans le monde. Mais bien sĂ»r, c’est l’histoire de ma vie, que ce soit au collĂšge ou au lycĂ©e, Ă la fac, dans le monde du travail, tous les jours. Il y a toujours des moments oĂč les gens sont tendus et avec une blague, tu dĂ©tends tout et les gens te facilitent la vie parce que tu les as fait rire. Souvent, certains disent que le rire, c’est la dĂ©contraction de l’intelligence. Tu sais, de pouvoir faire des vannes au premier, deuxiĂšme, troisiĂšme degrĂ©, et de faire rire des gens de tous types de bords, c’est pas un truc facile Ă faire, mais dĂšs que tu le rĂ©ussis, un mec qui va te demander quelque chose, mais qui t’a fait rireâŠtu vas pour fermer la boutique, tu fais la blague Ă la boulangĂšre, elle Ă©clate de rire, mĂȘme si elle ne voulait pas te vendre son truc, âAllez, rentrez, c’est sympaâ. Pareil, l’avion, tâes en retard, ils vont pour fermer le truc, tu leur fais la bonne blague, ça passe. Connu ou pas connu. Et Ă contrario, tâes un con, tâes un enculĂ©, les portes se ferment. Le mec, il a ce petit pouvoir pour te fermer la porte. âEh monsieur, vous fermez Ă 17h59 ?â âvous avez raison. Eh bien, il est 18h, je fermeâ. Tu vois ? T’arrives, tu fais la petite vanne sympa. âOui, je ferme. Allez, on y vaâ. Tu vois ? Si tâarrives Ă ĂȘtre marrant, poli, respectueux, il n’y a pas de problĂšme.
Sco : Je parlais de prise de risque avec l’impro, pouvoir s’exposer potentiellement aux bides, etc., c’est une nouvelle prise de risque d’Ă©crire un spectacle, puisque c’est ton premier spectacle Ă©crit, alors que tâes attendu sur le terrain qui a fait ton succĂšs ?
R.B : Exactement. Le terrain qui a fait mon succĂšs est toujours lĂ . On sait qu’il sait le faire, c’est facile, Zizou sait faire des contrĂŽles porte-manteaux, des passes orientĂ©es, est-ce qu’il sait marquer des buts de la tĂȘte ou en reprise de volĂ©e ? On veut l’attendre dans cette discipline. C’est pareil. J’ai beaucoup de mes potes, de mes proches qui disent « Ouais, on trouve que tu t’es pas assez livrĂ©â, notamment mon attachĂ©e de presse. Elle me dit âouais, vas-y, livre-toi, on veut voir ton petit cĂŽtĂ© salopeâ âeh oh ! Doucement, Ikram !â
Sco : (rires)

R.B : C’est vrai, ils veulent voir un certain cĂŽtĂ© que je ne montre pas. Et est-ce qu’il est capable d’Ă©mouvoir les gens ? C’est ce qu’on essaie de faire avec ce spectacle. Tu sais, quand quelqu’un sait faire lâomelette, est-ce qu’il peut me faire une omelette norvĂ©gienne ou changer, faire une variante ? Est-ce qu’il peut me faire un gratin de pommes de terre ? Eh bien oui, je suis capable de le faire et je montre que je suis capable de le faire
Sco : Ăa t’a pas fait peur ?
R.B : Ăa ne m’a pas fait peur, parce que je trouve ça super facile parce que j’ai cette facultĂ©, cette aptitude Ă raconter ma vie, mĂȘme si c’est difficile, de maniĂšre drĂŽle. J’arrive toujours Ă sortir le drĂŽle d’une situation, mĂȘme de l’observation. Tu te dis â ah ouais, c’est vrai que c’est marrant, mais on ne l’avait pas vu. On n’avait pas vu ce truc, mais putain, il a mis le doigt dessusâ
Sco : On revient Ă la caricature dont tu parlais tout Ă l’heure
R.B : Exactement
Sco : Sur le petit truc que tâas identifiĂ©
R.B : C’est ça

Sco : On est aujourd’hui au Théùtre Ădouard VII, Ă Paris. Est-ce que c’est ton public qui vient voir Redouane Bougheraba au Théùtre Ădouard VII ? Ou est-ce que c’est le public du théùtre qui vient te voir ? (big up Myriem, ndlr)
R.B : Je pense que c’est pas le public du Théùtre Ădouard VII qui vient me voir, mais mon public, les gens qui sont fans de Redouane Bougheraba. Donc on a des gens qui sont venus, on est lĂ depuis mars, et qui sont choquĂ©s. Et c’est la premiĂšre vanne que je fais. Je dis âles gars, le spectacle, il est amorti. Vous avez amorti votre place de billet. Regardez dans quel cadre on estâ. Il est exceptionnel. Théùtre Ă lâitalienne, avec des moulures au plafond, des lustres. Roi d’Angleterre. Vous avez vu l’ambiance ? On dirait qu’on est dans un club d’Ă©changistes
Sco : (rires)

R.B : Non, c’est vrai. T’as envie de te mettre Ă oilp et de te malaxer. C’est feutrĂ©, c’est beau, et ça fait sortie. Tâarrives avec ta meuf, elle est respectĂ©e. Tu te dis âwaouhâ. AprĂšs, peu importe le cadre, peu importe le flacon, du moment qu’il y a l’ivresse. Le cadre peut ĂȘtre magnifique, mais du moment qu’il y a le rire, tu te dis âwaouh, c’est magnifique. On a eu un rire dans un truc de luxeâ. Et les gens sortent de lĂ ravis. On est lĂ , on a l’Olympia Ă cĂŽtĂ©, on n’a rien Ă envier Ă l’Olympia. T’as 700 personnes qui sont compressĂ©es. Le lieu est magnifique. T’as une statue d’Edouard VII dehors. Tous les jours, il me regarde âEspĂšce de bĂątard, qu’est-ce que tu fous dans mon théùtre ? Je ne l’avais pas créé pour toi. Je l’avais créé Ă la base pour MoliĂšre et ses potes de la comĂ©die française. Et toi, qu’est-ce que tu fous lĂ ?â
Sco : (rires) Tu le vois faire un accomplissement, ça, par exemple ?
R.B : C’est exceptionnel. C’est exceptionnel
Sco : Tâaurais pu imaginer ce genre de situation ?
R.B : Non, jamais, jamais, jamais. J’avais dĂ©marrĂ©, dĂ©jĂ en 2023, quand j’Ă©tais venu jouer mon spectacle, dans le théùtre des NouveautĂ©s, pareil, un théùtre italien, sur les grands boulevards. La programmatrice, Maria, Ă qui tout le monde disait âmais qu’est-ce qu’il fout lĂ , lui ? Il fait du stand-up, c’est pas du théùtre. Il parle avec le public, qu’est-ce qu’il fout lĂ ?â

Sco : Ăa casse un peu les codes
R.B : Ouais, on a cassĂ© les codes, et du coup, t’as beaucoup de stand-upeurs qui font des théùtres, qui aiment ça, parce que…Je pense que le stand-up, c’est noble. On ramĂšne du bien aux gens. On leur procure beaucoup de bien. Il y a une thĂ©rapie du rire. Les gens sortent de lĂ , ils oublient leurs problĂšmes. J’ai beaucoup de messages de gens malades qui me disent « Je suis Ă l’hĂŽpital, je regarde tes vidĂ©os, ça m’aide Ă tenir. LĂ , je suis venu te voir. » J’ai une meuf qui m’a dit « J’ai failli pas venir hier, j’ai un cancer, je sors d’une chimio. Je suis venue, ça m’a fait du bien.» C’est des messages qui te poussent. Tu te dis, putain, en vrai je suis d’utilitĂ© publique.
Sco : Tu sens utile
R.B : Ouais, parce que les gens te disent âvous savez faire un truc qu’on ne sait pas faire. Et on oublie nos problĂšmes, on oublie qu’on est malade, on oublie qu’on est triste.â Mais c’est ça le rire.
Sco : Est-ce que tâas fait face au syndrome de l’imposteur ? Et est-ce que c’est peut-ĂȘtre ce qui t’a poussĂ© Ă Ă©crire ?
R.B : Le syndrome de l’imposteur, on l’a tous eu. Tous les comĂ©diens, tous les acteurs, tous les artistes, tous ceux qui ont un trait Ă l’artistique, ont eu le syndrome de l’imposteur. Parce qu’on fait un truc qui n’est pas palpable. Tu sais, un mec qui fait du saut Ă la perche, Duplantis, qui saute Ă 6,31 m, n’a pas le syndrome de l’imposteur. Y a personne dâautre qui en est capable. Usain Bolt, qui court en 9,58 sec, c’est l’homme le plus rapide, il court plus vite qu’un guĂ©pard. Il n’a pas de syndrome d’imposteur. âJe suis le mec le plus rapide du mondeâ. Nous, tu te dis, tout le monde peut faire ce que je peux faire. Tu te dis ça et aprĂšs, tu te dis, mais en vrai, je suis une arnaque, je suis une escroquerie, y a un huissier qui va venir taper Ă ma porte. C’Ă©tait une camĂ©ra cachĂ©e. C’Ă©tait le Truman Show. Vous ĂȘtes le Jim Carrey des temps nouveaux. On rĂ©cupĂšre tout, votre femme, vos filles, votre compte bancaire, votre appartement. AprĂšs, tu te dis, putain, on n’est pas beaucoup Ă le faire.

Sco : Quand est-ce que tu te dis ça ? Quand est-ce que tu t’en rends compte ?
R.B : Quand je fais le stade VĂ©lodrome. Il n’y a aucun humoriste qui a fait le VĂ©lodrome avant moi. J’ai mon petit frĂšre qui m’appelle et me dit âtâas fini le jeuâ. J’ai fait 2 Bercy, j’ai fait 10 Palais des Sports, j’ai fait tous les ZĂ©niths de France, que j’ai doublĂ©s, triplĂ©s. J’ai fait toutes les sallesâŠMais tu ne dois pas te retrouver au VĂ©lodrome, tu fais du stand-up, tâes un mec avec un micro. Tu ne dois pas.
Sco : Ăa te sĂ©curise dans ce que tu es ?
R.B : Ouais, aprĂšs, quand les mecs te disent âce que tu fais, vous n’ĂȘtes pas beaucoup Ă le faireâ. C’est comme les footballeurs. MĂȘme les footballeurs se disent on a un syndrome d’imposteur, on tape dans une balle. Ouais, vous tapez dans une balle, mais il y a une coordination, vous allez super vite. Ce que fait MbappĂ©, personne ne peut le faire. Ce que fait Lamine Yamal, personne ne peut le faire. Ce qui justifie les prix et les salaires. Tâas des mecs qui disent âje ne comprends pas pourquoi MbappĂ© a ce salaireâ. Mais poto, MbappĂ© va 4 000 Ă l’heure, il joue contre le BrĂ©sil, c’est eux qui ont inventĂ© le foot, bon c’est les Anglais, mais ils ont utilisĂ© le foot ! Il leur met une pichenette, il leur met un contrĂŽle, il tape le ballon, il lobe le mec, on tape le BrĂ©sil
Sco : C’Ă©tait hier
R.B : C’Ă©tait hier
Sco : Je dis ça par rapport Ă la tĂȘte de l’interview.
R.B : Non, mais si elle sort dans 8 ans, il meurt le mec entre temps
Sco : C’est en 2026
R.B : Mais donc, c’est l’offre et la demande. Ils ne sont pas beaucoup. Il y a un seul MbappĂ©

Sco : OK. Est-ce qu’au fond, ton moteur, c’est le risque ? Est-ce qu’Ă chaque fois, on a l’impression que tâenvoies la boĂźte et tu dis « advienne que pourra »
R.B : Ouais, j’ai ce cĂŽtĂ© flambeur. J’ai ce cĂŽtĂ© flambeur depuis petit. J’ai ce cĂŽtĂ© joueur addict
Sco : Envoyer la boĂźte comme au poker
R.B : Ouais, je fais tapis. Je paye les yeux fermĂ©s. C’est dur de me bluffer. Je ne bluffe pas. J’envoie la boĂźte et les clous, comme on dit au poker.
Sco : T’envoies la boĂźte quand t’es sĂ»r de ton coup quand mĂȘme
R.B : Moi, je suis sûr de moi.
Sco : C’est pas en peine perdue
R.B : Non, je ne vais pas Ă l’arrache. Il y a une prĂ©paration, surtout que lĂ on arrive avec un spectacle assez Ă©crit. J’ai un producteur sur les grosses dates, Gilbert Coulier, qui est venu hier. Il Ă©tait content, il m’a fait « Oh, c’est Ă©crit ! » Il n’y croyait pas.
Sco : Enfin !
R.B : Mais ouais, enfin ! Ben oui, c’est les mecs qui sont rassurĂ©s, tu vois. T’as tout ton entourage qui se dit âest-ce qu’il est capable de le faire ?â Mais il y a ce truc, je sais pas si c’est de la prĂ©tention, mais je trouve plus risquĂ© de faire l’impro que de faire de l’Ă©crit. Certains trouvent plus risquĂ© de faire de l’Ă©crit que de l’impro. J’essaie de faire de l’impro, lĂ , je prouve que j’essaie de faire de l’Ă©crit, mais peu importe que ce soit Ă©crit ou improvisĂ©, les deux sont durs, en fait. Tu vois, faire rire les gens, c’est dur. Alors, peu importe le procĂ©dĂ©, que tu aies 27 auteurs, que tu en aies 4, que tu n’en aies pas, que tu Ă©crives seul, que tâimprovises, mais qu’Ă la finale, tâarrives Ă faire rire les gens, il est lĂ le but. Souvent, les gens disent « Ouais, moi, je prĂ©fĂšre Ă©crire. Non, je prĂ©fĂšre l’impro. » Non, soyez marrants, les mecs. Si tâes marrant, les gens vont venir te voir en spectacle. Elle est lĂ , la vraie finalitĂ©. Pour un humoriste, c’est d’ĂȘtre marrant. Ce n’est pas de « est-ce que ça va ĂȘtre ma tenue sur scĂšne ? Est-ce que ça va ĂȘtre la maniĂšre dont je me coiffe ? Est-ce que c’est telles personnes qu’il y a dans la salle ? » Non. On veut que vous soyez drĂŽles.

Sco : Ok. Si il devait y avoir une leçon de vie dans ton parcours, ça serait laquelle ?
R.B : C’est de toujours croire en soi. Je pense que la confiance peut vous aider. Et de ne pas Ă©couter ceux qui ne l’ont jamais fait.
Sco : Et qui peuvent potentiellement te décourager ?
R.B : Bien sûr, les conseillers ne sont pas les payeurs
Sco : Et projeter sur toi leurs peurs
R.B : J’en parle dans mon spectacle, les conseillĂšres d’orientation, c’est catastrophique en France. Conseiller d’orientationâŠil faut arrĂȘter ce mĂ©tier. Ils arrivent, ils ont brisĂ© la carriĂšre de milliers, de millions, de jeunes. Ils ont orientĂ©âŠj’en ai parlĂ© dans C Ă Vous, j’ai dit : moi, la conseillĂšre d’orientation, elle m’a dit non, non, tu commences Ă parler, qu’est-ce que vous voulez faire ? Ne nous demandez pas ce qu’on veut faire pour vous dire non, non. vous ne pourrez pas le faire, vous allez ĂȘtre plombier. Vous dirigez dans des Ă©coles, dans des secteurs, je comprends qu’il y a des mĂ©tiers manuels qui ne sont pas prisĂ©s, oĂč il y a un dĂ©sert, et qu’eux, ils ont besoin, mais j’ai l’impression que maintenant, avec le recul, elles arrivent, les conseillĂšres, et disent, putain, il nous faut 204 plombiers Ă Marseille
Sco : On en a un ici
R.B : Oui, oui, oui. Je vais envoyer les 204 premiers que je peux. Et ils ont envoyĂ© des gens dans le mur, parce qu’ils n’Ă©taient pas prĂ©destinĂ©s à ça. Et ils n’avaient pas l’envie. Il y a des jeunes qui ont envie de faire plombier. Il y a des mecs qui sont manuels. Et j’ai des potes qui me disent âJe suis incapable de monter sur scĂšne, me mettre en reprĂ©sentation, ça me tĂ©tanise de parler en public. Je suis bien dans mon atelier. Mets-moi une clĂ© Ă molette, une clĂ© de 12…Je fais des travaux, j’adore ça, faire la mĂ©canique, l’Ă©lectricitĂ©â. Il y a des gens qui kiffent, et qui, eux, sont correctement orientĂ©s. Mais il faut qu’il y ait une demande. La petite meuf qui arrive et qui te dit âje veux ĂȘtre coiffeuseâ, et tu la rediriges vers esthĂ©ticienne !! J’ai une fille qui m’envoie un message, âje suis photographe aujourd’hui, mais la conseillĂšre d’orientation m’avait dit : Non, il n’y a pas d’avenir dans la photoâ.
Sco : Ils projettent leurs propres peurs souvent ?
R.B : Exactement. La conseillĂšre, dĂ©jĂ , si elle conseille, elle n’a pas rĂ©ussi elle-mĂȘme. Peut-ĂȘtre qu’elle avait un rĂȘve qu’elle n’a pas rĂ©ussi. Et du coup, elle te le renvoie dessus. Donc moi, je n’ai jamais fait attention aux dires des autres, aux conseillers. J’Ă©coute ceux qui font la mĂȘme chose que moi. Un mec qui est dans le mĂȘme mĂ©tier que moi, qui a rĂ©ussi mieux que moi, qui me donne des conseilsâŠj’Ă©coute beaucoup mes pairs. Mais un mec qui n’a jamais rien fait âouais, c’est Ă©clatĂ©, tu devrais faire çaâ. Mais fais-le. Si vous trouvez que c’est pas marrant, que c’est pas drĂŽle et que vous ĂȘtes meilleur, faites votre vidĂ©o, faites votre sketch, remplissez des grandes salles et je viendrai acheter mon ticket et venir vous voir. Et jamais je ne vous dirai que c’est Ă©clatĂ©, mĂȘme si ça lâest, je vous dirai que je n’aime pas. C’est ce que j’ai appris avec des annĂ©es de théùtre, qu’on ne dit pas âc’est Ă©clatĂ©â, on dit âje n’aime pasâ. J’aime ou je n’aime pas, c’est ma fibre artistique, ça me touche. oĂč ça ne me touche pas. Et parce que je sais que c’est difficile Ă faire. Se mettre en reprĂ©sentation, ce n’est pas tout le monde qui peut le faire, c’est difficile. Et les mecs qui le font, ils ne te critiqueront jamais. Quand tu vois que sur TripAdvisor, il y a des gens qui te disent, les pyramides de Gizeh, c’est pas ouf. Je te dis, ils critiquent la pyramide ! Ils critiquent la tour Eiffel ! Tu crois qu’ils ne vont pas critiquer Redouane Bougheraba ? On ne peut pas plaire Ă tout le monde. Plaire Ă tout le monde, c’est plaire Ă n’importe qui. Et voilĂ .

Sam : Qu’est-ce que tu dirais Ă ces jeunes justement qui ont les rĂȘves brisĂ©s par les conseillers ? Tu parles beaucoup de la conseillĂšre d’orientation, mais il y a aussi France Travail, tout le reste.
R.B : Ouais, j’en parle aussi dans le spectacle
Sam : Les métiers artistiques ou les métiers élitistes
R.B : Les gars, on est arrivĂ© dans une Ă©poque oĂč avant, il fallait faire des Ă©coles. LĂ , câest pas que t’as pas besoin d’Ă©cole, mais tâas l’Ă©cole chez toi en un clic. Tu vas sur YouTube, tu ne sais pas faire une tarte aux pommes. Tu mets âfaire une tarte aux pommesâ. Et t’as des recettes de tarte aux pommes, de chef Ă©toilĂ©, de pĂątissier, de Cyril Lignac, Conticini, de Pierre HermĂ©, des meilleurs pĂątissiers français. Et tu peux faire une putain de tarte aux pommes ! Et c’est pareil pour tout. Que ce soit la cuisine, l’Ă©lectricitĂ©, la rĂ©alisation. Si t’es passionnĂ© par la rĂ©alisation, tu te renseignes. Tu vas Ă la FNAC, tu te prends un petit bouquin sur la rĂ©al. Tu vas sur YouTube, il y a des tutos. Tu t’achĂštes une camĂ©ra. T’as pas d’argent pour acheter une camĂ©ra ? Tu prends ton iPhone, tu fais tes vidĂ©os, tu te lances. Il faut faire. Il faut faire, apprendre sur le tas. Et il y a une loi, je crois que c’Ă©tait les Chinois ou les Japonais, c’est la loi des 2000 heures. Si tu fais 2000 heures d’une discipline, tu commences Ă maĂźtriser la discipline
Sco : Donc avant tout, il faut faire
R.B : Il faut faire, il faut faire. Si c’est vraiment ce qui te plaĂźt, que ça t’anime et que c’est ta passion, fais. Mais pas faire, et te dire âah ouais ! rĂ©alisateur, ça paye bien !â Les mecs arrivent et te disent combien touche un rĂ©alisateur, et ils ne sont mĂȘme pas passionnĂ©s par la rĂ©alisation. Donc, le conseil que j’ai Ă donner aux jeunes : faites, trompez-vous, tombez, relevez-vous et ça va aller. Il n’y a pas de mal Ă se tromper, Ă se rater
Sco : Mais avant tout, faire
R.B : Faire, bien sûr
Sco : Je disais en intro, et c’est un secret pour personne, t’es marseillais, plus vieille ville de France, et probablement l’une des plus cosmopolites. Le projet, c’est un exemple du âvivre ensembleâ, Ă Marseille ?
R.B : Ă Marseille, oui, c’est cosmopolite. C’est une ville que tu peux jumeler avec New York. J’ai grandi avec tout le monde Ă Marseille. J’ai dĂ©couvert le racisme trĂšs tard. Mais enfant, tu ne sais pas. Tu ne sais pas ce qu’est le racisme. C’est une idĂ©ologie, c’est des gens qui sont dans leur patelin, qui n’ont jamais vu de Noirs, d’Arabes, de Chinois, de Musulmans, de ChrĂ©tiens, de Juifs. Et moi, je n’ai jamais connu ça parce qu’on a tous grandi ensemble dans cette ville cosmopolite. Et quand tâapprends que le RN fait des scores deux fois Ă Marseille, tâes choquĂ©

Sco : CâĂ©tait ma prochaine question, justement. Quand on a la photographie de Marseille et ce qu’on en entend dire, notamment des Marseillais, le cĂŽtĂ© cosmopolite, comment toi tâexpliques la montĂ©e du RN Ă Marseille ?
R.B : Je n’arrive pas Ă l’expliquer.
Sco : Dont Akhenaton parlait dĂ©jĂ Ă l’Ă©poque, et qu’il s’inquiĂ©tait quand c’Ă©tait aux alentours de 20-25%
R.B : Non, mais lĂ , ça va. Il y a BenoĂźt Payan qui est passĂ©. Super. Mais des gens viennent Ă mon spectacleâŠdes gens RN qui viennent Ă mon spectacle. J’ai croisĂ© Jordan Bardella. C’est Monsieur Tout-le-Monde. Mais aprĂšs, c’est pas une question d’ouverture d’esprit. C’est une question de gens qui sont déçus, et qui pensent que vraiment les Noirs et les Arabes sont la source de leurs problĂšmes. Ils ont essayĂ© d’expulser les sans-papiers en France Ă un moment donnĂ©. Ils ont vu que l’Ă©conomie Ă©tait en train de s’exploser par terre. Tous les restaurants, tous les palaces, tous les hĂŽtels, les gens qui font les lits, les gens avec les petites mains qui cuisinent, les mecs qui rangent tes poubelles, les Ă©boueurs, les mecs qui travaillent dans la rue, les gens qui nettoient. C’est des sans-papiers. Pareil, les urgentistes dans les hĂŽpitaux. Tu vas expulser ces gens, mais on a besoin de main-d’Ćuvre dans ce type de mĂ©tier. Mais la France explose. C’est un faux problĂšme. C’est une manipulation des chiffres qui sont trĂšs, trĂšs faux. T’as des spĂ©cialistes qui t’expliquent que c’est pas l’immigrationâŠ
Sco : C’est pas un truc qui est palpable, lĂ , Ă Marseille, cette montĂ©e du RN, pour toi ? Quand tâes dans la rue etc
R.B : Mais non, les gens ont peur. C’est vrai qu’il y a une corrĂ©lation avec la sĂ©curitĂ©. Le fait qu’il y ait un manque de sĂ©curitĂ©. Les gens jouent sur la peur pour dire, regardez les Noirs, les Arabes, c’est eux qui vous volent, c’est eux qui vous arrachent, c’est eux qui tuent, c’est eux qui vous violent. C’est un truc, quand tu regardes le dossier Epstein, il y a zĂ©ro rebeu, zĂ©ro renoi.
Sco : Pour l’instant
R.B : Pour l’instant.
Sco : Y a des noms qui tombent tous les jours. (rires)
R.B : Il y a des noms qui tombent, mais il n’y a pas Omar Sy dans le dossier Epstein. Tu vois ?
Sco : Pour l’instant
R.B : Pour l’instant. (rires) Mais ils ont tout triĂ©. Je pense que si Omar Sy Ă©tait dans le dossier Epstein… Ou Jamel, ils seraient dĂ©jĂ en prison. On le saurait dĂ©jĂ . Ah ouais, on ne te rate pas. Tu fais un mauvais virage, on t’Ă©clate, on t’explose, on te lapide sur la scĂšne publique. Mais voilĂ , aprĂšs, je ne sais pas, je ne fais pas de politique pour t’expliquer pourquoi ça vote RN, pourquoi ça ne vote pas
Sco : C’est pas en termes de politique, c’est Redouane Bougheraba, Ă la terrasse d’un cafĂ© Ă Marseille, il voit quoi ?
R.B : Je pense qu’il y a une dĂ©ception des gens au quotidien qui te disent, putain, on a essayĂ© la droite, on a essayĂ© la gauche, on a essayĂ© les Ă©cologistes, on a essayĂ© des trucs. Peut-ĂȘtre que la solution, c’est le RN. Tu vois ? Mais moi, je les mets tous dans le mĂȘme sac, en vrai
Sco : OK. Je voulais savoir, Redouane, ce que tu dois Ă tes parents
R.B : Je dois Ă©normĂ©ment. Je dois la vie, dĂ©jĂ
Sco : PremiĂšre chose
R.B : Oui, c’est la base. S’ils n’avaient pas eu un petit moment…Ă©motion, je ne serais pas lĂ ce soir. C’est la question coquine ?
Sco : (rires) On est dans le boudoir

R.B : Non, mais c’est vrai que dĂ©jĂ , l’Ă©ducation. On a une Ă©ducation parfaite. On n’a jamais manquĂ© de rien. On a toujours eu tout ce qu’il fallait. On a eu des goĂ»ters. Souvent, tâas les humoristes âOuais, nous, petits, on n’avait pas de goĂ»terâ. On a eu des goĂ»ters. On est allĂ© en classe de neige. J’Ă©tais dans des Ă©coles privĂ©es. J’ai eu l’accĂšs Ă l’Ă©ducation. On nous a souhaitĂ© nos anniversaires. On nous a appris plein de choses. Et voilĂ , on a Ă©tĂ© des gens polis et Ă©duquĂ©s. Je suis reconnaissant envers mes parents. Je suis aussi redevable. Et je pense que sans eux, je n’aurais pas eu ce parcours de vie.
Sco : Et ils savent que tu les aimes ? Tu sais le dire et tu le dis ?
R.B : Oui, oui. Je les aime, mes parents. Je pense que je leur ai suffisamment prouvĂ©… dans diffĂ©rents spectacles. Et voilĂ , je les vois assez souvent. Je descends les voir Ă Marseille. D’ailleurs, mon pĂšre, en hiver, je l’ai ramenĂ© avec nous en vacances. Et lĂ , dans pas longtemps, pareil, on va passer des vacances tous ensemble, toute la famille, tous les frĂšres et sĆurs, neveux et niĂšces, sauf trois niĂšces. Parce qu’elles ont un concours de danse. Ăa me dĂ©goĂ»te !
(rires)
R.B : Non, mais je dis la vérité
Sco : Il faut dire la vérité
R.B : On se casse la tĂȘte. C’est comme quand tu rĂ©unis les sept boules de cristal. Tu as le dragon qui vient. C’est une fois tous les 4000 ans. âJe peux pas venir, j’ai un concours de danseâ. Mais concours de danse, c’est quoi ??? Tâes au collĂšge !!!
(rires)
R.B : On va regarder la vidĂ©o pour plus tard. Quand tu ne pourras plus faire des rĂ©unions de famille, les gens vont comprendre. On reconnaĂźt le bruit du bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Ăa veut dire qu’en fait, ils ne rĂ©alisent pas que c’est un moment privilĂ©giĂ©, qu’il y a des moments oĂč il y a la prioritĂ©. Tu vois, avant, je priorisais certains trucs. Mais maintenant, c’est la famille. J’essaie de faire passer ça avant tout

Sco : On aurait pu conclure sur cette citation, mais j’aimerais savoir pour quand est le prochain all-in ?
R.B : Le prochain all-in, c’est tous les soirs. Quand je suis face au public, je donne tout. All-in, c’est tout donner. Donc, je donne tout. Ce n’est pas un all-in financier que je fais, c’est un all-in Ă©motionnel. Donc, je m’ouvre, je donne tout cĆur. Tapis !
Sco : Merci beaucoup, Redouane
R.B : Merci, les gars. C’est fini ?

Sam : C’est fini
R.B : Ben bravo. Il est ému, le caméraman
(rires) (on commence le rangement) (OFF)
Sco : Pourquoi ?
R.B : Il Ă©tait lĂ : c’est vrai ce qu’il ditâŠ
Laurent : J’avais ton micro dans les oreilles

Sco : T’Ă©tais en intimitĂ©, en fait.
R.B : Vous ĂȘtes venus voir le spectacle ou pas encore ?
Sam : On y va ce soir.
R.B : Ce soir ?
Sco : On y va ce soir, ouais.
R.B : Putain, on aurait pu poser cette question-lĂ !!!
(rires) (il monte sur scĂšne dans 30 min)

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