REDOUANE BOUGHERABA, L’INTERVIEW

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(Scolti : C’est bon les gars ? On lance les caméras ? Un clap pour les caméras ?…CLAP

Redouane : Là, on l’a vu pour cette caméra, mais il aurait fallu que tu clapes avec ton cul pour celle-là

(rires) : C’est ça que t’as entendu en vérité, les mains ne se touchent jamais !)

Scolti : Salut Redouane, bienvenue chez SKUUURT. Redouane Bougheraba, humoriste marseillais, assis sur le trône du royaume du clash depuis quelques années déjà et qui a réellement atterri sur le devant de la scène à la quarantaine. Ton créneau, c’est d’enculer le premier rang. Qui paye pour ça, et est-ce que ça leur revient moins cher qu’un lubrifiant ?

Redouane Bougheraba : Je suis vraiment un lubrifiant pas cher. Parce que t’es sûr d’avoir du résultat. Normalement, 100% des gens qui se sont mis au premier rang sont repartis avec le plaisir

Sco : Comment t’expliques que les gens mettent de l’argent dans le fait de venir s’en prendre plein la gueule dans tes spectacles, et qu’ils aiment ça ?

R.B : Je pense que c’est devenu une expérience dans le sens où…tu vas à Disney, tu te dis « Allez, je vais faire le Space Mountain ». C’est un peu l’attraction du spectacle, t’as des gens qui aiment ça et qui se disent “j’ai envie de le faire, j’ai envie de l’offrir à ma femme, à mon mec, à mon frère, à ma soeur, à mes parents.” C’est beaucoup des cadeaux. C’est mon anniversaire, c’est mon cadeau de Noël, c’est nos quatre ans. Et en fait, c’est fait avec amour et bienveillance. C’est pas t’arrives là et tu te fais dégommer, tu rentres chez toi et t’es dégoûté parce que tu te dis “j’ai payé pour être au premier rang, il m’en a mis plein la gueule.” Non, c’est fait avec amour et bienveillance. On rigole du truc, et les mecs sont contents. Ils ressortent de là avec la fierté de dire “il m’a allumé”, mais c’était fair-play. C’est fair-play parce qu’il n’a pas dépassé la limite. Il y a toujours une bienveillance, une bienséance, il y a toujours de l’amour et c’est tellement devenu une marque de fabrique que quand je ne le fais pas, j’ai des gens qui se plaignent, qui me disent “ouais, j’ai payé, je me suis mis au premier rang, tu ne m’as pas fait.” Je leur dis “les gars, on arrive avec un spectacle écrit. C’est mon nouveau spectacle. Et il y a beaucoup plus de sketchs. Il y a beaucoup plus de trucs à raconter. Donc, la part impro diminue.” Il y en a toujours. Mais c’est moins prenant que le premier spectacle. Parce que le premier spectacle, j’arrivais, et je défouraillais la salle.

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@jef_leo

Sco : Tu parlais de limites, comment tu les détermines ?

R.B : Tu le vois à la crispation du visage de la personne. Je commence à le vanner, et je vois que le mec commence à être mal à l’aise : je sais que je ne dois pas en rajouter. Mais si le mec est là “vas-y, tu peux y aller”, et qu’il éclate de rire, il kiffe, tu peux aller jusqu’au bout parce que c’est un consentement, c’est comme la vie. Les gens te disent oui, non, il n’y a pas de… On est parti sur un virage, écoute-moi !! (sourire)

Sco : Est-ce que tu penses qu’il y a aussi, à l’ère des réseaux sociaux, cette volonté d’être à tout prix vu et reconnu, qui peut aussi motiver certaines personnes, parce qu’on sait que les vidéos vont être diffusées ?

R.B : Ouais, il y a des mecs qui forcent…le nombre de gens qui me demandent “est-ce que je peux venir faire ma demande de mariage ?” Je crois que j’ai plus de demandes de mariage que devant la Tour Eiffel. Tout le monde m’envoie des messages “je veux demander à ma meuf” etc, je reçois beaucoup, énormément, de gens qui me demandent ça. Après, si ça arrive spontanément, j’essaie de le faire, mais je ne le provoque pas. Je ne provoque pas parce que, c’est bon, tu l’as une fois, on l’a vu, et si à chaque fois l’événement c’est d’annoncer que quelqu’un va se marier à ton spectacle, oui c’est lourd

Sco : Et toi, t’as aussi misé sur la viralité des vidéos ?

R.B : Non, je ne savais pas que ça allait être aussi viral. Ça m’a dépassé complètement. Et après, j’ai vu tout le monde le faire. Il y a des très bons trucs, des trucs moins bien, mais ça m’a dépassé. Je n’avais pas la recette. Je ne me suis pas dit “je vais poster cette vidéo pour être viral”. C’est les situations, les sketchs, les vannes, qui font que les gens se les partagent. Et il n’y avait aucun calcul sur la viralité

Sco : Je disais que t’as été mis en lumière à 40 ans. Et donc, pour rester sur les réseaux sociaux, comment tu regardes cette nouvelle génération qui espère devenir célèbre en se touchant le nez avec le coude en un TikTok, là où toi t’as attendu ?

R.B : Moi, j’ai bossé longtemps. Tu sais, pour arriver au succès, c’est un iceberg en dessous de l’eau. T’as plein de strates qu’on ne voit pas, qui sont la souffrance, le travail, la résilience, la répétition, les erreurs, les crashs, la transpiration, la chance. Tu passes par plein d’étapes, plein d’étapes, que les gens ne voient pas. Ils voient que la réussite…”Ah il a posté une vanne, il a vanné le mec de SKUUURT parce qu’il avait une calvitie.”

Sco : (rires) Je me suis dit, ça va arriver quand ?

R.B : Et la vidéo cartonne. Non, mais tu vois le truc. Et les gens vont clipper ça “Ah, il les a vannés, Bruce Willis et Mel Gibson. Bruce Willis…ah nan, l’arme fatale, c’est pas Bruce Willis…c’est Mel Gibson et Danny Glover. “ Ouais, il les a vannés”, tu vois ? Et,  non, c’est pas ça. C’est pas une vanne qui va faire que t’es connu. C’est tout ce qu’il y a derrière. Il y a un spectacle qui tient la route pendant 1h20 et les gens sortent de là contents, et il est là le bouche-à-oreille. Tu peux attraper les gens avec une vidéo où tu jongles avec un chat, tu vas te faire allumer, ça va être viral, mais tu ne vas pas avoir une transformation artistique. Tu peux te toucher le coude avec le nez, faire trois saltos arrière, mais est-ce que tu vas tenir un spectacle d’1h20 avec le salto d’arrière ?

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Sco : Toi, l’objectif, c’était pas la célébrité ?

R.B : Ah non, c’était pas la célébrité. Moi, c’était de vivre de ma passion. Parce que très jeune, j’ai entendu dire que si tu faisais de ta passion ton travail, tu n’aurais pas l’impression de travailler un seul jour. Donc, je me suis dit : moi, ce qui m’anime, c’est de faire rire les gens. Et je fais rire les gens, ça me permet de remplir mon frigo. Du moment que j’arrive à remplir mon frigo, voyager, faire subsister ma famille… Ça me suffit

Sco : C’est déjà une victoire

R.B : C’est une victoire. Je n’ai jamais dit je fais ça pour devenir célèbre ou me retrouver dans telle soirée. T’as plein des mecs qui se disent “je fais ça, je suis connu et je quitte le stand-up, j’arrête les vidéos, je vais à Hollywood, je fais des films, à moi les César, je vais au cinéma”. Je n’ai pas eu ce plan de carrière de faire ça pour ça, pour obtenir ça. Non, moi, ce qui m’anime, c’est de faire rire les gens. Dans une chicha, dans un resto, dans une boîte de nuit, dans une petite salle

Sco : Ce que t’as fait

R.B : J’ai fait, j’ai tout fait.

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Sco : C’est important de rappeler ton parcours aussi, justement parce que c’est pas venu du jour au lendemain

R.B : Non, lors de la réussite du premier spectacle, je disais qu’il faut 10 ans pour être connu du jour au lendemain. C’est Coluche qui disait ça. Et c’est pas 10 ans, des fois c’est 20 an, c’est 15 ans, c’est 18 ans.

Sco : Toi, c’est combien de temps d’ailleurs ?

R.B : J’ai commencé en 2008. Tu vois, les gens te connaissent en 2018. Il s’écoule 10 ans. Et t’arrives et on dit “il est sympa le jeune, le petit jeune !”. Le petit jeune, il a 40 piges, il peut-être ton daron, le petit jeune. Et les gens te découvrent. Tu nais le jour où t’es connu. Tout ce que t’as fait en amont, tout ce que t’as fait avant, c’est pas comptabilisé. Ta carrière, ton début de carrière, t’as pas 20 ans de carrière, t’as un an de carrière à partir du moment où t’as explosé, qu’on t’a vu à l’Olympia, qu’on t’a vu dans une émission télé, qu’on t’a vu au Zénith. C’est là où démarre ta carrière. Donc, c’est pas évident parce que les gens ne connaissent pas le behind the curtain, ce qui se passe en coulisses, derrière les rideaux. Et après, il y a des interviews sympas comme celle-ci justement, où on l’explique

Sam : Justement, en 2008, quand t’as commencé, il a fallu convaincre aussi les proches, les gens qui étaient autour de toi

R.B : Y avait même pas à convaincre parce que j’en parlais même pas à ma famille. Je ne suis pas allé voir mes parents leur dire « Eh les gars, ça y est, je suis saltimbanque, montreur d’ours, je vais faire des cabrioles sur le Vieux-Port. » Il n’y a pas eu ça. Je ne l’ai pas caché aux parents, j’ai dit « Fais de ton côté, essaye de réussir et si tu perces, par ta réussite et par ton succès, les gens vont dire à tes parents : “votre fils est quelqu’un.” Tu sais, ma première réussite, c’est quand mon père m’appelle et me dit que mon médecin de famille lui a dit “Vous êtes le père de Redouane Bougheraba ?” Oui, mais pourquoi ? “J’adore, c’est un humoriste, il est talentueux, on l’a vu dans un film, il est acteur.” Et mon père m’a dit “eh, t’es quelqu’un ! Mon docteur, il te connaît.”

Sco : C’est ça la réussite ?

R.B : Elle est là la réussite. Aller voir tes parents, et leur dire, je veux être acteur, je veux être comédien, je veux être humoriste. C’est sûr que tu vas te prendre un mur. Parce que même moi, pour mes enfants, je ne voudrais pas de cette vie-là. Je sais que c’est tellement dur. T’as pas de fiche de paye. T’es payé au chapeau. Moi, j’ai joué au Paname Art Café, on finissait le spectacle, “si vous avez rigolé, vous mettez de l’argent dans le chapeau. Si vous n’avez pas rigolé….”, les mecs, ils mettaient un ticket de métro usagé, un préservatif et des roubles

Sco : Et qu’est-ce qui te fait tenir quand t’as ça dans le chapeau ?

R.B : Tu continues, tu te dis : on n’a pas été assez marrants. T’as des humoristes qui n’ont pas la même vision, moi je vois le verre à moitié plein. “Ouais, c’est des crevards”. Non, c’est pas des crevards. On n’a pas été bons, les gars. Si t’es bon, les mecs vont te mettre un billet parce qu’ils vont respecter le travail du comédien. Et pareil, on faisait des shows, où tu peux avoir 500, 1000, 1500 euros dans le chapeau à partager à quatre comédiens. Et après, tu te dis, putain, en 8 min on a fait 200 €. C’est énorme. Tu te dis, putain, on a fait 200 balles en 8 min. On va faire 3 fois 8 min ce soir, tous les soirs. Donc, t’as des mecs qui gagnent très bien leur vie et qui n’ont pas de spectacle. Ils font les comedy clubs. Et avec 8 min solides, ils jouent dans différents comedy clubs. Et ça leur permet de gagner comme un docteur

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Sam : Est-ce que tu te souviens de la première fois où t’as eu envie de faire rire les gens ? Est-ce que c’était tes camarades de classe qui rigolaient ?

R.B : J’ai toujours fait. J’ai démarré, moi, je dessinais des caricatures au collège. Et la caricature, c’est l’extrapolation de certains traits et de caractéristiques physiques. Tu vois, si je vais dessiner Scolti, je vais appuyer sur sa calvitie, toi je vais appuyer sur ton nez, ta petite moustache fine, ta boucle d’oreille, ton front. Et les gens qui vont voir disent « Ah ouais, mais c’est lui ! » Et c’est comme ça que j’ai déclenché mes premiers rires. Après, de passer de l’étape dessin à sketch, c’est…tu transformes la vanne que t’as dessinée à l’écrit. Donc, ton crâne, il brille, tu l’as dessiné brillant, et t’as déclenché un truc.

Sco : (rires) il va prendre tout du long, le crâne

R.B : J’ai cru que c’était un projecteur. Et tu mets ça à l’écrit et tu vois que ça déclenche un rire. Tu te dis ah, j’ai la vanne sur le crâne, elle est sympa. Et tu travailles comme ça au fur et à mesure. Mais très jeune, je savais que je pouvais me sortir de tout type de situation grâce au rire. C’est une très, très belle arme

Sco : Ta signature, c’est l’impro. Je me demandais quel genre de mec fait un vélodrome, et des tonnes de salles d’ailleurs, en misant tout sur sa capacité à être bon sur l’instant.

R.B : C’est un don que j’ai, en fait.

Sco : C’est aussi un trait de personnalité. Il faut avoir confiance en soi, déjà

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R.B : Oui, il y a la confiance en soi. Mais après, quand tu sais que t’es marrant et qu’à chaque fois, t’as fait rire différentes personnes que tu ne connaissais pas… Parce que t’as : être marrant dans ta classe, mais tes camarades de classe te connaissent. Marrant avec ta famille, avec ton cercle d’amis. Mais tu connais tes amis. Tu sais ce qui les fait rire. Tu sais ce qui les touche. Tu sais quel est leur centre d’intérêt. Mais quand t’arrives dans une salle de plusieurs personnes, avec des gens qui viennent de partout en France, que tu connais pas, c’est pas la même chose. Il faut être bon, il faut viser juste, il faut être précis, incisif, il faut savoir où aller. Et il est là, le talent, de toucher des gens que tu connais pas

Sco : Y a les risques ! 

R.B : La prise de risque, c’est des années d’expérience

Sco : Parce que tu t’exposes au bide

R.B : Oui, tu t’exposes au bide, mais c’est mon travail. Là j’arrive avec un spectacle écrit. Après, le mec qui connaît son numéro, il sait que la chute est bonne. Elle a marché sur tout le monde, sur un public difficile. Et tu sais que la chute elle est bonne elle est bonne. Je regardais une vidéo, on parle du “sortir d’une situation difficile avec le rire”, c’est un mec qui roule en voiture aux États-Unis. Un mec lui fait une queue de poisson. Aux États-Unis, les mecs, des fois, des embrouilles de voiture, ils se tirent dessus. Donc, il retrouve le mec à la station essence. Il s’arrête à côté de lui, et le mec est en train de mettre l’essence, costaud. Et l’autre, il baisse sa vitre. Il fait “eh c’est toi tu m’as fait une queue de poisson ?” L’autre, il dit, “ouais, qu’est-ce que tu vas faire ?” Il a dit “non, je t’ai vu, t’es costaud, si je sors, je te jure, c’est moi qui te mets le plein”. Et le mec, il éclate de rire. Mais, tu vois, on part d’une situation tendue où le mec, il veut mettre le poing dans la gueule à “Tu vas faire quoi ?” “Je te suce”. Et le mec, il éclate de rire. C’est “comment tu te sors d’une situation par le rire.” Et c’est ça

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Sam : Et ça t’a sorti de situations compliquées ?

R.B : Il faut venir voir le spectacle. Il y a un sketch où j’explique que si j’arrive à faire rire dans un pays d’Amérique du Sud, dans un état très, très difficile, je peux faire rire les gens partout dans le monde. Mais bien sûr, c’est l’histoire de ma vie, que ce soit au collège ou au lycée, à la fac, dans le monde du travail, tous les jours. Il y a toujours des moments où les gens sont tendus et avec une blague, tu détends tout et les gens te facilitent la vie parce que tu les as fait rire. Souvent, certains disent que le rire, c’est la décontraction de l’intelligence. Tu sais, de pouvoir faire des vannes au premier, deuxième, troisième degré, et de faire rire des gens de tous types de bords, c’est pas un truc facile à faire, mais dès que tu le réussis, un mec qui va te demander quelque chose, mais qui t’a fait rire…tu vas pour fermer la boutique, tu fais la blague à la boulangère, elle éclate de rire, même si elle ne voulait pas te vendre son truc, “Allez, rentrez, c’est sympa”. Pareil, l’avion, t’es en retard, ils vont pour fermer le truc, tu leur fais la bonne blague, ça passe. Connu ou pas connu. Et à contrario, t’es un con, t’es un enculé, les portes se ferment. Le mec, il a ce petit pouvoir pour te fermer la porte. “Eh monsieur, vous fermez à 17h59 ?” “vous avez raison. Eh bien, il est 18h, je ferme”. Tu vois ? T’arrives, tu fais la petite vanne sympa. “Oui, je ferme. Allez, on y va”. Tu vois ? Si t’arrives à être marrant, poli, respectueux, il n’y a pas de problème.

Sco : Je parlais de prise de risque avec l’impro, pouvoir s’exposer potentiellement aux bides, etc., c’est une nouvelle prise de risque d’écrire un spectacle, puisque c’est ton premier spectacle écrit, alors que t’es attendu sur le terrain qui a fait ton succès ?

R.B : Exactement. Le terrain qui a fait mon succès est toujours là. On sait qu’il sait le faire, c’est facile, Zizou sait faire des contrôles porte-manteaux, des passes orientées, est-ce qu’il sait marquer des buts de la tête ou en reprise de volée ? On veut l’attendre dans cette discipline. C’est pareil. J’ai beaucoup de mes potes, de mes proches qui disent « Ouais, on trouve que tu t’es pas assez livré”, notamment mon attachée de presse. Elle me dit “ouais, vas-y, livre-toi, on veut voir ton petit côté salope” “eh oh ! Doucement, Ikram !”

Sco : (rires)

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R.B : C’est vrai, ils veulent voir un certain côté que je ne montre pas. Et est-ce qu’il est capable d’émouvoir les gens ? C’est ce qu’on essaie de faire avec ce spectacle. Tu sais, quand quelqu’un sait faire l’omelette, est-ce qu’il peut me faire une omelette norvégienne ou changer, faire une variante ? Est-ce qu’il peut me faire un gratin de pommes de terre ? Eh bien oui, je suis capable de le faire et je montre que je suis capable de le faire

Sco : Ça t’a pas fait peur ?

R.B : Ça ne m’a pas fait peur, parce que je trouve ça super facile parce que j’ai cette faculté, cette aptitude à raconter ma vie, même si c’est difficile, de manière drôle. J’arrive toujours à sortir le drôle d’une situation, même de l’observation. Tu te dis “ ah ouais, c’est vrai que c’est marrant, mais on ne l’avait pas vu. On n’avait pas vu ce truc, mais putain, il a mis le doigt dessus”

Sco : On revient à la caricature dont tu parlais tout à l’heure

R.B : Exactement 

Sco : Sur le petit truc que t’as identifié

R.B : C’est ça

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Sco : On est aujourd’hui au Théâtre Édouard VII, à Paris. Est-ce que c’est ton public qui vient voir Redouane Bougheraba au Théâtre Édouard VII ? Ou est-ce que c’est le public du théâtre qui vient te voir ? (big up Myriem, ndlr)

R.B : Je pense que c’est pas le public du Théâtre Édouard VII qui vient me voir, mais mon public, les gens qui sont fans de Redouane Bougheraba. Donc on a des gens qui sont venus, on est là depuis mars, et qui sont choqués. Et c’est la première vanne que je fais. Je dis “les gars, le spectacle, il est amorti. Vous avez amorti votre place de billet. Regardez dans quel cadre on est”. Il est exceptionnel. Théâtre à l’italienne, avec des moulures au plafond, des lustres. Roi d’Angleterre. Vous avez vu l’ambiance ? On dirait qu’on est dans un club d’échangistes

Sco : (rires)

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R.B : Non, c’est vrai. T’as envie de te mettre à oilp et de te malaxer. C’est feutré, c’est beau, et ça fait sortie. T’arrives avec ta meuf, elle est respectée. Tu te dis “waouh”. Après, peu importe le cadre, peu importe le flacon, du moment qu’il y a l’ivresse. Le cadre peut être magnifique, mais du moment qu’il y a le rire, tu te dis “waouh, c’est magnifique. On a eu un rire dans un truc de luxe”. Et les gens sortent de là ravis. On est là, on a l’Olympia à côté, on n’a rien à envier à l’Olympia. T’as 700 personnes qui sont compressées. Le lieu est magnifique. T’as une statue d’Edouard VII dehors. Tous les jours, il me regarde “Espèce de bâtard, qu’est-ce que tu fous dans mon théâtre ? Je ne l’avais pas créé pour toi. Je l’avais créé à la base pour Molière et ses potes de la comédie française. Et toi, qu’est-ce que tu fous là ?”

Sco : (rires) Tu le vois faire un accomplissement, ça, par exemple ?

R.B : C’est exceptionnel. C’est exceptionnel

Sco : T’aurais pu imaginer ce genre de situation ?

R.B : Non, jamais, jamais, jamais. J’avais démarré, déjà en 2023, quand j’étais venu jouer mon spectacle, dans le théâtre des Nouveautés, pareil, un théâtre italien, sur les grands boulevards. La programmatrice, Maria, à qui tout le monde disait “mais qu’est-ce qu’il fout là, lui ? Il fait du stand-up, c’est pas du théâtre. Il parle avec le public, qu’est-ce qu’il fout là ?”

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Sco : Ça casse un peu les codes

R.B : Ouais, on a cassé les codes, et du coup, t’as beaucoup de stand-upeurs qui font des théâtres, qui aiment ça, parce que…Je pense que le stand-up, c’est noble. On ramène du bien aux gens. On leur procure beaucoup de bien. Il y a une thérapie du rire. Les gens sortent de là, ils oublient leurs problèmes. J’ai beaucoup de messages de gens malades qui me disent « Je suis à l’hôpital, je regarde tes vidéos, ça m’aide à tenir. Là, je suis venu te voir. » J’ai une meuf qui m’a dit « J’ai failli pas venir hier, j’ai un cancer, je sors d’une chimio. Je suis venue, ça m’a fait du bien.» C’est des messages qui te poussent. Tu te dis, putain, en vrai je suis d’utilité publique.

Sco : Tu sens utile

R.B : Ouais, parce que les gens te disent “vous savez faire un truc qu’on ne sait pas faire. Et on oublie nos problèmes, on oublie qu’on est malade, on oublie qu’on est triste.” Mais c’est ça le rire.

Sco : Est-ce que t’as fait face au syndrome de l’imposteur ? Et est-ce que c’est peut-être ce qui t’a poussé à écrire ?

R.B : Le syndrome de l’imposteur, on l’a tous eu. Tous les comédiens, tous les acteurs, tous les artistes, tous ceux qui ont un trait à l’artistique, ont eu le syndrome de l’imposteur. Parce qu’on fait un truc qui n’est pas palpable. Tu sais, un mec qui fait du saut à la perche, Duplantis, qui saute à 6,31 m, n’a pas le syndrome de l’imposteur. Y a personne d’autre qui en est capable. Usain Bolt, qui court en 9,58 sec, c’est l’homme le plus rapide, il court plus vite qu’un guépard. Il n’a pas de syndrome d’imposteur. “Je suis le mec le plus rapide du monde”. Nous, tu te dis, tout le monde peut faire ce que je peux faire. Tu te dis ça et après, tu te dis, mais en vrai, je suis une arnaque, je suis une escroquerie,  y a un huissier qui va venir taper à ma porte. C’était une caméra cachée. C’était le Truman Show. Vous êtes le Jim Carrey des temps nouveaux. On récupère tout, votre femme, vos filles, votre compte bancaire, votre appartement. Après, tu te dis, putain, on n’est pas beaucoup à le faire.

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Sco : Quand est-ce que tu te dis ça ? Quand est-ce que tu t’en rends compte ?

R.B : Quand je fais le stade Vélodrome. Il n’y a aucun humoriste qui a fait le Vélodrome avant moi. J’ai mon petit frère qui m’appelle et me dit “t’as fini le jeu”. J’ai fait 2 Bercy, j’ai fait 10 Palais des Sports, j’ai fait tous les Zéniths de France, que j’ai doublés, triplés. J’ai fait toutes les salles…Mais tu ne dois pas te retrouver au Vélodrome, tu fais du stand-up, t’es un mec avec un micro. Tu ne dois pas.

Sco : Ça te sécurise dans ce que tu es ?

R.B : Ouais, après, quand les mecs te disent “ce que tu fais, vous n’êtes pas beaucoup à le faire”. C’est comme les footballeurs. Même les footballeurs se disent on a un syndrome d’imposteur, on tape dans une balle. Ouais, vous tapez dans une balle, mais il y a une coordination, vous allez super vite. Ce que fait Mbappé, personne ne peut le faire. Ce que fait Lamine Yamal, personne ne peut le faire. Ce qui justifie les prix et les salaires. T’as des mecs qui disent “je ne comprends pas pourquoi Mbappé a ce salaire”. Mais poto, Mbappé va 4 000 à l’heure, il joue contre le Brésil, c’est eux qui ont inventé le foot, bon c’est les Anglais, mais ils ont utilisé le foot ! Il leur met une pichenette, il leur met un contrôle, il tape le ballon, il lobe le mec, on tape le Brésil

Sco : C’était hier

R.B : C’était hier

Sco : Je dis ça par rapport à la tête de l’interview.

R.B : Non, mais si elle sort dans 8 ans, il meurt le mec entre temps

Sco : C’est en 2026

R.B : Mais donc, c’est l’offre et la demande. Ils ne sont pas beaucoup. Il y a un seul Mbappé

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@jef_leo

Sco : OK. Est-ce qu’au fond, ton moteur, c’est le risque ? Est-ce qu’à chaque fois, on a l’impression que t’envoies la boîte et tu dis « advienne que pourra »

R.B : Ouais, j’ai ce côté flambeur. J’ai ce côté flambeur depuis petit. J’ai ce côté joueur addict

Sco : Envoyer la boîte comme au poker

R.B : Ouais, je fais tapis. Je paye les yeux fermés. C’est dur de me bluffer. Je ne bluffe pas. J’envoie la boîte et les clous, comme on dit au poker.

Sco : T’envoies la boîte quand t’es sûr de ton coup quand même

R.B : Moi, je suis sûr de moi.

Sco :  C’est pas en peine perdue

R.B : Non, je ne vais pas à l’arrache. Il y a une préparation, surtout que là on arrive avec un spectacle assez écrit. J’ai un producteur sur les grosses dates, Gilbert Coulier, qui est venu hier. Il était content, il m’a fait « Oh, c’est écrit ! » Il n’y croyait pas.

Sco :  Enfin !

R.B : Mais ouais, enfin ! Ben oui, c’est les mecs qui sont rassurés, tu vois. T’as tout ton entourage qui se dit “est-ce qu’il est capable de le faire ?” Mais il y a ce truc, je sais pas si c’est de la prétention, mais je trouve plus risqué de faire l’impro que de faire de l’écrit. Certains trouvent plus risqué de faire de l’écrit que de l’impro. J’essaie de faire de l’impro, là, je prouve que j’essaie de faire de l’écrit, mais peu importe que ce soit écrit ou improvisé, les deux sont durs, en fait. Tu vois, faire rire les gens, c’est dur. Alors, peu importe le procédé, que tu aies 27 auteurs, que tu en aies 4, que tu n’en aies pas, que tu écrives seul, que t’improvises, mais qu’à la finale, t’arrives à faire rire les gens, il est là le but. Souvent, les gens disent « Ouais, moi, je préfère écrire. Non, je préfère l’impro. » Non, soyez marrants, les mecs. Si t’es marrant, les gens vont venir te voir en spectacle. Elle est là, la vraie finalité. Pour un humoriste, c’est d’être marrant. Ce n’est pas de « est-ce que ça va être ma tenue sur scène ? Est-ce que ça va être la manière dont je me coiffe ? Est-ce que c’est telles personnes qu’il y a dans la salle ? » Non. On veut que vous soyez drôles.

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Sco :  Ok. Si il devait y avoir une leçon de vie dans ton parcours, ça serait laquelle ? 

R.B : C’est de toujours croire en soi. Je pense que la confiance peut vous aider. Et de ne pas écouter ceux qui ne l’ont jamais fait.

Sco :  Et qui peuvent potentiellement te décourager ?

R.B :   Bien sûr, les conseillers ne sont pas les payeurs

Sco : Et projeter sur toi leurs peurs

R.B : J’en parle dans mon spectacle, les conseillères d’orientation, c’est catastrophique en France. Conseiller d’orientation…il faut arrêter ce métier. Ils arrivent, ils ont brisé la carrière de milliers, de millions, de jeunes. Ils ont orienté…j’en ai parlé dans C à Vous, j’ai dit : moi, la conseillère d’orientation, elle m’a dit non, non, tu commences à parler, qu’est-ce que vous voulez faire ? Ne nous demandez pas ce qu’on veut faire pour vous dire non, non. vous ne pourrez pas le faire, vous allez être plombier. Vous dirigez dans des écoles, dans des secteurs, je comprends qu’il y a des métiers manuels qui ne sont pas prisés, où il y a un désert, et qu’eux, ils ont besoin, mais j’ai l’impression que maintenant, avec le recul, elles arrivent, les conseillères, et disent, putain, il nous faut 204 plombiers à Marseille

Sco : On en a un ici

R.B : Oui, oui, oui. Je vais envoyer les 204 premiers que je peux. Et ils ont envoyé des gens dans le mur, parce qu’ils n’étaient pas prédestinés à ça. Et ils n’avaient pas l’envie. Il y a des jeunes qui ont envie de faire plombier. Il y a des mecs qui sont manuels. Et j’ai des potes qui me disent “Je suis incapable de monter sur scène, me mettre en représentation, ça me tétanise de parler en public. Je suis bien dans mon atelier. Mets-moi une clé à molette, une clé de 12…Je fais des travaux, j’adore ça, faire la mécanique, l’électricité”. Il y a des gens qui kiffent, et qui, eux, sont correctement orientés. Mais il faut qu’il y ait une demande. La petite meuf qui arrive et qui te dit “je veux être coiffeuse”, et tu la rediriges vers esthéticienne !! J’ai une fille qui m’envoie un message, “je suis photographe aujourd’hui, mais la conseillère d’orientation m’avait dit : Non, il n’y a pas d’avenir dans la photo”.

Sco : Ils projettent leurs propres peurs souvent ?

R.B : Exactement. La conseillère, déjà, si elle conseille, elle n’a pas réussi elle-même. Peut-être qu’elle avait un rêve qu’elle n’a pas réussi. Et du coup, elle te le renvoie dessus. Donc moi, je n’ai jamais fait attention aux dires des autres, aux conseillers. J’écoute ceux qui font la même chose que moi. Un mec qui est dans le même métier que moi, qui a réussi mieux que moi, qui me donne des conseils…j’écoute beaucoup mes pairs. Mais un mec qui n’a jamais rien fait “ouais, c’est éclaté, tu devrais faire ça”. Mais fais-le. Si vous trouvez que c’est pas marrant, que c’est pas drôle et que vous êtes meilleur, faites votre vidéo, faites votre sketch, remplissez des grandes salles et je viendrai acheter mon ticket et venir vous voir. Et jamais je ne vous dirai que c’est éclaté, même si ça l’est, je vous dirai que je n’aime pas. C’est ce que j’ai appris avec des années de théâtre, qu’on ne dit pas “c’est éclaté”, on dit “je n’aime pas”. J’aime ou je n’aime pas, c’est ma fibre artistique, ça me touche. où ça ne me touche pas. Et parce que je sais que c’est difficile à faire. Se mettre en représentation, ce n’est pas tout le monde qui peut le faire, c’est difficile. Et les mecs qui le font, ils ne te critiqueront jamais. Quand tu vois que sur TripAdvisor, il y a des gens qui te disent, les pyramides de Gizeh, c’est pas ouf. Je te dis, ils critiquent la pyramide ! Ils critiquent la tour Eiffel ! Tu crois qu’ils ne vont pas critiquer Redouane Bougheraba ? On ne peut pas plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. Et voilà.

jef00657
@jef_leo

Sam : Qu’est-ce que tu dirais à ces jeunes justement qui ont les rêves brisés par les conseillers ? Tu parles beaucoup de la conseillère d’orientation, mais il y a aussi France Travail, tout le reste.

R.B : Ouais, j’en parle aussi dans le spectacle

Sam : Les métiers artistiques ou les métiers élitistes

R.B : Les gars, on est arrivé dans une époque où avant, il fallait faire des écoles. Là, c’est pas que t’as pas besoin d’école, mais t’as l’école chez toi en un clic. Tu vas sur YouTube, tu ne sais pas faire une tarte aux pommes. Tu mets “faire une tarte aux pommes”. Et t’as des recettes de tarte aux pommes, de chef étoilé, de pâtissier, de Cyril Lignac, Conticini, de Pierre Hermé, des meilleurs pâtissiers français. Et tu peux faire une putain de tarte aux pommes ! Et c’est pareil pour tout. Que ce soit la cuisine, l’électricité, la réalisation. Si t’es passionné par la réalisation, tu te renseignes. Tu vas à la FNAC, tu te prends un petit bouquin sur la réal. Tu vas sur YouTube, il y a des tutos. Tu t’achètes une caméra. T’as pas d’argent pour acheter une caméra ? Tu prends ton iPhone, tu fais tes vidéos, tu te lances. Il faut faire. Il faut faire, apprendre sur le tas. Et il y a une loi, je crois que c’était les Chinois ou les Japonais, c’est la loi des 2000 heures. Si tu fais 2000 heures d’une discipline, tu commences à maîtriser la discipline

Sco : Donc avant tout, il faut faire

R.B : Il faut faire, il faut faire. Si c’est vraiment ce qui te plaît, que ça t’anime et que c’est ta passion, fais. Mais pas faire, et te dire “ah ouais ! réalisateur, ça paye bien !” Les mecs arrivent et te disent combien touche un réalisateur, et ils ne sont même pas passionnés par la réalisation. Donc, le conseil que j’ai à donner aux jeunes : faites, trompez-vous, tombez, relevez-vous et ça va aller. Il n’y a pas de mal à se tromper, à se rater

Sco : Mais avant tout, faire

R.B : Faire, bien sûr

Sco : Je disais en intro, et c’est un secret pour personne, t’es marseillais, plus vieille ville de France, et probablement l’une des plus cosmopolites. Le projet, c’est un exemple du “vivre ensemble”, à Marseille ?

R.B : À Marseille, oui, c’est cosmopolite. C’est une ville que tu peux jumeler avec New York. J’ai grandi avec tout le monde à Marseille. J’ai découvert le racisme très tard. Mais enfant, tu ne sais pas. Tu ne sais pas ce qu’est le racisme. C’est une idéologie, c’est des gens qui sont dans leur patelin, qui n’ont jamais vu de Noirs, d’Arabes, de Chinois, de Musulmans, de Chrétiens, de Juifs. Et moi, je n’ai jamais connu ça parce qu’on a tous grandi ensemble dans cette ville cosmopolite. Et quand t’apprends que le RN fait des scores deux fois à Marseille, t’es choqué

jef00648
@jef_leo

Sco : C’était ma prochaine question, justement. Quand on a la photographie de Marseille et ce qu’on en entend dire, notamment des Marseillais, le côté cosmopolite, comment toi t’expliques la montée du RN à Marseille ?

R.B : Je n’arrive pas à l’expliquer.

Sco : Dont Akhenaton parlait déjà à l’époque, et qu’il s’inquiétait quand c’était aux alentours de 20-25%

R.B : Non, mais là, ça va. Il y a Benoît Payan qui est passé. Super. Mais des gens viennent à mon spectacle…des gens RN qui viennent à mon spectacle. J’ai croisé Jordan Bardella. C’est Monsieur Tout-le-Monde. Mais après, c’est pas une question d’ouverture d’esprit. C’est une question de gens qui sont déçus, et qui pensent que vraiment les Noirs et les Arabes sont la source de leurs problèmes. Ils ont essayé d’expulser les sans-papiers en France à un moment donné. Ils ont vu que l’économie était en train de s’exploser par terre. Tous les restaurants, tous les palaces, tous les hôtels, les gens qui font les lits, les gens avec les petites mains qui cuisinent, les mecs qui rangent tes poubelles, les éboueurs, les mecs qui travaillent dans la rue, les gens qui nettoient. C’est des sans-papiers. Pareil, les urgentistes dans les hôpitaux. Tu vas expulser ces gens, mais on a besoin de main-d’œuvre dans ce type de métier. Mais la France explose. C’est un faux problème. C’est une manipulation des chiffres qui sont très, très faux. T’as des spécialistes qui t’expliquent que c’est pas l’immigration…

Sco : C’est pas un truc qui est palpable, là, à Marseille, cette montée du RN, pour toi ? Quand t’es dans la rue etc

R.B : Mais non, les gens ont peur. C’est vrai qu’il y a une corrélation avec la sécurité. Le fait qu’il y ait un manque de sécurité. Les gens jouent sur la peur pour dire, regardez les Noirs, les Arabes, c’est eux qui vous volent, c’est eux qui vous arrachent, c’est eux qui tuent, c’est eux qui vous violent. C’est un truc, quand tu regardes le dossier Epstein, il y a zéro rebeu, zéro renoi.

Sco : Pour l’instant

R.B : Pour l’instant.

Sco : Y a des noms qui tombent tous les jours. (rires)

R.B : Il y a des noms qui tombent, mais il n’y a pas Omar Sy dans le dossier Epstein. Tu vois ?

Sco : Pour l’instant

R.B : Pour l’instant. (rires) Mais ils ont tout trié. Je pense que si Omar Sy était dans le dossier Epstein… Ou Jamel, ils seraient déjà en prison. On le saurait déjà. Ah ouais, on ne te rate pas. Tu fais un mauvais virage, on t’éclate, on t’explose, on te lapide sur la scène publique. Mais voilà, après, je ne sais pas, je ne fais pas de politique pour t’expliquer pourquoi ça vote RN, pourquoi ça ne vote pas

Sco : C’est pas en termes de politique, c’est Redouane Bougheraba, à la terrasse d’un café à Marseille, il voit quoi ?

R.B : Je pense qu’il y a une déception des gens au quotidien qui te disent, putain, on a essayé la droite, on a essayé la gauche, on a essayé les écologistes, on a essayé des trucs. Peut-être que la solution, c’est le RN. Tu vois ? Mais moi, je les mets tous dans le même sac, en vrai

Sco : OK. Je voulais savoir, Redouane, ce que tu dois à tes parents

R.B : Je dois énormément. Je dois la vie, déjà

Sco : Première chose

R.B : Oui, c’est la base. S’ils n’avaient pas eu un petit moment…émotion, je ne serais pas là ce soir. C’est la question coquine ?

Sco : (rires) On est dans le boudoir

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R.B : Non, mais c’est vrai que déjà, l’éducation. On a une éducation parfaite. On n’a jamais manqué de rien. On a toujours eu tout ce qu’il fallait. On a eu des goûters. Souvent, t’as les humoristes “Ouais, nous, petits, on n’avait pas de goûter”. On a eu des goûters. On est allé en classe de neige. J’étais dans des écoles privées. J’ai eu l’accès à l’éducation. On nous a souhaité nos anniversaires. On nous a appris plein de choses. Et voilà, on a été des gens polis et éduqués. Je suis reconnaissant envers mes parents. Je suis aussi redevable. Et je pense que sans eux, je n’aurais pas eu ce parcours de vie.

Sco : Et ils savent que tu les aimes ? Tu sais le dire et tu le dis ? 

R.B : Oui, oui. Je les aime, mes parents. Je pense que je leur ai suffisamment prouvé… dans différents spectacles. Et voilà, je les vois assez souvent. Je descends les voir à Marseille. D’ailleurs, mon père, en hiver, je l’ai ramené avec nous en vacances. Et là, dans pas longtemps, pareil, on va passer des vacances tous ensemble, toute la famille, tous les frères et sœurs, neveux et nièces, sauf trois nièces. Parce qu’elles ont un concours de danse. Ça me dégoûte ! 

(rires)

R.B : Non, mais je dis la vérité

Sco : Il faut dire la vérité

R.B : On se casse la tête. C’est comme quand tu réunis les sept boules de cristal. Tu as le dragon qui vient. C’est une fois tous les 4000 ans. “Je peux pas venir, j’ai un concours de danse”. Mais concours de danse, c’est quoi ??? T’es au collège !!!

(rires)

R.B :  On va regarder la vidéo pour plus tard. Quand tu ne pourras plus faire des réunions de famille, les gens vont comprendre. On reconnaît le bruit du bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Ça veut dire qu’en fait, ils ne réalisent pas que c’est un moment privilégié, qu’il y a des moments où il y a la priorité. Tu vois, avant, je priorisais certains trucs. Mais maintenant, c’est la famille. J’essaie de faire passer ça avant tout

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Sco : On aurait pu conclure sur cette citation, mais j’aimerais savoir pour quand est le prochain all-in ?

R.B : Le prochain all-in, c’est tous les soirs. Quand je suis face au public, je donne tout. All-in, c’est tout donner. Donc, je donne tout. Ce n’est pas un all-in financier que je fais, c’est un all-in émotionnel. Donc, je m’ouvre, je donne tout cœur. Tapis !

Sco : Merci beaucoup, Redouane

R.B : Merci, les gars. C’est fini ?

jef00765
@jef_leo

Sam : C’est fini

R.B : Ben bravo. Il est ému, le caméraman

(rires) (on commence le rangement) (OFF)

Sco : Pourquoi ?

R.B : Il était là : c’est vrai ce qu’il dit…

Laurent : J’avais ton micro dans les oreilles

jef00802
@jef_leo

Sco : T’étais en intimité, en fait.

R.B : Vous êtes venus voir le spectacle ou pas encore ?

Sam : On y va ce soir.

R.B : Ce soir ?

Sco : On y va ce soir, ouais.

R.B : Putain, on aurait pu poser cette question-là !!! 

(rires) (il monte sur scène dans 30 min)

redouane bougheraba mps affiche 40x60 paris


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