DIDI B , l’interview

@charlempepe

Dan : Didi B, t’es rappeur, producteur, compositeur, danseur, acteur, businessman. T’as grandi dans le lĂ©gendaire village de Ki-Yi, t’as jouĂ© dans les plus grandes salles d’Afrique, t’es devenu le jury d’une Ă©norme Ă©mission de tĂ©lĂ©-crochet musical. Ta carriĂšre a commencĂ© il y a 30 ans sur le tournage d’un clip alors que tu n’avais que 3 ans. T’as connu le succĂšs aussi bien en groupe avec Kiff No Beat qu’en solo, notamment avec ton album MojotrĂŽne II : History. Ça va, je n’ai rien oubliĂ© ?

DIDI B. Franchement, tout est en ordre. Je pense que c’est bon, tu n’as rien oubliĂ©, c’est parfait !

D : Tu es un enfant de la CĂŽte d’Ivoire, et depuis tout petit tu baignes dans le monde de l’art. Tes deux parents Ă©taient artistes dans le village de Ki-Yi Ă  Abidjan et t’y ont Ă©levĂ©. C’était quoi la particularitĂ© de cet endroit et qu’est-ce que ça t’a apportĂ© ?

DDB : Le village de Ki-Yi, c’est
Quand tu es un enfant et que tu vis dans un coin, que ce soit le quartier ou le village, c’est un environnement musical, un environnement artistique, ce n’est pas comme une Ă©cole. Je n’ai jamais suivi les cours du village alors qu’il y avait une Ă©cole. Donc, grĂące Ă  mes parents, je suis nĂ© lĂ -bas, et j’ai appris de ce que j’ai vu. Ça m’a fait aimer l’art.

D : Genre, pour les autres, c’était une Ă©cole et pour toi, c’était plus un terrain de jeu ?

DDB : Non, pas vraiment. Ça n’était pas un terrain de jeu, mais c’était comme si
c’était naturel. C’est au fur et Ă  mesure que je me suis rendu compte qu’il y avait une autre sorte d’environnement dehors, aprĂšs, j’avais des amis dehors Ă  l’école, mais j’étais tellement fier d’avoir cet environnement-lĂ . C’est-Ă -dire que tu te rĂ©veilles, tu te lĂšves, il y a des rĂ©pĂ©titions Ă  gauche, Ă  droite, il y a des parents qui jouent de la musique, il y a des tontons artistes. Ce n’est pas un environnement normal, c’est un environnement musical, artistique. Ça fait que je me sentais beaucoup dans la musique, donc naturellement, ça m’a envoyĂ© vers ce mĂ©tier-lĂ .

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D : Et en plus de ça, en grandissant dans cet environnement, tu as pu bĂ©nĂ©ficier des conseils de tes pairs. Est-ce que c’est de lĂ  que vient ton attachement au mentorat aussi ?

DDB : Oui, bien sĂ»r. On a surtout fait des premiĂšres apparitions dans les films. Moi, personnellement, parce qu’il y a d’autres enfants aussi qui apparaissaient dans des films, dans des piĂšces théùtrales, dans des clips. Ça dĂ©jĂ , c’était une sorte de
 On ne va pas dire d’entraĂźnement, mais on Ă©tait dans le bain comme ça. AprĂšs ça, quand tu dĂ©cides de chanter toi-mĂȘme, les conseils c’est de faire beaucoup de rĂ©pĂ©titions, respecter les rĂ©pĂ©titions, les tantes, les oncles, qui nous disent de bien prĂ©parer le spectacle.

On a eu beaucoup envie, on a eu beaucoup la culture du spectacle, en tout cas. Les artistes qui sont nĂ©s au village, ou les artistes du village, aucun d’entre nous ne fait de spectacle plat.

D : D’accord, il y a la culture du spectacle, et de ce que j’entends, il y a la culture du travail aussi.

DDB : Bien sĂ»r ! Donc c’est ça vraiment que ça m’a apportĂ© parce qu’honnĂȘtement, sans prĂ©tention, tu peux pas ĂȘtre nĂ© du village Ki-Yi ou artiste du village Ki-Yi et tu es un artiste qui ne fait pas d’efforts, qui se contente juste de chanter, qui n’est pas profond, qui n’essaie de se crĂ©er un univers.

Je pense que c’est plus ça que le village Ki-Yi nous a apportĂ©. Cette vision artistique, vouloir faire quelque chose de respectable, que ce soit sur scĂšne — aprĂšs, il y a plein d’artistes qui le font — mais la particularitĂ© des artistes du village Ki-Yi, c’est que nous, en tout cas, on aime, on a l’amour du spectacle et du travail, et des rĂ©pĂ©titions, et tout ce qui va avec. L’Afrique, du cĂŽtĂ© panafricain aussi. 

D : On va en reparler, mais avant d’attaquer le cĂŽtĂ© panafricain, t’as dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  conquĂ©rir la CĂŽte d’Ivoire en commençant ta carriĂšre en groupe avec Kiff No Beat, et tu es toujours dans le groupe aujourd’hui, un single est sorti le 10 (janvier). Aller en haut en Ă©quipe, quelle importance ça a pour toi ?

Didi B Sur Le Succes Des Kiff No Beat Nous Avons Pleure Durant Des Reunions Avec. Video

DDB : Moi, l’importance que ça a, ça veut dire que j’ai toujours une base. Quoi que je fasse, j’ai toujours une base, et c’est pas donnĂ© Ă  tout le monde. J’ai mĂȘme envie de dire que c’est du jamais vu.

D : TrĂšs clairement ! De l’expĂ©rience que j’ai, quand un groupe se monte et qu’aprĂšs les gars partent en solo, ils ne restent pas en groupe, tu vois. Alors que vous, vous avez maintenu ce truc-lĂ  tout en partant chacun de vos cĂŽtĂ©s, mais quand il faut se rassembler, vous ĂȘtes toujours lĂ .

DDB : Parce qu’on l’explique depuis ! C’est clair, il ne faut pas mentir, c’est clair qu’il y a forcĂ©ment eu des tensions quand chacun a commencĂ© sa carriĂšre solo. Mais on ne cesse de dire aux gens qu’on s’est entendus quand mĂȘme pour faire ces carriĂšres solos-lĂ . On a dĂ©cidĂ© tous ensemble que chacun commence sa carriĂšre solo.

C’est clair qu’aprĂšs, quand d’autres ont dĂ©collĂ© ou d’autres n’ont pas trop bien avancĂ©, il y a eu des tensions, il y a eu des ragots, il y a eu plein de rumeurs, mais ça n’a jamais, jamais divisĂ© le groupe, jamais de la vie ! On s’est toujours rĂ©unis quand il fallait. Quand il fallait faire un spectacle, quand il fallait faire un album ou un projet.

En tout cas, on est toujours prĂȘts pour le nom. Parce que le nom du groupe, c’est une marque, pour nous, en tout cas, c’est une marque. Pour d’autres, ils ont un groupe, ils ont fait des exploits, peut-ĂȘtre qu’ils se sont sĂ©parĂ©s, ça n’existe plus. Mais nous, ce n’est pas comme ça, nous c’est une marque.

D : Pourquoi ?

DDB : Parce que nous, on estime qu’on a rĂ©veillĂ© le rap ivoirien. Donc on est une marque dĂ©posĂ©e et on ne va pas laisser ce nom-lĂ  comme ça aux oubliettes. En plus d’avoir fait un long combat ensemble, on ne va pas laisser ça comme ça.

D : Et justement, vous avez fait Ă©voluer ce rap ivoire, Ă  l’époque oĂč tu commences avec Kiff No Beat, c’est comment le rap en CĂŽte d’Ivoire ??

DDB : Le rap en CĂŽte d’Ivoire Ă  l’époque oĂč on commençait, c’était vraiment la pĂ©riode de crise. C’est-Ă -dire qu’on venait d’arriver juste aprĂšs un autre prime du rap ivoire, tu vois. Et quand ce prime-lĂ  est descendu, c’était une pĂ©riode de crise. Vraiment, c’était d’autres musiques. On ne parlait que d’autres musiques en CĂŽte d’Ivoire, on ne parlait pas du rap, et nous, on a souffert de ça. Ce qui prouve qu’on a Ă©tĂ© trĂšs loyaux au rap ivoire, c’est qu’on ne s’est pas dĂ©couragĂ©s, on a insistĂ©, on a trouvĂ© des formules avec le coupĂ© dĂ©calĂ©, comment s’insĂ©rer en rap sur du coupĂ© dĂ©calĂ©, c’est ça notre force.

Parce qu’on est arrivĂ© Ă  s’introduire dans le show-business, et aprĂšs, on a mĂȘme collaborĂ© avec des artistes du coupĂ© dĂ©calĂ©.

Mais c’était dur au dĂ©but, parce que les gars, c’était mĂȘme pas comme s’ils se disaient qu’on faisait de la bonne musique ou pas. Ils ne nous accordaient pas d’attention mĂȘme.

Kiff No Beat Sa Mere La Pute

D : Ils entendaient rap, et ils disaient allez ciao ?

DDB : VoilĂ , on se retrouvait avec des prestations en premiĂšre partie coupĂ©es. Je ne sais pas si ça existe en Europe, mais je te dis, tu viens, tu n’as pas fini ton morceau, on te coupe. C’était ça notre rap ivoire, au dĂ©but !

Mais on ne s’est jamais dĂ©couragĂ©. On Ă©tait tellement choquĂ©s de ces moments-lĂ  qu’on connaĂźt les noms de qui coupait, on connaĂźt jusqu’à aujourd’hui, mais c’est de bonne guerre. Aujourd’hui quand on les voit, ils sont fiers de nous. Ils disent « ah, vraiment, vous avez bossĂ© ! Â»

Maintenant, quand ils nous appellent, en tout cas moi, les gars ont beaucoup de respect. Tu connais le show-business, chacun a son vrai visage et tout.

Mais au dĂ©but, les gars, c’était que le coupĂ©-dĂ©calĂ© ou rien d’autre. Nous, quand on vient, on chante
 Si le morceau n’est pas intĂ©ressant, on nous coupe ! Et au dĂ©but, on nous coupait sur du rap. C’est ce qui a fait qu’on a commencĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir d’une autre maniĂšre en fait.

On nous coupait sur du rap, on venait avec des sons rap en premiùre partie du concert d’Arafat ou bien d’un autre DJ.

Tu sais, nos morceaux rap, il y a toujours 3 couplets et le refrain qui revient. Et dans le couplet rap, le public s’attend à ce que tu danses ou que tu dja foule, comme on dit chez nous. Quand tu dja foule, tu dois danser, faire un truc extraordinaire.

Nous, on faisait des chorĂ©s, mais on bavardait un peu trop. Donc, du coup, le morceau dure 1 min, 2 min, le DJ coupe : « bon on va dire merci Ă  Kiff No Beat Â»â€Š Nous on est lĂ  comme ça, bon c’est pas grave, on se dit qu’il y a beaucoup d’artistes, au moins on a pu ĂȘtre sur la scĂšne du palais. Parce que dĂ©jĂ , c’était incroyable de venir chanter en 1Ăšre partie.

Donc, comment on finit ça
 On se dit qu’il faut rentrer dans ce rĂ©seau-lĂ . Donc on commence Ă  faire des sons de vacances, comme vous dites chez vous en France, des sons d’étĂ©. On commence Ă  faire ces sons oĂč il y a vraiment maintenant du coupĂ© dĂ©calĂ©, on rappe dessus, on essaie d’ambiancer, et grĂące Ă  ça on commence Ă  faire certains shows. Et aprĂšs il y a Tu es dans pain aussi, le premier son rap qu’on a fait, qui a pĂ©tĂ© tous les scores donc du coup on avait 2 faces maintenant : le cĂŽtĂ© des sons de vacances pour les Ivoiriens en gĂ©nĂ©ral et les albums et mixtapes pour notre public rap.

D : Vous vous ĂȘtes adaptĂ© et vous avez fait ce qu’il fallait pour manger d’un cĂŽtĂ© et de l’autre cĂŽtĂ© rĂ©galer les fans de rap ?

DDB : Ouais, le Kiff No Beat, des sons rap, des sons afro, des sons coupĂ©-dĂ©calĂ© de vacances, on en a peut-ĂȘtre 8 ou 9, je sais pas mais pas plus quoi. Mais voilĂ , on a au moins 4 ou 5 albums maintenant.

D : C’est du bon son ! Et quand je vois cette histoire d’adaptation et de « ok on va prendre en compte les codes des anciens un petit peu pour que les musiques elles soient Ă©coutĂ©es et en mĂȘme temps on va continuer Ă  rapper Â», ça me fait penser Ă  ce qui se passe en Afrique anglophone en fait, musicalement parlant.

On voit la prise de pouvoir de l’Afrique anglophone sur le monde de la musique, avec l’amapiano, les naijas
 ça explose. Qu’est-ce qui manque Ă  l’Afrique francophone pour faire la mĂȘme chose ?

Amapiano

DDB : Alors, chacun son analyse. Je pense dĂ©jĂ  qu’il faut s’intĂ©resser aussi aux milieux anglophones. L’Afrique francophone doit s’intĂ©resser aux milieux anglophones, ne pas rester dans son coin. Parce qu’il y a dĂ©jĂ  un problĂšme de langue, et il y a aussi un problĂšme de communautĂ©. La communautĂ© anglophone, que ce soit du Nigeria, de l’Afrique du Sud ou de Londres, ne se comprend que par l’anglais.

Maintenant, il y a la propagande. C’est-Ă -dire que les NigĂ©rians, quand ils sont Ă  Londres, ne se cachent pas de leur musique, tu vois un peu de quoi je parle ? Ils en parlent, ils imposent leur musique lĂ -bas, ils sont fiers de leur musique.

Actuellement, ça se fait en France, et c’est trĂšs bien. Parce que c’est ce qui fait qu’on arrive Ă  faire des concerts ici, des ZĂ©nith, des Olympia. C’est pas que ça ne se faisait pas avant, mais maintenant il y a une certaine communautĂ© qui est rĂ©ceptive au son afro
 africain. 

D : C’est ce que j’allais dire, il y a eu une recrudescence de sonoritĂ©s africaines dans la musique française et dans le rap français en rĂšgle gĂ©nĂ©rale. 

DDB : Et ça doit continuer ! En fait, il faut que la France entiĂšre
 il faut que les francophones s’écoutent totalement, pas qu’on Ă©coute certains artistes et d’autres non, c’est ça qui va faire rĂ©sonner le style. Quand je te parle de communautĂ© c’est simple, c’est comme entre nous avec le coupĂ©-dĂ©calĂ© on s’est tellement boostĂ©, le coupĂ©-dĂ©calĂ© est mĂȘme allĂ© chez les anglophones. Tu vois un peu de quoi elle parle ? En fait, c’est parce qu’on Ă©tait fiers, on ne s’en cachait pas.

Et puis, on n’était pas en mode anglophone en ce temps-lĂ , on s’en foutait royalement de qui Ă©tait anglophone ou pas. On Ă©tait avec un concept coupĂ©-dĂ©calĂ© en le faisant, nous. Et comme je le disais aussi il y a deux ans en interview, le coupĂ©-dĂ©calĂ© aussi d’avant Ă©tait fluide. Il ne faut pas se cacher, le coupĂ©-dĂ©calĂ© d’avant Ă©tait fluide, Ă©tait limpide, Ă©tait bien
 structurĂ©, bien doux aussi. Il y a tout, c’est tout un package, quoi, et puis il y avait une bonne image. 

Je donne un deuxiĂšme exemple, avant les Naijas, il y avait aussi les Sud-Africains, mais les Sud-Africains n’arrivaient pas Ă  aller Ă  l’international comme ça, comme les Naijas. VoilĂ , donc Ă  l’international, les Naijas, ça s’est passĂ© parce qu’ils ont Ă©tĂ© une forte communautĂ©. VoilĂ , donc Ă  l’international, les Naijas, ça s’est passĂ© parce qu’ils ont Ă©tĂ© une forte communautĂ©. Ils se sont bien sentis, eux, afro-nidjas, ils ont assumĂ© leur culture. Et c’est parti dans le monde entier.

Maintenant, en deuxiĂšme lieu, on constate qu’il y a l’afro-house de base qui est devenu l’amapiano, qui est en train d’arriver partout dans le monde aussi. LĂ , c’est la grosse explosion, qu’est-ce qui a fait ça ? Eux, ce ne sont pas des Naijas. Eux, ils ont commencĂ© Ă  s’ambiancer. Franchement, on a commencĂ© Ă  avoir des vidĂ©os d’Amapiano partout. Ils ont fait rĂ©sonner le mouvement, et le mouvement a commencĂ© Ă  influencer les Naijas eux-mĂȘmes et aussi le monde entier.

C’est ça, c’est ce qui nous manque un peu à nous, les francophones. Quand nous, on fait un mouvement qui prend
 Je ne sais pas comment dire
 Pour le moment, je trouve qu’on n’est pas assez fiers de notre style de musique.

D : Est-ce qu’on n’est pas assez fiers ou est-ce que c’est aussi quelque part en France oĂč on n’est pas encore assez rĂ©ceptif ? Parce que tu vois, lĂ  par exemple, on parle des Naijas. Eux, au Royaume-Uni, lĂ  oĂč tu as une grosse communautĂ©, ça Ă©coute fort. Mais tout le Royaume-Uni, tu vois. Alors qu’en France
 Est-ce qu’on est aussi prĂȘt Ă  se prendre cette vague-lĂ  au final ?

DDB : Pour le moment, je dirais non. Parce que comment ça se fait que le monde entier, quand on parle de mode, c’est Ă  Paris, on vient faire la Fashion Week ? C’est pas une question de langue, c’est une question de
 C’est parce que Paris est fiĂšre, la France est fiĂšre. C’est ça, la France, les marques de vĂȘtements, c’est
 VoilĂ .

Mais pourquoi on parle pas de musique aussi quand on parle du cĂŽtĂ© francophone ? C’est parce que pour le moment, pour moi en tous cas, on n’est pas assez ouvert, on n’est pas assez
 Je sais pas comment dire, mais c’est une question de fiertĂ©, quoi. Dans l’histoire de la culture, c’est une question de fiertĂ©.

Il faut qu’on se catĂ©gorise comme francophone dĂ©jĂ  de base avant d’essayer d’influencer d’autres peuples. Aujourd’hui, tu parles d’Asie, on te parle d’anime, de mangas, on te parle d’autres choses. Donc, c’est une culture qu’il faut qu’on dĂ©veloppe. Mais pour ça, il faut que
 Il y a beaucoup de paramĂštres.

Angelique Grammyyyyyy

Mais en tout cas, pour moi, un artiste francophone, il peut aller partout dans le monde. C’est absolument pas impossible, il y a eu trop d’exemples : il y a eu Johnny Hallyday, il y a eu mĂȘme AngĂ©lique Kidjo, elle est francophone. Comment ça se fait qu’AngĂ©lique Kidjo, elle a gagnĂ© le meilleur album Grammy devant BeyoncĂ© ! Grammy du meilleur album
 Dans notre tĂȘte, c’est impossible, mais voilĂ , elle l’a fait. 

Et comment elle l’a fait ? En tout cas, selon mon analyse, elle a chantĂ© en
 sa langue, elle a ajoutĂ© un peu d’anglais, elle a fait du spectacle aussi, parce que le spectacle pour nous c’est ça qui est important, c’est ça le spectacle, il n’y a pas de langue quand tu danses, il n’y a pas de langue. 

Pour ça, je connais aujourd’hui des influenceurs qui ont changĂ© la donne. Je crois que c’est au Togo mĂȘme en plus, il y a un influenceur togolais qui est aimĂ© par les AmĂ©ricains actuellement. J’ai oubliĂ© son nom
 Madara !

D : Mais oui ! Madara, c’est incroyable !

DDB : Madara a commencĂ© Ă  danser et ça nous a plu entre nous, les francophones. Le lendemain, il a commencĂ© Ă  danser sur des sons anglophones. Il a commencĂ© Ă  faire des vidĂ©os drĂŽles sur des trucs anglophones. J’ai fini, les anglophones ont commencĂ© Ă  l’adopter.

Le gars qui ne parle pas, l’italien
 Khaby Lame. Lui, il n’a jamais rien dit et ça y est, tout le monde le veut. Mais il est dans le monde entier, tu vois. C’est possible.

Franchement, il y a une formule qu’on ne comprend pas. C’est vrai parce que moi-mĂȘme, je t’avoue que je ne comprends pas. Je suis toujours dans l’analyse. Mais il y a forcĂ©ment une formule qui marche partout dans le monde. Et c’est comme ça qu’on doit se considĂ©rer aussi. On doit essayer de faire des choses pour le monde entier.

Il y a des grands artistes français qui n’ont pas une bonne carriĂšre internationale. Ça, il faut qu’on se le dise. Il y a des grands artistes français qui ont une trĂšs bonne carriĂšre internationale parce qu’ils ont su s’adapter aussi, tu vois ? Il y a CĂ©line Dion, et comme je disais, il y a Johnny Hallyday.

C’est une question de
 Comme je dis, c’est une question de compĂ©tition internationale, il faut se mettre dans la compĂ©tition internationale aussi.

Et pour ça, il y a la danse, il y a l’image, parce que les Naijas, ils le font trĂšs bien. Il y a une image Ă  montrer comment tu te positionnes dans diffĂ©rents types d’industries, quelle industrie tu attaques ?

Si aujourd’hui, les Français commencent Ă  se focaliser sur le monde entier, le style de musique ne va pas forcĂ©ment changer, mais sera adaptĂ© aussi au monde entier. C’est fort possible. On a rĂ©ussi Ă  faire danser tout le monde avec
 Je crois que c’est Dja Dja, il y avait Dja Dja et puis il y avait un autre. C’est possible, si on se concentre bien lĂ -bas, c’est possible.

D : Tu penses que du coup, pour l’instant, en France, on est trop fermĂ© sur nous-mĂȘmes et du coup, il n’y a pas cette possibilitĂ© d’éclore Ă  l’étranger ?

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DDB : Ben oui, on est fermĂ© et on n’a pas pour ambition de
 Cette ambition-lĂ , c’est dur de la rĂ©aliser, du coup, il y en a plein qui abandonnent. On n’a pas pour ambition d’aller attaquer le monde anglophone. Il y a certains qui essaient.

Il y a d’autres qui font des gros feats. J’ai vu Ninho sur son dernier album, il a fait des gros feats.

Tiakola aussi, avec Dave, son featuring a bien marchĂ©, c’était bien ! Il y a mĂȘme des anglophones qui le connaissent, Wizkid qui l’a invitĂ© sur son album.

Tu vois, quand mĂȘme, il y a des choses qui sont possibles. Et je pense que Tiakola
 Je ne suis pas dans sa tĂȘte, mais je pense qu’il aspire Ă  vouloir ĂȘtre international. C’est pour ça qu’il a fait ces pas-lĂ , c’est des pas qu’il faut faire. Il faut avoir la volontĂ© de le faire aussi.

Sinon, Alpha Blondy n’allait rester que dans le milieu francophone avec le reggae. Mais il a essayĂ© quand mĂȘme, il a fait des sons pour JĂ©rusalem. Tu te rends compte ? Il a fait un son pour JĂ©rusalem, il a fait des sons oĂč il a parlĂ© d’autres langues.

Donc, il y a un son qui s’appelle Cocody Rock. Cocody, c’est quoi ? Cocody, c’est un quartier d’Abidjan. Cocody Rock, c’est
 Ils chantent en anglais dedans, non ? Ils chantent en anglais, mais nous, les Ivoiriens, on connaüt le son.

Il parle du mood de Cocody, des enfants de Cocody, mais il le chante en anglais. Franchement, c’est une question d’ambition.

D : Est-ce que c’est quelque chose que toi, tu te vois faire ? Aller chercher, soit par un featuring, soit en chantant directement en anglais, aller encore plus Ă  l’international que tu le fais dĂ©jĂ  ?

DDB : Moi, je suis en train d’essayer. C’est vrai que je suis critiquĂ© au pays Ă  cause de ça, mais je ne vais pas lĂącher. Parce que quand tu fais ça, comme on dit au quartier, on ne te comprend pas. Alors que tu as une vision d’aller un peu plus loin que la routine. Si tu viens, tu fais une grosse salle de spectacle dans ton pays, une, deux, trois fois, ça va devenir la routine. Et tu vas commencer Ă  plonger dans des faux trucs de ta zone, faire des faux choix, commencer Ă  faire des polĂ©miques
 En tout cas, tu ne vas faire que la routine.

Alors que si tu continues, il y a d’autres
Il y a d’autres trophĂ©es que tu peux gagner. Il y a des spectacles Ă  Londres, aux États-Unis Ă  faire. Il y a des spectacles en Hollande, en Chine. Aujourd’hui, Alpha Blondy, il fait des concerts au BrĂ©sil ! Il a fait un dernier concert au BrĂ©sil, les Ivoiriens Ă©taient fiers.

Quand c’est comme ça, le rĂ©sultat, tout le monde est pĂšre. Tout le monde est content. Mais les gars
 Lui aussi, il Ă©tait comme moi, j’ai fait un clip avec lui. Il m’a expliquĂ© comment les souverains le critiquaient pendant une pĂ©riode. Mais il n’a pas lĂąchĂ© l’affaire.

Magic System, ils ont bien rĂ©ussi aussi. Mais je ne te cache pas comment ils ont Ă©tĂ© critiquĂ©s au pays ici. C’est incroyable, mais aujourd’hui, c’est notre fiertĂ©. Magic System, quand on dit qu’ils ont tel nombre de disques d’or, de singles d’or, on est fiers. Mais c’est un chemin qui n’est pas facile Ă  prendre.

C’est un chemin que Burna Boy a rĂ©ussi Ă  prendre, Wizkid
 ils l’ont bien fait ! 

D : Mais Burna Boy aussi a Ă©tĂ© beaucoup critiquĂ© Ă  un moment donnĂ© surtout sur son dernier album, ils disaient que ça sonnait trop amĂ©ricain
 

DDB : On te dit tu te travestis, tu te prends pour un europĂ©en ou bien pour un anglophone, tu fais plus la musique locale
 Tout ça c’est un package parce que de temps en temps tu dois faire de la musique locale pour montrer que tu es toujours lĂ  de temps en temps, tu ne dois pas oublier ton ambition non plus c’est pas facile mais c’est possible c’est pour ceux qui sont un peu plus loin dans le monde.

Stromae, il a bien rĂ©ussi. Lui, quand je parle de spectacle, c’est lui. Nouvelle gĂ©nĂ©ration, c’est notre gĂ©nĂ©ration, c’est lui. Il a fait du spectacle, il a travaillĂ© son imagerie, ses clips, les anglophones, tout le monde Ă©tait bluffĂ© par sa maniĂšre de travailler. Bien sĂ»r, on voit comment il a rĂ©ussi.

D : Mais justement, lĂ , tu me parles de Stromae en inspiration en termes de scĂšnes. Toi, tes scĂšnes sont incroyables. En Afrique, je ne raconte mĂȘme pas. Pour les gens qui liront l’interview, allez regarder les vidĂ©os des concerts de Didi B. Non, vraiment, c’est quelque chose.
Et lĂ , tu as tournĂ© pas mal en France aussi. Tu as fait l’ElysĂ©e Montmartre en fĂ©vrier 2023, l’Olympia un an plus tard, tu reviens en septembre pour faire une date au ZĂ©nith de Paris. C’est quoi la diffĂ©rence entre le public africain et le public europĂ©en ?

DDB : Ouh ! Tu veux me mettre en palabre avec tes gars ? DĂ©jĂ , le public europĂ©en
 Ce que je vais te dire lĂ , c’est trĂšs trĂšs trĂšs complexe. C’est en mĂȘme temps avec la clartĂ© que je dis, c’est sans diminuer personne.

Mais le public africain, c’est pas comme on va te dire, c’est comme si tu chantes devant des gens qui savent chanter et danser aussi. Du coup, tu dois les impressionner, je sais pas, tu dois les impressionner en fait. Si tu fais des trucs lĂ©gers, la vĂ©ritĂ©, ils vont s’arrĂȘter pour te regarder, ils ne vont pas bouger du tout. Tu dois Michael Jacksoner ! Eux, ils sont vraiment durs.

Didi B Show

D : Public africain du coup, plus dur ?

DDB : Oui. Eux, c’est waouh, tu dois faire waouh. Tu dois faire waouh et puis ils vont crier. Tu dois aller en acrobatie mĂȘme s’il le faut !

Mais eux ils sont trĂšs chauds, le public francophone n’est pas aussi compliquĂ© que ça mais tu es trĂšs Ă  l’aise aussi quand tu chantes avec eux, j’ai retenu ça de mes deux concerts en France, franchement j’étais trĂšs Ă  l’aise dans le genre parce que du dĂ©but jusqu’à la fin les gars ils chantaient avec moi. Les gars Ă©taient fous mĂȘme c’est Ă  dire que limite c’est comme s’ils sont en train de t’encourager Ă  ton propre concert !

En tout cas niveau paroles, niveau ambiance, ils s’ambiancent de fou avec toi donc les deux publics ont leur particularitĂ© mais c’est toujours la mĂȘme Ă©nergie qu’ils te donnent. 

D : On va enchaĂźner, lĂ  on a ton single DX3 / DĂ©gĂąts dĂ©gĂąts dĂ©gĂąts avec MHD, ça cumule quasiment 6 millions de vues Ă  l’heure oĂč on se parle, lĂ  tu t’apprĂȘtes Ă  sortir le morceau GO en featuring avec JRK 19. Est-ce que le fait de feat avec des jeunes artistes français, c’est dans le but de plus aller conquĂ©rir le marchĂ© ? Ou alors c’est eux qui ont besoin de toi pour aller conquĂ©rir le marchĂ© africain qui se dĂ©veloppe ?

Didi B Mhd Dx3

DDB : C’est vice versa parce que tous les artistes avec lesquels je collabore, on se connaĂźt dĂ©jĂ . Donc, ils ont aussi besoin de ma force dans mon pays ou en Afrique, en francophonie, comme j’ai besoin aussi dans leur zone, en Europe, ou au Nigeria, ou peu importe.

Mais JRK, comme ça, le son, on l’a fait naturellement. Et JRK, c’est un Ivoirien. Il m’a carrĂ©ment dit qu’il m’écoutait. MĂȘme pendant le clip, sa maman est venue me voir. C’est comme la star de leur pays. Elle est fiĂšre que la star de leur pays fasse le featuring avec son fils qui est le rookie en France.

C’est naturel, ça s’est passĂ© naturellement. Les dĂ©tails sont diffĂ©rents au niveau des streams il en a plus moi j’en ai moins mais en terme d’impact c’est la mĂȘme chose il y a de l’impact en France il y a de l’impact en Afrique francophone. C’est un Ă©change et moi quand je fais ce genre de collaboration je suis toujours Ă  la conquĂȘte du monde donc j’essaie de poser mes bases Ă  gauche Ă  droite, et surtout pour envoyer un trĂšs beau rĂ©sultat chez moi.

C’est-Ă -dire que quand on va faire le stade de BouakĂ© comme ça ou le FĂ©licia, c’est des artistes que je vais inviter et la fĂȘte sera belle, tu vois.
C’est surtout par rapport Ă  mon ambition dans le monde que je ne suis pas fermĂ© Ă  ces collaborations-lĂ .

D : Oui, c’est normal, tu as raison, il faut. En soi, lĂ , tu es dĂ©jĂ  un artiste accompli, en vrai, mais tu ne t’arrĂȘtes jamais, j’ai l’impression. Est-ce qu’il y a d’autres domaines oĂč tu te vois par la suite ?

DDB : Je pense que c’est le domaine d’acteur, parce que c’est ça qui m’a le plus rĂ©ussi dans ma jeunesse. J’ai fait beaucoup des films. Et voilĂ , aprĂšs ça, il y a la direction artistique, je fais beaucoup ça en interne. J’ai fait d’autres morceaux pour des artistes, il y a des hits mĂȘme que tu connais, oĂč je suis derriĂšre.

Mais à part ça
 Voilà, pour le moment, je ne sais pas trop. Je ne sais pas trop, mais c’est toujours dans le domaine de l’art.

D : Je vois, je vois, tu me parlais justement un peu de DA, tout ça. On t’a vu dans The Voice aussi ? Est-ce que ça t’a aussi inspirĂ© Ă  te dire, ah tiens, on va commencer Ă  aller se pencher lĂ -dessus plus sĂ©rieusement, vers la production d’autres artistes ?

DDB : Non, j’étais dĂ©jĂ  Ă  faire ça avant The Voice. Mais The Voice, c’était comme un test pour moi aussi, c’était une maniĂšre de prouver aux gens que je pouvais
 C’est ce que je faisais d’habitude. Donc, je pouvais coacher des gens Ă  voix haute. MĂȘme s’il y a des artistes qui ont une plus belle voix que moi, qui sont des artistes Ă  voix et tout, mais moi, je
 C’est une histoire d’expĂ©rience et de connaissance, j’ai apportĂ© ce que je savais faire lĂ -bas.

Et puis, voilĂ , on est allĂ© jusqu’en finale, et mĂȘme aprĂšs, je les ai rĂ©cupĂ©rĂ©s pour faire un son avec mes quatre finalistes. Donc, tout ça, ça vient.

D : Et cĂŽtĂ© business Ă©galement, tu as lancĂ© ta marque de casques audio Mojo. C’est le dĂ©but d’une longue sĂ©rie de projets encore ?

DDB : Oui, parce que je ne vais pas m’arrĂȘter lĂ  parce que je
 Tu sais, en Afrique, les rĂ©alitĂ©s sont diffĂ©rentes. Tu peux lancer quelque chose et aprĂšs, tu vois les erreurs. AprĂšs, tu recommences. C’est pas donnĂ© Ă  tout le monde de poursuivre un projet hors ce que tu es en train de faire parce qu’il faut rester lĂ  Ă  surveiller, tu vois. C’est comme une marque, n’importe quelle marque, il faut s’amĂ©liorer. Au dĂ©but, j’ai fait des casques, aprĂšs j’ai fait des Ă©couteurs. AprĂšs, je me suis rendu compte que les Ă©couteurs, les petits — parce que pour le moment, il y a des grands — mais il y a aussi beaucoup de petits qui aiment les marques que je lance de casques. Mais ils ont accrochĂ©, mais pas comme le casque. C’est parce que les Ă©couteurs, on ne sait pas que c’est pour moi. Tu vois, les Airpods, les Ă©couteurs, les oreillettes, ils ne savent pas que c’est moi. Du coup, on est en train de refaire les casques.

On essaie chaque jour. LĂ , il y a la marque de champagne que j’ai faite qui va trĂšs vite mĂȘme. C’est impressionnant, tout le monde aura foi. On a fait un nouveau stock, on a fait le bazar en couleur or qui arrive en janvier, c’est bon.

C’est des business que j’essaie de gĂ©rer petit Ă  petit. 2000 bouteilles en dĂ©cembre, tout est fini, donc on a commandĂ© 10 000 bouteilles. Ok, c’est un peu ça. C’est bien, c’est beau. 

D : En tout cas, ça fait plaisir de voir toute ta rĂ©ussite. Merci et en espĂ©rant que la suite soit encore pleine de plus ! 

DDB : On est dedans avec l’album Ă  faire sortir avec les 3 stades. C’est sur ça qu’on est cette annĂ©e. Et puis, aprĂšs ça, on continue encore le niveau, le cĂŽtĂ© international. Et il y a de bonnes nouvelles.

D : Il y a de bonnes nouvelles qui arrivent, lĂ  ?

DDB : Oui, franchement, il y a pleins de bonnes nouvelles. Il y a Davido, il y a plein d’artistes Naijas que j’ai rencontrĂ©s encore derniĂšrement, en plus de ceux que je connaissais dĂ©jĂ , Oxlade, CKay.

DĂ©jĂ , le fait de me faire un nom entre eux est trĂšs important, c’est comme ça au dĂ©but que les artistes français aussi m’ont connu. Entre artistes on se connaissait, et bien aprĂšs, au fur et Ă  mesure, le public connaĂźt un peu. C’est comme ça, c’est la 1Ăšre Ă©tape donc il faut rĂ©ussir Ă  se faufiler 

D : Mais tu m’as l’air plutĂŽt bon lĂ  dedans ? 

DDB : Merci c’est pas facile mais on est sur le front chaque jour !

D : Ah, il faut, il faut. En tout cas, merci beaucoup Didi B. C’était vraiment un plaisir d’échanger avec toi et on a hĂąte de te recroiser, peut-ĂȘtre Ă  l’occasion de ton prochain passage en France !

DDB : Merci, merci fort.

Propos recueillis par Dan

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2 rĂ©flexions sur “DIDI B , l’interview”

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