Scolti : Salut MAC TYER !
MAC TYER : Salut ! Comment tu vas ?
S : Ăa va bien ! Bienvenue chez SKUUURT ! C’est un rĂ©el plaisir d’ĂȘtre aujourd’hui en compagnie du GĂNĂRAL ! S’il fallait te prĂ©senter, et je pense notamment au plus jeunes, je dirais : j’ai la chance d’ĂȘtre en prĂ©sence d’une lĂ©gende du rap français, qui aprĂšs avoir fait ses armes en compagnie de Mac Kregor dans le groupe TANDEM a volĂ© de ses propres ailes dans une carriĂšre solo atypique, dĂšs 2005, carriĂšre Ă©tayĂ©e de 13 projets, si on cumule les albums et les EP’s, en 25 ans de carriĂšre, c’est bien ça ?
M.T : Ouais c’est Ă peu prĂšs ça, ouais
S : Ă quel Ăąge t’as commencĂ© Ă faire les choses sĂ©rieusement et les envisager sous l’angle pro ? Tu dirais que ta carriĂšre a commencĂ© quand ?
M.T : Je ne me suis jamais vraiment trop pris au sĂ©rieux, parce qu’en fait j’ai toujours su, depuis trĂšs jeune, que j’allais ĂȘtre dans ce game, dans ce mĂ©tier, mais je le savais tellement que quand c’est arrivĂ© je n’ai mĂȘme pas senti de satisfaction, je sais pas comment dire, je suis tombĂ© dans le game mais je savais que j’allais ĂȘtre dedans, c’est arrivĂ© jeune en plus. Pour moi c’est comme si j’ai toujours Ă©tĂ© dedans, avec une distance Ă©motionnelle, tout en Ă©tant ancrĂ© dans la passion que j’avais, mais j’avais toujours une distance Ă©motionnelle avec la dimension professionnelle.
S : C’est plus en regardant en arriĂšre que tu t’aperçois que t’as une carriĂšre qui se construit en fait, au fil du temps
M.T : C’est exactement ça.
S : Beaucoup de chemin a Ă©tĂ© parcouru depuis les dĂ©buts, et aujourd’hui je te reçois suite Ă la sortie de ton dernier album LA VIE DU TRIPLE OG, qui est en fait un album en 2 volets, et pour lequel on espĂšre un 3Ăšme. C’est prĂ©vu ?
M.T : C’est prĂ©vu

S : Ce qui me vient d’emblĂ©e aprĂšs l’Ă©coute de ce double album, c’est que j’ai le sentiment de dĂ©couvrir un MAC TYER plus apaisĂ©. T’as rĂ©ussi Ă Ă©teindre ta colĂšre, ou juste Ă la maitriser ?
M.T : Je suis sur la route de la maĂźtrise, mais c’est pas facile, on entend dans l’album que j’essaye de nourrir un peu ce sentiment de paix Ă travers mes lyrics, parce que le rap a toujours Ă©tĂ© une forme de thĂ©rapie pour moi, donc Ă chaque fois que j’essaie d’atteindre un nouveau step Ă©motionnel dans ma vie je le mets aussi un peu dans ma musique pour que ça m’aide, et j’essaie d’ĂȘtre sur la route de la paix, de la stabilitĂ© mentale
S : Et tu la trouves oĂč et comment, cette paix ?
M.T : Je la trouve en frĂ©quentant parfois des endroits un peu plus naturels, moins urbains, souvent je voyage dans des endroits oĂč il y a beaucoup plus de nature, j’ai beaucoup enregistrĂ© dans ces conditions, lĂ oĂč il y a beaucoup plus de nature, lĂ oĂč il y a la mer, lĂ oĂč il y a tout, et ça change tout. Quand t’es souvent Ă l’Ă©tranger et que t’y enregistres, ça joue dans ton mindset.
S : Ouais, ça le modifie c’est sĂ»r. Et dans les diffĂ©rences avec les autres projets, je relĂšve aussi que dans ce dernier album tu chantes plus, notamment dans le 1er volet, alors que tu rappes plus dans le 2Ăšme, mais sur plus de musicalitĂ©. L’ensemble donne quelque chose qu’on retrouve dans le rap actuel. Est-ce que c’est une façon pour toi de t’adapter et d’ĂȘtre dans l’air du temps ?
M.T : En fait, c’est aprĂšs coup que je me suis rendu compte que dans la 1Ăšre partie il y avait plus de morceaux chantĂ©s que dans la 2Ăšme, parce que je m’Ă©tais pas focalisĂ© sur le fait de chanter ou pas, je m’Ă©tais focalisĂ© sur la musicalitĂ© entre le 1er et le 2Ăšme, et sur ce qui est dit dans les textes. Je trouvais que le 1er expliquait plus l’endroit d’oĂč je venais, jusqu’Ă oĂč j’en suis, et dans la partie 2 c’est plus ma nouvelle quĂȘte, la route que j’essaie d’emprunter, celle oĂč il y a un peu plus de paix. C’est plus comme ça que j’ai choisi les titres sur les diffĂ©rents volets, et je me suis aperçu que dans la partie 2 je rappais plus, mais qu’il y avait plus de musicalitĂ©, et que les thĂšmes de la partie 1 Ă©taient plus rue mais avec plus de sons chantĂ©s. J’ai pas fait exprĂšs. C’est un truc que j’ai ressenti par la suite. Moi, je l’ai travaillĂ© autrement

S : Et en parlant de l’air du temps, comment tu regardes et tu Ă©coutes la nouvelle gĂ©nĂ©ration du rap FR ?
M.T : Je trouve qu’il y a beaucoup de variĂ©tĂ©s qui me parlent. Plus le temps avance, plus j’ai des sons qui me parlent. Parce que j’ai toujours Ă©tĂ© quelqu’un d’un peu avant-gardiste. Aujourd’hui, il y a des gens qui excellent dans le domaine dans lequel ils sont. Par exemple, j’ai Ă©coutĂ© le dernier album de Tiakola il y a Ă peine deux jours, et j’ai vraiment aimĂ©. Il y a un vrai travail, il y a de la musicalitĂ©, il s’est un peu plus pris la tĂȘte pour les textes, il s’est positionnĂ© en tant que leader d’un mouvement et je trouve ça bien. J’aime bien le mouvement que les Marseillais font entre eux aussi. J’aime (clips sur les liens) Freeze Corleone, Leto, Ninho. Je trouve qu’aujourd’hui il y a pas mal de rappeurs diffĂ©rents.
S : Et t’es trĂšs au fait de ce qui se fait
M.T : Ouais, j’Ă©coute pas tout, mais j’Ă©coute plus ceux avec qui je pense avoir une liaison un peu artistique, et que ça puisse me parler. Avec les 25 ans de carriĂšre que j’ai eu j’ai plein de petits frĂšres aujourd’hui qui sont des gros rappeurs, mais je sais qu’ils sont liĂ©s un peu Ă moi et je l’entends sur certaines petites choses, et je pense que c’est pour ça que j’arrive Ă Ă©couter quand mĂȘme certains artistes, tu vois ?
S : Ouais. Et qu’est-ce qui te diffĂ©rencie des autres rappeurs ? Pourquoi le GĂ©nĂ©ral est une lĂ©gende ?
M.T : Peut-ĂȘtre parce que j’ai donnĂ© beaucoup de ma personne pour faire Ă©voluer ce milieu, et j’ai aussi Ă©tĂ© un artiste indĂ©pendant dans une Ăšre oĂč il n’y avait pas trop d’indĂ©pendance. Aujourd’hui, c’est normal pour un artiste d’ĂȘtre plus ou moins indĂ©pendant, mais Ă l’Ă©poque oĂč j’avais leur Ăąge, le rap français Ă©tait vraiment fermĂ©. On ne laissait pas trop les indĂ©pendants s’exprimer. Il y avait plus de valeur Ă ĂȘtre indĂ©pendant Ă l’Ă©poque, parce que c’Ă©tait pas quelque chose que tout le monde voulait
S : C’est ce qui fait que tu es le triple OG aujourd’hui, parce que triplement dĂ©brouillard
M.T : Exactement

S : T’as toujours Ă©tĂ© en indĂ©, t’avais ton studio, La Planque, dans ta citĂ©
M.T : Exactement. J’ai toujours Ă©tĂ© dĂ©brouillard, c’Ă©tait du hustle perpĂ©tuel. Je faisais de la musique en faisant du hustle perpĂ©tuel. C’est pour ça que j’ai toujours eu une distance avec la musique, que j’ai pu durer, que j’ai toujours pu avoir de l’inspiration. Parce que lorsque t’es indĂ©pendant, t’as pas envie de t’ennuyer. Donc, je pense que c’est ça qui pousse ta crĂ©ativitĂ©. Quand t’es indĂ©pendant, tu fais ce que tu veux. Tu te dis « si je vais en cabine, je vais faire un truc que j’ai dĂ©jĂ fait il y a cinq ans ? », ça ne m’intĂ©resse pas. Donc, t’es toujours obligĂ© de te renouveler pour ne pas t’ennuyer en studio. Et c’est bien, parce que tu t’auto-challenges
S : Et est-ce que le fait d’ĂȘtre en indĂ© tout au long de ta carriĂšre n’a pas constituĂ© une limite ? Ou au contraire, est-ce que c’est ce qui te permet d’ĂȘtre sans limites et donc durable aussi ?
M.T : Je pense qu’il y a deux aspects. Il y a l’aspect business, pur, et il y a l’aspect purement artistique. Et je pense qu’au niveau du business, ça peut ĂȘtre trĂšs souvent limitant. Parce qu’on sait trĂšs bien que lorsque tu veux vraiment un trĂšs gros succĂšs, il faut quand mĂȘme que tous les voyants soient un peu au vert. Et mes choix parfois ne convergeaient pas dans le mĂȘme sens que tout l’Ă©tablishment, que le systĂšme de la musique. Et d’un autre cĂŽtĂ©, je pense que j’ai tellement eu l’habitude depuis le dĂ©but…vu qu’avec le groupe Tandem, qui Ă©tait un groupe Ă polĂ©miques, j’ai dĂ» faire face Ă une auto-sollicitation perpĂ©tuelle pour m’en sortir. Donc je me suis habituĂ©. J’arrivais pas Ă avoir un autre scĂ©nario. Je me suis habituĂ© à ça jusqu’Ă ce que le rap devienne mainstream dans l’industrie. Ce qui fait que j’apprends Ă avoir les nouveaux rĂ©flexes, les rĂ©flexes d’un monde qui accepte le rap et oĂč le rap aujourd’hui est devenu une grosse industrie. Et ça, pour moi, ce sont des nouveaux mĂ©canismes psychologiques auxquels je dois m’adapter. Parce que j’ai toujours eu l’habitude de m’auto-solliciter, travailler en autarcie, d’ĂȘtre dans mon studio
S : Alors justement, ça change peut-ĂȘtre des choses parce qu’on sent une forme de mue avec ce nouvel album. Tu parlais tout Ă l’heure des 2 parties qui se diffĂ©rencient, comme si un nouveau MAC TYER arrivait, comme si t’annonçais que ça allait ĂȘtre comme ça dĂ©sormais. Quels sujets t’as voulu aborder ou dĂ©velopper dans La vie du Triple O.G.?
M.T : J’ai voulu amener petit Ă petit…C’est pas encore dĂ©veloppĂ© Ă son maximum…mais des thĂšmes comme comment vieillir dans le rap, ou le savoir-vivre, ou savoir dire officiellement dans un texte qu’on peut chercher la paix, qu’on essaie de chercher la paix, qu’on veut passer des bons moments avec nos familles. Un nouveau prisme dans le lyrics que j’essaie de partager
S : Et d’assumer aussi ce genre de propos
M.T : Exactement. Assumer. Et je pense que c’est un nouveau style de rap qui va commencer Ă devenir Ă la mode dans les prochaines annĂ©es parce qu’il y a pas mal d’artistes qui commencent Ă dĂ©passer l’Ăąge de 35 ans. Et s’ils aiment la musique et qu’ils veulent en faire longtemps, ils iront tous vers cette thĂ©matique. Donc lĂ , moi je le fais, je fais les bribes de cette thĂ©matique en espĂ©rant la dĂ©velopper de mieux en mieux
S : Tout en te rĂ©conciliant avec toi-mĂȘme et en assumant un peu plus ce que t’es profondĂ©ment aussi
M.T : Exactement, exactement
S : Socrate, le philosophe antique, disait « connais-toi toi-mĂȘme ». OĂč en est Socrate aka. MAC TYER, dans sa construction ? Tu commences Ă y voir clair ?
M.T : Ouais, je me connais, je me connais. J’ai appris vraiment Ă me dĂ©couvrir. Surtout depuis le Covid, j’ai vĂ©cu Ă l’Ă©tranger, je me suis mis Ă l’Ă©cart pendant plusieurs annĂ©es. LĂ , j’ai envie de revenir Ă la grande ville et c’est ça qui m’a permis de me trouver. J’ai voyagĂ© Ă l’intĂ©rieur de moi, j’Ă©tais beaucoup face Ă moi-mĂȘme et ça m’a beaucoup aidĂ©.
S : Ouais, y a aussi cette espÚce de césure avec la street aussi
M.T : Exactement.
S : Parce que dans DerriĂšre tout ça, tu dis « je suis dans le game pour Ă©viter la street ». On comprend que la musique a pu t’Ă©loigner de la rue, mais on garde l’impression que t’as pas tout rĂ©glĂ© avec la street. Et d’ailleurs, tu ne te lasses pas de rĂ©pĂ©ter que « c’est la street, mon pote », tu le dis dans plusieurs morceaux. Il y a une forme de tiraillement qui semble traĂźner. Est-ce que c’est « street un jour, street toujours » ?
M.T : Est-ce que c’est « street un jour, street toujours » ? Surtout quand t’as fait la majeure partie de ta vie comme ça ! (rires) C’est pour ça que je te dis que c’est une thĂ©rapie pour moi ce que j’ai fait dans la partie 2. C’est un peu plus musical, mais les textes essaient de sortir un peu du truc. MĂȘme dans les 2 parties en fait, j’ai fait ça. Mais c’est un travail que je fais sur moi-mĂȘme
S : Et c’est dur de couper le cordon
M.T : Ah, c’est dur de couper le cordon ! Ăa veut dire que malgrĂ© le fait que je fasse plein de choses…tu sais, je suis un homme d’affaires en vrai, je fais plein de choses, je suis en Afrique et tout. Mais en fait, je pense que ce qui m’a amenĂ© Ă savoir ĂȘtre autodidacte, avoir cette capacitĂ© de pouvoir m’adapter quel que soit le milieu que je frĂ©quente, c’est la street qui me l’a appris. La street m’a appris le hustle. Et ce hustle associĂ© Ă mon intelligence a créé ce que je suis aujourd’hui.
S : C’est aussi pour ça que t’as dĂ©cidĂ© d’aller vivre en Espagne ? C’Ă©tait pour faire une coupure nette ?
M.T : Exactement. Mais en fait, je voyage beaucoup. J’Ă©tais aussi beaucoup Ă Paris. Et je suis beaucoup en Afrique. Mais ça m’a beaucoup beaucoup aidĂ© d’ĂȘtre en Espagne parce que ça dĂ©jĂ , vivre au soleil toute l’annĂ©e, ça change tout. Prendre le temps de faire des balades Ă la mer, ça change tout. Alors que tu vois, je suis un vrai produit urbain. Et donc, j’ai pris de nouvelles habitudes. Et aprĂšs, ces nouvelles habitudes sont ressorties dans les textes

S : Tu rappelais que t’es aussi un homme d’affaires. T’es pas juste un mec issu de la street qui fait du rap, t’as ces diffĂ©rents business, mais t’as aussi un rĂ©el engagement auprĂšs d’associations. Le business, et cet engagement, ça rĂ©vĂšle un esprit combatif. Est-ce que cet esprit combatif te vient d’un esprit de revanche ?
M.T : Cet esprit combatif vient d’une Ă©ducation. Ăa veut dire que quand j’Ă©tais trĂšs jeune, adolescent, ou moins de 10 ans mĂȘme, de ma petite enfance Ă l’adolescence en fait, j’ai Ă©tĂ© Ă©duquĂ© par des artistes qui ont, eux, Ă©tĂ© Ă©duquĂ©s par des rĂ©volutionnaires. Quand j’Ă©tais petit, je voulais leur ressembler. On ne peut pas ĂȘtre artiste pour rien et on ne peut pas utiliser nos vies pour rien. On a des combats Ă mener, on appartient Ă des communautĂ©s qu’on doit dĂ©fendre. C’est comme ça que j’ai grandi en fait
S : C’est lĂ qu’on mesure l’importance que peut avoir un artiste sur les gens
M.T : Ah ouais ! J’ai toujours dit que chaque artiste est le fruit de la culture avec laquelle il a grandi. Et moi j’ai grandi avec la culture d’artistes qui faisaient bouger les lignes, qui Ă©taient un peu rĂ©volutionnaires dans l’Ăąme, et on ne s’identifiait qu’Ă des rĂ©volutionnaires, face Ă la sociĂ©tĂ©, c’Ă©tait comme ça les artistes de l’Ă©poque, ça a durĂ© au moins 20 ans les artistes comme ça. La fin du prime des artistes rĂ©volutionnaires c’est la fin des annĂ©es 90, mais ça a durĂ© pendant 20 ans avant, donc j’ai grandi en ne voyant que des artistes comme ça, ou en voyant des acteurs rĂ©volutionnaires, en regardant des Nelson Mandela, Malcolm X, Fela Kuti, Renaud, ou Charles Aznavour, qui quand il Ă©tait trĂšs jeune n’avait pas sa musique reconnue Ă sa juste valeur, sa carriĂšre, sont talent, ont Ă©tĂ© reconnus bien plus tard, on l’a vu chanter vieux des musiques qu’il a Ă©crites quand il Ă©tait beaucoup plus jeune
S : Et cette combattivitĂ© que tu as est liĂ©e Ă ton esprit fĂ©dĂ©rateur aussi ? Parce que t’es quelqu’un de fĂ©dĂ©rateur
M.T : Exactement, quand je suis arrivĂ© dans le rap, je suis arrivĂ© trĂšs fĂ©dĂ©rateur, j’ai fait la trilogie, j’ai fait des compils, je mettais mes grands frĂšres et mes petits frĂšres associĂ©s dans des musiques, ça veut dire que j’invitais dans mes compils les artistes que j’avais pu Ă©couter plus jeune, jainsi que les nouveaux artistes qui venaient d’arriver, pourtant j’Ă©tais jeune et je me mettais dĂ©jĂ dans une position de leader, donc j’ai toujours Ă©tĂ© fĂ©dĂ©rateur
S : C’est dans cet Ă©tat d’esprit que tu es allĂ© chercher les feats de l’album ? Le but Ă©tait de fĂ©dĂ©rer, partager ?
M.T : Ouais, c’est quelque chose qui s’est mis en place Ă partir des projets prĂ©cĂ©dents, c’est Ă dire les NOIR, la trilogie. C’est lĂ que j’ai commencĂ© Ă avoir tous les jeunes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration qui m’entouraient et qui m’accompagnaient sur les titres parce qu’eux-mĂȘmes commençaient Ă grandir et c’est toute une gĂ©nĂ©ration qui a grandi plus ou moins en m’Ă©coutant, et c’est des gens avec qui j’ai un feeling facile. Depuis que j’ai fait les NOIR, j’ai enchaĂźnĂ© plein de morceaux avec des jeunes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration et avec qui c’est plus fluide qu’avec des artistes avec qui j’ai pu chanter quand j’avais 25 ans
S : C’est toi qui est allĂ© les chercher ou ils viennent aussi vers toi ?
M.T : Ils viennent aussi vers moi, ce sont des artistes que je connais humainement, qui me disent tout le temps, « So, dĂšs que tu veux qu’on fasse un morceau, on le fait ! »
S : C’est pas juste des mails qu’on s’envoie dans le cadre d’un projet
M.T : J’ai vraiment un rapport de grand frĂšre / petit frĂšre avec pas mal d’artistes du game, et il y en a beaucoup qui me proposent de passer, « viens on se fait un titre ! ». Il aurait pu y avoir beaucoup plus de feats qu’il y a dĂ©jĂ sur ce disque. Plus le temps passe plus je ressens le travail que j’ai pu effectuer durant toutes ces annĂ©es, grĂące Ă la nouvelle gĂ©nĂ©ration. C’est eux qui me font ressentir le travail que j’ai fourni

S : Dans ce double album j’ai une frustration. Pour moi, t’as probablement les meilleures intros et outros du rap français. Je pense aux intros de D’oĂč Je Viens, Hat Trick, C’est La Street Mon Pote ou aux outros de Je Suis Une LĂ©gende et Le GĂ©nĂ©ral. Pourquoi tu l’as pas fait lĂ ?
M.T : Parce que c’est pas le mĂȘme Ă©tat d’esprit dans lequel j’ai construit. Pour rĂ©ussir Ă faire ce type d’intros, il fallait ĂȘtre l’ancien Socrate
S : Avec l’ancienne casquette
M.T : Ouais c’Ă©tait avec l’ancienne casquette. Et si je m’Ă©tais emportĂ© dans ce sentiment, j’aurais pas pu crĂ©er la mutation. Je voulais assumer 100% le nouveau sentiment que j’essaye de nourrir. Et comme t’as dit, tu sens dans l’album que je suis tiraillĂ©. Donc Ă tout moment, je peux me laisser emporter et laisser mes fantĂŽmes prendre le dessus et faire comme d’habitude. Et c’Ă©tait important pour moi d’essayer de nourrir ce nouveau prisme et je pense que c’est pour ça qu’il n’y a pas ce type d’intro d’album
S : Je reviens sur le morceau « DerriĂšre tout ça », qui pour moi est le morceau qui raconte le mieux MAC TYER et sa vision, dans cette transition dont tu parlais. Parce qu’il y a la plume, ok, mais il y a aussi l’approche qui souligne le revers de la mĂ©daille, ce qui se cache derriĂšre diffĂ©rentes choses que tu listes, qui vont du quotidien Ă l’industrie, en passant par la street. Et pourtant quand j’ai vu le clip, je me suis dit « Rah…encore ! » Parce qu’il y a plusieurs refs aux marques de luxe dont on voit les logos. Je voulais savoir comment tu vois ce rapport au luxe qu’ont les gens qui pensent que c’est un signe de rĂ©ussite ?
M.T : Aujourd’hui je suis plus dans le quiet luxury qu’autre chose, mais je sais que quand j’Ă©tais plus jeune, je faisais partie des premiers rappeurs qui mettaient des marques de luxe quand c’Ă©tait pas trop la mode dans le rap. Et c’est vrai qu’aujourd’hui je ne vois plus les choses de la mĂȘme maniĂšre. Avant c’Ă©tait une maniĂšre, dans les annĂ©es 2000, de marquer la diffĂ©rence. Je me rappelle mĂȘme d’une actrice qui Ă©tait venue durant un de mes clips et qui m’avait vu habillĂ©, moi j’Ă©tais classe, et qui m’a dit « c’est vous l’artiste ? ». J’ai dit « oui c’est moi l’artiste ». Elle m’a dit mais vous n’ĂȘtes pas encore habillĂ© en tenue de rappeur ?
S : T’Ă©tais en civil, quoi (rires)
M.T : Et bien exactement c’est ce qu’elle m’a dit ! Elle m’a dit « ah vous ĂȘtes en civil là ». J’ai dit « comment ça, je ne comprends pas, je ne suis pas en civil, je suis comme je suis ! ». Et en fait c’Ă©tait ce stĂ©rĂ©otype de rappeur que je dĂ©testais, c’est pour ça que je me suis mis Ă taper dans les marques de luxe. Mais vu que maintenant le luxe s’est emparĂ© du rap, il n’y a que des rappeurs habillĂ©s par des stylistes. Ăa enlĂšve l’authenticitĂ© avec laquelle je mettais les marques de luxe il y a un peu plus de 20 ans
S : Mais est-ce que tu ne trouves pas qu’il y a un cĂŽtĂ© dangereux Ă entretenir l’illusion que rĂ©ussir sa vie c’est porter du Fendi ou du Gucci ?
S : De choses vraies en fait
M.T : Pour moi, Ă partir du moment oĂč mĂȘme une personne qui n’est pas une amoureuse du luxe, et juste parce qu’elle est signĂ©e en maison de disques, se fait payer un styliste pour ĂȘtre habillĂ©e avec des marques et laisser croire qu’elle a un amour du luxe, ça crĂ©e la dĂ©sinformation. Parce que les petits jeunes ne voient pas ça. Ils voient qu’un rappeur qui perce, s’il met du Fendi c’est que ça y est il a rĂ©ussi. Donc t’as raison, je trouve que c’est vraiment pas bon. Mais vu que maintenant le rap est devenu une industrie et que l’ensemble du systĂšme l’accepte, et bien voilĂ , ils nous utilisent pour porter leurs vĂȘtements et les petits jeunes ne le voient pas
S : Ouais, et il y a une boucle qui se met en place, et qui empĂȘche peut-ĂȘtre de vĂ©hiculer certaines valeurs, autour de choses simples et vraies. Tu parlais de la nature tout Ă l’heure par exemple. Mais y a aussi un repas entre amis, la tristesse suite Ă un dĂ©cĂšs ou alors une fĂȘte dans laquelle on danse sans juste chercher Ă se montrer. Est-ce que ce n’est pas ce genre de choses qu’il faudrait plus mettre en avant finalement ?
M.T : C’est ça qu’il faut mettre en avant. J’ai fait un morceau dans la partie 2 qui s’appelle Full Access. C’est un morceau en 2 parties. Et je dis que ce qu’il faut faire c’est une famille, se marier. Et c’est comme si j’Ă©tais en train d’imaginer un repas ou un moment entre amis, oĂč ça parle de paix, de mariage, et de lifestyle

M.T : Exactement. C’est un morceau oĂč je suis encore tiraillĂ©. Dans la 1Ăšre partie c’est un peu solaire, musical et je raconte ça. Et dans la 2Ăšme partie c’est un peu encore d’oĂč je viens. Et en fait, c’est vraiment pour montrer que c’est à ça qu’il faut aspirer. Il y a un morceau qui s’appelle Ben Laden dans la partie 1. DĂšs que je commence je dis « ouais du cĂŽtĂ© de la lumiĂšre j’ai basculĂ© ». Je commence Ă accepter la lumiĂšre alors qu’avant je me complaisais Ă ĂȘtre un prince des tĂ©nĂšbres. Alors que lĂ j’ai vraiment besoin du solaire pour me nourrir. Et quand j’avais 20 ans, je faisais pas de musique durant l’Ă©tĂ©, alors qu’aujourd’hui j’ai besoin de soleil pour ĂȘtre inspirĂ©. C’est complĂštement diffĂ©rent.
S : Alors puisqu’on est d’accord sur le fait que la rĂ©ussite c’est pas de porter du Gucci, c’est quoi la vraie rĂ©ussite ?
M.T : La rĂ©ussite est dans la tĂȘte. Parce que chacun a son propre objectif. Ă partir du moment oĂč tu veux rentrer dans une pensĂ©e collective et essayer d’associer ton propre bonheur Ă un bonheur prĂ©dĂ©terminĂ© par la sociĂ©tĂ©, tu ne vas jamais trouver ton vrai bonheur finalement.
S : Qu’est-ce qu’on doit laisser de soi durant son passage sur Terre MAC TYER ?
M.T : Il faut essayer d’ĂȘtre le plus inspirant possible pour les gens qui nous entourent
S : Et lĂ tu penses Ă ceux qui t’ont inspirĂ© ? Ceux qui ont laissĂ© une trace ?
M.T : Exactement. Parce que pour moi essayer d’ĂȘtre inspirant c’est la chose qui survit Ă ta propre vie, qui survit Ă ta mort. C’est ce que tu as laissĂ© dans le cĆur des gens. C’est toute l’inspiration que tu leur as transmise. Alors que l’argent ça se dĂ©pense. Aujourd’hui lorsque tu fais des cours d’histoire, la traçabilitĂ© de chaque chose est culturelle. Pour savoir comment vivait telle civilisation il y a 300, 1000, ou 3000 ans, tu regarderas la traçabilitĂ© culturelle de leur systĂšme, de leur mode de vie. Et c’est tout ce qui reste en fait.
S : Toi t’as dĂ©jĂ fait le taf concernant la trace que tu laisses. Parce qu’il y a ton oeuvre rapologique que t’Ă©toffes encore avec ce nouveau double album, La vie du Triple OG. Ainsi que tout ce que tu as dĂ©jĂ accompli. Et merci pour ça MAC TYER
M.T : Merci, merci. Et vraiment merci de m’avoir invitĂ© pour cette interview
En savoir plus sur SKđđđRT
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Ping : âOn a des combats Ă menerâ – Sans Esquives