EL HACEN DIARRA

el hacen diarra

El Hacen Diarra, Zyed Benna, Bouna TraorĂ©, Kyllian Samathi, Ali Ziri, Amadou KoumĂ©, Rayana, Mohamed Boukrourou, Nahel, Adama TraorĂ©. Et 552 autres, dont je m’excuse de ne pas citer les noms, car tous sont importants, et tous doivent rester dans la mĂ©moire collective. Car tous sont morts Ă  la suite d’une intervention de la police, et qu’aucun ne le mĂ©ritait. Selon une enquĂȘte menĂ©e par les journalistes de Basta! et Politis, 102 sont dĂ©cĂ©dĂ©s suite Ă  une intervention policiĂšre sur les 2 derniĂšres annĂ©es. 

On a l’impression que c’est toujours la mĂȘme chose. Une personne non-blanche, soupçonnĂ©e d’avoir commis une infraction, violemment interpellĂ©e par les forces de l’ordre, qui finit par mourir d’un « malaise Â». Le cas d’El Hacen Diarra n’est pas diffĂ©rent des autres :  le 14 janvier, un homme d’origine mauritanienne est interpellĂ© en bas de son foyer de travailleurs car « vu en train de rouler un joint de cannabis Â». Selon les tĂ©moignages, pas de joint de cannabis, juste un cafĂ©, et surtout une interpellation violente, des coups donnĂ©s Ă  un homme au sol, immobilisĂ© par deux policiers, criant « Vous m’étranglez Â», du sang au sol. Cette nuit-lĂ , El Hacen Diarra mourra d’un malaise cardiaque, dans le commissariat du XXe arrondissement de Paris. 

Et quand on demande justice ? Les camĂ©ras ne fonctionnaient pas, dĂ©chargĂ©es bien Ă©videmment (une habitude dans ce genre d’affaires). Les rĂ©sultats de l’autopsie indiquent « une plaie profonde fronto-temporale droite, saignante, de plusieurs Ă©rosions parcheminĂ©es sur les jambes et d’une fracture de la corne du cartilage de la thyroĂŻde sans pouvoir affirmer si elle Ă©tait antĂ©rieure au dĂ©cĂšs ou consĂ©cutive Ă  l’autopsie Â». Mais Ă  part ça tout va bien, et bien sĂ»r les policiers n’ont pas Ă©tĂ© suspendus. Selon Laurent Nuñez, ministre de l’IntĂ©rieur et ancien PrĂ©fet de police de Paris, il n’y a « aucune raison de suspendre Â» les fonctionnaires prĂ©sents lors de l’interpellation puisqu’on ne connaĂźt pas encore clairement les causes de la mort. 

Les ministres de l’IntĂ©rieur passent, et se ressemblent
 De Darmanin Ă  Sarkozy en passant par Hortefeux ou encore Valls, tous inquiĂ©tĂ©s par la justice, mais tous ouverts Ă  l’idĂ©e de la durcir envers ceux qui ne peuvent s’en dĂ©fendre.

Entre 2005 et 2025, est-ce que quelque chose a changĂ© ? Oui : l’article L. 435-1 du Code de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, votĂ© Ă  la hĂąte le 28 mars 2017. Son objectif : Ă©largir les rĂšgles de tirs en dehors du cadre de lĂ©gitime dĂ©fense, en s’alignant sur le modĂšle des gendarmes (possibilitĂ© d’ouvrir le feu sur les conducteurs qui n’obtempĂšrent pas et susceptibles de menacer la vie d’autrui). Ses consĂ©quences : CINQ fois plus de personnes tuĂ©es lors d’un refus d’obtempĂ©rer. Une Ă©tude menĂ©e par Sebastian RochĂ©, Paul Le Derff et Simon Varaine, intitulĂ©e Homicides policiers et refus d’obtempĂ©rer. La loi a-t-elle rendu les policiers irresponsables ? dĂ©montre le lien direct entre l’augmentation du nombre de dĂ©cĂšs et cette loi. Mais jusqu’ici tout va bien. On parle « d’Ă©vĂ©nements isolĂ©s Â», « d’individus dangereux Â». Remettre en cause les victimes, oui. Remettre en cause le systĂšme qui faillit Ă  protĂ©ger ses citoyens, mĂȘme s’ils ont commis une faute, moins.

Alors on pourrait se dire : Â« oui mais c’est la mĂȘme chose partout Â». Et bien pas tant, puisque la France a Ă©tĂ© rappelĂ©e Ă  l’ordre Ă  3 reprises par l’ONU. Soyons fiers d’ĂȘtre le pays europĂ©en « ayant le plus grand nombre de personnes tuĂ©es ou blessĂ©es par des agents de la force publique Â» ! Alors certes, on reste trĂšs loin des États-Unis et de leur 1000 Ă  1200 morts par an, mais au vu du contexte de ce territoire (nombre d’armes Ă  feu en circulation, consĂ©quences de la sĂ©grĂ©gation, fractures sociales multiples, taux de criminalitĂ© plus Ă©levĂ©), la comparaison est infondĂ©e. La France est de loin la premiĂšre nation europĂ©enne en nombre de dĂ©cĂšs liĂ©s Ă  la police.

Pour rĂ©sumer, au pays des Droits de l’Homme, ce sont surtout ceux de certains qui priment, au dĂ©triment de ceux des autres. Cela fait maintenant 20 ans que Zyed et Bouna sont morts dans un transformateur, en fuyant la police. 20 ans que cette mĂȘme institution martyrise les mĂȘmes populations. 20 ans que les instances ignorent le problĂšme. 20 ans qu’on nous chie dessus sans essayer de nous faire croire qu’il pleut. EspĂ©rons que d’ici 20 ans, les choses aient changĂ©. Parce que l’espoir, c’est tout ce qu’il nous reste. 

Daniel Ayassou


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