par Dan Ayassou
DAN : Salut Yanamko, bienvenue chez SKUUURT !
YANAMKO : Merci beaucoup ! Ça fait plaisir.
Comment tu vas aujourd’hui ?
Ça va très bien, la forme, on est au maximum !
Ça fait maintenant un petit mois que DE L’AUTRE CÔTÉ est sorti. Avec un peu de recul, comment tu décrirais ce premier album ?
Franchement, je dirais que c’est un album qui s’écoute dans son ensemble. Pris morceau par morceau, il perd un peu de son intérêt. C’est surtout un projet qui représente qui nous sommes, avec mes gars, le chemin qu’on a parcouru, et quelque chose de très introspectif.
Cette introspection commence dès l’intro, où tu dis : « Neuf ans sans une tale. » Ça fait donc neuf ans que tu rappes. Qu’est-ce qui t’a poussé à continuer pendant toutes ces années ?
Franchement, c’est neuf ans de rap, mais surtout neuf ans de passion. Ce qui m’a toujours poussé à continuer, c’est avant tout cette passion.
Ensuite, il y a aussi eu la rencontre avec une équipe avec laquelle je me suis tout de suite entendu. Ça m’a permis de travailler de manière beaucoup plus professionnelle.
Justement, ton équipe. Il y a Le Phasme qui te soutient énormément. C’est ton manager, c’est bien ça ?
Exactement. C’est mon manager, mais c’est surtout un frère. C’est quelqu’un de très important pour moi.
Dans Nouvelle École, on voit qu’il s’occupe de toute la partie travail pour te permettre de te concentrer uniquement sur la musique.
C’est exactement ça. Depuis maintenant cinq ans, il travaille pour nous permettre de vivre, pendant que moi je me consacre entièrement à la musique. L’objectif, c’est qu’un jour on puisse tous les deux vivre de ce projet.
Est-ce que ça te motive davantage ou est-ce que ça ajoute aussi une certaine pression ?
Les deux. C’est une énorme motivation parce que ça me pousse à toujours aller plus loin. Et c’est aussi une pression, mais une bonne pression. Ça me rappelle qu’il y a un véritable enjeu et que je dois prendre tout ça très au sérieux.
Parce qu’avant c’était pas le cas ?
Si, j’ai toujours pris ma musique très au sérieux. En revanche, aujourd’hui je la prends aussi au sérieux sur le plan professionnel. C’est toute la différence : se professionnaliser.
On le voit d’ailleurs dans le documentaire qui accompagne l’album, notamment avec ce séminaire. C’était la première fois que tu travaillais de cette manière ?
Oui, ça a été une vraie découverte. Travailler loin de chez nous, tous ensemble, ça nous a permis de créer dans un autre état d’esprit et de renforcer encore davantage les liens entre nous.
Dans le morceau Mon Côté Riche, tu parles aussi de tes erreurs. De quelles erreurs s’agit-il ?
Je parle surtout des choix de parcours. Dans le rap, chacun suit un chemin différent. On entend souvent des phrases comme : « J’ai galéré pour en arriver là » ou « Tu ne sais pas ce que j’ai vécu. » Pour moi, c’est un peu pareil, mais dans un contexte différent. Mes parents auraient préféré que je fasse un métier plus classique, parce que les milieux artistiques font peur et rien ne garantit qu’on puisse en vivre. J’ai choisi de suivre cette voie malgré tout. J’ai accepté de galérer pour construire la vie que je voulais mener.
Et aujourd’hui, tu as l’impression que ça commence à payer ?
Oui, ça commence.
Tu sors tout juste de la saison 5 de Nouvelle École. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ? Ça a changé ta manière de travailler ?
Ça n’a pas changé ma façon de travailler, mais ça a changé la manière dont je regarde ma musique. Je ne pensais pas qu’un titre comme Sage pouvait dépasser le million d’écoutes. Ça m’a fait comprendre que les gens aiment quand je leur parle avec sincérité et que je reste le plus naturel possible.
C’est vrai que cette authenticité est ce qui a marqué beaucoup de personnes pendant ton passage dans l’émission, après forcément il y a dû avoir des trucs coupés au montage…
Si on avait montré davantage de moments de moi dans le montage, on m’aurait surtout vu rigoler. Pourtant, ça ne veut pas dire que je ne prends pas mon travail au sérieux. C’est simplement ma façon d’être détendu, même quand la situation est importante.
Cette émission m’a appris à rester calme tout en restant concentré. Certains révisaient encore leurs textes juste avant les épreuves. Moi, je trouvais que ça ne faisait que rajouter du stress. Au final, cette expérience m’a surtout permis de devenir plus organisé et plus professionnel dans ma manière d’aborder les choses.
Tu as été éliminé lors de l’épreuve des clashs. Personnellement, je trouve que cette épreuve n’est pas forcément représentative du rap d’aujourd’hui. Quel est ton avis ?
Aujourd’hui, je ne suis pas convaincu que le clash soit un élément essentiel du rap. Dans mes textes, je fais rarement des punchlines. Je préfère raconter les choses avec des images. Le clash n’a jamais fait partie de ma personnalité. C’est un exercice que j’ai apprécié, mais ce n’est pas mon domaine.
Je m’y suis investi comme dans toutes les autres épreuves, mais j’étais en paix avec l’idée de pouvoir sortir à ce moment-là. Si j’avais été éliminé sur une autre épreuve, je me serais dit que j’avais encore des choses à apprendre dans un domaine que je pensais maîtriser.
Sans cette épreuve du clash, tu penses que tu pouvais gagner l’émission ?
Je ne vais pas aller jusqu’à dire que j’aurais gagné, mais oui, je pense sincèrement que j’aurais atteint la finale. Je crois que j’étais un candidat qui inquiétait un peu les autres à ce stade de la compétition.
Dans tous les cas, tu serais allé très loin.
Oui. Et aujourd’hui encore, on en parle souvent entre candidats. Beaucoup pensent aussi que sans cette épreuve-là, mon parcours aurait été différent.
Vous êtes donc restés proches après l’émission ?
Oui, complètement. Sur notre saison, il y avait une vraie ambiance de famille. Quand il y en a un qui est sur Paris ou qu’on se retrouve sur un événement, on essaie toujours de se capter.
Nouvelle École t’a aussi permis de créer de nouvelles connexions ou d’avoir des propositions ?
Bien sûr. Quand tu participes à l’émission, toutes les grosses majors regardent ce que tu fais. Il y a eu des propositions, mais elles passent directement par mon équipe. Tant qu’il n’y a rien de concret, je préfère les laisser gérer.
On estime qu’on mérite de vraies propositions, parce qu’on a construit un projet qui vise le long terme. On ne veut pas simplement toucher une partie du public : on veut aller le plus loin possible.
Mais avant tout, ça apporte énormément de visibilité.
Exactement. C’était même mon objectif principal. Les 100 000 euros ne m’intéressaient pas autant que la visibilité que pouvait offrir l’émission.

Certains artistes hésitent pourtant à participer. J’avais notamment échangé avec AMK, qui m’expliquait qu’il avait préféré attendre avant d’accepter. Toi aussi, tu avais ce genre de réflexion ?
On m’a contacté deux fois. La première fois, je ne me sentais pas prêt. La deuxième, je savais que toute mon équipe était prête à se lancer dans l’aventure avec moi. C’était le bon moment pour montrer qui nous étions.
Tu viens de Toulouse. Est-ce que le fait de ne pas être basé à Paris reste un handicap pour réussir dans le rap aujourd’hui ?
Je dirais oui et non. Ce n’est plus une obligation d’habiter Paris, mais ça reste la ville où beaucoup de choses se passent. Depuis Toulouse, chaque déplacement demande de l’organisation, que ce soit en train ou en avion.
C’est pour ça que quand je monte à Paris, j’essaie de tout regrouper sur deux ou trois jours : les rendez-vous, les sessions, les interviews… Ensuite, je rentre chez moi pour continuer à travailler.
Tu cherches à rentabiliser chaque déplacement.
Exactement. Pour moi, Paris, c’est un peu comme une immense épicerie où se trouvent toutes les opportunités. Tu y vas pour rencontrer les bonnes personnes, faire avancer tes projets, puis tu rentres continuer ton travail.
En parlant de musique, tu as une voix qui est vraiment reconnaissable dans le paysage du rap français. Tu l’as toujours eue ?
Oui. Je chante depuis que je suis tout petit. J’avais déjà cette facilité à utiliser ma voix, et j’ai ensuite appris à l’intégrer progressivement dans le rap.
J’ai énormément d’influences musicales, de Bob Marley à Michael Jackson, et bien d’autres encore. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre des émotions. Pour ça, il faut apprendre à jouer avec sa voix sous toutes ses formes.
Au début de ta carrière, est-ce que cette voix a parfois été un frein ? Est-ce que tu t’es déjà dit qu’il fallait moins chanter pour être davantage accepté dans le rap ?
Pas du tout. Dès le départ, je savais ce que je pouvais faire avec ma voix et ce qu’elle pouvait apporter à ma musique. Je suis arrivé avec cette identité-là, sans essayer de la cacher.
Ce qu’on a vu dans Nouvelle École, ce n’était qu’un aperçu. Ce n’est pas forcément le meilleur texte que j’ai écrit, ni les meilleures toplines que je peux proposer, mais ça a permis aux gens de découvrir une partie de ce que je suis capable de faire.
Je me souviens que ce passage avait surpris beaucoup de monde. Personne ne s’attendait à ce que tu partes dans cette direction.
Mais justement, cette voix t’amène naturellement vers des morceaux plus chantés. Dans le documentaire qui accompagne l’album, un de tes proches vous dit à un moment : « Les gars, c’est bien, mais ça manque du rap. » Est-ce que c’est un équilibre auquel tu dois faire attention ?
Oui, forcément. Une partie de mon public aime particulièrement quand je rappe. Dans mon entourage aussi, certains préfèrent mes morceaux très rappés, alors que d’autres aiment davantage ma mélodie.
Au final, c’est quelque chose de très subjectif. Moi, j’essaie surtout de faire la musique que j’aime. Pendant le séminaire, on a créé énormément de morceaux très mélodiques, puis on s’est rendu compte qu’il nous manquait un vrai titre de rap. On a appelé un des gars de l’équipe, il nous a confirmé qu’il fallait absolument un gros morceau de rap pour équilibrer le projet. On en a enregistré plusieurs et, finalement, on a gardé De l’autre côté.
Très bonne intro d’ailleurs.
Au début, j’avais pourtant beaucoup de doutes sur ce morceau. Pour moi, c’était comme si quelqu’un venait dans la rue raconter toute sa vie à un inconnu.
J’y parle de choses très personnelles, notamment de ma grand-mère et de tout ce qu’on a traversé pendant ces cinq dernières années. C’est vraiment le récit de notre parcours.

T’étais pas serein à l’idée de montrer autant de toi ?
Quand on va aussi loin dans l’introspection, on donne une énorme partie de soi. Et là, on ne la donne pas à une seule personne, mais à des milliers de gens.
Finalement, je me suis rendu compte que c’était justement ce que les gens appréciaient le plus chez moi. Depuis que j’ai commencé le rap, j’ai toujours voulu faire les choses à ma manière. Avec cet album, j’ai accepté d’assumer encore davantage cette sincérité.
Et c’était le bon choix, parce qu’après l’intro on a vraiment envie d’écouter le reste du projet.
C’était aussi l’idée. L’intro est volontairement longue, il n’y a quasiment pas de drums. Après ce morceau tu t’attends à un album de pur rap, alors que juste après la première note qui arrive c’est de la mélo. On voulait vraiment créer un contraste, comme une claque dès les premières minutes.
Avec toutes les facettes de ta musique — le rap, le chant, les différentes ambiances — est-ce que ce n’est pas difficile de garder une vraie cohérence sur un album ?
Ça peut l’être si tu n’es pas bien entouré. Moi, j’ai la chance de travailler avec une équipe très solide. On collabore avec des personnes qui connaissent parfaitement la construction d’un projet, les arrangements et l’ordre des morceaux. Tout est réfléchi pour que l’ensemble soit cohérent.
Même sur nos précédents projets, on a toujours essayé de raconter quelque chose. En ce moment, on a d’ailleurs quelques problèmes avec la distribution de TROP TARD POUR PARTIR. Le projet a été retiré des plateformes plusieurs fois, et c’est assez frustrant.
J’ai plusieurs amis artistes qui rencontrent les mêmes difficultés.
Au moins on n’est pas les seuls. On reçoit énormément de messages de personnes qui nous demandent quand le projet reviendra. On fait tout pour régler ça.
Est-ce que cet album t’a aussi appris à déléguer davantage à ton équipe ?
Aujourd’hui, je leur fais 100% confiance sur certains sujets, comme les idées de clips ou la direction artistique. Ça me permet de consacrer encore plus de temps à la musique.
Beaucoup d’artistes travaillent avec des équipes qu’ils connaissent à peine. Nous, c’est différent : on construit tout ensemble. On fait d’abord ce qu’on aime, puis on regarde ensuite comment le développer.

À la fin du documentaire, tu dis : « J’ai appris ce que c’était qu’être un vrai artiste. » Mais tu ne dis pas ce qu’est un vrai artiste ?
Pour moi, un vrai artiste est un artiste complet. Au début, tu fais simplement de la musique. Mais à un moment, ça ne suffit plus. Il faut comprendre tout ce qui entoure ton métier.
Il faut savoir gérer son image, comprendre ses droits, connaître le fonctionnement de l’industrie, mais aussi maîtriser les aspects techniques de son travail.
Par exemple, quand j’arrive en studio, je dois être capable d’expliquer précisément à l’ingénieur du son ce dont j’ai besoin. Si je ne connais pas mon propre outil de travail, je ne peux pas obtenir le meilleur résultat.
Finalement, être un vrai artiste, c’est connaître son art dans son ensemble.
Exactement. C’est atteindre un niveau où tu comprends tout ce qui gravite autour de ce que tu fais.
Merci beaucoup, Yanamko. C’était un plaisir d’échanger avec toi.
Merci à toi, avec plaisir.
On rappelle les prochaines dates ?
Le 24 novembre à Lille, puis le 20 décembre à La Boule Noire, à Paris. J’espère qu’on s’y retrouvera !
Avec plaisir. Merci encore et à très bientôt.
Merci, à bientôt !
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