SCOLTI : Salut 2L, bienvenue chez SKUUURT ! RĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©e par Nouvelle Ăcole, tu ne viens pourtant pas tout juste de dĂ©barquer. Pour ma part, je t’ai croisĂ©e pour la premiĂšre fois au Flow Ă Lille, il y a deux ou trois ans, lors du tremplin Rappeuz, et je me souviens bien d’ailleurs de la façon dont tu avais tartĂ© ce tremplin parce que je m’occupais d’une artiste que tâas donc battue ce jour-lĂ . VoilĂ comment j’ai croisĂ© ton chemin. Les tremplins, les open mics, ça fait partie de ton ADN ?
2L : Oui, carrĂ©ment. Je faisais des open mics, et donc c’est un peu les mĂȘmes personnes, les mĂȘmes entourages qui organisent ces trucs lĂ . Et donc on me propose, et je le fais un peu pour tester quoi. Dâabord des concours de freestyles, comme Basse FrĂ©quence, ou Kickages Sessions, ce genre de trucs. Y en a pas mal que j’ai gagnĂ©s en vrai. Du coup, ça m’a aussi tentĂ© de faire des tremplins qui sont un peu diffĂ©rents. LĂ , c’est vraiment tes sons, alors que les freestyles c’est des prods au hasard, etc.
C’est ce qui t’a forgĂ© et qui t’a formĂ© ?

2L : Ouais, carrĂ©ment. Les open mics, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, qui ne sont pas des concours tout le temps, qui sont juste des moments de kiffeurs de musique qui se retrouvent et qui rappent ensemble, mĂȘme autour d’une enceinte, pas forcĂ©ment avec un micro. Et aprĂšs, de lĂ , il y a forcĂ©ment des petits Ă©vĂ©nements oĂč tâas des prix Ă gagner. Mais bon, tu ne fais pas ça pour ça. Enfin, tu fais ça pour le cĂŽtĂ© performance, challenge, cool, quoi, et vraiment, tout le monde se donne Ă fond. Personne nâest en mode Ă moitiĂ©.
Et le reste de ta formation rapologique, c’est quoi ? C’est ta chambre ? C’est des dates ? C’est d’autres expĂ©riences ?
2L : C’est moi qui digue sur YouTube, c’est mes potes, avec qui on s’Ă©coute, on se montre des musiques, puis la suite de ces expĂ©riences tremplins, ça a Ă©tĂ© des premiĂšres parties, des concerts, des trucs comme ça, et aprĂšs, j’ai aussi commencĂ© par le studio, en fait, c’est ça qui m’a aidĂ©, c’est que je n’avais pas que la scĂšne ou que le studio. J’avais commencĂ© un peu en studio avec mes potes dans une chambre. Et aprĂšs, j’ai commencĂ© Ă aller en open mic en continuant d’ĂȘtre en studio un petit peu, mais de maniĂšre trĂšs amateur.
Et tu t’es sentie prĂȘte Ă t’exposer
2L : Ouais, c’est ça. Du coup, j’ai un peu les deux cĂŽtĂ©s qui se sont, je pense, amĂ©liorĂ©s en mĂȘme temps. Je travaillais les deux en mĂȘme temps. Alors que je sais qu’il y a des gens qui sont trĂšs scĂšne et pas du tout studio par exemple.
Ce qui nous rĂ©unit aujourd’hui, c’est la sortie de ton EP ARIA, pour lequel tu Ă©tais un peu attendue, rapport Ă l’explosion de ta notoriĂ©tĂ© dans une Ă©mission mainstream. Est-ce que tu n’as pas fait face Ă la pression de rĂ©pondre Ă une demande en devant tendre vers du mainstream, ce que tu n’as dâailleurs pas du tout fait dans ARIA ?
2L : En vrai, j’ai eu l’impression que le public Ă©tait en mode âOn a kiffĂ© aussi le personnage que tu reprĂ©sentes, du coup, quand tu fais de la musique, ça nous touche parce que tu es ce personnage.â VoilĂ ce que les gens ont portĂ© sur moi comme engagement. VoilĂ tout ce qu’on a pu penser et dire de â2Lâ aprĂšs Nouvelle Ăcole. Et ça m’a donnĂ©, je pense, aussi, une forme de libertĂ© dans ma tĂȘte de me dire en vrai, je peux faire une musique qui peut sonner un peu diffĂ©remment de d’habitude. Et tant que je reste moi-mĂȘme en vrai, ça peut ĂȘtre complĂštement cohĂ©rent avec ce que j’ai dĂ©jĂ prĂ©sentĂ©.

Alors, justement, je trouve que c’est pas du tout mainstream, que ta proposition est forte et que tes choix artistiques sont complĂštement assumĂ©s. On peut se dire ça, d’ailleurs, dĂšs la cover sur laquelle tu valorises ton profil gauche, qui est celui qui est liĂ© Ă la personnalitĂ© et Ă l’Ă©motionnel, comme si tâannonçais que tâallais te rĂ©vĂ©ler sous ton vrai jour, est-ce que c’est voulu ou alors c’est juste ton profil prĂ©fĂ©rĂ© ?
2L : (rires) Alors, c’Ă©tait juste mon profil prĂ©fĂ©rĂ©, mais je vais peut-ĂȘtre te la piquer, celle-lĂ !
Le cĂŽtĂ© gauche, lorsqu’il est exposĂ©, est vraiment celui qui expose ce qu’on est. C’est hors mensonge.
2L : C’est rigolo parce que je trouve que ce profil, en tout cas, par rapport Ă ce Ă quoi je ressembleâŠc’est plutĂŽt vrai.
Donc instinctivement, tâas tendance Ă exposer ce que tâes vraiment. On va dire ça comme ça.
2L : Ouais, c’est un peu ce qui s’est passĂ© dans la crĂ©ation de cet EP qui s’est fait finalement sur un temps assez court. En juillet dernier, on s’est rĂ©unis avec toutes les personnes avec qui je travaille et on a fait 8-10 jours de musique intensive et de ça sont ressortis les 3/4 de ARIA, mĂȘme 90%, juste 2 morceaux ont Ă©tĂ© faits dans un autre contexte. Donc c’Ă©tait un moment oĂč les beatmakers et moi Ă©tions dans ce mood lĂ et ça s’est grave bien calĂ©, au final on a tout Ă©coutĂ© en sortant de ça et ces morceaux-lĂ allaient bien ensemble, et on ne s’est pas non plus trop cassĂ© la tĂȘte. C’est ça qui est cool. On est restĂ© dans une dĂ©marche grave spontanĂ©e
Quelque chose d’instinctif
2L : On a juste fait de la musique et on Ă©tait en mode âOK, c’est çaâ
OK. Et donc, lâEP s’appelle ARIA. Aria signifie deux choses : l’embarras, le tracas, quand on utilise le masculin. Et la mĂ©lodie vocale ou instrumentale, quand on emploie le fĂ©minin. De quels embarras et de quels tracas t’es encombrĂ©e ?
2L : (rires) En vrai, j’ai trouvĂ© que ce mot reprĂ©sentait bien les thĂšmes que j’aborde dans l’EP. La façon dont je me positionne, tu vois, de dire des trucs qui sont un petit peu plus personnels, comme si je jugeais ma propre posture. Et j’ai l’impression que jusqu’Ă maintenant, j’Ă©tais dans une posture. T’es dans une posture quand tu rapes, tu te mets dans une situation d’Ă©criture et donc d’interprĂ©tation, et lĂ j’avais l’impression d’ĂȘtre en train de faire une rĂ©flexion sur âjuger mon interprĂ©tationâ et donc tout ce que ça cause justement d’avoir de l’exposition, d’ĂȘtre quelqu’un tout simplement, sur la terre, mais toutes les rĂ©flexions que ça engendre, et aussi le monde de merde dans lequel on vit parce que bon c’est pas anodin quand mĂȘme de vivre dans cette Ă©poque, je trouve.
Au féminin aria permet de résumer ta double casquette de rappeuse et de violoniste ?
2L : Eh bien, un petit peu. En plus, je suis au violon sur une prod et je suis Ă l’accordĂ©on un peu en fond sur une autre.
Sur lesquelles ?
2L : Le violon, c’est sur Mensonge, et l’accordĂ©on, c’est sur AdodĂ©jantĂ©e. Il y a aussi l’accordĂ©on. Il est un peu filtrĂ©, donc on ne reconnaĂźt pas vraiment l’accordĂ©on, mais c’est de l’accordĂ©on. Du coup, pour le cĂŽtĂ© aria âmĂ©lodieâ, c’est que les chansons Ă refrain, il y a un peu un cĂŽtĂ© oĂč toutes ces musiques-lĂ m’inspiraient ça, d’avoir Ă chaque fois un refrain. Ăa contraste quand mĂȘme avec le reste de ce que j’ai pu proposer sur cette forme-lĂ , ce format-lĂ
Tâas fouillĂ© un peu ou c’est un mot que tu possĂ©dais, aria ?
2L : Non, c’est un mot que je connais de la musique classique aussi
Dans Fille sage, tu dis âj’ai un boulevard de rĂȘvesâ, si on le remonte on croise lesquels ?
2L : J’ai un boulevard de rĂȘves dans un sens pas du tout personnel, mais plutĂŽt dans un sens âpour tout le mondeâ. Parce qu’aprĂšs, je dis âsi tu veux, tu peux entrer, j’ai prĂ©parĂ© des verresâ, c’est un truc que je veux partager. Le rĂȘve qu’on peut tous s’accorder d’avoir, pas en mode âje peux rĂ©ussir, je peux le faireâ, mais en mode ânotre condition humaine, notre existence peut ĂȘtre amĂ©liorĂ©e et ça, c’est possibleâ, pas en mode âje vais monter ma start-upâ
Dans EnchantĂ©e, dont le clip est d’ailleurs dĂ©jĂ dispo tu dis âsur l’Ă©cusson, je mettrai quâmort aux consâ. Pourquoi ce slogan ?
2L : Y a un cĂŽtĂ© trĂšs militaire aussi je trouve, dans la connotation, mĂȘme peut-ĂȘtre la dĂ©finition, je suis pas sĂ»re qu’il y ait des Ă©cussons pour autre chose, mais bref, on s’en fout, et du coup je me dis que la seule chose pour laquelle je me battrais, ce serait ça, parce que c’est un peu vague, âmort aux consâ, mais c’est un peu provo pour rigoler, mais ce que je veux dire, c’est que le seul mal de notre humanitĂ© c’est notre ignorance et la bĂȘtise qui dĂ©coule de ça et rien d’autre. Et il n’y a aucune raison de se battre pour quoi que ce soit d’autre. Pas pour des raisons Ă©conomiques, pas pour une patrie.
Dans ce morceau, tu dis aussi âje ne suis pas l’ange que tâattendsâ. L’habit ne fait pas le moine, c’est ça ?
2L : De un, et aussi, encore une fois, je pense, contrecarrer le cĂŽtĂ© âexposition Ă©gale mainstream, Ă©gale complaisance et conformitĂ©â, qui est parfois une idĂ©e reçue, qui n’est pas forcĂ©ment vraie pour tout le monde. Mais plutĂŽt dire, je tenterai, âje tenteraiâ, parce que je ne veux pas me prĂ©tendre plus courageuse que je ne le suis, mais je tenterai de ne pas trahir ce que j’ai dit et reprĂ©sentĂ© en passant Ă la tĂ©lĂ© et en portant les messages que j’ai portĂ©s lĂ -bas. Et dans la vie de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, mais c’est lĂ oĂč on m’a le plus vu, donc forcĂ©mentâŠ
Dans le titre AdodĂ©jantĂ©e, tu dis « Ce qui compte, c’est pas la finale, c’est la façon d’avancer ». Donc, ce n’est pas le but, c’est le chemin. Quel est quand mĂȘme le ou les buts que tu as en ligne de mire ? Et par quel chemin tu t’interdis de passer pour les atteindre ?
2L : Je pense que je m’interdis de passer par un chemin oĂč on mâimpose ce que je dois dire
Donc, l’indĂ©pendance
2L : Parce que se faire proposer des types de musiques, des types de sonoritĂ©s, je trouve que c’est toujours un truc de dĂ©couverte. Mais de dire, tu devrais dire ça plutĂŽt que ça, je trouve ça trĂšs dangereux, comme pente que tu prends. Parce qu’aprĂšs, tout le monde peut toucher Ă ton texte et aux propos que tu dĂ©fends. Ăa veut pas dire que, oui, il y a des phrases qu’on peut modifier, c’est pas ça que je dis, mais… Tu vois, de modifier l’idĂ©e de ce que tu portes.

Et ça t’oblige Ă ĂȘtre en indĂ© ?
2L : Je ne sais pas. Je pense que c’est bien sĂ»r une fiertĂ©, de faire des trucs en indĂ© et de rĂ©ussir Ă les faire et que ce soit propre, que ce soit clean. LĂ , tu vois le projet sort en indĂ©, c’est trop beau ! Il est magnifique, il est tout mignon. AprĂšs, je pense qu’aujourd’hui, en indĂ© ou pas en indĂ©, ça dĂ©pend aussi de quel type de contrat t’enchaĂźne Ă quelqu’un, parce qu’en indĂ©âŠmoi, je suis en contrat, avec Hall 26. Donc, ça reste un contrat, en vrai, pour moi
Quand je parlais du but ou des buts, je ne parlais pas forcément de musique. Je parlais aussi plus globalement dans ta vie en général
2L : Quand je dis ça, c’est aussi pour dire que la fin ne justifie pas les moyens. Et du coup, peu importe ton but, c’est important de considĂ©rer tout ce que tu vas croiser, notamment les personnes que tu vas croiser sur ce chemin-lĂ et de ne pas les nĂ©gliger. Et aprĂšs, moi, des buts, tu sais, je suis un peu au jour le jour, surtout en ce moment oĂč il se passe beaucoup de trucs. On verra. Et en vrai, il m’arrive tellement de trucs trop bien queâŠ
Une chose aprĂšs l’autre
2L : Ouais, c’est ça. J’ai mĂȘme pas besoin d’un but, lĂ . Juste tout ce qui m’arrive, c’est trop cool et on le vit et c’est trop bien

Dans Bagarre, tu dis qu’ âon est les aveuglĂ©s du spliffâ. Quoi d’autre peut nous aveugler ?
2L : (rires) On est aveuglĂ© par toutes les images qu’on voit, on est aveuglĂ© par les Ă©ducations qu’on reçoit, on est aveuglĂ© par le monde qu’on nous vend toute la journĂ©e, et se battre contre les idĂ©es qu’on essaye de nous imposer c’est extrĂȘmement dur en vrai. De la mĂȘme maniĂšre qu’une addiction au spliff
Est-ce que l’appĂąt de l’oseille, ça peut aveugler aussi ? Tu dis notamment âce qu’on veut, ce n’est pas la thuneâ
2L : âSi tu la donnes, je ne crache pas dessusâ
Oui, Ă©videmment. Mais ce n’est pas une fin en soi
2L : En fait, c’est prouvĂ© scientifiquement qu’Ă partir d’un certain montant de thunes, ton bonheur ne monte plus. Donc, ça prouve bien que pour moi, lĂ -dedans n’est pas la rĂ©ponse. En vrai, je pense que oui, bien sĂ»r, on vit dans un monde oĂč il y a besoin d’une stabilitĂ© Ă©conomique pour ne pas se sentir stressĂ©, parce qu’il y a beaucoup de choses Ă payer, tout simplement, et parce que la situation d’artiste, elle est aussi assez prĂ©caire, parce que tu dĂ©pends certainement de l’Ă©cho que tu reçois un petit peu. Donc, cette question de la thune, elle est forcĂ©ment prĂ©sente, et aprĂšs, ça ne peut pas ĂȘtre une fin en soi, parce qu’en fait… Les gens n’Ă©coutent pas que quelqu’un parce qu’il fonctionne ou parce que ce qu’il fait, c’est pour faire de la thune. Je pense que chez certains artistes, ça va fonctionner. Je pense que notamment avec ce que j’essaie de dĂ©fendre, il y a une incohĂ©rence. Si je faisais ça, carrĂ©ment, ce n’est mĂȘme pas cool philosophiquement. Je ne suis mĂȘme pas sĂ»re que mon public trouverait ça cohĂ©rent.
Tu pourrais aussi céder aux sirÚnes
2L : Je pense qu’il faut ĂȘtre honnĂȘte, on n’a pas non plus un impact immense en tant qu’artiste quand on fait quelque chose, quoi que ça soit, comparĂ© Ă d’autres gens qui ont des dĂ©cisions politiques, par exemple, qui posent des dĂ©crets et qui impactent vraiment la vie des gens. Mais par contre, c’est vrai qu’il faut faire attention Ă tout ça et notamment pour ce que tu reprĂ©sentes en vrai. Parce que toi, ta situation personnelle, âprendre ton bifâ, tu pourrais le voir comme une façon de, dans ta tĂȘte, niquer des grosses entreprises en leur âprenant de la thuneâ, en acceptant des trucs ou je ne sais pas quoi, parce que tu t’en fous au fond ou je ne sais quoi. On pourrait dĂ©velopper un espĂšce de raisonnement pour se sauver de ça, mais en vrai, c’est surtout pour ce que tu reprĂ©sentes. Pour les gens. Moi, ce que les gens me disent, c’est que ça leur fait plaisir de voir qu’il y a des artistes engagĂ©s. Ce n’est pas de se dire que je fonctionne, c’est de se dire qu’il existe des artistes qui vont rĂ©ussir Ă apporter d’une maniĂšre artistiquement cool un message qui leur parle aussi dans ce sens-lĂ . Donc, ça nĂ©cessite quelques compromis, forcĂ©ment, comparĂ© Ă la vie de âstarâ (rires) qu’on peut mener, mais ce n’est pas grave
Et dans Rien aussi, tu dis « je ne veux pas que tu me ressembles ». Je le prends comme une incitation Ă la diffĂ©rence et une pique aux trends. Est-ce que c’est un peu ça ?
2L : Oui, je dis « j’aime les autres, je ne veux pas que tu me ressembles ». Je pense que c’est dangereux de n’aimer que les gens qui nous ressemblent, parce qu’on ne garde aucune ouverture au reste du monde. Il y a tellement de situations diffĂ©rentes qui existent, il faut toujours garder l’esprit ouvert, tout simplement.

Tâas un titre qui s’appelle « Vraie victoire ». C’est quoi la vraie victoire dans la vie ?
2L : LĂ , dans le son, c’est rigolo parce que je parle de tout ce qu’on porte sur moi depuis Nouvelle Ăcole, et comment je garde quand mĂȘme une idĂ©e trĂšs claire de ce que je veux faire et comment je veux que ce soit bien appropriĂ© comme mien, en tant qu’idĂ©e, en tant qu’Ćuvre. Et en mĂȘme temps, je parle d’une vraie victoire parce que la vraie victoire, c’est de rĂ©ussir Ă faire ça. En vrai, si je te parle d’actuellement, la vraie victoire, c’est qu’il y a des centaines de milliers de personnes qui m’ont Ă©coutĂ© et que c’est une dinguerie et que je reçois de l’amour de milliers de personnes et que c’est des personnes qui m’ont donnĂ© un amour qui est… Enfin, je sais pas, c’est incomparable. C’est sans commune mesure, je sais mĂȘme pas comment dire le mot. Tu vois ce que je veux dire ? Donc ça, c’est une vraie victoire comparĂ©e Ă n’importe quoi que tu peux avoir dans ta vie. Et une vraie victoire, c’est de rĂ©ussir Ă le faire en Ă©tant qui je suis, malgrĂ© tout.
Dans Diapason, tu dis âil ne faut pas grand-chose pour que les hommes s’accordent.â Ăa s’adresse Ă l’AssemblĂ©e nationale, ça ?
2L : (rires) Ăa s’adresse Ă tout le monde.
Plus sĂ©rieusement et plus gĂ©nĂ©ralement, il suffirait de quoi pour que les hommes s’accordent ?
2L : LĂ , le morceau s’appelle « Diapason » parce que le diapason, ça permet de s’accorder en musique. Du coup, le petit jeu avec le mot est lĂ .
Justement, est-ce que c’est toi qui donne le « la » ?
2L : (rires) On peut ! Il peut y avoir plusieurs interprĂ©tations. Je pense qu’il peut y avoir une interprĂ©tation un petit peu Ă©gocentrique peut-ĂȘtre, mais mĂȘme juste avec des choses fĂ©dĂ©ratrices qui peuvent ĂȘtre des musiques ou autre chose, on peut rĂ©ussir Ă se comprendre et Ă voir que tout ça n’est en partie que tout un tas de choses pas comprises ou pas sues. Et d’un autre cĂŽtĂ©, toute la situation politique nous Ă©chappe complĂštement en tant qu’ĂȘtres humains parce que c’est accaparĂ© par des gouvernements, alors qu’on est capable de discuter, on est capable de faire les choses. L’intelligence collective est plus forte que ça. Et il suffit de pas grand-chose parce qu’en fait on pourrait tous aller toquer Ă la porte de nos voisins et dĂ©cider tous ensemble, que maintenant le quartier soit gĂ©rĂ©, et c’est nous qui dĂ©cidons, on pourrait le faire. Et donc, toutes les choses comme ça ne tiennent pas Ă grand-chose. Et tu peux le voir aussi dans des cercles plus petits, entre amis. Il suffit d’une discussion, il suffit d’une petite Ă©tincelle des fois.
Ouais, mais parfois juste pour susciter le débat, pas pour trouver un accord
2L : Bien sĂ»r, mais je pense que c’est une illusion de penser qu’on va rĂ©ussir Ă un jour obtenir un statut quo. Tu vois, la vie, ce n’est pas ça. La vie, c’est une perpĂ©tuelle Ă©volution. On rediscute tout dans la vie pour ĂȘtre libre. La libertĂ©, ce n’est pas d’avoir une liste de lois qui dicte comment tu es protĂ©gĂ©. La libertĂ©, c’est de pouvoir discuter la composition de comment on vit. et c’est pouvoir le discuter tout le temps, et que ça ne s’arrĂȘte jamais de discuter, c’est ça la vraie libertĂ©, si on se dit qu’Ă un moment ça arrĂȘte de discuter c’est qu’on t’a niquĂ© !

Dans Mensonge tu dis âle talent c’est quoi ? Du travail et un coup de chanceâ.
2L : Je dis â5 ans, c’est quoi ?â 5 ans, c’Ă©tait un peu le nombre d’annĂ©es depuis lesquelles je rappais, au moment oĂč j’Ă©cris le morceau. Je ne calcule pas les consĂ©quences, parce qu’en fait, il m’est arrivĂ© plein de trucs, et tout ce qui m’est arrivĂ©, c’est un peu fou, quand je le dis comme ça, mais genre, ça s’est fait un peu comme ça. On m’a proposĂ© âouais, ok, je le fais, ouais, okâ, et puis je croise la casteuse de Nouvelle Ăcole dans les toilettes dâun concert, et elle me dit âouais, vas-y, t’es chaud ?â âAh ouais, vas-y, je suis chaudâ. Et… Un peu de tout comme ça, en fait, depuis le dĂ©but que je fais du rap.
Bernard Werber dit « Dans la vie, il y a trois facteurs, le talent, la chance, le travail. Avec deux de ces facteurs, on peut rĂ©ussir, mais l’idĂ©al est de disposer des trois. » Brel, lui, a dit « Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose. » Et enfin, il y a Thomas Jefferson qui a dit « Je crois beaucoup Ă la chance. Et je constate que plus je travaille, plus j’en ai.â Duquel tu te rapproches le plus ?
2L : Je pense que le troisiĂšme est vrai, mais qu’il faut avoir eu un coup de chance d’abord. Pour Brel, le talent, c’est d’avoir envie, je suis assez d’accord avec ça. Le premier talent, c’est d’avoir envie. Tu dois ĂȘtre animĂ© par une espĂšce de ferveur. C’est ça, le talent. Mais ça te pousse Ă faire. Ăa te pousse Ă rĂ©flĂ©chir aussi, pas que faire, mais rĂ©flĂ©chir aussi. Par contre, je pense qu’il y a des gens qui mettent beaucoup beaucoup beaucoup de travail et de temps dans les choses et qui n’ont pas de chance, parce que la situation ne se prĂ©sente pas bien. Je pense que c’est important de ne pas nĂ©gliger cet aspect, qu’il y a de la chance. Elle n’est pas forcĂ©ment augmentĂ©e par ton travail. Donc plutĂŽt la premiĂšre et la deuxiĂšme.
Globalement, ce qui ressort de ce que tu proposes, y compris dans Fugue, ton prĂ©cĂ©dent projet, c’est l’image de quelqu’un qui refuse de se plier aux codes. Dans ta presta finale de Nouvelle Ăcole, on Ă©tait dans une imagerie contestataire, de manif, type Black Blocks. Est-ce que tu es proche des milieux squat, anars et autres ?

2L : Je viens d’une famille plutĂŽt politisĂ©e, qui a plutĂŽt un peu dans ces milieux-lĂ , un peu plus tĂŽt. Et puis voilĂ , de famille de militants syndicaux surtout. Et aprĂšs, tâes parisienne, tu frĂ©quentes un petit peu des milieux comme ci, comme ça, par-ci, par-lĂ .
Ăa a aidĂ© Ă forger ta vision et ta pensĂ©e politique ?
2L : ForcĂ©ment. AprĂšs, je pense qu’il y a plein de choses qui nourrissent et ce n’est pas forcĂ©ment en traĂźnant qu’avec des militants qu’on se nourrit politiquement parce que ce qui est intĂ©ressant, c’est de voir l’application au monde gĂ©nĂ©ral. Ăa reste un milieu qui est assez petit, c’est pas beaucoup de gens, mais trĂšs actifs ou que tu vois souvent. Donc c’est important de rester ouvert au reste du monde justement pour nourrir sa rĂ©flexion.
Tes engagements englobent le combat fĂ©ministe. Presque Ă©videmment, j’ai envie de dire. Ce qui m’amĂšne Ă cette question, c’est le sweat que tu portes sur lequel il est marquĂ© « Avant les fĂ©ministes posaient des bombes ». J’aimerais que tu commentes ça.
2L : C’est le t-shirt d’une fĂ©ministe artiste qui fait des t-shirts, des casquettes, etc., qui s’appelle Olympe Reve. Et du coup, c’est pour critiquer les mecs qui disent que les fĂ©ministes Ă©taient mieux avant parce qu’elles avaient des vrais combats. Parce qu’en fait, les mecs ont toujours dit ça. Tu regardes au moment oĂč les femmes se battaient pour le droits de vote, t’as des articles qui sortaient en disant que Olympe de Gouges avait un combat plus noble. Enfin, tu vois, t’as toujours eu un encensement du passĂ© au dĂ©triment des fĂ©ministes actuelles. Et c’est drĂŽle, parce qu’en fait on Ă©lude beaucoup la radicalitĂ© des luttes fĂ©ministes qu’il y a eu dans l’histoire. Les fĂ©ministes, elles, ont produit des Ă©crits hyper radicaux trĂšs, trĂšs tĂŽt dans l’histoire. T’as un journal argentin, qui s’appelle La voz de la Mujer, un journal anarchiste fĂ©ministe, qui date de 1896, qui est une dinguerie. Elles disent que tous les mecs qui se prĂ©tendent de gauche sont des gros machos, on vous nique en fait ! Ce cĂŽtĂ© radical fĂ©ministe a toujours Ă©tĂ© Ă©ludĂ© au profit d’un combat institutionnel, pour l’Ă©galitĂ© des droits, ou en loi, etc. Alors qu’il y a toujours eu plein de fĂ©ministes qui Ă©taient en mode âmoi je ne veux pas qu’il y ait plein de patronnes, je ne veux pas de patrons tout courtâ. Et donc, il se trouve que les suffragettes ou les personnes qui dĂ©fendaient le droit de vote, dĂ©fendaient aussi bien d’autres choses. Et pour dĂ©fendre leur cause, mĂȘme le droit de vote, elles posaient des bombes, elles faisaient des attentats dans des magasins, etc. Mais voilĂ , elles ne faisaient pas rien du tout. Il y avait vraiment des grosses actions qui Ă©taient bien, bien plus radicales que ce qui se passe aujourd’hui en termes de dĂ©monstration de force et de violence.
Ăa s’est ramolli ?
2L : Ce sont les institutions qui ont réprimé plus fort, en réalité
Pour conclure, j’aimerais que tu me dises un mot de ta collab avec Hall 26 Records, donc Souffrance et Tony Toxic, et que tu me parles de tes projets et dates Ă venir.
2L : Avec Hall 26, c’est le deuxiĂšme projet sur lequel on bosse ensemble. Et c’est trop cool. Et on bosse aussi avec d’autres gens, tu vois, donc c’est bien. Il y a une Ă©quipe un peu diverse et variĂ©e, qui vient de plusieurs univers dans cette Ă©norme musique qu’est le rap.

Comment ça s’est fait ? Ce sont eux qui sont venus vers toi ?
2L : J’ai rencontrĂ© Souffrance d’abord dans des open mics. Et aprĂšs, on s’est connectĂ©s, il m’a vu en concert, on a commencĂ© Ă parler, on avait un espĂšce de contact d’artiste, quoi. On se tenait un peu au courant. Et puis aprĂšs, on a commencĂ© Ă travailler ensemble, vraiment, en tant que Hall 26, et avec Tony Toxic, et voilĂ . Et aprĂšs, on a formalisĂ© le tout.
Ok, tâas d’autres engagements ? Il y a d’autres projets Ă venir avec eux ?
2L : On va encore sortir de la musique. Et puis lĂ , on fait des dates quand mĂȘme. On va en tournĂ©e dans toute la France. Il y a Saint-Brieuc. AprĂšs, il y aura Cherbourg. AprĂšs, Toulouse, Castres, Lyon…
T’es en festival cet Ă©tĂ© ?
2L : Ouais. Je fais les Ardentes, Esperanzah!.
T’es aussi au Flow Ă Lille au mois de mars ?
2L : Je suis au Flow le 7 mars. Donc pas mal de trucs, ouais. Beaucoup, beaucoup de trucs. Et puis du coup, musique. Et ouais, ça va ĂȘtre trop cool
Super. Je te remercie beaucoup 2L. Merci pour le temps accordé et on se croise à Lille !
2L : Merci Scolti !
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