Scolti : Salut Shani, une nouvelle fois : bienvenue chez SKUUURT. Je suis vraiment ravi de pouvoir enfin Ă©changer avec toi. Tâavais rencontrĂ© Louise Ă l’AĂ©ronef pour une premiĂšre interview pour nous, dont je reprendrai peut-ĂȘtre quelques questions. TâĂ©tais lĂ -bas Ă l’occasion de la premiĂšre partie de MĂ©dine en septembre 2025. Quâest-ce qui s’est passĂ© pour toi depuis ?
Juste Shani : Pas mal de choses. DĂ©jĂ , principalement au niveau de mon entourage professionnel, les choses ont beaucoup bougĂ©. Jusqu’Ă prĂ©sent, j’Ă©tais 100% indĂ©pendante sur toutes les Ă©tapes du processus musical. Et lĂ , grĂące aussi Ă l’engouement que mon projet a suscitĂ© en 2025, j’ai pu rencontrer d’autres labels et maisons de disques. Et donc maintenant, je suis en licence lĂ oĂč avant j’Ă©tais Ă 100% indĂ© et c’est top parce que ça permet de garder la production du projet mais ça me libĂšre plus de temps pour me concentrer sur la musique,et avec des Ă©quipes renforcĂ©es pour tout ce qui est promo, stratĂ©gie, etc, donc ça c’est vraiment trop coolÂ
Tu dĂ©fendais DIAMANT NOIR Ă l’Ă©poque ? Et si je ne me trompe pas, il n’y a pas d’album qui est sorti depuis
J.S : Non, il n’y a encore que des singles, pas mal de collabs. Le projet continue Ă monter en visibilitĂ©, mais effectivement, qu’Ă travers des one-shots
RĂ©cemment, il y a eu deux apparitions qui ont fait du bruit. Le freestyle aux Flammes, qui a donnĂ© le titre La Vraie Vie, Et puis le cypher avec Orelsan, qui a donnĂ© le titre Boss. C’est quoi la vraie vie pour Shani ?
Ah ! bonne question !! La vraie vie, au sens oĂč je le dis dans le titre, c’est juste de pouvoir kiffer, de pouvoir faire ce qu’on a envie de faire, c’est la vraie vie dans le sens âsans ĂȘtre Ă©crasĂ© par trop de contraintes, trop d’injonctionsâ, c’est ĂȘtre libre finalement, et c’est ça que je dis un peu dans le texte, je voulais seulement en jouer, c’est ĂȘtre libre
C’est en lien direct avec la libertĂ©, et est-ce que la libertĂ© passe notamment par l’argent ?
Hum ! Bonne question !! Dans ma façon de voir les choses, pas en premier lieu. Pour moi, c’est vraiment plus la place de l’individu dans la sociĂ©tĂ© et le fait d’ĂȘtre libĂ©rĂ© des injonctions de la sociĂ©tĂ©. C’est d’abord par lĂ que je vois la quĂȘte de libertĂ©. AprĂšs, oui, dans une certaine mesure, l’argent peut ĂȘtre un moyen d’y arriver, mais bon, je ne sais pas, jâai plein de contre-exemples de gens qui, mĂȘme s’ils ont des moyens,, sont quand mĂȘme… emprisonnĂ©s dans d’autres formes de contraintes ou de schĂ©mas
Et comment on peut tendre vers cette liberté ? Par quels biais ?
Je pense que c’est Ă la fois une quĂȘte personnelle, de chercher de la confiance en soi, d’arriver Ă s’Ă©couter. Mais je pense que c’est un travail assez intense et assez long, mais qui doit faire beaucoup de bien. Et je pense que c’est aussi un combat sociĂ©tal. Parce qu’on a besoin que tout le monde joue le jeu, quelque part. Pour que j’arrive vraiment Ă ĂȘtre libre, il faut laisser les autres ĂȘtre libres aussi. C’est aussi un truc de sociĂ©tĂ©
Est-ce que cette libertĂ©, ça passe aussi par le « bientĂŽt, j’ouvrirais plus vos putains de lettres » de Booba ?
J’ai pas la rĂ©f
C’est l’une de ses punchlines. âBientĂŽt, j’ouvrirais plus vos putains de lettresâ. Qui a un axe sur un exemple trĂšs prĂ©cis de libertĂ© dans cette idĂ©e de se dĂ©tacher complĂštement des injonctions de la sociĂ©tĂ©. Est-ce que tu penses que ça passe par des petites choses comme ça ? En gros, l’idĂ©e c’est que tu n’ouvres plus ton courrier, tu n’ouvres plus les factures, tu n’ouvres plus les amendes, tu n’ouvres plus les injonctions d’un tel ou un tel
Ah ! Moi, c’est pas dans ce sens-lĂ . Moi, c’est vraiment plus sur l’idĂ©e d’ĂȘtre qui on est, de mener les projets qu’on veut. AprĂšs, si pour ça, ça n’empĂȘche pas Ă mon sens de se tenir Ă des engagements et de les respecter tant qu’on les a choisis, en fait. Moi, c’est ça, c’est ne pas subir des trucs et devoir ouvrir des lettres qu’on n’a pas choisi de recevoir. Mais par contre, si tâas lancĂ© tel et tel projet et que ça implique de respecter certaines contraintes, ce n’est pas ça le problĂšme en soi. Moi, je voyais plus le cĂŽtĂ© des choses qu’on ne choisit pas.
OK. Dans ce texte aussi, La Vraie Vie, tu dis que tâes âjuste une meuf qui fait mieux qu’euxâ. C’est qui, eux ?
Les garçons ! Je ne suis pas un garçon manquĂ©, je suis une meuf qui fait mieux qu’eux. Mais en fait, c’est juste une rĂ©ponse Ă cette comparaison. DĂšs qu’une fille pratique une activitĂ© qui est rĂ©putĂ©e masculine, ça peut ĂȘtre le rap, ça peut ĂȘtre le foot, ça peut ĂȘtre la moto ou autre, on va dire tout de suite : c’est un garçon manquĂ©. Mais en fait, est-ce que cette expression-lĂ ne cache pas une frustration de âça dĂ©range de voir une femme qui fait au moins aussi bien que les garçons dans cette mĂȘme activitĂ©â ?
Tu le dis dans un Ă©tat d’esprit clash ou alors tu le penses profondĂ©ment ?
Ce que je pense profondĂ©ment, c’est que l’expression de âgarçon manquĂ©â est vraiment injuste. C’est ça mon message. Quand je parlais du fait d’ĂȘtre libre, c’est typiquement le genre d’exemple et d’injonction auquel j’essaye d’Ă©chapper, justement. C’est… pouvoir faire les activitĂ©s qu’on a envie de faire sans qu’on ait cette injonction sociĂ©tale de « c’est bizarre, je fais un truc de garçon »
C’est en s’affirmant de cette façon qu’on peut se positionner quand on est une femme dans le rap game ?
Je pense que c’est d’abord en faisant de la musique qui nous parle et en l’incarnant. Je pense qu’en fait, homme ou femme, ça passe d’abord par juste faire la musique qui nous parle et l’incarner. Et aprĂšs, si, pour la musique qui nous parle, on se prend des remarques juste parce qu’on est une femme, je trouve qu’on doit passer au niveau 2, qui va ĂȘtre d’imposer son truc et de l’affirmer : mĂȘme si je suis une femme, je fais cette musique, peu importe ce qu’on en dira.
En quoi c’est handicapant dans le game français d’ĂȘtre une rappeuse ? Tâas souvent parlĂ© des open mics oĂč tâĂ©tais la seule meuf
Ouais. En fait, ce qui est un peu handicapant, c’est ce truc d’avoir un peu la double pression, la double attente des autres. C’est un peu ça
Que tu ressens ou que tu vis ?
Les deux. Que je ressens et que je constate. Je donne souvent l’exemple des open mics, mais il y a cette ambiance oĂč on n’est pas encore habituĂ© Ă voir beaucoup de meufs en open mic. Donc moi, en tout cas, quand je l’ai vĂ©cu Ă l’Ă©poque, parce que ça a commencĂ© il y a quelques annĂ©es, on me demandait plutĂŽt j’Ă©tais la meuf de qui ? Ou alors, est-ce que j’ai apportĂ© le matĂ©riel ? Un peu comme on l’a vu dans la scĂšne qui a marquĂ© les esprits dans la derniĂšre saison de Nouvelle Ăcole, oĂč il y a une meuf qui doit faire un battle contre un gars, et le gars lui demande si c’est elle qui a organisĂ© l’Ă©mission, etc. Ce truc, ce n’est pas faire ressentir, c’est un constat d’attitude des personnes envers nous, de « vous n’ĂȘtes pas censĂ© ĂȘtre lĂ , qu’est-ce que tu fais lĂ ? » C’est ça qui fait que c’est une pierre de plus Ă surmonter par rapport aux mecs
J’ai l’impression que c’est pas tout Ă fait la mĂȘme aux US, oĂč la liste trĂšs longue de rappeuses comme Doechii, Lauryn Hill bien avant elle, Nicki Minaj ou plus rĂ©cemment Earthsignchels, pour ne citer qu’elles, ont toujours Ă©tĂ© sur le devant de la scĂšne, Ă jeu Ă©gal avec les mecs, qui de toute façon ne pouvaient que s’incliner face Ă la vĂ©ritĂ© du terrain. C’est quoi la diffĂ©rence avec le rap FR ? C’est une affaire de culture ?
Peut-ĂȘtre. C’est vrai que je n’ai pas forcĂ©ment la rĂ©ponse, mais force est de constater qu’aux Ătats-Unis, il y a beaucoup plus de femmes intĂ©grĂ©es dans l’industrie et qui rĂ©ussissent autant que les mecs.
Voire plus que certains
Je ne sais pas ce qui s’est passĂ© en France. Oui, voire plus, je ne sais pas, j’ai pas les moyennes de chaque genre, mais en ce moment, on voit des artistes fĂ©minins succesfull et des artistes masculins succesful, et je ne sais pas pourquoi en France, dans le rap en tout cas, parce que dans d’autres esthĂ©tiques comme la variĂ©tĂ© ou la pop, on a quand mĂȘme aussi beaucoup de modĂšles de rĂ©ussite fĂ©minin, mais dans le rap, on en a beaucoup moins. Et je sais pas. J’avoue, oui, hypothĂšse, ça peut ĂȘtre une raison culturelle, mais dur de mettre le doigt exactement sur ce qui se passe.
Est-ce qu’aujourd’hui, ĂȘtre rappeuse ou chanteuse implique inĂ©vitablement d’avoir des positions fĂ©ministes ?
Pour moi, ĂȘtre une femme, ça implique d’avoir des positions fĂ©ministes. C’est encore plus large que le milieu de la chanson ou du rap
Parce qu’on peut parfois avoir l’impression que c’est l’angle le plus rĂ©pandu chez les rappeuses ou les chanteuses, comme s’il fallait le marteler plus que jamais. Tâas le sentiment qu’il y a une rĂ©gression sur ce sujet ?
Je pense que pour les artistes en gĂ©nĂ©ral, une partie de leur message, c’est le monde qui nous entoure. Nous, on a ce haut-parleur-lĂ pour dĂ©noncer ces injustices qu’on constate dans notre quotidien et dans le quotidien de beaucoup de femmes. Mais dans d’autres milieux, une femme en entreprise par exemple, est fĂ©ministe, une femme dans le sport est fĂ©ministe. C’est juste que peut-ĂȘtre c’est pas leur mĂ©tier de l’exposer haut et fort. Mais voilĂ , ça c’est plus que nous, on a la chance de pouvoir porter ce message un peu plus fort et de participer Ă , j’espĂšre, faire bouger les mentalitĂ©s sur scĂšne. Oui, oui, pour moi, c’est juste que, comme toutes les femmes, comme beaucoup de femmes, on est forcĂ©ment touchĂ©es par ce sujet du fĂ©minisme. Et juste en tant que chanteuse et rappeuse, on a en plus l’occasion de le mettre en musique
Mais on pourrait avoir l’impression qu’il y a un paradoxe entre la montĂ©e du fĂ©minisme et certaines rĂ©gressions, on voit les affaires qui se succĂšdent et qui soulĂšvent l’indignation, mais on se rend compte aussi qu’elle n’est pas gĂ©nĂ©rale. ParallĂšlement au dĂ©veloppement des discours et des actions fĂ©ministes, il y a le masculinisme qui grappille du terrain. Comment tu regardes ça et comment tu l’expliquerais ?
Je ne sais pas forcĂ©ment comment l’expliquer, mais je regarde ça d’un Ćil un peu inquiet, franchement. Je trouve ça inquiĂ©tant de voir que mĂȘme chez les plus jeunes, les jeunes garçons, etc. ça gagne du terrain. Et je me dis que peut-ĂȘtre qu’il y a une façon de dialoguer qu’on n’a pas encore complĂštement trouvĂ©e. J’ai l’impression que souvent, dans beaucoup de causes, il y a beaucoup d’entre-soi. On est beaucoup trĂšs convaincus entre nous-mĂȘmes de ce qu’on dĂ©fend. Mais ce qui est dur, c’est d’aller dialoguer avec l’autre, transmettre le message Ă tous les niveaux. C’est ça qui est dur. MĂȘme s’il y a une dĂ©mocratisation du discours, justement un dĂ©veloppement du discours fĂ©ministe, j’ai l’impression qu’il n’est pas encore totalement dĂ©mocratisĂ©, qu’il n’est pas encore vraiment infusĂ© partout.
Et qu’il y a encore du chemin. Dans Tout Schuss, tu dis « je suis fĂ©ministe et j’aime ĂȘtre attachĂ©e ». Tu pourrais dĂ©velopper ?
C’est une petite punchline, mais c’est pour rĂ©pondre Ă certains clichĂ©s qu’on voit aussi parfois de la part des masculinistes sur les fĂ©ministes. Le clichĂ© de la fĂ©ministe frustrĂ©e, etc. C’est juste pour dire que ce n’est pas parce que tu es fĂ©ministe que tu ne peux pas ĂȘtre libĂ©rĂ©e sexuellement, que tu ne peux pas t’amuser, que tu ne peux pas avoir une vie. Souvent, il y a ce clichĂ© qui est assez ridicule
Je suis d’accord et t’es la premiĂšre que je vois dire ce genre de phrases, donc ça a retenu mon attention. Effectivement, au delĂ de ces prises de positions fĂ©ministes, tu dĂ©nonces d’autres faits de sociĂ©tĂ©, tu t’Ă©lĂšves contre le racisme, ou la sociĂ©tĂ© de consommation par exemple, est-ce que ton art est indissociable de l’engagement ?
Ouais je pense. C’est tellement des sujets qui, Ă titre personnel, m’intĂ©ressent et me parlent que forcĂ©ment, ça se retrouve. En fait, quand tu Ă©cris, tu Ă©cris ce que tu ressens et ce que tu as dans la tĂȘte. Je pense qu’en tout cas, dans ma façon de faire de l’art, c’est trĂšs personnel. Que ce soit sur des sujets de sociĂ©tĂ© ou que ce soit juste sur mon parcours perso, comment je me sens, mes pensĂ©es et tout, j’envoie vraiment ce que j’ai dans la tĂȘte et dans le cĆur.
Donc ça vient de quelque chose de profond, de naturel aussi
Ouais, c’est ça, en tout cas de sincĂšre et de personnel
En quoi la musique peut contribuer à faire évoluer ou changer le monde ?
Je pense que ça peut toucher les mentalitĂ©s, en tout cas je l’espĂšre. Pour moi, que ce soit des paroles pleines d’espoir, qui vont ĂȘtre reprises par des foules entiĂšres, ou que ce soit des prises de position mĂȘme de la part de certains artistes qui sont quand mĂȘme des modĂšles, je pense que vraiment ça peut contribuer Ă faire bouger les mentalitĂ©s. Peut-ĂȘtre que chez certains, c’est un peu trop tard, mais en espĂ©rant que par exemple chez les plus jeunes, ça contribue Ă leur donner des modĂšles, Ă les inspirer dans leur construction.
Je pense aussi. Je pense qu’on a Ă©tĂ© forgĂ©s avec ce qu’on a entendu, entre autres. Est-ce que du coup, le fait de te retrouver avec ce mĂ©gaphone, impose une responsabilitĂ© ?
Ă titre perso, non, je ne le verrais pas comme une responsabilitĂ©. Enfin, c’est dur Ă dire. C’est un dĂ©bat super dur. Par exemple, je ne me permettrais pas de dire de la part d’un autre artiste que moi qu’il ou elle a une responsabilitĂ©. La premiĂšre dĂ©marche dâun artiste est vraiment personnelle pour moi. Si tu ressens un truc, tu dois le dire. Tu ne dois pas dire, oui, mais en fait, ça va heurter ceci ou impacter cela et tout. C’est d’abord une recherche artistique, en fait. C’est d’abord un truc perso, une vision de la musique, une vision de la beautĂ© et que tâas envie d’exprimer. AprĂšs, moi, je n’ai mĂȘme pas besoin de me mettre une responsabilitĂ©. Je suis juste alignĂ©e. J’ai juste besoin d’ĂȘtre alignĂ©e. J’ai l’impression qu’Ă partir du moment oĂč je suis alignĂ©e, je vais assumer ce que je veux dire. AprĂšs, il se trouve que dans mes positions, enfin, comme je n’ai pas de position vraiment antisociale, ni raciste, ni homophobe, ni rien, je ne vais pas m’exprimer de cette façon-lĂ . Mais ce n’est mĂȘme pas une responsabilitĂ©, c’est juste que je suis alignĂ©e avec mes valeurs.
Mais tu pourrais aussi t’auto-censurer par calcul, par exemple
Ouais, mais du coup, j’ai l’impression que je n’ai pas Ă le faire. Câest pour ça que je ne le fais pas. Et je ne vois pas sur quoi, peut-ĂȘtre par chance, mais du coup, dans mes valeurs, je n’en vois pas vraiment Ă censurer
T’es alignĂ©e
Pour l’instant, ouais, voilĂ , c’est ça
J’allais te demander si tes prises de position passaient aussi par le fait d’ĂȘtre indĂ©, mais tu m’as dit que tu ne l’Ă©tais plus. Donc, quand tu l’Ă©tais, c’Ă©tait par choix ou par dĂ©faut ?
En fait, ça dĂ©pend de ce qu’on entend par indĂ©. Je suis indĂ©pendante dans la production de ma musique par choix, dans le sens oĂč je suis productrice et du coup, ce qui est important pour moi, c’est de garder la maĂźtrise et la propriĂ©tĂ© de mes masters. Et par contre, indĂ© dans le sens d’ĂȘtre vraiment toute seule, toute seuls Ă tout gĂ©rer, ça c’Ă©tait pas par choix, c’Ă©tait par dĂ©faut. Le but c’est d’ĂȘtre entourĂ©e. En fait, il y a trĂšs peu d’artistesâŠĂ§a dĂ©pend de ce qu’on entend par indĂ©, mais mĂȘme dans le rap, ce qui est trĂšs commun, c’est le contrat de distribution. C’est qu’une dĂ©clinaison, c’est juste un autre step aprĂšs le contrat de licence. Mais en fait, c’est quand mĂȘme des artistes qui sont signĂ©s en maison de disque d’une façon ou d’une autre. Pour moi, la grande indĂ©pendance est plus au niveau de la production
J’ai vu ton Ă©quipe grandir aussi au fur et Ă mesure, par rapport Ă la toute premiĂšre fois oĂč on a Ă©tĂ© en contact avec Ălodie (sa manager). C’Ă©tait la premiĂšre fois oĂč tu faisais Les Ardentes, ça devait ĂȘtre il y a trois ans, quelque chose comme ça
Ouais, exactement. Trois ou quatre ans, ouais
Et oĂč tu Ă©tais complĂštement indĂ© Ă 100%, presque seule. Mais il y avait dĂ©jĂ Ălodie Ă l’Ă©poque
Ouais, c’est ça. En fait, il y a vraiment la nuance entre indĂ© et seule. Parce qu’il y a plein d’artistes qui vont dire qu’ils sont indĂ©s parce qu’ils sont vraiment seuls, ils n’ont pas d’Ă©quipe. Il y a des artistes qui vont dire qu’ils sont indĂ©s, mais ils sont signĂ©s en distribution chez Universal. C’est un mot hyper galvaudĂ©. Ce qui est important pour moi, c’est le fait qu’un artiste ne doit pas ĂȘtre dĂ©possĂ©dĂ© de la propriĂ©tĂ© de sa musique. C’est vraiment ça qui me parle
Tâes une grande lectrice. En quoi c’est important de lire ?
Franchement, avec les annĂ©es, je me rends compte…que ça fait du bien au cerveau, ça permet de rĂ©flĂ©chir, de penser Ă autre chose, de sourire sur le monde, de bien s’exprimer aussi. J’ai beaucoup lu dans ma jeunesse, mais juste par passion, sans calcul, sans me dire âc’est importantâ. Et en fait, je me rends compte des annĂ©es plus tard, dâĂ quel point ça m’a servi finalement. Ăa me sert dans mon Ă©criture, ça me sert aujourd’hui Ă dĂ©connecter, avec tout le taf qui me submerge, les Ă©crans, les rĂ©seaux sociaux et tout. Heureusement que j’ai cette soupape de dĂ©compression quâest la lecture
Ăa, c’Ă©tait pour la partie message adressĂ© Ă la jeunesse (rires) Parce que j’aimerais conclure en reformulant une question que Louise t’avait dĂ©jĂ posĂ©e. Tâas souvent Ă©voquĂ© le manque de modĂšles fĂ©minins noirs auxquels tu pouvais t’identifier ou qui pouvaient te reprĂ©senter. Est-ce que ça fait partie de tes objectifs de pouvoir ĂȘtre un de ces modĂšles pour des petites filles ou des ados ?
Ouais, carrĂ©ment. Franchement, dĂ©jĂ , pour tout le monde en gĂ©nĂ©ral, pour les jeunes d’une façon gĂ©nĂ©rale, les inspirer par mes valeurs, par tout ce que je reprĂ©sente. Mais c’est vrai qu’en plus, de voir de la diversitĂ© pour les enfants noirs, etc., je pense que ça peut vraiment aider Ă grandir, on a une bonne estime de soi, ça aide vraiment Ă se construire. Donc c’est indispensable. ForcĂ©ment, j’ai envie d’inspirer tout le monde et toute la jeunesse. Et je le vois en plus parfois mĂȘme en concert, que ce soit des garçons ou des filles, qu’ils soient noirs ou pas, je vois les petits qui chantent mes paroles et tout, et ça me donne beaucoup d’espoir sur la jeunesse
OK. Et pour la conclusion de la conclusion : qu’est-ce qu’on attend de Juste Shani jusqu’Ă fin 2026, peut-ĂȘtre mĂȘme 2027 ? Il y a peut-ĂȘtre des trucs dĂ©jĂ calĂ©s ?
Oui, dĂ©but 2027, surtout la grosse Ă©chĂ©ance, qu’est ma premiĂšre Cigale, le 21 avril 2027. C’est vraiment le mĂ©ga rendez-vous. Et d’ici lĂ , il y aura forcĂ©ment un projet. Je n’ai pas encore de date, malheureusement, Ă donner, mais en tout cas, on aura de quoiâŠ
Mais ça avance ? Tâes dĂ©jĂ dessus ?
Ouais, ça avance. C’est en cours, on est en train de boucler progressivement.
Je te remercie beaucoup pour le temps accordé Shani
Merci, avec plaisir !
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