PICHE, L’ITW

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Drag queen, rappeuse et performeuse, Piche s’est imposĂ©e comme l’une des figures marquantes de la saison 2 de Drag Race France. Entre musique, militantisme et spectacle, elle revient sur son parcours, l’impact de la cĂ©rĂ©monie d’ouverture des JO de Paris 2024 et ses projets Ă  venir.

Tu es drag queen, danseuse, rappeuse
 Comment décrirais-tu ton art à des lecteurs qui ne connaissent pas forcément ton parcours ?

Ok, c’est une question intense (rire). Je dirais que je fais de la musique un peu comme tout le monde : une musique qui ressemble Ă  la personne que je suis. C’est vrai qu’on n’a pas l’habitude de voir des personnalitĂ©s queer dans le rap parce qu’on trouve parfois paradoxal d’exprimer une hyperfĂ©minitĂ© dans un milieu trĂšs masculinisĂ©. C’est quelque chose qu’on voit moins souvent.

J’essaie de faire beaucoup de show-off avec les codes du drag, de pousser certains codes Ă  leur paroxysme. C’est quelque chose qu’on fait beaucoup dans le drag et qu’on retrouve aussi dans le rap. On a simplement moins l’habitude de le voir avec les codes du drag. Je fais donc du show, mais j’essaie aussi de faire passer des messages dans ma musique. C’est trĂšs important pour moi parce que le drag est, par nature, politisĂ©. Pour moi, c’est intrinsĂšquement liĂ© au drag.

Tu dis souvent que le drag et le rap sont liĂ©s parce qu’ils reprĂ©sentent tous les deux la lutte des minoritĂ©s Ă  exister Ă  travers l’art. Pourtant, le rap reste un milieu majoritairement masculin. Comment as-tu Ă©tĂ© accueillie ?

En vrai, j’ai envie de te dire que depuis que je suis dans ce milieu, je n’ai pas encore Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  de grosses problĂ©matiques liĂ©es Ă  ça. Les rares fois oĂč je me suis retrouvĂ©e dans des contextes trĂšs rap, ça s’est bien passĂ©. La derniĂšre fois, j’étais sur un festival Ă  Toulouse avec une programmation majoritairement rap dans la journĂ©e. Je me demandais si ce que je proposais n’allait pas paraĂźtre trop « out of the box ».

Finalement, le public a Ă©tĂ© hyper rĂ©ceptif. Je pense qu’on se fait beaucoup de clichĂ©s. Les gens sont plus ouverts qu’on ne le croit, surtout quand on leur propose quelque chose de sincĂšre et de qualitatif.

Qu’est-ce que Piche apporte Ă  Mike ? Est-ce que ce sont deux entitĂ©s diffĂ©rentes ?

Pas vĂ©ritablement. Pour moi, c’est un peu la mĂȘme chose. Je n’ai pas l’impression d’ĂȘtre une autre personne quand je porte une perruque. La seule chose que le drag change, c’est la maniĂšre dont on met certaines choses en lumiĂšre. Je deviens une espĂšce de sapin de NoĂ«l qui clignote et les gens n’ont plus vraiment le choix que de regarder ou d’écouter ce que je fais. Ça me permet de faire passer certains messages plus facilement.

Le drag me donne aussi une libertĂ© visuelle. Je peux pousser plus loin certaines idĂ©es, certaines excentricitĂ©s, certaines mises en scĂšne. Les gens s’attendent dĂ©jĂ  Ă  quelque chose de plus extravagant, donc cela ouvre Ă©normĂ©ment de possibilitĂ©s.

Tu as participĂ© Ă  la saison 2 de Drag Race France. Comment as-tu vĂ©cu l’arrivĂ©e de l’émission en France ?

Il faut ĂȘtre honnĂȘte : Drag Race a Ă©normĂ©ment participĂ© Ă  dĂ©mocratiser le drag. Cela a permis de faire tomber certains stĂ©rĂ©otypes et d’amener des discussions dans les familles sur ce qu’est rĂ©ellement le drag, ce que cela implique humainement, financiĂšrement, politiquement.

Avant la premiĂšre saison, je ne savais pas comment le public français allait rĂ©agir. Beaucoup pensaient que cela ne fonctionnerait pas ici. En vĂ©ritĂ©, j’ai Ă©tĂ© trĂšs agrĂ©ablement surprise. Les gens continuent de me surprendre. On a parfois tendance Ă  ĂȘtre fatalistes, mais la rĂ©alitĂ©, c’est que l’émission a trouvĂ© son public et qu’il existe une vraie curiositĂ© pour cet art.

Le fait que l’émission soit diffusĂ©e sur le service public est-il important ?

Je pense que l’émission aurait pu fonctionner ailleurs, mais le service public Ă©tait probablement l’endroit idĂ©al.

Si cela avait Ă©tĂ© diffusĂ© uniquement sur une chaĂźne privĂ©e, il y aurait eu quelque chose de plus capitaliste dans l’image renvoyĂ©e. Le fait d’ĂȘtre sur le service public est davantage en adĂ©quation avec les valeurs que porte le drag. Et puis cela montre aussi qu’un programme de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© peut avoir du fond. Ce n’est jamais le format qui pose problĂšme, c’est ce qu’on dĂ©cide d’y raconter.

Avec Drag Race France puis la cĂ©rĂ©monie d’ouverture des Jeux olympiques, tu t’es retrouvĂ©e trĂšs rapidement sous le feu des projecteurs. T’attendais-tu Ă  un tel engouement ?

Pas du tout. La saison 2 a particuliĂšrement bien fonctionnĂ©, notamment Ă  l’international, donc cela a Ă©tĂ© trĂšs fort pour toutes les participantes.

Mais je ne m’attendais pas Ă  voir autant de personnes Ă©couter ma musique, venir aux concerts, s’intĂ©resser Ă  mes projets ou Ă  mon parcours.

C’est quelque chose qui me surprend encore aujourd’hui.

Tu as Ă©galement Ă©tĂ© la cible d’une campagne de haine sur les rĂ©seaux sociaux aprĂšs les Jeux olympiques. Comment vas-tu aujourd’hui ?

TrĂšs honnĂȘtement, je vais bien.

Je ne suis pas quelqu’un qui se laisse trop atteindre par les critiques. Je prĂ©fĂšre consacrer mon Ă©nergie aux gens qui m’envoient de l’amour plutĂŽt qu’à ceux qui me dĂ©testent.

Pourquoi, selon toi, les messages d’ouverture portĂ©s pendant cette cĂ©rĂ©monie ont-ils Ă©tĂ© si mal compris ou dĂ©formĂ©s politiquement ?

Parce que les personnes qui nous détestent saisissent la moindre occasion pour décrédibiliser notre propos.

Elles voient l’interprĂ©tation qu’elles ont envie d’y voir et s’en servent ensuite pour nourrir un rĂ©cit politique.

C’est une mĂ©canique que l’on retrouve rĂ©guliĂšrement : rĂ©cupĂ©rer des images ou des propos, parfois de maniĂšre complĂštement dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ©, pour façonner un imaginaire collectif.

À quoi peut-on s’attendre sur cette premiĂšre tournĂ©e ?

La premiÚre tournée touche bientÎt à sa fin et nous avons commencé la tournée des festivals.

On a dĂ©jĂ  fait Ă©voluer certaines choses, ajoutĂ© des morceaux, davantage de temps de parole aussi parce que je n’ai encore qu’un album et qu’il faut bien tenir un peu plus longtemps sur scĂšne.

Mais le vrai changement arrivera avec la prochaine tournée, à partir de cet hiver. Il y aura de nouvelles musiques, une nouvelle scénographie et un spectacle totalement différent.

J’ai envie de prendre davantage de temps pour construire quelque chose de trĂšs prĂ©cis, parce que je suis extrĂȘmement touchĂ©e de voir des gens acheter des billets pour venir me voir. J’ai envie de leur rendre ça au maximum.

D’oĂč viennent tes influences et cette envie de casser les codes ?

À la base, je ne me retrouvais pas forcĂ©ment dans le rap.

Comme beaucoup de personnes queer, j’avais parfois l’impression d’écouter des rĂ©cits qui ne parlaient jamais de gens comme moi, voire qui pouvaient parfois les rejeter.

Puis je me suis dit qu’au lieu de me plaindre du systĂšme, il valait mieux essayer de l’intĂ©grer pour le faire Ă©voluer de l’intĂ©rieur.

En dĂ©couvrant davantage cette culture, je me suis rendu compte qu’il existait Ă©normĂ©ment de rappeurs et de rappeuses bienveillants, inclusifs et ouverts. Le problĂšme vient souvent davantage de ce que l’industrie dĂ©cide de mettre en avant.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

Je suis incapable de retenir ce que j’écoute !

Mais rĂ©cemment, il y a Mohamed qui a sorti quelque chose que j’aime beaucoup. J’écoute aussi Never Dull.

J’aime Ă©normĂ©ment « The Waves » de Solann et Gigi Fox. J’écoute aussi beaucoup Tyla.

Je vais te faire une liste parce qu’il y en a plein d’autres.

Quel serait ton featuring de rĂȘve ?

Il y a plein de personnes.

RĂ©cemment, je me suis dit que j’aimerais beaucoup collaborer avec Bambi. C’est une artiste que je trouve incroyable.

J’aime aussi l’idĂ©e de faire quelque chose de totalement diffĂ©rent de ce que les gens attendent de moi, pourquoi pas une balade trĂšs sensible.

Tu termineras ta tournĂ©e au SĂ©bastopol de Lille. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter d’ici lĂ  ?

Déjà que ce soit complet.

Mais surtout, j’espùre que les nouvelles musiques parleront aux gens et pourront les accompagner.

On vit une pĂ©riode compliquĂ©e, Ă©conomiquement et politiquement. Beaucoup de personnes ont peur. J’essaie donc de crĂ©er des espaces oĂč les gens peuvent se sentir en sĂ©curitĂ©.

Je parle souvent de santĂ© mentale, de bienveillance, de respect et de tolĂ©rance pendant mes concerts. J’espĂšre que ma musique pourra accompagner les gens aussi bien dans les moments oĂč tout va bien que dans ceux oĂč c’est plus difficile.

Et puis, Ă©videmment, j’espĂšre pouvoir continuer Ă  vivre tout ça avec mon public, qui est absolument merveilleux. Ce sont des concerts trĂšs intergĂ©nĂ©rationnels, avec des personnes de tous Ăąges.

Franchement, je me sens rarement aussi bien que dans ces moments-lĂ .


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