
Avant que le Street Art remplisse les galeries et les feeds Instagram, il y avait une femme dans les tunnels du métro new-yorkais, appareil photo au cou, qui documentait ce que tout le monde appelait du vandalisme. Son nom : Martha Cooper. Et ce qu’elle a capturé là, c’est de l’histoire pure.
On est dans le New York des années 70. La ville est à genoux financièrement, les quartiers populaires crèvent, et une jeunesse sans espace d’expression commence à peindre les trains. La nuit, clandestinement, dans l’urgence. Martha Cooper, alors première femme photographe du New York Post, voit autre chose que de la dégradation : une culture en train de naître.

L’entrée dans ce monde fermé, c’est un gamin du quartier qui la lui ouvre. Edwin, gardien de pigeons sur les toits du Bronx, lui présente Dondi White, l’un des writers les plus respectés de la scène. Elle suit les artistes, apprend les codes, gagne leur confiance. Elle n’observe pas de loin. Elle est dedans.
En 1984, avec Henry Chalfant, elle publie Subway Art. Près de 500 000 exemplaires vendus. La bible du graffiti. Un livre qui a circulé de main en main dans des villes où le mouvement n’existait pas encore, et qui a tout déclenché — des générations entières de writers à travers le monde.

Ce qui rend Martha Cooper unique, c’est qu’elle n’a jamais mis de distance entre elle et son sujet. Pas de zoom confortable depuis le trottoir d’en face. Elle a photographié Basquiat avant qu’il soit Basquiat, Keith Haring quand il peignait encore dans la rue. Elle comprend pourquoi un tag n’est jamais placé par hasard. « Mes photos montrent toujours des gens qui s’élèvent au-dessus de leur environnement », dit-elle.
Aujourd’hui à plus de 80 ans, elle est toujours en mouvement. Partout où les villes ont quelque chose à dire sur leurs murs, Martha Cooper est là.
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