J’ai jamais été foot. Pas les matchs, pas les stats, pas les débats du lundi matin. Pourtant un jour, le football a débarqué dans ma vie…par un mur. Sur l’autoroute, je tombe sur un énorme “LENS” en block letters, sang et or. Pas une fresque léchée, pas un truc instagrammable : un vrai graff de terrain, posé vite, sans permission, juste pour dire “on est là”. Et là, j’ai capté que le foot avait ses graffeurs.
En discutant avec d’autres artistes, j’ai compris que pour certains, leur club fonctionne comme un crew. Même logique : écrire un nom, prendre un mur, occuper l’espace, exister dans la ville. Le tifoso et le graffeur partagent la même obsession : défendre son camp, affirmer sa voix, laisser une trace avant qu’elle disparaisse.

La différence, c’est que le foot a déjà ses chants, ses drapeaux, ses virages brûlants. Le graff, lui, prolonge cette ferveur hors du stade : tunnels, ponts, rocades, façades proches des tribunes. Une extension visuelle du supportérisme, brute et instinctive.
Et ça va bien plus loin. En Allemagne, j’ai vu un tifo monumental : un train en carton qui se déploie d’un coup dans le stade, et dessus, des pièces peintes à la bombe. Qui prépare ça ? Souvent des graffeurs, enfermés dans des gymnases, des caves, des hangars. Même odeur de peinture, mêmes nuits courtes, même tension avant la sortie.

À l’opposé, on trouve les fresques “officielles” : portraits de joueurs, hommages à des clubs, icônes locales gravées sur les murs. Là, on quitte la rivalité pour entrer dans la mémoire collective.
Je n’aime toujours pas le foot. Mais je respecte profondément ce croisement : cette zone où deux mondes qui ne se connaissent pas vraiment parlent la même langue. Parce qu’au fond, que tu graffes ton blaze ou que tu portes ton maillot, il s’agit de la même chose : inscrire son histoire quelque part, avant qu’elle ne s’efface.

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