MANDO MCD, l’entrepreneuse 

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Scolti : Salut MANDO MCD, bienvenue chez SKUUURT  ! MANDO, on va commencer par les présentations. Qui es-tu, d’où viens-tu ?

MANDO MCD : Mon prénom, c’est Mandeline. Je suis née en Guyane, à Saint-Laurent-du-Maroni, en 98 et je suis arrivée en France à l’âge de 2 ans. J’ai grandi à Orly, dans le 94, jusqu’à mes 12 ans. À 12 ans j’ai fait une année à Limoges et j’ai atterri à 13 ans à Roubaix. Ma mère n’aimait pas rester au même endroit. Quand on est arrivé à Limoges, on s’est dit “mais c’est nul Limoges !”

Et quelle idée étrange de passer de la Guyane à Limoges !

Ouais, vraiment. Et du coup, après, on est parti à Roubaix parce qu’on a de la famille ici. Quand je suis arrivée ici à l’âge de 13 ans, j’ai commencé la danse. À l’école, c’était l’époque jerk, doobie et tout. Et ça faisait des concours dans les cours de récré, jusqu’à ce que ça soit devant les collèges. Et je me suis dit que j’avais un truc, que je n’étais pas nulle. Une pote m’a dit qu’elle allait dans un truc qui s’appelle le PRJ Deschepper, à Roubaix, et qu’il fallait que je vienne. “En plus, ils donnent le goûter !”. Donc j’ai dit “vas-y on y va mercredi prochain !”. 

Premier cours de danse de ma vie du coup, de hip hop avec Saïd Dstreet à l’époque. Et je suis tombée amoureuse, pas d’abord de la danse mais de la structure. En fait c’était un centre, mais tu pouvais tout faire, de la capoeira, de la danse, du parkour. Et comment ils achetaient les jeunes ? Déjà il y avait le goûter (rires) et : si vous vous impliquez dans la danse, vous aurez l’occasion d’aller à Los Angeles. Donc du coup, pendant une année, je me suis impliquée de ouf. En plus, du coup, on formait un gros groupe, on était toutes copines, ou copains. Et j’étais en mode : OK, je vais aller à Los Angeles. Bon, à l’époque, je n’ai pas été prise parce que le groupe était déjà fait.

Mais en fait, quand tu t’appliques une année dans une discipline, finalement, tu tombes amoureuse de la discipline et je suis tombée amoureuse de la danse hip-hop. Donc, j’ai commencé à faire des battles, à faire des concours. Et j’ai fini par aller à Los Angeles, mais quelques années plus tard. Puis, j’ai fait beaucoup, beaucoup de voyages, comme la Thaïlande, le Cambodge, le Canada dans le cadre de la danse. J’allais donner des cours, ou en recevoir, faire des gros concours ou des grosses prestations, spectacles ou battles.

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Et du coup, j’étais dans la dynamique de la danse. Et ce qui était aussi intéressant avec PRJ Deschepper, c’était qu’en tant que jeune, on devait, si on voulait notre goûter, participer aux RD Deschepper. C’était des rendez-vous jeunes où on rencontrait des professionnels de certains milieux ou des gens de la mairie qui nous poussaient à entreprendre. Pour, par exemple, faire le voyage de la Thaïlande, on a dû organiser une série de battles nous-mêmes. Donc on les a organisés. On gérait la buvette, on contactait les pros, on contactait les mairies pour faire des PIC, des trucs comme ça. Donc, ça nous responsabilisait, alors que j’avais 15-16 ans

Donc, voilà. Ils nous poussaient aussi à faire partie d’assos de la ville comme le conseil municipal des jeunes de la mairie. Donc, j’étais dans le monde artistique, mais aussi dans le monde de l’entreprenariat, jeune.

J’ai fait ma petite carrière dans la danse, j’ai bien tourné, j’ai bien voyagé, et j’ai commencé à travailler pour des artistes comme Punchlyn, sur scène. Et à l’époque, à Deschepper, ils faisaient des ateliers d’écriture, donc je les prenais, mais mon dilemme, c’était, si je prenais les ateliers d’écriture le mardi, j’avais une heure de danse en moins. Et moi, j’étais dans : je vais gagner le Juste Debout, le plus gros battle du monde, j’ai pas le temps, les gars. Je dois m’entraîner. C’est-à-dire, le rap, là…Je ne comprends pas. J’étais dans cette DA là. Et quand j’ai accompagné Punchlyn sur scène en tant que danseuse dans un premier temps, j’ai kiffé l’ambiance. Puis, je lui ai dit : meuf, tu ne veux pas que je te back ? Elle m’a dit : ouais, vas-y ! Et du coup, j’ai tourné avec elle pendant une année, où je dansais et je la backais. J’ai fait des bonnes scènes. Et à force de squatter avec des musiciens, des rappeurs, tu commences à toi-même écrire pour le plaisir. à toi-même faire des petits textes comme ça, écrits la veille, que t’oses pas trop faire. Et c’est comme ça que ça a commencé.

Et à l’époque, avec Lyna (Punchlyn), on était en coloc, donc j’étais dans la musique sans vraiment le savoir, puisqu’on parlait de musique tous les jours. Et quand j’ai quitté ma coloc, je me suis dit : mais meuf, t’as une base, tu kiffes, viens, tu testes, et au moins, ce que t’as écrit, tu le sors. Et c’est comme ça que j’ai sorti mes premiers sons, accompagnés de Lemz.O au clip. Parce que je le connaissais de la danse, donc je me suis dit, bon, tu fais de la vidéo, viens on travaille un truc. Et on a travaillé mon premier clip, Bonne Affaire, où du coup, il y a beaucoup de danse, puisque j’étais encore beaucoup dans la danse à ce moment-là. Et j’enchaînais avec RØckSTäR, et voilà comment est née MANDO MCD

Donc j’ai fait ma petite carrière dans la musique, j’ai fait des concours comme le Buzz Booster, Rappeuse en liberté, Rappeuz, Give me 5, et j’ai fait plein de choses, des voyages, au Sénégal avec le Flow, des projets à marseille, j’ai fait pas mal de trucs et j’ai vraiment kiffé.

Puis, je suis arrivée à un stade de ma vie où j’ai quitté mon label. J’étais chez Mindset. Et je me suis dit : mais comment tu gardes le même train de vie, où tu es au studio, tu clipes, etc. sans dépenser des milles et des cents dans la musique, parce que ça coûte cher de ouf,  comment téarrives à faire ça et à te développer ? Et c’est comme ça qu’est né mon projet actuel : YŌKINA. Je me suis dit qu’il me fallait un lieu, pour me produire, pour me développer. En parlant avec plein de gens, le constat était qu’on avait les mêmes problématiques. On manque de lieux où on peut se réunir, on manque de lieux où on peut travailler notre communication sans dépenser la blinde d’argent, où on peut créer tous ensemble, etc. Et du coup, j’ai commencé à travailler sur ce projet-là en 2004.

Mais il y a une différence fondamentale entre tous ceux qui sont capables de faire ce constat, qui existe depuis très longtemps, et ceux qui passent le cap de chercher, de trouver des solutions, comment ça a basculé ?

La différence a été faite grâce à mon parcours à PRJ Deschepper. Parce que là-bas, ils nous poussent à faire, à créer, ils poussent les jeunes à prendre des initiatives, des risques, etc. Et du coup, pour moi, c’était logique de le faire, de me dire : bon, en fait, on a cette problématique-là, et ce n’est pas inatteignable. Je le fais, quoi. Ça va servir à tout le monde. Quand vraiment, je me suis dit, OK, là, j’ai rien, il y a tout à faire, je me suis dit, allez, on le fait. 

Il ne suffit pas de se le dire

Quand je me le dis, je le fais

Ça passe par quelles étapes, du coup ?

Comment j’ai fait ? C’est passé par beaucoup de réunions

Un moment, tu sors de Mindset, tu prends un peu de recul avec la musique en tant qu’artiste, tu te concentres, et tu bascules, tu prends la casquette d’entrepreneuse.

C’est ça. Après, ça a été long. Ça a été beaucoup de remises en questions. Il y a eu beaucoup de moments où avec ma pote Théo (Théodora Guermonprez). Et je lui disais, mais meuf, je pense que je suis une ouf. Ce que je fais, je ne vais pas réussir. Pourquoi je m’invente une vie ? Et elle me dit, mais t’es folle en fait ? T’as déjà fait tout ça.

Il y a une partie de grosse remise en question sur moi-même, ce que je voulais dans la musique, dans la vie, etc. Et j’en revenais toujours au même point. Ce que j’aime, c’est créer, c’est faire. C’est aider les autres aussi. Et c’est faire de l’art. Que ce soit de la musique, de la danse ou autre. Mais c’est de créer. Donc, dans tous les cas, je vais le faire. Ça a été une remise en question qui a peut-être duré six mois, avant de me dire, ok, je prends mes premiers rendez-vous, mes premiers trucs comme ça.

Alors, c’est quoi les étapes ?

Au tout début, j’ai un peu mis les pieds dans le plat. Je ne savais rien. Je ne savais pas comment faire ça. Donc, j’ai contacté une pote qui travaillait chez Vilogia pour lui dire que je cherchais un local. Une semaine après, je visitais un petit local, bien placé. C’était un tout petit local en face de la mairie. Et au début, je me suis dit bon, allez, je pars sur ça. Donc, je commence à faire un business plan. Je fais un rendez-vous avec la BGE à Lille

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Comment tu fais ton business plan ? Ça part de où ?

La BGE m’a ‘aidé à le faire. En gros, elle me dit OK, il faut que tu fasses une étude de marché. Il faut que tu travailles tes offres. Il faut que tu vois tes charges, tes bénéfices, comment tu vas vivre, comment tu vas payer, comment tu vas payer tes emplois, etc. Ça a été long. Merci ChatGPT !

Parce que ce n’est pas ta formation ?

Oui, pas du tout ma formation. Il y a eu beaucoup de rendez-vous avec l’ABG où même moi, je mettais des chiffres en disant, t’inquiète, on aura ça, moi je sais comment ça marche. Ils me disaient, redescends parce que même si tu sais comment ça marche, tu ne sais pas comment on se lance réellement. C’est-à-dire, redescends tes chiffres et si tu fais plus, c’est mieux. Donc, ça a été long

Et l’IA a été une vraie béquille

Oui, parce qu’il y a beaucoup de sujets que je ne connaissais pas. En réalité, j’ai fait des études de marketing. Mais en réalité, ce n’est pas pareil de faire des études et de le mettre en pratique. Donc, il y avait des termes que je connaissais. Il y avait beaucoup de termes comptables que je ne connaissais pas du tout et je ne savais pas ce que c’était. Et que j’ai dû apprendre et lire des définitions grâce à ChatGPT qui me disait « Non, tu dis n’importe quoi. Fais ça, ça, ça, mais passe par là, passe par là et tout”. Et du coup, j’ai testé mon business plan. Et le premier local qui était plus petit, en faisant mon business plan, je me suis dit : je peux faire plus que juste ce petit local qui va potentiellement juste me servir à moi. C’est pas ce que je veux, c’est pas suffisant. Je vais me faire chier au bout d’un moment. Donc, j’ai commencé à chercher plus grand. Et un moment, j’ai cherché trop grand. Je passais d’un espace de 100 mètres carrés à un espace de 500 mètres carrés, où je me suis dit c’est bon, c’est le local de ma vie ! Vraiment, il fallait le voir. J’ai la vision, c’est le local de ma vie ! (rires) Et en refaisant encore des business plans, on a remarqué que ça allait être juste un gouffre financier, non pas parce que le local coûtait cher, mais parce que les travaux et la tenue sur le long terme, puisque c’est un local au fioul, etc, j’allais juste mettre de l’argent dans l’électricité, le fioul, etc., et pas dans mon business. Donc, on est passé sur un autre local. J’ai fait une vingtaine de visites et je suis tombée sur un local qui faisait 1100 mètres carrés. Et là, je me suis dit, bon, je le visite juste comme ça. De toute façon, j’ai rien à perdre. Comme ça, je vois ce qui se passe un peu à Roubaix en termes de locaux, je vois ce qu’il y a. Je visite le local, et je suis trop amoureuse du local. Vraiment. Je me dis, wow, j’ai la vision. On construit ça là, on fait ça là. Là, on met un cyclo et tout. Je commence à m’emballer. Et en plus, le propriétaire de ce local-là kiffait le projet. Donc, il était trop arrangeant. Il me disait, bon, le loyer de base, c’est ça, mais viens, on le descend. Vu que j’ai déjà l’électricité qui touche une partie de l’entrepôt, je rallonge comme ça. Mais vraiment ! Mais le truc qui a fait que je ne l’ai pas fait, c’est que tout ce que je faisais là, je n’en parlais à personne. C’est-à-dire vraiment, il n’y avait que moi et Théodora. Théodora Ghetto Style, comme deux folles. Personne d’autre n’était au courant. Quand je commence à faire mon business plan, je me dis : il est possible si j’ai des associés, mais des gros associés. Parce qu’en termes de travaux, le montant des travaux, parce qu’il faut construire des pièces, etc. C’est faisable, mais en réalité, pour moi, solo, ce n’est pas faisable. Mais on m’a dit : tu vas t’endetter et vous allez commencer des travaux que tu ne vas pas pouvoir finir. Puis, tu vas commencer un projet que tu ne vas pas pouvoir finir, fais une pause et reviens quand soit tu as des investisseurs, soit tu as un autre espace. Donc, je fais une petite pause. Là, on est en octobre 2025.

Je fais une petite pause et entre-temps, je commence EDLV, un truc d’accompagnement pour les entrepreneurs qui est à Croix, Entrepreneurs dans la ville. Et je me dis, c’est tout. Je fais ma formation Entrepreneurs dans la ville, comme ça, moi-même, j’apprends plus sur le sujet d’entreprendre. Et je peux aboutir à un projet. Et on verra la suite.

Sauf qu’en février, l’agent immo m’appelle et me dit : j’ai un lieu pour toi là. Bon, on n’est pas sur du mille mètres carrés, mais t’inquiète, viens le visiter, tu vas voir, tu vas kiffer. Je me dis que j’ai rien à perdre, donc je viens, et je vois le local, et là : c’est bon, on a le truc, c’est ça, faut pas plus grand, faut pas plus petit, c’est parfait. Je me dis, on va commencer ici, et on verra plus tard, dans des années, ce que ça donne. Donc là, je refais mes réunions à la BGE, je refais mes rendez-vous.

Tu modélises les espaces le soir même

(rires) Je modélise les espaces le soir même quand je rentre chez moi, c’est vrai. Je fais des vidéos, je fais des photos, je rentre chez moi le soir, je modélise en 3D le lieu, et je me dis, mais en fait là je mets ça, là je mets ça, et vraiment c’était exactement ce que j’avais modélisé. Et j’enchaîne. Les rendez vous, les financements, le nerf de la guerre

Au moment où tu entames tes visites, t’as déjà de l’oseille? Est ce que t’as des promesses d’argent ?

J’avais des promesses d’oseille parce qu’avant, j’étais sur un autre projet, où tous mes accords bancaires avaient été validés

C’était quoi ces promesses ? Ça vient de où ? C’est quoi la source ?

J’avais eu un financement France Actif avec la BPJ France. J’avais eu ILMN avec des garanties de prêts, etc

Donc des organismes, pas des personnes, ce ne sont pas des privés

Non, ce ne sont que des organismes

Tu n’as pas d’associés à l’heure actuelle ?

Je n’ai pas d’associés.

Mais t’as des dettes

J’ai des dettes, mais ça va. Mais je n’ai pas d’associés. Mais à l’époque, quand j’étais sur le projet des milles mètres carrés, les organismes de financement avaient accepté. Il ne manquait que le prêt bancaire. Sauf que ce que je demandais, ce n’était pas assez pour les travaux. Et si je demandais plus, on me refusait mon prêt. Donc, je m’étais dit : je mets de côté. Mais du coup, là, j’étais revenu avec un projet plus soft où je savais que tout passait. Donc, quand j’ai refait mes rendez vous, il m’a dit OK, envoie les papiers, etc. Et tout s’est accéléré. C’est à dire que j’ai visité en février. J’ai lancé ma com deux semaines après en mars. Et je savais que si je lançais la com sur les réseaux en disant « les gars, il y a ce projet-là qui va ouvrir », quand j’allais montrer ça aux financeurs, ils allaient aussi accélérer en se disant « on n’a pas trop le choix, là son projet est lancé ».

Et du coup, ça a marché. Quand j’ai lancé ma com et que j’ai appelé en disant « regardez, c’est lancé, il y a cet engouement », une semaine après, j’avais tout validé. Donc, mi-mars, je valide tous mes financements. Début avril, je valide mon prêt bancaire, j’ouvre mon entreprise. Et le 30 juin, je récupère mes clés.

Et on est le 28 juillet et il y a tout ce qui est autour de nous là

Après, c’est travaux d’aménagement, préparer l’ouverture, le lancement, qu’est-ce qu’on va faire, avec qui on travaille, comment on travaille, qui rejoint l’aventure.

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C’est quoi monter une boîte comme ça en fait ? 

En fait, quand tu as un projet, tu peux le faire. Maintenant, c’est : comment tu vas le faire ? Si ton projet, c’est d’aller chercher 8 milliards, c’est où tu vas aller les chercher ? qui va te les donner ? Parce que moi, c’était un projet que je pouvais aller chercher de moi-même. C’est-à-dire que c’est des financements personnels ou liés à mon entreprise, mais je n’ai pas d’investisseurs. Mais maintenant, j’aurais pu aller moi-même aller chercher les investisseurs et dire, OK, pour mon projet, j’ai cette entreprise que je veux ouvrir, il faut autant. Et il y a aussi le problème de : je suis une meuf, j’habite à Roubaix, j’ai 28 ans. Je n’ai pas eu une éducation financière. Chez nous, les prêts, tout ça, ça fait peur. Donc, quand je dis à ma mère, quand je lui parlais du projet, et je lui dis « Ouais, maman, je vais aller chercher un prêt à 80 000» Elle m’a dit « Quoi ?Non, non, non. CDI…On va chercher un CDI. Ça y est, les concerts, la danse, au bout d’un moment, ça y est, faut que tu te maries, Mando !”. Puis, à force, elle m’a dit qu’elle me faisait confiance. Et ça a motivé mes frères, parce que j’ai trois grands frères, un petit frère et une petite sœur, ça a motivé mes grands frères à eux-mêmes créer, Crier donc, ça veut dire que là, j’ai l’un des plus grands aussi, qui lance son truc, on est vraiment dans une démarche familiale là pour le coup. Et en fait, moi, ce qui me faisait peur, c’est de me dire : OK, il y a quelqu’un qui va investir dans mon entreprise, mais je lui dois des comptes. Ça me faisait peur

Contrairement aux prêts à rembourser

Exactement

Mais à qui tu dois offrir des garanties aussi de remboursement

Oui

Comment tu les offres ?

Comment je les gère ? C’est un beau dossier, une belle image, et un business plan qui est bien rodé ! Un business plan qui dit, j’ai tant de pourcentages de rentabilité sur mon projet. Donc, on y va easy. Surtout que j’ai réussi à avoir une garantie bancaire. La banque, en vrai, elle, yeux fermés, elle m’a accordé mon prêt parce qu’elle se dit que même si je ne peux pas rembourser, elle a la garantie ILMN, et, dans tous les cas, elle aura son argent. Donc, ils s’en foutent. Là où j’ai la pression, c’est de me dire, je suis à Roubaix, c’est un projet purement roubaisien, par nous, pour nous. À Roubaix, il faut savoir que les business ne tiennent pas trois ans. C’est rare. Il y a beaucoup de business qui ne tiennent pas le cap des trois ans, mais vraiment beaucoup, beaucoup ici. Et du coup, c’est ça qui me faisait peur, de me dire, que si ça se trouve, les trois ans, je ne vais pas les tenir. Mais j’avoue, je suis quelqu’un de motivé.

Mais t’aurais pu aller à Lille ?

Mais non, je suis Roubaisienne ! Pour moi, c’était important, dans le sens où je suis arrivée ici à 13 ans. Mon éducation, mon adolescence, je les ai faites ici. Pour moi, Roubaix, c’est nous la culture. Ça veut dire que je ne vais pas faire dans une ville où je vais plus galérer alors que je sais qu’ici, j’ai mes contacts, j’ai mon réseau, j’ai mes potes, j’ai mon train de vie. Je connais la ville par cœur. Je sais comment la ville tourne. Pour moi, c’est logique de faire ici. C’est la culture, c’est l’art, c’est le hip-hop. Donc je vais faire dans la ville qui m’inspire cette culture-là.

Ce qui m’intéresse en parallèle aussi, c’est ta source de revenus actuelle et cellequi a précédé toute cette démarche. Tu vivais de quoi ?

Il faut savoir que je suis community manager à côté. Donc, ça veut dire que sur toute cette période-là, j’avais des missions de CM, tu vois. Donc, je vivais de ça. Après, j’avais mes concerts. J’avais certains cachets encore de la danse parce que je faisais quelques prestas. Donc j’avoue, je n’ai pas galéré tant de ça. J’ai galéré, parfois. Mais je savais que j’avais une source de revenus

T’étais sous quel statut ?

J’étais en free

Donc déjà entrepreneuse

Déjà entrepreneuse, oui. C’est ça

Tu prenais ton risque, je veux dire

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Je prenais déjà mon risque. Il y a eu des mois, c’était compliqué. Mais je savais que le mois suivant, j’avais telle mission qui tombait. Donc, ça va. On va dire que je n’ai pas galéré tant que ça. Et là, j’ai quasi tous mes cachets. Donc, mon objectif, c’est d’être intermittente d’ici septembre, octobre. Comme ça, je sais que sur l’année, j’ai une année où je ne touche pas à la tréso de l’entreprise pour me verser un salaire. Mais du coup, ça permet de vivre. Et l’objectif, c’est en N + 1, de business, d’activité, de commencer à me verser un salaire.

Mais donc, tu as de quoi voir venir et développer. Tu restes community manager ?

Non, ça j’ai arrêté puisque quand tu ouvres une SARL, tu ne peux plus être en auto à côté. Tu ne peux pas avoir les deux, tu ne peux pas communier les deux. Je pourrais faire des missions de community management via la SARL, mais j’avoue, je n’ai pas le temps, je n’ai même pas le temps de travailler à la com d’ici. J’ai une stagiaire et j’ai une alternante qui va commencer en audiovisuel-communication, donc qui vont faire la com du lieu. Je n’ai pas le temps. Ça prend énormément de temps. Le temps que je passe ici, je fais de la compta, c’est méga nul ! (rires)

Dans ton business plan, tu as inclus cette année où tu peux tenir le choc pendant un an 

C’est ça. Je l’ai inclus parce qu’on l’a travaillé, on l’a vu, on l’a répété des centaines de fois chez UDLV et même à la BGE où on en parlait. Donc, je savais que je prenais un risque personnel. Mais heureusement pour moi, je suis une artiste. Donc, j’avais pas mal de cachets sur le côté au cours de l’année. Il m’en manque, je crois, 6-7. Donc, il faut juste que je les fasse, là et voilà. Mais si je n’étais pas intermittente et que j’avais un job CDI d’avant et que je devais le stopper pour faire ça, ouais, c’est un risque. Mais du coup, je n’aurais pas ouvert une SARL, mais plus une SASU où là, je peux me verser un salaire. Parce que SARL, tu es un travailleur non salarié, ça veut dire que tu te verses un truc, mais tu prends le risque aussi de te verser un truc. Tu vois ?

Et donc, on en est à ce projet : YŌKINA. Tu proposes quoi dans ta boîte ?

L’entreprise s’appelle YŌKINA AGENCY parce que j’ai pour ambition de faire plus que juste une structure sur du long terme. Et la structure ici, c’est les studios YŌKINA. Dans les studios, on a du coup une partie coworking-bureaux pour les entreprises, les séminaires d’entreprise, les personnes qui veulent juste travailler, les étudiants, etc. En face, on a une petite salle de danse qui va servir à du stage, à de la répète et à des projets individuels, comme des résidences. Au-dessus, on a de l’audiovisuel. On a un studio photo qu’on doit installer avec le fond, etc. On a une partie podcast juste en face. Et l’objectif, c’est photo, vidéo, podcast. Et en face, on a un studio d’enregistrement. On doit encore finir, construire la cabine, isoler, etc. Le business, c’est de la location d’espace, la prestation de services, prestations photo, vidéo, etc. , de l’événement

Qui est mené par des intervenants extérieurs ou intérieurs à la boîte ?

Intérieurs à la boîte, c’est des freelances. De l’événement donc, de l’accompagnement d’artistes, de la mise en réseau. Principalement ça. La partie agency rentre dedans. En fait, si tu veux, il y a plusieurs pôles. Il y a studio, donc avec la location de studio. Il y a agency avec la direction artistique, les talents, etc. Il y a events avec les événements, on fait aussi du photobooth, etc. des prestations intérieures et extérieures au lieu. Et du coup, le but, c’est comment tous ces pôles servent à faire tourner le lieu. Comment même on communique, tu vois ? J’ai mis des responsables pour la partie musique et la partie audiovisuelle parce que pour moi, c’est ceux qui vont devoir le mieux tourner. Parce que la danse, c’est facile, c’est juste de la location d’espace

Là, c’est vraiment des compétences techniques

C’est ça. Là, c’est des vraies compétences techniques, ingénieurs sonores, vidéastes, etc. que moi, je n’ai pas du tout. Du coup, j’ai mis des chargés de pôle qui, eux, doivent gérer le pôle, gérer les intervenants qui vont venir, que ce soit les clients ou même l’équipe, et aller chercher les partenaires, les collabs, faire vraiment vivre le lieu à travers leur pôle

Ta cible ?

Ma cible, c’est principalement les artistes et les créateurs de contenu. Après, je vise également les artistes

Tous styles confondus ?

Tous styles confondus. Après, je vise également les assos et les entreprises, mais plus pour du séminaire entreprise. On va essayer de faire des séminaires, genre team building, etc, mais autour d’activités culturelles

Mais donc, c’est un projet par nous pour nous. C’est un projet roubaisien, qui a pour but de faire en sorte d’ouvrir Roubaix au reste du monde. Pas de s’isoler, parce que “Roubaix, Roubaix…” On n’en peut plus. Et voilà, vraiment ouvrir Roubaix au reste du monde. Le lieu, c’est un hub. C’est vraiment un laboratoire créatif où, en tant qu’artiste ou petite marque indé ou autre, on peut tout utiliser sous forme de pack. C’est-à-dire que je dois faire mon jingle, je viens ici. Je dois shooter ma sape, je le fais ici, je dois faire mon podcast, je le fais ici aussi. Je suis artiste, je dois rec je le fais ici, je dois faire ma promo, je le fais là et je dois répéter pour ma scène, je le fais là. Tu vois, c’est vraiment utiliser l’espace le plus possible à sa guise en fait, sans restrictions. C’est un projet autour des cultures urbaines, mais pas limité. Mon objectif, c’est de faire du réseau. Donc si on se limite aux cultures urbaines, le réseau est limité. Donc c’est vraiment ouvrir et se servir du réseau qu’on aura fait ailleurs pour intégrer la culture. Voilà

Merci beaucoup Mando

Merci Scolti !


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