Depuis ses dĂ©buts sur les trottoirs fissurĂ©s du Bronx, le hip-hop s’est imposĂ© comme bien plus qu’un genre musical : il est devenu une culture globale, un mouvement artistique et social qui a transcendĂ© les frontiĂšres gĂ©ographiques et culturelles. Pourtant, malgrĂ© son histoire riche, le hip-hop a souvent Ă©tĂ© critiquĂ© pour sa reprĂ©sentation et son traitement des femmes, longtemps perçu comme un bastion de la masculinitĂ©, voire de la misogynie, oĂč les voix fĂ©minines Ă©taient marginalisĂ©es, leurs contributions relĂ©guĂ©es au second plan, voire totalement occultĂ©es de l’histoire. Cette vision du hip-hop, dominĂ©e par les hommes et marquĂ©e par des paroles et des clips vidĂ©o qui alimentent souvent des stĂ©rĂ©otypes sexistes, masque cependant une rĂ©alitĂ© bien plus nuancĂ©e.
Cindy Campbell, the mother of Hip-Hop
Alors que lâon a fĂȘtĂ© les 50 ans du Hip-Hop lâannĂ©e derniĂšre, on sâaccorde Ă dire que cette histoire est partie dâun DJ Kool Herc lors dâune fameuse block party, le 11 AoĂ»t 1973, et que Clive Campbell de son vrai nom est Ă lâorigine de cette rĂ©volution. Câest en partie vrai, mais si cette fĂȘte a eu lieu, câest dâabord sous lâimpulsion de sa sĆur.
Cindy Campbell, cherchant Ă gagner un peu d’argent pour des achats de rentrĂ©e scolaire, a eu l’idĂ©e d’organiser une fĂȘte dans la salle de rĂ©ception du 1520 Sedgwick Avenue, dans le Bronx. Elle a demandĂ© Ă son frĂšre, Clive Campbell, mieux connu sous le nom de DJ Kool Herc, de s’occuper de la musique pour l’Ă©vĂ©nement. Cette collaboration familiale a abouti Ă une soirĂ©e mĂ©morable le 11 aoĂ»t 1973, qui est maintenant considĂ©rĂ©e comme lâacte de naissance du hip-hop.

L’intention initiale de Cindy Campbell de crĂ©er un Ă©vĂ©nement communautaire pour une cause personnelle simple a conduit Ă une rĂ©volution culturelle. En utilisant un sound system (sono mobile inventĂ©e en JamaĂŻque d’oĂč il est originaire) et sa collection de vinyles, DJ Kool Herc a introduit le monde aux « breaks » musicaux, prolongeant les parties instrumentales des chansons pour crĂ©er une expĂ©rience de danse continue. Ces breaks sont devenus le fondement du deejaying dans le hip-hop, influençant la maniĂšre dont la musique est produite et apprĂ©ciĂ©e dans le monde entier.
La contribution de Cindy Campbell Ă la naissance du hip-hop montre l’importance des collaborations et des initiatives communautaires dans la crĂ©ation de mouvements culturels. La soirĂ©e du 11 aoĂ»t n’Ă©tait pas seulement une rĂ©volution musicale, elle Ă©tait le produit d’une communautĂ© soudĂ©e cherchant Ă crĂ©er des espaces positifs pour les jeunes dans un environnement autrement difficile.
Cette soirĂ©e a non seulement lancĂ© la carriĂšre de DJ Kool Herc en tant que pionnier du hip-hop, mais elle a Ă©galement posĂ© les bases d’un mouvement culturel qui s’Ă©tend bien au-delĂ du Bronx, touchant des aspects variĂ©s de la culture mondiale, de la musique et de la danse au graffiti, Ă la mode, et au-delĂ . L’initiative de Cindy Campbell, combinĂ©e au gĂ©nie musical de son frĂšre, a donc non seulement fourni Ă leur communautĂ© un espace pour cĂ©lĂ©brer et s’exprimer, mais a Ă©galement donnĂ© naissance Ă un genre musical et Ă une culture qui continuent de rĂ©sonner Ă travers le monde. Cindy restera dans l’ombre de son frĂšre, dont elle gĂ©rera la carriĂšre. Elle s’investit ensuite comme activiste au sein de Hip Hop Preserve Inc, une organisation Ă but non lucratif qu’elle a créée et qui s’efforce de prĂ©server les origines de la culture hip-hop. Lors d’un projet de rĂ©novation urbaine de l’immeuble oĂč a eu lieu la soirĂ©e considĂ©rĂ©e comme fondatrice du hip-hop, Cindy Campbell mobilise des acteurs de la culture hip-hop pour contrer ce projet de dĂ©molition

UNITED STATES – JULY 23: Kevin and Keith Smith, Grand Master Caz, Koolherc, Congressman Jose Serrano, Cindy Campbell, first lady of hip hop, Afrikabambaatta, Founder of Zulunation, Godfather of Hip hop, Grandmixer DXT, CokeLaRock, First MC for Kookherc, Barshem, EZMobee, Grandwizard Theodore, GrandMaster Mellemel, Furios Five. Senator Charles Schumer award Clive Campbell (Koolherc) honoring him in djing the first of a series of parties that would spawn hip hop music and culture in the recreation room at 1520 Sedwick Avenue. Congressmen joined by Tenants, Musicians & historians celebrate NY Stat’s formal recognition of first Hip-Hop Building at 1520 Sedgwick Avenue in the Bronx, N.Y. (Photo by Enid Alvarez/NY Daily News Archive via Getty Images)
Sylvia Robinson, the (god)mother of Hip-Hop
Avant de devenir une figure de proue dans l’industrie du hip-hop, Sylvia avait dĂ©jĂ une carriĂšre musicale rĂ©ussie, d’abord en tant que moitiĂ© du duo Mickey & Sylvia avec le hit Love Is Strange en 1956, puis en tant qu’artiste solo avec des chansons comme Pillow Talk .

Dans la fin des annĂ©es 1970, alors que le hip-hop commençait Ă prendre forme dans les rues de New York, Sylvia Robinson a vu le potentiel commercial de cette nouvelle forme d’expression musicale. InspirĂ©e par une performance de rap lors d’une fĂȘte Ă Harlem, elle a eu la vision de capturer cette Ă©nergie brute et cet art de la rue sous forme de disque. Avec cette idĂ©e en tĂȘte, elle et son mari Joe Robinson ont fondĂ© Sugar Hill Records en 1979, nommĂ© d’aprĂšs le quartier riche de Harlem, dans le but de produire et de diffuser de la musique hip-hop.
Le premier projet majeur de Sugar Hill Records fut la production de « Rapper’s Delight« , une idĂ©e audacieuse de Sylvia pour enregistrer un morceau de rap qui pourrait ĂȘtre diffusĂ© Ă la radio et vendu en tant que disque. Elle a recrutĂ© trois jeunes hommes de Englewood, New Jersey – Michael « Wonder Mike » Wright, Henry « Big Bank Hank » Jackson, et Guy « Master Gee » O’Brien – pour former The Sugarhill Gang. Bien qu’aucun d’eux n’ait Ă©tĂ© un MC Ă©tabli au moment de leur dĂ©couverte, leurs personnalitĂ©s et leurs compĂ©tences en rap ont impressionnĂ© Robinson.

« Rapper’s Delight » a Ă©tĂ© enregistrĂ© en aoĂ»t 1979 et a utilisĂ© un sample de la basse de « Good Times » de Chic, une dĂ©cision prise par Sylvia qui a senti que la ligne de basse emblĂ©matique serait parfaite pour le rythme du rap. La chanson est rapidement devenue un phĂ©nomĂšne, atteignant le top 40 du Billboard Hot 100 et se vendant Ă des millions d’exemplaires Ă travers le monde. C’Ă©tait la premiĂšre fois qu’un morceau de hip-hop obtenait un tel succĂšs commercial, ouvrant la voie Ă l’acceptation du genre par le grand public et prouvant son potentiel commercial.
Mothers of Hip-Hop
Les femmes ont été les piliers de ce mouvement. En coulisses, elles ont endossé de multiples casquettes : DJ, productrices, dirigeantes de labels, créatrices de mode influençant le streetwear, et bien plus encore. Leur ingéniosité et leur résilience ont aidé à façonner et à propulser le hip-hop sur la scÚne mondiale, insufflant dans ce dernier une diversité et une richesse souvent sous-évaluées.

Quand on parle de rap, les femmes sont souvent perçues comme ces exceptions qui ont rĂ©ussi Ă se faire une place dans cet espace masculin, plutĂŽt que comme les personnes qui façonnent la culture, qui sont formĂ©es par cette culture, qui vivent et respirent cette culture. Un petit clin d’Ćil Ă ces pionniĂšres du micro: Sha-Rock, Roxanne Shante, MC Lyte, MC Debbie D, Queen Latifah, Bo$$, Monnie Love, Yo-Yo, Da Brat, Rah Digga, Bahamadia, Remy Ma, RapsodyâŠ
Mais nous y reviendrons dans un prochain article.
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